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Observatoire

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  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 14:55

 

 

Sous la direction de Patrick Maniglier, vient de sortir un très passionnant ouvrage faisant le point sur le moment exceptionnel de créativité et de fécondité de la pensée et de la philosophie en France, le Moment philosophique des années 60 en France : de Levi-Strauss et Barthes, à Althusser, Foucault  et Lacan, qui venaient eux-mêmes après Bergson, Bachelard et Sartre, à côté de Levinas, Ricoeur et Jankelevitch, et avant Deleuze et Derrida, pour n'en citer que quelques uns. Ecrit par les meilleurs auteurs nés de cette conjoncture, tel Pierre Macherey, J-Cl Milner, J-M Salanski... sont tracés les fils directeurs d'une pratique nouvelle de la philosophie et d'une pensée décisive qui eut tant de ramifications et d'effets, en étroite connexion avec la politique et son temps, qu'elle ne peut être ignorée et mérite qu'on s'y plonge à nouveau. A fortiori par ces temps de reflux où le Collège de France ne trouve à honorer qu'une obscure prof de philo venue du dernier rang de la classe.

 

On ne saurait trop recommander à ceux qui ont raté ce moment philosophique de se précipiter sur ce livre.

 

Une critique de Robert Maggiori dans Libération le présente :

 

ROBERT MAGGIORI

On le dit avec raison : l’essor de la philosophie française doit quelque chose au fait quasiment unique qu’en France tous les élèves des classes de terminale reçoivent un enseignement philosophique axé sur les notions et les problèmes et non, comme dans la plupart des pays, sur l’«histoire de la pensée». Mais sans doute faut-il faire entrer en jeu d’autres facteurs - politiques, sociaux, culturels, sinon générationnels - pour expliquer pourquoi certaines saisons sont plus fécondes et d’autres plus arides. Des figures remarquables de la pensée française, de Bergson à Bachelard, de Sartre à Merleau-Ponty, de Jankélévitch à Levinas ou Ricœur, ont certes jalonné tout le XXe siècle.

 

Mais quelles conjonctions, quelles conjonctures, quels héritages, quels croisements de biographies et de formations, quel terreau universitaire, quelles transformations socio-politiques ont fait que, dans la décennie 60-70, se produise en France «l’un des épisodes les plus brillants de l’histoire de la pensée philosophique», que, contemporainement, naisse le structuralisme, avec la Pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss, que le marxisme, qui n’avait connu que le renouvellement apporté par Gramsci, fasse peau neuve avec Louis Althusser, que la psychanalyse se refonde avec Jacques Lacan, que fleurissent en même temps les œuvres novatrices de Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Roland Barthes, Pierre Bourdieu, Jean-François Lyotard, Michel Serres ? Et, à l’inverse, quelles mutations dans la pensée cet «épisode» a-t-il provoquées ?

 

 

Radio-actifs.Le Moment philosophique des années 60 en France, dirigé par Patrice Maniglier - et cosigné, entre autres, par Pierre Macherey, Etienne Balibar, Jean-Claude Milner, Jean-Clet Martin, Guillaume Sibertin-Blanc, Jean-Michel Salanskis, David Rabouin, Mathieu Potte-Bonneville, Stefano Franchi, Alan D. Schrift… - fait plus que répondre à ces questions. Il est lui-même un «moment» exemplaire d’une réflexion philosophique en acte qui incite des penseurs d’aujourd’hui, paradoxalement réunis par leurs différences d’orientations et de génération, non pas à regarder le passé - pour s’esbaudir, lui ajouter une patine nostalgique, le déclarer mort (comme le firent dans la Pensée 68 Luc Ferry et Alain Renaut), le renier ou le maudire - ni à le traiter en «objet» désormais entré dans l’histoire de la philosophie, mais à y repérer des problèmes encore irrésolus, radio-actifs, dont la reprise est exigée parce qu’ils interrogent, configurent, ou font trembler, comme dirait Deleuze, notre présent.


Ce travail de reprise - qu’il ne faut pas entendre comme une improbable répétition mais au sens où une voiture a de la reprise, ou une bouture, dont l’arbrisseau refait des racines - se fonde sur cinq hypothèses, clairement exposées dès l’introduction par Patrice Maniglier. La première «peut sembler très minimale» : elle pose que «quelque chose» de décisif a touché la pensée en France dans les années 60, dont il n’a guère été possible de dire, avec les catégories de l’époque, ce que cela «donnait à penser», alors qu’apparaissait à l’évidence le «pas de côté» qui était effectué par rapport aux «concepts apparemment aussi indispensables à la philosophie que ceux de sujet, de sens, de nature, de conscience, d’humanité, de progrès, d’histoire, et même d’identité, de raison, de vérité…».

 

 

Connexions. Pour tenter de circonscrire au mieux ce «quelque chose», les auteurs du Moment philosophique effectuent maintes opérations de «contextualisation». Ils soulignent par exemple la façon dont Lévi-Strauss retravaille tant les notions de l’anthropologie comparée (Gildas Salmon), que celles de la tradition sociologique depuis Auguste Comte (Frédéric Keck), dont Deleuze s’appuie, notamment dans Différence et Répétion ou Logique du sens, sur des travaux que l’on associe à la tradition structuraliste, ou dont Derrida, dans De la grammatologie, opère le passage des «philosophies de la structure» aux «philosophies de la différence» en partant curieusement de l’idée d’une science de l’écriture, rapportée au projet de constitution du langage en objet d’étude scientifique qu’expose Ferdinand de Saussure dans le Cours de linguistique générale. La deuxième hypothèse «stipule que c’est la décennie elle-même qui constitue un événement pour la pensée, et non pas tel ou tel auteur pris séparément». D’où la mise en évidence des connexions, des circulations et des «transversalités» : l’intervention d’Althusser, par exemple, «est inconcevable sans la thèse de l’autonomie des systèmes symboliques venue de Lévi-Strauss», de même que l’œuvre de Derrida se comprend mieux au vu de«la radicalisation d’opérations qu’il croit pouvoir identifier chez Lévi-Strauss ou chez Foucault».

 

 

On laissera découvrir les autres axes de recherche. Mais l’une des caractéristiques de la pensée des années 60 mérite d’être soulignée : le refus, chez Lévi-Strauss, Althusser, Deleuze, Foucault, Lyotard ou Derrida, de concevoir la philosophie «comme une discipline qui recevrait d’elle-même ses propres problèmes» - problèmes qui, à leurs yeux, tiennent au contraire «leur légitimité de pratiques qui en tant que telles ne sont pas philosophiques», et qui, de l’extérieur, obligent à ce qu’on les pense autrement. Aussi le Moment philosophique s’organise-t-il autour des confrontations avec les différents «dehors» que chacun de ces auteurs impose à sa philosophie, par lesquels celle-ci se trouve transformée ou qu’elle transforme . Soit, en allant «du sens aux sens», les savoirs scientifiques ou anthroposcientifiques (ethnologie, mathématiques, biologie…), la politique, les arts : littérature et cinéma pour Deleuze, peinture pour Foucault (les Ménines), théâtre et «film matérialiste» (Brecht, Godard) pour Althusser, musique pour Lévi-Strauss (Boulez), etc.

 

 

Paysage. Lorsqu’on évalue la philosophie des années 60, on souligne surtout son rapport au politique, et, dès lors, évacuant ce qui est proprement philosophique, épistémologique ou esthétique, on subsume toute sa charge - ou le mouvement tectonique qui a composé le paysage théorique d’aujourd’hui - sous le seul label de «Mai 68» ou de «pensée 68». Cela autorise des jugements plus radicaux, ou plus sommaires. Sauf si l’on pose la question dans des termes qui plairaient à Alain Badiou : «De quoi Mai 68 est-il le nom ?» Dans ce cas, deux questions s’entremêleraient, auxquelles le Moment philosophique des années 60 en France apporte les plus exhaustives et diversifiées des réponses : «En quoi la conjoncture politique singulière des années 60 a-t-elle constitué un moment pour la philosophie ? Mais aussi : en quoi les pratiques politiques ont-elles pu se nourrir de ces écritures philosophiques ?» 

 

Patrice Maniglier (sous la direction de) Le Moment philosophique des années 60 en France Avant-propos de Frédéric Worms, PUF, 590 pp., 35 €.

 

Libération

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 18:56

 

 

Une étude de grande importance et pertinence sur l'enseignement de la philo au lycée, de Jean-Louis Poirier, ancien inspecteur général de philosophie qui trace les grandes lignes de la situation et de ce qu'il faudrait faire, en sachant de quoi il parle et pose les querstions essentielles au moment ou Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, envisage un enseignement de la philosophie sur les 3 années de lycéer, comme en Italie qui peut servir de référence exemplaire.

 

 

"Enseigner la philosophie : l'exemple italien", de Jean-Louis Poirier : philo au-delà des Alpes

 

Habituellement, on se plaît à opposer l'enseignement de la philosophie dans le secondaire tel qu'il est pratiqué en Italie - basé sur l'histoire des systèmes et des auteurs - à une approche "française" censée privilégier la formation de l'esprit critique des élèves. Rien n'est plus faux, montre l'ancien doyen de l'inspection générale de philosophie, Jean-Louis Poirier, dans cet ouvrage bref mais percutant, issu d'un rapport de 2009 remanié. Un ouvrage qui renverse avec bonheur bien des idées reçues sur ce sujet, que les épreuves du baccalauréat remettent annuellement à l'ordre du jour, et qui autorisent une certaine forme de condescendance vis-à-vis de notre voisin.


A tort, selon cet essai, qui aborde les deux façons d'enseigner la prétendue "discipline reine" d'un versant à l'autre des Alpes "à la manière des Lettres persanes", c'est-à-dire avec distance et non sans ironie. La démarche permet ainsi de tordre le cou à de nombreux clichés. Notamment celui qui voit dans le système scolaire italien un malade chronique. Ou le mythe de la prétendue exception française, selon lequel la France mettrait à la disposition de ses lycéens le meilleur enseignement philosophique au monde !

 

Car, pour l'auteur, c'est en Italie que la philosophie est la "mieux lotie". En perpétuant la tradition de l'humanisme dont elle se réclame, l'Italie a su cultiver et entretenir à un niveau de grande qualité l'apprentissage des humanités gréco-latines, ce dont témoigne le fait que le liceo classico (lycée classique) demeure une filière très prisée.

 

L'auteur montre aussi les institutions qui, depuis 1923, veillent dans la Péninsule à maintenir le lien au passé par le "retour aux textes" prôné par le ministre philosophe Giovani Gentile. Comme son maître, le philosophe Benedetto Croce, Gentile l'"historiciste" pensait que l'Histoire était le moteur de toute création humaine. Apprendre la philosophie au travers de l'histoire des philosophes ne signifiait nullement que l'on renonce à une réflexion critique et personnelle. Elle en était au contraire guidée et enrichie par l'acquisition d'une culture historique.

 

La thèse défendue ici par Jean-Louis Poirier est forte : la différence ne porte pas sur l'objectif de l'enseignement philosophique, mais plutôt sur les diverses manières de concevoir ce qu'on entend par "réflexion critique". Côté italien, on valoriserait la continuité ("Rome transmet et l'Italie se souvient"), on érigerait la mémoire en état indispensable au sentiment d'unité d'un pays dont l'unification au XIXe siècle a été tardive. Côté français, on mise sur la naissance d'un "esprit critique" autonome ; on valorise le "non" dans la lignée d'une pensée républicaine revendicative par nature...

 

Or selon Jean-Louis Poirier, ces deux approches de la philosophie, historique et critique, doivent se croiser et non être mises en concurrence. Est-ce dans cet esprit que le ministre de l'éducation nationale, Luc Chatel, vient de décider que la philosophie serait désormais enseignée dès la classe de seconde, comme on le fait en Italie ? Ce serait alors un premier pas vers une reconnaissance de la "progressivité" typique du système italien.

 

A l'heure où certains parents et élèves doutent de l'utilité de l'enseignement de la philosophie en terminale, ouvrir ce débat est tout à fait bienvenu. Peut-être cela contribuera-t-il à réhabiliter la classe de philosophie aux yeux des récalcitrants qui disent craindre d'y perdre leur temps.


ENSEIGNER LA PHILOSOPHIE : L'EXEMPLE ITALIEN de Jean-Louis Poirier. Ed. Conférence, 280 p., 20 €.

 

 

 

Paru dans Le Monde.

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 14:16

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'émancipation tunisienne de la dictature est l'occasion de lire ou relire Mustafa Safouan qui explique l'utilisation cynique de la religion  à laquelle se livrent  des politiques cyniques, comme c'est toujours le cas : que ces politiques se présentent comme laïques ou prétendent parler au nom de la religion,  dans tous les cas, il faut tout de même ouvrir les yeux et remarquer qu'une dictature, ses formes et ses ressorts, ses intérêts économiques et son pouvoir policier, adaptés à une situation présente, ne gît jamais toute élaborée dans le texte religieux. En revanche c'est la foi des fidèles qui est exploitée. Ce sont les croyances religieuses  qu'une dictature utilise  en leur donnant des contenu politiques, ce sont les passions de crainte et d'espoir que les pouvoirs politiques nourrissent en usant d'un vocabulaire religieux et en prétendant agir au nom de la religion ou de la volonté de Dieu  et en imposant par la terreur et par la menace  un ordre à son profit, combinant les moyens de la confiance et de l'imagination à ceux de la peur et de la surveillance policière.


 

Mustafa Safouan, comme Spinoza dont il est un lecteur savant,  et comme Spinoza qui définissait les fondements de la liberté politique et religieuse dans une époque d'intolérance à l'égard des croyances religieuses en démontrant que celles-ci sont utilisées pour l'oppression et la domination,  Safouan donc dénonce l'instrumentalisation des croyances religieuses par des dictatures qui prétendent parler au nom de l'islam -ou par celles qui prétendent préserver le peuple des islamistes politiques radicaux, prétexte utilisé pour assoir et faire durer leur dictature.


 

Son ouvrage, "Pourquoi le monde arabe n'est pas libre"  avait précédemment été présenté sur le blog.

 

Je le cite à nouveau, compte tenu du contexte politique, dans lequel cet ouvrage se révèle tout à fait  éclairant

 


 

Rappel de l'article  M. Safouan : pourquoi le monde arabe n'est pas libre

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 11:54

A titre d'information -j'y reviendrai plus tard avec mes commentaires personnels, quand j'aurais le temps- je vous signale les excellents articles sur le travail de Moishe Postone, critique majeur de la valeur et du capitalisme, qui reprend et renouvelle les analyses de Marx sur le capital, et que publie l'excellent blog Palim Psao, dont je reproduis ici avec son autorisation quelques passages d'articles sur Postone et la différence entre la critique du capitalisme de celui-ci et celle de Debord *

 

 

 

 

 

Ce texte était paru début septembre sous une précédente traduction trop peu précise, puis retiré. La traduction présente a été relue par Gérard Briche. Les notes de bas de page restent de ma main.

 

Ci dessous en fichier PDF un texte de Michel Prigent lu au Salon du livre anarchiste le 25 octobre 2009 qui s’est tenu à Westfield College à mile end road à Londres. L’allocution a été faite dans le cadre de l’atelier sur la crise de l’économie, l’effondrement du crédit et le changement climatique. Les allocutions ont eu lieu dans le département de physique du collège. Ce texte est paru initialement sur le site du groupe anglais Principia Dialectica. Dans son court texte pas assez développé semble-t-il (mais oralité oblige), Prigent pourrait peut-être laisser l'impression que Debord ne nous a finalement rien appris. La limite du texte de Prigent il me semble, c'est qu'il ne montre pas, bien qu'il le présuppose, en quoi la conceptualisation du spectacle dans La Société du spectacle (même si il y avait quelques limites importantes bien sûr) reste intéressante comme nouveau pas après celui de Marx sur le fétichisme de la valeur. Cet angle mort de Michel Prigent, c'est justement ce qu'abordent les textes que nous mettons en lien juste ci-dessous, et qui sont donc quelque part complémentaires de ce texte. 

 

Le texte de Michel Prigent " La différence entre la critique du capitalisme moderne de Debord et celle de Postone " :

   

 

 

 

Voir le Fichier : Difference_entre_Guy_Debord_et_Moishe_Postone_ou_les_limites_de_Guy_Debord_relu_definitif1.pdf

 

 

 


 

 

Qu'est-ce que la wertkritik ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, le  « Chicago Political Workshop » et le groupe basé à Londres « Principia Dialectica » et  d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit, Streifzüge ou le groupe 180 ° avec des théoriciens comme Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Robert Kurz, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, «  une réinterprétation de la théorie critique de Marx » comme l'a appelée Postone, est apparue durant les deux dernières décennies. A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette approche parfois étiquetée comme mouvance de la « critique de valeur » (wertkritik), a des intérêts principaux divers :  cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite (travail abstrait) de tout travail, à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme  « sujet automate ». Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise). La valeur n'est pas limitée à la seule " sphère économique ", mais impose sa structure à toute la société, la valeur est une forme sociale de vie et de socialisation, un " fait social total ".

 

Un des points centraux de ce nouveau travail théorique est de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les comparses d'un processus qui les dépasse, la lutte des classes si elle existe bien, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes. Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. C'est le double caractère de cette forme de vie sociale et sphère séparée de la vie qu'est le travail et non le marché et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné. La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur " invisible ". 

 

Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais ce n'est pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une " société idéale ". Le seul critère proposé par la wertkritik c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, cela reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. On ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines. D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple «  crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik ".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(* pour nos amis les situ qui se sont un peu agités dernièrement)

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 16:06

CHARLES DARWIN


 

 L’ORIGINE DES ESPÈCES
Édition définitive (6e édition [1872], dernier tirage revu par Darwin, 1876)
Traduction nouvelle par Aurélien BERRA
Précédée de Patrick TORT: « Naître à vingt ans : genèse et jeunesse de L’Origine »
Travaux de l’Institut Charles Darwin International www.darwinisme.org
Format poche, 896 p. 22,50 € Éditions Honoré Champion


L’EFFET DARWIN
Sélection naturelle et naissance de la civilisation

PATRICK TORT   (Paris, Seuil, 2008, 234 p., 18 €)

 


Charles Robert Darwin (12 février 1809–19 avril 1882) est un naturaliste anglais dont les travaux sur l'évolution des espèces vivantes ont révolutionné la biologie. Célèbre au sein de la communauté scientifique de son époque pour son travail sur le terrain et ses recherches en géologie, il a formulé l'hypothèse selon laquelle toutes les espèces vivantes ont évolué au cours du temps à partir d'un seul ou quelques ancêtres communs grâce au processus connu sous le nom de « sélection naturelle ».

____________

 

 

"Une interprétation expéditive du darwinisme a fait trop souvent de la « survie du plus apte » l’argument des manifestations ordinaires de la loi du plus fort : élitisme social, domination de race, de classe ou de sexe, esclavagisme, élimination des faibles. Patrick Tort, spécialiste de l’œuvre de Darwin, montre qu’en réalité la civilisation, née de la sélection naturelle des instincts sociaux et de l’intelligence, promeut au contraire la protection des faibles à travers l’émergence – elle-même sélectionnée – des sentiments affectifs, du droit et de la morale. Pour emblème de cet « effet réversif » de l’évolution, l’auteur choisit la bande de Möbius, dont la face unique résulte d’un retournement continu. Un essai pour en finir avec la tentation toujours présente de réduire la théorie à une version « plate » permettant d’utiliser Darwin pour justifier l’injustifiable." 

PATRICK TORT  


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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 14:30

 

 

 

 

Comme si nous avions perdu la mémoire qu'il neige en hiver, les récentes chutes de neige qui ont bloqué les aéroports et entravé la circulation sont perçues comme un événement extraordinaire, dont les media ne cessent de faire état et dont on s'affole mis devant les inconvénients qu'elle entraîne. Il neige en hiver, serait-ce devenu l'équivalent d'une catastrophe naturelle comme l'éruption du volcan islandais qui empêcha les avions de décoller ? Car là lest e point commun : les avions ne décollent plus, la vie est perturbée.

 

La vie est perturbée, le temps et l'espace abolis par les techniques contemporaines, reviennent comme des obstacles, réfrener le  fantasme de toute-puissance, d'autant que la vie économique est la plus affectée donc la plus à plaindre, disent-ils. 

 

Là est  le problème, double : l'économie doit tourner à plein rendement et toute perte de temps est  dramatique car elle est une perte d'argent. De même que pour la technique,  qui conditionne l'économie et toute la vie d'une société, elle doit fonctionner continuement, sans failles sans défauts  afin de rendre disponible sans discontinuité tout ce qui de la nature est fantasmé comme un dû, comme si tout était à notre disposition , de droit. Sans rupture dans le temps, la technique doit fonctionner sans panne, sans se soustraire à l'appétit insatiable de l'exploitation généralisé des ressources, comme si tout ce qui est était à notre disposition, nous appartenant de droit à nous humains qui ferions exception au sein de la nature et de ses lois que l'industrie  et la technique posent comme un rêve de maîtriser et de pouvoir surmonter.

 

Rien ne doit jamais s'arrêter, et il faut aller toujours plus vite, être toujours plus efficace, la panne est interdite.

 

Or la haute productivité du travail et les obligations de rendement au sein d'un système de concurrence qui ne tolère pas la perte de temps, dans nos sociétés hyper-technicisées, manifeste une représentation et un imaginaire tout uniement façonnés par cette obsession du rendement  et par le principe de rentabilité,  et par l'appropriation généralisée  à toute la nature, comme si la terre nous appartenait. Comme une évidence il faut produire, vite et toujours plus et emplir le temps par ces activités afin que ne demeure aucun vide. La technique, qui accompagne et conditionne cette emprise sur le monde, désirée toujours plus grande, illimitée, est fantasmée comme toute-puissante du fait des pouvoirs accrus qu'elle confère. Elle devrait par conséquent être toujours en état de fonctionner à plein rendement et la panne interdite, ramenée à une défaillance humaine évitable.

 

Le fantasme même de la technique  est la représentation que la panne n'existe pas car elle ne doit pas exister.  Donc elle ne peut être anticipée. De sorte que ce manque d'anticipation fait l'objet de mises en accusation après-coup des hommes qui la mettent en oeuvre.

 

 

La panne technique face aux phénomènes naturels qui sortent de l'ordinaire le plus ordinaire ( de la neige à Noël !) est perçue comme inadmissible puisqu'elle n'est pas prévue c'est à dire puisqu'elle n'est pas comprise comme faisant partie de tout dispositif technique, comme sa limite.

 

 

La neige en hiver, nous renvoie à cette vérité que la limite existe, et  à une sagesse qui assume(rait) la limite et la limitation de la toute-puissance dans laquelle notre monde est embarqué et à laquelle il faudrait pourtant renoncer.

 

La beauté de la neige, et le silence qu'elle étend et qui apaise, sont aussi des dons de la nature.

 

Pour les voir et les ressentir, il faut s'arrêter et accepter le vide au sein du temps.

 

 

Alithia.

 

 

 

 


 
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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 14:43

 

 

 

 

Sous la plume d'André Glucksmann, nous pouvons lire un rappel de la tolérance fondatrice de la laïcité, que la république doit  garantir. Cette apologie de la tolérance est devenue plus que nécessaire quand de soi-disant laïques veulent imposer le refus d'une pratique religieuse et s'allient pour ce faire avec l'extrême-droite, ce à quoi le FN donne un écho nationnal retentissant.

 

Faut-il rappeler encore et encore que la laïcité n'est pas le refus de la religion, ni de telle ou telle, mais consiste en la tolérance de toutes les religions, croyances et opinions, sous conditions qu'elles ne contreviennent pas aux lois et ne portent pas atteinte aux individus ni à l'ordre public -ce qui distingue certaines sectes des religions- et selon une stricte séparation de la sphère des religions et de celle de la politique et de l'Etat. En clair les religions n'ont pas à imposer leurs règles particulières à l'ensemble de la communauté nationale, et les lois ne sont pas faites à l'instigation des religions ni n'ont à tenir compte de leurs croyances et traditions, qui ne valent que dans l'espace de la pratique religieuse des individus.

 

La religion, en république doit rester une affaire privée, ne doit pas avoir de prétentions politiques et ne doit pas envahir l'espace public. C'est à dire que nulle religion ne doit sortir de sa sphère où elle s'adresse aux seuls croyants et elle ne doit pas déborder dans l'espace public en y imposant ses croyances et ses rites  ou cherchant à les imposer à tous pour en faire un débat public.  Rien d'autre et rien de plus.

 

 

Que se passe-t-il  alors si un groupe ne dispose  pas de lieux de culte et procède à ses rites dans la rue ? Cela revient-il à imposer ces moeurs  comme devant faire débat dans l'espace public ? Certainement pas.   Et le prétendre  en présentant cet état de fait, par manque de locaux, comme un prosélytisme choisi alors qu'il s'agit d'une situation d'inconfort subi et  alors que ce sont les mêmes protestataires qui dénoncent ce fait comme supposé être une agression intolérable pour les autres, qui sont les premiers à  refuser aux musulmans des lieux de culte  suffisamment vastes pour y recevoir les fidèles en nombre croissant, est un mensonge et une hypocrisie.  Double discours et double bind : ils fabriquent une impasse.  Certes les dits croyants  n'ont pas à exhiber leurs prières dans la rue, autant que possible. Mais le problème est qu'actuellement ils ne peuvent faire autrement.  Où peuvent-ils s'y livrer quand les mosquées manquent ? Il faut cesser avec cette hypocrisie de la dénonciation d'un islam qui déborde dans la rue  parce que  ses lieux de culte sont insuffisants et ne lui sont pas assurés, en faisant comme si cela signifiat qu'il avait envahi l'espace public des idées, des débats et des références culturelles.

 

Ce sont deux choses bien distinctes. L'occupation d'un trottoir le temps d'une prière, regrettable sans doute, n'est pas l'occupation de l'espace public où les valeurs seraient celles de l'islam -contrairement à ce que prétendent ces faux laïcs et vraies idéologies d'extrême-droite qui servent de tremplin au FN, comme autrement le pouvoir sarkoziste avec ses amalgames  à la Hortefeux.

 

En revanche l'espace public, espace d'idées et de débats, tend à être envahi par les discours sécuritaires et xénophobes de la sarkozie et de l'extrême-droite. Là est le vrai problème.


 

Et il faudrait cesser de  présenter ce phénomène  de prières dans la rue comme une provocation , alors qu'il s'agit d'un fait subi, qui représenterait une agression pour les non-musulmans (il faudrait aller faire un tour dans le quartier et voir de ses yeux que ça ne dérange en rien la population non musulmane que les trottoirs ne soient guère praticables une heure  par semaine) et pire encore, qui serait un danger pour l'Etat et l'ensemble de la nation.

 

La laïcité autorise et protège les religions qui sont elles-mêmes soumises au respect des lois communes. Encore doivent-elles en avoir les moyens pour ne pas s'exhiber dans la rue.

 

Or le pouvoir sarkoziste joue dangereusement avec un certain rejet de l'islam, comme si celui-ci mettait en péril l'Etat et les lois, se fondant sur le fait  que certaines manifestations publiques devraient demeurer privées,  et qu'un certain agacement se fait jour dans la population autour des voiles intégraux qui agressent , dans leur principe, les citoyens et parmi eux les femmes  encore plus, pour le symbole qu'ils représentent.  Ce faisant  ce pouvoir pratique une confusion lorsqu'il tente de faire passer pour une menace contre l'Etat, ce qui  relève d'un problème auquel la laïcité doit pouvoir trouver une solution, en permettant que les rites soient accomplis de manière réservée aux croyants de cette religion dans un espace privé, et en légiférant  éventuellement, sur le voile intégral, s'il y a lieu.  Il existe  une tendance croissante au sein de la population à tolérer  assez peu les revendications à caractère communautaire extrême et traditionnalistes se rattachant à une tradition incompatible avec les valeurs d'une société démocratique, au sein d'une société très peu religieuse, très déchristianisée. Seuls 1% des catholiques suivent régulièrement la messe. Et les religieux déplorent notre société "sans Dieu".  Cela pose problème au cadre laïc de la république mais ne met nullement en danger l'Etat. Pour notre société, la religion n'a pas tous les droits. Elle a été cantonnée dans son espace propre.

 

Que l'actuel retour à la religion de nombre de personnes de culture musulmane soit seulement privé,  est une idée largement  acquise dans nos sociétés.

 

Or les attaques contre les étrangers et les expulsions de Roms,  comme s'ils représentaient une menace, ces attaques et provocations réitérées depuis l'été, entretiennent  l'idée malsaine que l'"étranger" est un danger pour l'Etat, en une  manipulation que réalise la confusion pré-citée et qui n'a rien à envier à l'extrême-droite,  tandis qu'au même moment  beaucoup parmi nos concitoyens auraient tendance à considérer  simplement que le risque que peuvent entraîner des références religieuses et culturelles publiquement revendiquées, dans le contexte, consiste uniquement en une promotion de traditions archaïques qu'une  république ne peut accepter, en particulier à l'égard des femmes qui ne peuvent vivre ici comme l'on vit en Arabie saoudite.

 

Cette  confusion entre une défense de la laïcité et une xénophobie entretenue par les discours et les actes du pouvoir sarkoziste, est à vrai dire le seul  danger, auquel il est possible de répondre  pour apporter quelques clarifications et dire son désaccord.

 

Le rappel de la tolérance est aussi un appel à la résistance . 

 

 

 

 

*  *  *


 

André Glucksmann écrit dans le Monde , pour rappeler ces principes de tolérance envers toutes les religions, que la laïcité garantit et doit garantir.

 

 

 

[extrait]

 

Au sortir de la guerre froide, un officiel soviétique fit mine de plaindre ses vainqueurs : "Vous venez de perdre votre Adversaire Absolu, vous voilà bien embarrassés !" Comme si gouvernants et diplomates ne couraient depuis toujours plusieurs lièvres à la fois. Certes, pour être totales, les mobilisations totalitaires s'assignent une cible exclusive – l'impérialisme américain, le judéo-bolchévisme, le sionisme, les infidèles ou tout autre "Ennemi" supposé héréditaire.

En revanche, les mouvements démocratiques échappent à la contrainte de l'idée unique. Entre 1945 et 1989, un Occidental s'autorisait à contester simultanément les dictateurs communistes, les guerres coloniales, la corruption des privilégiés, le machisme des conservateurs, et cætera. Vingt ans après, il semble que le diagnostic soviétique l'emporte et que nous partions en quête du bouc émissaire un et indivisible.

 

La campagne présidentielle commence mal. En été 2010, l'Elysée ouvrit le ban par une offensive anti-Roms, expédiant gendarmes et bulldozers démolir les cahutes des bidonvilles improvisés, tandis que les caméras des télévisions s'attardaient sur les poupées écrasées, les frigidaires éventrés, la résignation triste et digne des plus démunis d'entre les démunis. Quinze mille Tziganes, nomadisant sur le sol français, mettaient la République en danger ! S'engouffrant dans la brèche morale, l'ultradroite plébiscite un enjeu décisif pour la nation : "l'occupation" de deux tronçons de rue à Paris à l'heure des prières coraniques du vendredi. Les musulmans arguent d'un manque (avéré) de lieux de culte clos.

 

En bon laïque, peu porté à l'angélisme, je suis choqué par ce spectacle hebdomadaire – à chacun ses goûts. Mais nul n'a le droit d'imposer ses rites et ses manies à qui ne les partage pas. Que l'on construise donc les mosquées indispensables et qu'on dégage dans la foulée les chaussées indûment encombrées ! Récuser les lieux ouverts et refuser les lieux couverts à la seconde religion de France, c'est raisonner en pompiers pyromanes. Ceux qui vitupèrent l'occupation religieuse du pavé s'opposent paradoxalement à la construction d'espaces appropriés avec ou sans minaret (au gré des arrêtés municipaux).

 

Ils invoquent la réciprocité : tant que les églises chrétiennes seront interdites en Arabie Saoudite, nous devons refuser les mosquées chez nous. Faudrait-il dès lors couper la main des voleurs, lapider les adultères, pendre les homosexuels, parce que telle est la règle ailleurs ? Œil pour œil, dent pour dent ? Pitié ! La tolérance laïque, glorieuse invention de l'Europe, permet la vie en commun dans la diversité des désirs et des couleurs. Si d'autres pays choisissent la contrainte et l'uniformité, tant pis pour eux, mais pas question de s'en inspirer.

 

Exception planétaire : sur le Vieux Continent, toutes les religions sont minoritaires de fait, et le resteront. Jean Paul II constatait, lucide et désolé : "Les Européens vivent comme si Dieu n'existait pas." Son successeur confirme, incriminant un "relativisme" dominant villes et campagnes. Fût-elle appréciée comme une nouvelle barbarie, la tolérance règne. Elle accepte toutes les religions et "irréligions", sans en privilégier aucune. N'en déplaise aux chevaliers d'une foi pure et dure, en très grande majorité les Européens bannissent la guerre des croyances et les prosélytismes agressifs. Même les musulmans ? Chez nous, oui.  [...]

 

 

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 13:46

 

 

S'il est de coutume de rendre hommage à quelqu'un lors de son décès, il est tout de même gênant que dans un communiqué de l'Elysée concernant Jacqueline de Romilly, Nicolas Sarkozy se permette de dire le contraire de ce qu'il pense et fait en matière d'éducation.

 

Nicolas Sarkozy rend hommage  à cette helléniste exceptionnelle que fut Jacqueline de Romilly dans  un communiqué de l'Élysée :

" les langues et les 'humanités' sont indispensables à l’être humain car elles lui permettent de penser, de peser avec discernement les termes et les idées, d’éviter le piège des dogmes qui conduisent au fanatisme". Jacqueline de Romilly, en s'éteignant, confie l’exigence de veiller au maintien d’un enseignement littéraire de qualité."

 

 

Cependant  le 16 avril 2007  voici ce qu'il déclarait : 


" Vous avez le droit de faire de la littérature ancienne, mais le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes."

 

 

Cette intrumentalisation de l'oeuvre de Jacqueline de Romilly car elle vient de disparaître et parce qu'il est difficile de ne pas lui rendre hommage, est franchement pénible et revient à se moquer un peu de nos concitoyens.

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 22:35

Une grande hélleniste Jacqueline de Romilly, est décédée aujourd'hui.

 

Hommage à cette grande dame qui a toujours défendu l'intérêt de l'enseignement du grec ancien à l'école, au nom de l'intérêt irremplaçable que constitue la découverte d'autres cultures et aussi la connaissance de nos origines.  Cet enseignement est actuellement tombé dans l'oubli, dans un quasi abandon, car peu rentable aux yeux des technocrates donc de peu d'intérêt à leurs yeux, ignorants qu'ils sont de ses qualités extrêmement formatrices .

 

Pour elle, le grec ancien devrait être accessible à tous.

"On veut que les enfants sachent ce qui se passe autour d'eux. Mais quelle merveille de découvrir un monde autre pendant une heure. Pourquoi tirerait-on davantage d'une rencontre avec n'importe qui que d'un tête-à-tête avec Andromaque ou Hector ?"

 

Elle a pris position  sur les questions d'enseignement, déplorant que la conception qui prévale soit largement empreinte d'utilitarisme. En effet une société qui oublie Homère finira par oublier les autres grands écrivains.

 

 

Jacqueline de Romilly, incarnait à elle seule l'exceptionnel intérêt que représente e l'enseignement des études grecques classiques en France et une conception humaniste de la culture, ancrée dans l'histoire.


 

"Je regrette que l'on n'oeuvre pas suffisamment pour ce qui développe la formation de l'esprit par la culture, par les textes et l'intimité avec les grands auteurs, perdant ainsi un contact précieux avec ce que les autres ont pensé avant nous", disait-elle.

Jacqueline de Romilly était membre de l'Académie française,  première femme a avoir été élue dans cette honorable institution, après avoir été la première femme intégrant l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, puis elle fut également la première femme professeur au Collège de France nommée à la chaire "La Grèce et la formation de la pensée morale et politique".



Son oeuvre est considérable et porte essentiellement sur  Athènes du Ve siècle et ce qui l'a préparée. Athènes d'où provient presque toute notre culture : la philosophie, l'histoire, les arts, la tragédie, les mathématiques et toutes les disciplines du savoir, établies dans leur découpage par les Grecs anciens qui ont fondé et distingué l'histoire, la géographie, l'astronomie, la géométie, la physique, la médecine... la politique et l'invention de la démocratie.


Elle a  travaillé sur Thucydide, le grand historien sur lequel elle fit sa thèse et dont elle traduisit les oeuvres complètes, et sur les poètes Homère, Eschyle, Euripide, sur la démocratie, sur les sophistes.

 

 Ses principaux ouvrages : Histoire et raison chez Thucydide (1956), La Tragédie grecque, PUF, 1970 & 1982 , Le temps dans la tragédie grecque, Vrin, 1971, La Loi dans la pensée grecque, des origines à Aristote, Belles-Lettres, 1971

Problèmes de la démocratie grecque, Hermann, 1975,  La douceur de la pensée grecque (1979), Les Grands Sophistes dans l'Athènes de Périclès, de Fallois, 1988,  La Grèce à la découverte de la liberté,  de Fallois, 1989, L'invention de l'histoire politique chez Thucydide, ENS, 2005, L'élan démocratique dans l'Athènes ancienne, de Fallois, 2005, d'autres encore, jusqu'à son dernier ouvrage : La grandeur de l'homme au siècle de Périclès, de Fallois, 2010

en collection Que sais-je? un "Homère" (1986), une biographie d'Alcibiade (1995), elle écrit sur l'enseignement : L'Enseignement en détresse (1984), Lettres aux parents sur les choix scolaires, de Fallois, 1994, et fonde en 1992 une association pour la sauvegarde des enseignements littéraires.

Petites leçons sur le grec ancien, Stock, 2008

Elle a également publié un roman, Ouverture à cœur (1990), et des nouvelles qui évoquent ses souvenirs : Les Oeufs de Pâques (1993) et Laisse flotter les rubans (1999). 

 

Sur wikipedia, une page est consacrée à Jacqueline de Romilly, quinze à Cristina Aguilera, dont je ne sous-estime pas les mérites.

Mais cela résume assez bien ce qu'est wikipedia.

 

 

 

Alithia


 


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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 16:44

 

 

Christine Lagarde, ministre de l'économie,  met en cause cet abus de Google ainsi que son organisation pour échapper au fisc, suite à une enquête approfondie de l'Autorité de la concurrence qui a enquêté sur les pratiques de Google dont de nombreux acteurs se plaignent, dont les éditeurs de presse en particulier ainsi que les sites concurrents qui dénoncent l'opacité de son système de référencement et l'accusent également de mettre des barrières d'entrée bloquant certains sites.

 

voir ici l'analyse

 

 

Google, se trouve en abus de position dominante dans tous les domaines du web, et au sein de celui-ci wikipedia qui occupe systématiquement les et voire la 1° place, pour les recherches simples d'un mot ?

 

Hormis les aspects juridiques, financiers, commerciaux et fiscaux que signifie la mise en cause de Google pour abus de position dominante, si c'est établi, comme cela semble être en voie de l'être (90% des requêtes sur internet passent par Google et les pratiques de celui-ci sont soupçonnées d'être déloyales)  cela ouvre à une question et à une nécessaire réflexion : l'idéologie libertaire du tout libéral qui est celle d'internet où chacun et n'importe qui peut dire ce qu'il veut et n'importe quoi (pas seulement sur wikipedia)  au nom de la liberté, n'est-elle pas en passe d'aboutir à son contraire, une privation des libertés jamais connue et jamais imaginée, dans un espace du web qui serait devenu totalement dépendant de Google et totalement quadrillé par lui, et en son sein, wikipedia qui trône comme supposée encyclopédie supposée diffuser le savoir et la connaissance ?

 

Question redoublée du fait de la numérisation des livres annoncée par Google, qui a déjà commencé  et où Google s'assure un monopole, avec l'aide de wikimedia-wikipedia qui met à sa disposition ses bénévoles : quelles en sont les conséquences  ? N'y a-t-il pas  là aussi abus de position dominante et donc, nécessairement restriction des libertés dans les domaines du livre, de la culture, de l'information ?

 

Que internet permette la diffusion de l'information et des échanges et que ce soit un bien, nul ne pourrait le contester. Quoiqu'il faille aussitôt ajouter une réserve en forme de question  : que vaut l'information non analysée par des gens qui s'y collent et font le travail de tri, d'interpétation, d'analyse ?  Vaste question qui pose celle de la nécessité des journalistes  professionnels et intellectuels qui s'efforcent d'analyser l'actualité, qui elle-même, délivrée de manière brute en quantité illimitée, à la limite, ne veut plus rien dire .

 

Sans nier les évidents avantages et mérites d'internet, dont plus personne ne peut se passer, aujourd'hui, ni le service que rend Google pour se repérer dans ce labyrinthe, il faut néanmoins se demander quel sens il est possible de pressentir quant au devenir de l'information et de sa diffusion, et au-delà, de la diffusion des connaissances précisément quand celles-ci seront entièrement dépendantes et quadrillées par Google et au centre wikipedia trônant avec son titre fallacieux d'encyclopédie ?

 

N'est-ce pas un énorme pas vers l'uniformisation et la réduction du champ de l'information et des connaissances qui se prépare là ? Et  tout le contraire d'une extension des libertés, de s'informer et de connaître ?

 

Ces questions méritent d'être posées.

 

 

Alithia

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