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Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
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  • : observatoire de wikipedia qui se prétend une encyclopédie, sans spécialistes ni vérification d'experts, chacun peut écrire ce qu'il veut sous anonymat : une pseudo-encyclopédie où prospèrent la propagande et l'irrationnel. Blog de réflexion sur la culture
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  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 19:22

Sur le thème de la délégation de pouvoir et des dangers de la représentation lorsqu'elle devient le synonyme du pouvoir confisqué aux citoyens, Rancière exprime ce qui menace la démocratie réduite à une coquille vide, sous le discours du démocratisme qui ne veut plus rien dire. Défendre la démocratie, contre le démocratisme unanimiste qui efface toutes les contradictions,  c'est défendre le pouvoir des citoyens.


Dans un article daté du 22 mars 2007 publié dans un supplément du Monde,  sous le titre "
La présidentielle n’est pas l’incarnation du pouvoir du peuple. C’est l’inverse", Jacques Rancière écrit  :

"L'élection présidentielle directe n'a pas été inventée pour consacrer le pouvoir populaire mais pour le contrecarrer. Elle est une institution monarchique, un détournement du suffrage collectif destiné à le transformer en son contraire, la soumission à un homme supérieur servant de guide à la communauté. Elle a été instituée en France en 1848 comme contrepoids à la puissance populaire. Les républicains avaient cru en limiter le risque par un mandat de quatre ans non renouvelable. Le coup d'état de Louis Napoléon fit prévaloir l'esprit monarchique de l'institution sur sa forme républicaine.


Après 1870, il n'en fut plus question jusqu'à ce que de Gaulle la rétablît en 1962. Il s'agissait, dit-il, de donner à la nation un guide au-dessus des partis. Il s'agissait en fait de donner tout pouvoir à ce guide en mettant l'appareil entier de l'Etat au service d'un parti minoritaire. Toute la gauche alors le comprit et vota contre cette institution. Apparemment, tous l'ont oublié : les socialistes qui découvrirent, avec les avantages pratiques du système, les charmes privés de la vie de cour ; les communistes et l'extrême gauche qui y trouvèrent les moyens de monnayer leurs voix en vue des partages de circonscriptions ou de faire un peu de propagande pour leur boutique. Rien d'étonnant à ce que tous, ou à peu près, aient fait choeur en 2002 pour plébisciter le candidat de cette « démocratie ».


Aujourd'hui comme hier, pourtant, l'élection présidentielle est la caricature de la démocratie. Elle la ramène au modèle économique qui gouverne notre monde, la loi de la prétendue concurrence au service du «  choix rationnel » des individus. Le pouvoir d'intelligence de chacun et le pouvoir de décision collectif sont censés s'y exercer en choisissant un individu doué de vertus exactement antagoniques : représentant de son parti et indépendant à l'égard des partis, penché à l'écoute de nos « problèmes » et capable de nous imposer les lois de la science gouvernementale.


Ils sont censés valider en même temps un charisme personnel et la rationalité d'un programme, fabriqué sur la base des petits bouts d'expertise apportés par les spécialistes de chaque domaine, chiffrant ce qu'on va dépenser pour la santé ou pour la justice, pour l'entreprise ou pour le logement, en répartissant par avance les bénéfices d'une croissance à venir qui dépend elle-même de la confiance que « les marchés » voudront bien accorder à tel patchwork d'expertises et de promesses plutôt qu'à tel autre.



[...]


Le modèle économique du libre choix et de la libre concurrence que des voix complaisantes opposent aux rigueurs de l'étatisme est en fait exactement homologue aux formes de l'emprise étatique sur nos pensées et nos décisions. Qui prétendra déterminer la balance entre les profits et les coûts des mesures proposées par chaque candidat pour la justice et pour les transports, pour l'enseignement et pour la santé ? Qui saura calculer le rapport entre l'équilibre interne des programmes, l'autorité prêtée à celui ou celle qui doit les incarner et la « confiance des marchés » ? Celui qui voudrait le faire honnêtement serait naturellement conduit à l'abstention. Le choix est, de fait, entre l'abstention et la décision de s'en remettre en votant à ceux qui se déclarent plus capables que nous de faire le calcul.


Le pouvoir que l'on exerce en votant pour tel ou telle n'est pas le choix rationnel du plus capable, c'est simplement l'expression du sentiment vague que tel bulletin confié au secret de l'urne exprime mieux la préférence que l'on a pour l'autorité ou pour la justice, pour la hiérarchie ou pour l'égalité, pour les pauvres ou pour les riches, pour le pouvoir des compétences établies ou pour l'affirmation de la capacité politique de n'importe qui.


Le paradoxe est que ce sentiment vague, qui dit la vérité du prétendu choix rationnel des offres concurrentielles, est plus proche en définitive de la véritable rationalité politique : la politique, en effet, est d'abord affaire de sentiments « vagues » sur quelques questions de principe : sur la question de savoir si ceux qui vivent et travaillent dans un pays appartiennent à ce pays, si ceux ou celles qui font le même travail doivent recevoir des salaires différents selon leur sexe, si ceux ou celles qui se présentent pour un emploi ou un logement doivent être distingués selon leur origine et la couleur de leur peau, et en définitive si les affaires de la communauté sont les affaires de tous ou celles d'élites composées des professionnels du gouvernement, des puissances d'argent et des experts de telles écoles et de telles disciplines.


Ce sentiment se formule, de manière cryptée, à travers les abstentions ou les votes déviants pour les candidats de « protestation » ; il s'exprima plus clairement déjà dans le refus d'une Constitution européenne que tous les experts présentaient comme l'incarnation de la raison et de l'avenir radieux. Il prend sa forme propre avec l'action collective de tous ceux et de toutes celles qui affirment leur capacité de juger de la validité de telle mesure concernant l'emploi ou les retraites, l'enseignement, la santé ou la présence des étrangers sur notre sol, de sa conformité au sens de notre communauté et de ses conséquences pour l'avenir.


[...]

Il n'y a pas de crise ou de malaise de la démocratie. Il y a et il y aura de plus en plus l'évidence de l'écart entre ce qu'elle signifie et ce à quoi on veut la réduire".



source

Explication à partir d'une question  lors d'une interview :

question :  Vous faites une critique virulente du système représentatif et électoral actuel. Vous avez dernièrement, dans un article du Monde
(22 mars 2007), fait une critique des élections présidentielles. Pour autant, est-ce qu'une transformation démocratique des institutions actuelles à un sens pour vous et à quelles conditions ?

J. Rancière.- Il est certainement possible d'imaginer des transformations du système représentatif qui fassent droit à l'anarchisme démocratique tel que je l'entends. Cela implique une restriction du rôle du président et la restitution à l'assemblée du pouvoir légiférant. Cela implique surtout que l'assemblée en question cesse d'être monopolisée par les notables, que la rotation soit effectivement assurée par le non cumul et le non-renouvellement des mandats , que les assemblées qui servent à caser le personnel surnuméraire des partis de gouvernement cèdent la place à des formes de réel contrôle populaire Cela implique aussi une part reconnue dans les institutions républicaines au tirage au sort qui est la forme de « sélection » authentiquement démocratique . Bien évidemment des mesures constitutionnelles ne sont jamais suffisantes pour créer à elles seules une vie démocratique. Une vie démocratique, c'est le résultat de l'action de collectifs supplémentaires par rapport à ceux que définissent les institutions. Mais le développement de cette action est lui-même en partie dépendant de la place - à la fois pratique et symbolique - que les lois et les institutions reconnaissent au pouvoir de n'importe qui. Les formes de l'agir politique ne sont pas les formes de l'Etat. Mais les formes de l'Etat laissent au développement des premières des possibilités tout à fait différentes. Une constitution interdisant le cumul et le renouvellement des mandats, une part élargie donnée au suffrage du hasard, cela définit aussi un autre espace des possibles, un autre style de vie publique.


source



Et de Rancière encore, pour un ensemble de réflexions sur la démocratie, rappel de son ouvrage  paru en 2005 :  "La haine de la démocratie" , La fabrique éditions.

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 14:45

Les idées et informations les plus importantes et les plus intelligentes sont toujours absentes de wikipedia.


Pour des raisons de structure : ses règles qui interdisent toute idée originale et toute analyse et poussent au plagiat ses rédacteurs. Son organisation qui ne comprend ni comité éditorial, ni comité de lecture.

Pour des raisons de fait : dans ce cadre wikipedia ne draîne que des rédacteurs incompétents,  incapables  de aire des choix et de juger de manière perttinente de ce qui est à publier et de ce qui ne mérite pas de l'être. Et de ce point de vue, wikipedia fait tout à contre-sens : elle publie ce qui n'est pas publiable (y compris la propagande et tout le champ illimité de l'irrationnel ) et ne publie pas ce qu'elle devrait publier. [1]


J'ai déjà parlé de Wallerstein et résumé en partie sa thèse. Je publie l'ensemble du texte.

LE CAPITALISME TOUCHE À SA FIN

 Le Monde

lundi 3 novembre 2008 ; interview d'Immanuel Wallerstein


Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre ('Douze propositions pour un autre monde possible'), en 2005, vous êtes considéré comme l'un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l'étude de l'économie des systèmes historiques et des civilisations de l'université de l'Etat de New York, à Binghamton. Comment replacez-vous la crise économique et financière actuelle dans le 'temps long' de l'histoire du capitalisme ?


Immanuel Wallerstein : Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la 'longue durée', qui voit se succéder dans l'histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l'homme à son environnement matériel, et, à l'intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd'hui clairement dans une phase B d'un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d'histoire du système capitaliste.


Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s'endettent, massivement. Nous sommes aujourd'hui dans la dernière partie d'une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l'économie connaît une situation de déflation réelle. Mais, aujourd'hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c'est que le capitalisme ne parvient plus à 'faire système', au sens où l'entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l'équilibre, et l'on assiste alors à une bifurcation. 

 

La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu'alors, et l'on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l'usage du mot 'crise' à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin.


Question :Pourquoi ne s'agirait-il pas plutôt d'une nouvelle mutation du capitalisme, qui a déjà connu, après tout, le passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel, puis du capitalisme industriel au capitalisme financier ?


Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles - il a encore essayé de le faire dernièrement dans les biotechnologies et les technologies de l'information. Mais je pense que les possibilités d'accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries.


A cet égard, le rattrapage économique de l'Asie de l'Est, de l'Inde, de l'Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour 'l'économie-monde' créée par l'Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l'accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d'oeuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néolibérale qui est en train de s'achever n'a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu'en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu'en 1945. En fait, la dernière période d'accumulation réelle - les 'trente glorieuses' - n'a été possible que parce que les Etats keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte !


Q : Y a-t-il des précédents à la phase actuelle, telle que vous la décrivez ?


Il y en a eu beaucoup dans l'histoire de l'humanité, contrairement à ce que renvoie la représentation, forgée au milieu du XIXe siècle, d'un progrès continu et inévitable, y compris dans sa version marxiste. Je préfère me cantonner à la thèse de la possibilité du progrès, et non à son inéluctabilité. Certes, le capitalisme est le système qui a su produire, de façon extraordinaire et remarquable, le plus de biens et de richesses. Mais il faut aussi regarder la somme des pertes - pour l'environnement, pour les sociétés - qu'il a engendrées. Le seul bien, c'est celui qui permet d'obtenir pour le plus grand nombre une vie rationnelle et intelligente. Cela dit, la crise la plus récente similaire à celle d'aujourd'hui est l'effondrement du système féodal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe siècle, et son remplacement par le système capitaliste. Cette période, qui culmine avec les guerres de religion, voit s'effondrer l'emprise des autorités royales, seigneuriales et religieuses sur les plus riches communautés paysannes et sur les villes. C'est là que se construisent, par tâtonnements successifs et de façon inconsciente, des solutions inattendues dont le succès finira par 'faire système' en s'étendant peu à peu, sous la forme du capitalisme.


Q : Combien de temps la transition actuelle devrait-elle durer, et sur quoi pourrait-elle déboucher ?

La période de destruction de valeur qui clôt la phase B d'un cycle Kondratieff dure généralement de deux à cinq ans avant que les conditions d'entrée dans une phase A, lorsqu'un profit réel peut de nouveau être tiré de nouvelles productions matérielles décrites par Schumpeter, sont réunies. Mais le fait que cette phase corresponde actuellement à une crise de système nous a fait entrer dans une période de chaos politique durant laquelle les acteurs dominants, à la tête des entreprises et des Etats occidentaux, vont faire tout ce qu'il est techniquement possible pour retrouver l'équilibre, mais il est fort probable qu'ils n'y parviendront pas.


Les plus intelligents, eux, ont déjà compris qu'il fallait mettre en place quelque chose d'entièrement nouveau. Mais de multiples acteurs agissent déjà, de façon désordonnée et inconsciente, pour faire émerger de nouvelles solutions, sans que l'on sache encore quel système sortira de ces tâtonnements.


Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l'impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd'hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d'influencer l'avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s'imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu'il est tout aussi possible de voir s'installer un système d'exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif.


Q : Les mutations antérieures du capitalisme ont souvent débouché sur un déplacement du centre de 'l'économie-monde', par exemple depuis le Bassin méditerranéen vers la côte Atlantique de l'Europe, puis vers celle des Etats-Unis ? Le système à venir sera-t-il centré sur la Chine ?


La crise que nous vivons correspond aussi à la fin d'un cycle politique, celui de l'hégémonie américaine, entamée également dans les années 1970. Les Etats-Unis resteront un acteur important, mais ils ne pourront plus jamais reconquérir leur position dominante face à la multiplication des centres de pouvoir, avec l'Europe occidentale, la Chine, le Brésil, l'Inde. Un nouveau pouvoir hégémonique, si l'on s'en réfère au temps long braudélien, peut mettre encore cinquante ans pour s'imposer. Mais j'ignore lequel.


En attendant, les conséquences politiques de la crise actuelle seront énormes, dans la mesure où les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l'effondrement de leur hégémonie. Je pense que la moitié du peuple américain n'acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s'exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement. Et n'oubliez pas que nous, les Américains, nous sommes tous armés...

 

 

note [1] Wikipedia publie ce qu'elle ne devrait pas publier mais censure ce qu'elle devrait publier , voir : 

- wikipedia édite ragots et propagande et censure les idées

- l'histoire sur wikipedia prend ses sources aux sites négationnistes

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Published by alithia - dans philosophie
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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 21:35
Les wikipédiens sont incapables d'écrire quelque chose d'intelligent sur la crise.[1] Si  certains parmi eux en avaient les compétences, cela leur serait de toute façon interdit puisque toute analyse et a fortiori toute analyse critique est interdite sur wikipedia car  cela est considéré comme "analyse personnelle.", autant dire une réflexion, une pensée, horreur !  Un wikipédien qui pense ? Vous n'y pensez pas ! Cela est strictement interdit.


Par exemple, si je voulais écrire ce qui suit, sous forme d'article adapté à une supposée encyclopédie, et y introduire de plus les références aux textes des philosophes que j'ai précédemment cités, pour traiter de la crise actuelle du capitalisme sous sa forme la plus libérale qui a donné toute liberté aux marchés financiers, ce serait interdit, aussitôt effacé au titre de "pas neutre", "essai personnel" et autres habituelles stupidités de wikipedia.  Même en apportant les sources et références aux auteurs en question, cela va de soi. Hormis la doxa officielle et les banalités communes, seules autorisées, toute réflexion pertinenete est impossible.

A wikipedia la médiocrité et l'absence de pensée sont obligatoires, parce que principielles, pour ceux qui ne le sauraient pas encore.


Donc aujourd'hui j'ai pensé vous citer quelques références à des économistes qui valent d'être connus. Pour commencer Joseph Stiglitz (pour cet économiste, prix Nobel, il existe un article affligeant sur wikipedia)



Joseph E. Stiglitz, professeur à la Columbia University et Prix Nobel d'économie en 2001, publie un article peu optimiste dans The Guardian,  "The fruit of hypocrisy". Son avis a quelque importance, si l'on prend en compte qu'il a été -et est encore- conseiller de quelques hommes politiques de premier rang.


Il y décrit et dénonce l'hypocrisie générale sur laquelle repose le système de la finance mondiale et définit ce qu'il considère être la source des maux actuels du système économique mondialisé.


Hypocrisie car il s'agit de masquer la malhonnêteté de la part des institutions financières qui s'avancent au-delà de ce qui est raisonnablement permis, et incompétence des politiques qui ont laissé faire et laissé prendre des risques déraisonnables pour accroître toujours davantage les profits, sans contrôle des institutions ayant pour fonction d'exercer un contrôle. lLes principales raisons de la crise sont identifiées et mise au jour une irresponsabilité généralisée.


On rappellera que Joseph Stiglitz est l'ancien conseiller de Bill Clinton et qu'il met en cause aujourd'hui vigoureusement  Alan Greenspan le grand responsable de cet état de fait, qui aujourd'hui, hypocritement, fait son auto-critique . [Alan Greenspan ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) admet maintenant que la crise actuelle remettait en cause la supériorité d'un système, celui du "free market" auquel il avait toujours cru. "Oui, j'ai trouvé une faille. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m'a plongé dans un grand désarroi." Le Monde 25 octobre 08]

 


On rappellera également l'analyse théorique de Stiglitz connue sous le nom de théorème de Grossman-Stiglitz (1980) qui montre qu’il n’est pas possible de fonder une politique économique sur le concept libéral de marché car un simple mécanisme de marché ne peut  à lui seul améliorer le fonctionnement du marché. L’interventionnisme étatique et un encadrement institutionnel appuyé sur des lois est donc une nécessité pour le fonctionnement de l’économie.


Joseph Stiglitz aujourd'hui émet plusieurs critiques extrêmement sévères du système financier tel qu'il s'est déployé ces dernières années. Il  décrit un système dont  les bases apparaissent aussi cyniques et immorales qu'absurdes. La globalisation de la finance a en effet conduit à une dérégulation maximale des flux de capitaux, en laissant hors de toute responsabilité  les acteurs financiers privés qui, en cas de problèmes et contre-performances, dus à leurs erreurs d'évaluation des risques, se reposent  simplement sur l'État et donc en dernier lieu sur les contribuables. Les prises de risques inconsidérées pour accumuler du capital financier ont permis de privatiser les bénéfices et les engranger sans redistribution ni partage, puis quand le système s'enraye, de faire payer les déficits à l'Etat et au contribuable, en somme.


En effet , étant donné l'importance des sommes en jeu et la place prise dans le système par le capital financier, la masse des institutions financières se transforme en force de pression sur les pouvoirs publics. En cas de risque de faillite, elle peut ainsi obliger les pouvoirs publics à intervenir pour venir combler les trous dans la comptabilité bancaire, afin d'éviter à l'ensemble du système de faire naufrage. C'est pourquoi l'argument du risque affectant le système lui-même dans son ensemble doit être entendu comme un pur et simple mécanisme de transfert vers l'État de la responsabilité privée.  Les dits acteurs financiers se défaussent de toute responsabilité en cas de faillite et demandent remboursement à l'Etat de leurs pertes en guise de garantie du système qui s'est précisément délié de toute garantie. Pour éviter la crise générale les financiers privés exercent un chantage à la puissance publique, sommée de payer  à leur place pour leurs erreurs et choix malencontreux. Ce sont pourtant ces mêmes acteurs financiers qui tirent des profits monumentaux d'un système dont ils ont  d'abord voulu la dérégulation complète, sur la base de la supposition que le système pouvait  fonctionner selon la seule logique du marché censé s'auto-réguler et s'auto-équilibrer comme le veut la famause doctrine libérale lorsqu'elle est poussée à ses ultimes conséquences : un marché sans règles qui fonctionnerait en équilibre sans intervention extérieure .  En dernière instance ce sont donc ces pertes qui viennent sanctionner des choix économiques erronés mais qui ne seront jamais payés par les responsables qui les ont provoqués.


Au-delà de ce constat de la perte de confiance,sur laquelle reposait la finance mondiale, la capacité des pouvoirs publics à surmonter la crise est  en outre sérieusement mise en doute par Joseph Stiglitz. D'après lui
, dans le cas américian du moins, il est difficile d'imaginer que les citoyens puissent avoir confiance dans une administration américaine qui a montré à plusieurs reprises sa faillite ou son incapacité à assumer ses responsabilités, face à des catastrophes tel l'ouragan Katrina , ou ses choix pour la guerre en Irak.


Joseph Stiglitz  en arrive à une conclusion tout à fait pessimiste pour juger de ce à quoi a abouti le système. Il pense en effet que le système est profondément perverti lorsque les individus les plus qualifiés sont précisément ceux qui contournent les normes de la sécurisation du système bancaire.

 

ref : Joseph Stiglitz, "The fruit of hypocrisy", The Guardian, 16.09.2008


 

 


Ensuite je signale un ouvrage de Patrick Artus directeur des études de Natixis, professeur à l'Ecole Polytechnique et professeur associé à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, écrrit avec  Marie-Paule Virard : "Globalisation, le pire est à venir" aux éditions la Découverte . Il s'agit d'un travail expose la nature véritable de ce qu'on appelle  "globalisation" - autrement dit le capitalisme financier internationalisé  qui s'est imposé depuis 1989.
 
Le constat des auteurs, extrêmement rigoureux, peut se résumer ainsi   : la globalisation est entrée dans un âge nouveau et dangereux car celui-ci est tout à la fois marqué par l'explosion des inégalités, l'absorption de l'économie par la finance, le gaspillage des ressources rares et l'exploitation de la planète jusqu'à épuisement des ressources et espèces vivantes. La violence de cette logiqued'une exploitation illimitée, porte en elle le risque d'une dislocation des ensembles politiques et particulièrement de l'Europe.

 

Les auteurs exposent les raisons pour lesquelles "Loin d’être le ciment qui rapproche les économies et les peuples, la globalisation est devenue une formidable machine inégalitaire" qui tend à défaire toute possibilité de liens et d'organisation dans les échanges et relations  entre les nations, jusqu'à atteindre un point de destruction . Le monde se désorganise. Il perd son sens originaire qu'il avait en grec, si je puis me permettre de rappeler l'étymologie puisque, en grec,  cosmos veut d'abord dire ordre avant d'en venir à désigner  le monde.


Cet écart entre riches, de plus en plus riches, et pauvres, de plus en plus pauvres, se retrouve bien entendu aussi au sein de chaque société, accentuant les déséquilibres.



 

Alithia


sur la crise, voir les articles précédents, ainsi que " un philosophe pense la crise comme vous ne verrez jamais sur wikipedia "

 

 


note 1- comme vous ne le verrez jamais sur wikipedia , on peut le dire, car l'interdit de penser produit ses effets.  Pendant ce temps là, voilà où ils en sont à wikipedia avec un magnifique article nommé
: crise financière de septembre-octobre,  qui est exactement vide et réalise l'exploit de ne rien dire, selon la règle "pas d'analyses" dont est synonyme leur idée de  neutralité. Mais wikipedia a pourtant daté le début de cette crise financière au jour près : le 14 septembre 2008 d'après eux, même si on parle d'une crise qui s'installe dans le long terme depuis au moins fevrier 2008, et pour certains la crise est assurée et annoncée depuis 2006 (Nouriel Roubini).

Où il est hélas prouvé que les wikipédiens ne lisent pas avant d'écrire des "articles".
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Published by alithia - dans philosophie
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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 15:04
Oui, les philosophes , surtout ceux qui ont étudié  les bons auteurs pour penser la société, économie et politique, pensent la crise. N'en déplaise auw wikipédiens, c'est un peu le rôle d'un philosophe que de penser  et de formuler les problèmes et poser les bonnes questions, dans tous les domaines, sans exclusive, histoire, politique et société, sciences, existence....

une analyse de Slavoj Zizeck dans le Monde.

Une autre également à connaître, celle de J-Cl. Milner dans Libération du 8 octobre, mais elle n'est pas en ligne. Il faut  la lire sur l'édition papier et d'abord se la procurer, en attendant son prochain livre peut-être.

Je vous la résumerai donc dès que j'aurais le temps.




 
De Slavoj Zizek, ça s'appelle " Lutte des classes à Wall Street".

La première chose qui saute aux yeux lorsqu'on observe les réactions actuelles à l'effondrement financier, c'est que... personne ne sait vraiment ce qu'il faut faire. Cela provient du fait que l'incertitude fait partie du jeu ; la manière dont le marché va réagir dépend non seulement de la confiance que les acteurs accorderont aux interventions gouvernementales, mais aussi, et plus encore, du degré de confiance qu'ils pensent pouvoir prêter aux autres acteurs : on ne peut prendre en compte les effets de ses propres interventions. Nous sommes ainsi contraints de faire des choix sans disposer du savoir qui nous permettrait de faire un choix éclairé, ou, comme le dit John Gray : "Nous sommes contraints de vivre comme si nous étions libres."


Mais puisqu'on ne cesse de nous répéter que la confiance et la croyance sont déterminantes, nous devrions aussi nous demander dans quelle mesure le fait que l'administration américaine ait, dans la panique, rehaussé les enjeux, n'a pas aggravé le danger qu'elle tente de conjurer. Il est aisé de remarquer la similarité du langage utilisé par le président Bush dans son allocution au peuple américain après le 11-Septembre et dans celle qui a suivi l'effondrement financier : on dirait deux versions du même discours.


En ces deux occasions, il a évoqué la menace qui pesait sur l'"American way of life" lui-même et la nécessité de réagir de manière rapide et décisive afin d'y faire face. A deux reprises, il en a appelé à l'abandon provisoire des valeurs américaines (les garanties concernant les libertés individuelles, le capitalisme de marché) pour sauver ces mêmes valeurs. Ce paradoxe est-il inévitable ?


La pression visant "à faire quelque chose" s'apparente ici à la compulsion superstitieuse à faire un geste lorsque nous observons un processus sur lequel nous n'avons aucune influence véritable. Il arrive aussi parfois que nous agissions pour ne pas avoir à parler et à penser à ce que nous faisons. Par exemple, pour répondre rapidement à un problème, en débloquant 700 milliards de dollars au lieu de se demander comment il est apparu.


Revenons au 15 juillet dernier, quand le sénateur républicain Jim Bunning attaquait le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, Ben Bernanke, en affirmant que sa proposition prouvait que "le socialisme est bel et bien vivant en Amérique" : "La Fed veut désormais être le régulateur de risque systémique. Mais la Fed est le risque systémique. Accroître le pouvoir de la Fed revient à donner au gamin qui a brisé votre fenêtre en jouant au base-ball dans la rue une batte plus grande, et à considérer que cela résoudra le problème."


Bunning a été le premier à exposer publiquement les grandes lignes du raisonnement justifiant la révolte du Parti républicain contre le plan de sauvetage fédéral. Ce raisonnement mérite que nous y regardions de plus près. Nous pouvons ainsi remarquer que la résistance au plan de sauvetage a été formulée en termes de "lutte des classes" : la Bourse, Wall Street, contre la rue, Main Street. Pourquoi devrions-nous aider les responsables de la crise ("Wall Street"), et laisser les simples emprunteurs (dans "Main Street") payer le prix fort ? N'est-ce pas là un parfait exemple de ce que la théorie économique appelle le "risque moral" ? Ce dernier se définit comme "le risque que quelqu'un agisse de manière immorale parce qu'il se sait protégé par les assurances, les lois ou d'autres institutions contre les préjudices que son comportement pourrait sinon engendrer". Autrement dit, si je suis assuré contre les incendies, je prendrai moins de précautions contre le feu (ou, à l'extrême, je mettrai même le feu aux bâtiments que j'ai assurés mais qui génèrent des pertes). La même chose vaut pour les grandes banques : ne sont-elles pas protégées contre les grosses pertes tout en étant capables de conserver leurs profits ? Nous ne serons pas surpris d'apprendre que Michael Moore a déjà écrit une lettre publique dans laquelle il dénonce le plan de sauvetage comme le pillage du siècle. Ce chevauchement inattendu de la gauche et des républicains conservateurs devrait nous donner matière à penser.


Ils ont en commun leur mépris pour les grands spéculateurs et PDG qui tirent profit des décisions hasardeuses mais sont protégés des faillites par les parachutes dorés. N'en va-t-il pas de même pour la faillite d'Enron en janvier 2002, que l'on peut interpréter comme une sorte de commentaire ironique sur l'idée de société du risque ? Les milliers de salariés qui ont perdu leur emploi et leurs économies ont été assurément exposés à un risque, mais sans avoir vraiment d'autre choix. Ceux qui, au contraire, avaient non seulement une réelle connaissance des risques, mais aussi la possibilité d'intervenir dans la situation (les dirigeants), ont minimisé leurs risques en encaissant leurs actions et leurs options avant la faillite. S'il est donc vrai que nous vivons dans une société de choix risqués, certains (les patrons de Wall Street) opèrent les choix, tandis que les autres (les gens ordinaires payant des hypothèques) assument les risques...


Donc le plan de sauvetage est-il réellement une mesure "socialiste", l'aube du socialisme d'Etat aux Etats-Unis ? Si tel est le cas, c'est en un sens bien singulier : une mesure "socialiste" dont le but premier n'est pas de venir en aide aux pauvres, mais aux riches, non pas à ceux qui empruntent, mais à ceux qui prêtent. L'ironie suprême réside ainsi dans le fait que la "socialisation" du système bancaire est acceptable lorsqu'elle sert à sauver le capitalisme : le socialisme est néfaste - sauf lorsqu'il permet de stabiliser le capitalisme.


Et si, cependant, un "risque moral" était inscrit dans la structure fondamentale même du capitalisme ? Autrement dit, le problème résulte du fait qu'il est impossible de les séparer : dans le système capitaliste, le bien-être dans Main Street est subordonné à la prospérité de Wall Street. Ainsi, alors que les populistes républicains qui s'opposent au plan de sauvetage agissent mal pour de bonnes raisons, les partisans du renflouement agissent bien pour de mauvaises raisons. Pour le dire dans les termes plus raffinés de la logique propositionnelle, leur relation est non transitive : bien que ce qui est bon pour Wall Street ne le soit pas nécessairement pour Main Street, Main Street ne peut prospérer si Wall Street va mal. Et cette asymétrie donne un avantage a priori à Wall Street.


Tout cela montre clairement qu'il n'existe pas de marché neutre : dans chaque situation particulière, les coordonnées de l'interaction marchande sont toujours régulées par les décisions politiques. Le vrai dilemme n'est donc pas de savoir si l'Etat doit intervenir ou pas, mais sous quelle forme il doit le faire. Et nous sommes ici confrontés à la politique véritable : la lutte pour définir les coordonnées "apolitiques" fondamentales de nos vies. Tous les problèmes politiques sont en un sens non partisans, ils se rapportent à la question : "Quelle est la nature de notre pays ?"


Ainsi, c'est précisément le débat sur le plan de sauvetage qui constitue un vrai problème politique concernant les décisions à prendre sur les éléments fondamentaux de notre vie sociale et économique, allant même jusqu'à mobiliser le fantôme de la lutte des classes (Wall Street ou les créanciers hypothécaires ? Intervention de l'Etat ou pas ?) Nous ne trouverons aucune position éclairée "objective" qu'il nous suffirait simplement d'appliquer ici ; nous devons prendre parti politiquement.


Quelle est la solution ? Le grand philosophe idéaliste allemand Emmanuel Kant répondit à la devise conservatrice : "Ne pensez pas, obéissez !", non pas par "N'obéissez pas, pensez !", mais par "Obéissez, mais pensez !" Lorsque nous sommes soumis à un chantage tel que le plan de sauvetage, nous devons garder à l'esprit qu'il s'agit d'un chantage, et nous efforcer alors de résister à la tentation populiste de donner expression à notre colère et ainsi de nous asséner des coups. Au lieu de céder à une telle expression impuissante, nous devrions maîtriser notre colère pour la transformer en une ferme résolution de penser, de réfléchir d'une manière réellement radicale, de se demander quelle est cette société que nous sommes en train de quitter qui rend possible ce genre de chantage.




Slavoj Zizek est philosophe.

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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 15:09
Ne parlons que de Safouan et bornons nous à la présentation de son livre. Hors de wikipedia Safouan mérite une présentation qui soit uniquement consacrée à son livre.

[reprise de la présentation de son livre]

Mustapha Safouan, un grand intellectuel d'origine égyptienne , traducteur de Freud en arabe, intellectuel remarquable et auteur de livres importants.

Mustapha Safouan est certainement un des plus brillants intellectuels arabes, devenu français d'adoption après avoir suivi une partie de ses études en France, qui l'ont mené de la philosophie à la psychanayse. C'est un théoricien savant.

 Arabe par son origine, ayant une connaissance de la langue, de la culture et de l'Islam (Islam comme culture ce qu'indique la majuscule ; on réservera la minuscule pour désigner la religion). Un théoricien dont les livres sont ciselés, Wikipedia ignore à peu près tout de lui.  D'où le précédent post, soulignant la hiérarchie des sujets inversement proportionnelle à leur importance et leur intérêt.


"Pourquoi le monde arabe n'est pas libre"

Titre de l'ouvrage de Safouan qui vient de paraître chez Denoël, à propos du quel je cite l'article de Karim Sarroub sur Agoravox :



La légitimité du pouvoir politique puisé dans la religion au Moyen-Orient. Sa structure, ainsi que la subordination de l'écriture à des fins de prestige et d'exploitation. Des peuples.


Voilà (à peu près) le thème de ce brillant essai publié d'abord en arabe, en Egypte, dans la discrétion (médiatique) totale, puis en anglais, et enfin en français aux éd. Denoel :

« Pourquoi le monde arabe n'est pas libre. »


Son auteur : Moustapha Safouan, lacanien de la première heure, que normalement on ne présente plus. Mais je vais le présenter, même brièvement, car j'enrage de voir à quel point sur Wikipedia sa fiche est à néant : vide et elle ne contient rien. Alors que celle de cet illuminé de Tariq Ramadan fait plusieurs pages.


Moustapha Safwan (dit Safouan) est né en Egypte (Alexandrie), le 17 mai 1921. Il vit aujourd'hui à Paris. Un des premiers fidèles de Jacques Lacan, c'est en 1949 qu'il le rencontre et commence son travail avec lui comme analyste de contrôle.


Quelques-uns de ses ouvrages :

- Jacques Lacan et la question de la formation des analystes ;

- Le Transfert et le Désir de l'analyste ;

- La Sexualité féminine dans la doctrine freudienne ;

- La Parole ou la Mort ;

- L'Inconscient et son Scribe ;

- L'Echec du principe du plaisir ;

- Malaise dans la psychanalyse : le tiers dans l'institution et l'analyse de contrôle ;

- Dix conférences sur la psychanalyse.


Pourquoi donc le monde arabe n'est pas libre, à votre avis ? En ce moment, on a beaucoup glosé sur l'incapacité ou la difficulté du musulman à respecter les lois de la République, tergiversé ici ou là sur l'incompatibilité de l'islam avec la démocratie. Ce qui n'est pas faux. Le monde arabe n'est pas libre à cause de la façon dont les gouvernements usent de la politique, au nez et à la barbe des populations qui voient pourtant, à la télé, sur internet, à la radio, au cinéma, dans les journaux, qu'elle existe bel et bien ailleurs, cette foutue politique, et qu'elle y est pratiquée différemment.

[...]


C'est au commencement qu'il faut aller inspecter la chose : il n'y a jamais eu la moindre référence à la politique, que ce soit dans le Coran ou dans les paroles du Prophète, d'où tout ce désordre. Le résultat : tout repose sur la corruption, la répression, la censure et la tendance naturelle des États à assujettir leur propre population, en se servant de la religion ou, sous prétexte de combattre le terrorisme islamique, comme on le voit en Tunisie, la plus grande prison d'Afrique (seulement pour le Tunisien.)


Confusion du politique et du religieux, confiscation de la langue par le pouvoir : telles sont les clés de cette paralysie générale dans les pays arabes que Moustapha Safouan démontre merveilleusement bien en se basant aussi sur la langue. Pour lui, la traduction dans la langue populaire des textes sacrés de l'islam apparaît du coup comme une question décisive pour l'évolution du monde arabe. Espérons-le.


Soyons clairs une dernière fois : la cause, elle est dans l'appareil étatique dans les pays arabes, et non dans le Coran lui-même, qui pourrait se lire comme n'importe quel livre de poésie. Tant que la politique repose sur des interprétations hallucinantes du Coran, et tant que ce dernier s'immisce dans les institutions des pays et dans la vie des gens, la démocratie fera toujours défaut aux Arabes et aux musulmans.



[fin de citation]


Je signale en outre un bon article présentant le livre de Safouan sur le site oulala.net. C'est pas tous les jours qu'on peut citer ce site. Profitons de l'occasion qui nous est donnée
ici.


Entre parenthèses, on l'aura compris, il s'agit, avec le travail de Safouan, d'un contrepoint instruit aux thèses fallacieuses reposant sur l'ignorance de Robert Redeker, qui lui , au contraire de Safouan et de manière tendanciellement raciste, veut voir dans l'islam les causes des problèmes politiques que rencontre le monde musulman en invrsant complètement l'ordre des causalités. 


Contrepoint aussi aux prêches de T.Ramadan qui enferme les musulmans dans un communautarisme bête et méchant, comme tout communautarisme.


Alithia

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 10:40
Cette pensée de Benjamin,  métaphore de la révolution .

" Marx a dit que les révolutions sont les locomotives de l’histoire. Mais peut-être sont-elles différentes. Peut-être que les révolutions sont la main de l’espèce humaine qui voyage dans ce train et qui tire sur le frein d’urgence" .


Face à l'emballement de la technique, cette phrase résonne de toute sa force.


 De Walter Benjamin (in Gesammelte Schiften) pensée qui figure dans les "notes préparatoires sur les Thèses de la philosophie de l’histoire".

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 14:52
Sur le blog de Catherine Kintzler, Mezetulle, un article de J-J. Muglioni, philosophe dénonçant le relativisme qui promeut l'opinion au mépris de la vérité, empêchant ainsi les hommes de se comprendre, de s'entendre, de débattre, de confronter leurs idées pour chercher la vérité, de décider en commun, de s'accorder au sein de leurs divergences, d'être des citoyens.

Ce relativisme est le credo fondateur de wikipedia. Or le relativisme, des Sophistes à wikipedia, nuit aussi bien à la vérité  qu'à la politique qui, sans référence possible à la vérité n'a plus de sens.





extraits de l'article :


La liberté d'opinion comprend la liberté de critique

    La liberté d'opinion ne signifie pas que toutes les opinions sont respectables, mais que chacun doit pouvoir s'exprimer publiquement, que ses propos plaisent ou non aux puissants, aux prêtres ou à quiconque. Chacun doit pouvoir participer au débat public et donc accepter la contradiction. Socrate désirait qu'on le réfute. La liberté d'opinion comprend par essence la liberté de critique : « Notre siècle, disait Kant en 1781, est proprement le siècle de la critique à laquelle tout doit se soumettre. La religion par sa sainteté et la législation par sa majesté veulent ordinairement s'y soustraire. Mais alors elles éveillent contre elles un juste soupçon et ne peuvent prétendre à ce respect sincère que la raison accorde seulement à ce qui a pu soutenir son libre et public examen. » (1)

La tolérance sceptique est le refus du dialogue


    Nous ne sommes plus au siècle des Lumières. La plupart croient que toutes les opinions ont un droit égal à être exprimées parce qu'elles se valent toutes, ce qui ruine tout droit de les critiquer. Ne peut en effet examiner au lieu de croire en aveugle, qu'un esprit capable par nature de voir clair, et donc de distinguer la vérité et l'erreur : toute opinion ou toute croyance est pour lui par principe susceptible d'être remise en cause et considérée comme fausse - ou même méprisable. Si toutes les opinions et toutes les croyances se valent, aucune n'est erronée, et l'idée de libre examen n'a plus de sens. Toute discussion devient vaine : à chacun sa vérité, comme on dit ! L'idée même de vérité est abolie : deux hommes disant le contraire l'un de l'autre ont également raison, pourvu que chacun se croie dans le vrai. Deux avis opposés coexistent sans que la contradiction éclate et que le dialogue s'instaure qui force chacun à sortir de sa subjectivité.

    Lorsque la liberté d'opinion n'a plus pour fondement la volonté de rechercher la vérité en commun, mais la renonciation à la vérité, réfuter une opinion n'a pas plus de sens de que de dire à un homme qui n'aime pas tel mets qu'il est dans l'erreur.

note :

1 - Préface de la 1° édition de la Critique de la raison pure, 1781, Traduction Patrice Henriot, Hatier.





l'article complet à lire sur Mezetulle



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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 15:48
Le quart d'heure de philosophie.

Une réflexion d'un philosophe que  devraient lire les wikipédiens si...  s'ils n'étaient pas ce qu'ils sont, ça pourrait les aider à penser ce sur quoi ils écivent. Mais mieux vaut écrire sans lire pensent certains.

De Slavoj Zizeck

Réflexions pour notre temps, pour ne pas mourir idiot, et pour ne pas vivre désespéré, car à nouveau se pose la question, que faire ?  La pensée est le meilleur remède à ces maux majeurs que sont la bêtise et la tristesse.

On y trouvera  du reste  une pensée sur le problème des risques de monopole sur internet et  les risques que cela induit en conséquence, pour la pensée, pour la vie. Quelque chose dont participe wikipedia je crois , qui contibue plus à aggraver ces risques et ces maux qui portent le nom de conformisme et soumission à une logique qui broie les sujets désirants, qu'à y résister.



Le texte  a pour titre  : 


La véritable leçon à tirer de Mai 68, par Slavoj Zizek





" L'un des plus célèbres graffitis apparus sur les murs de Paris en Mai 68 disait : "Les structures ne défilent pas dans la rue !" - autrement dit : on ne saurait expliquer les grandes manifestations étudiantes et ouvrières de 1968, selon les termes du structuralisme, comme des phénomènes déterminés par les changements structurels de la société.




Or la réponse de Jacques Lacan a été d'affirmer que c'est précisément ce qui s'est passé en 1968 : les structures sont bel et bien descendues dans la rue. Les explosifs événements visibles étaient au bout du compte le résultat d'un déséquilibre structurel - le passage d'une forme de domination à une autre, que Lacan définissait comme le passage du discours du maître à celui de l'université.


Une vision aussi sceptique n'est pas sans fondement. Comme l'ont souligné Luc Boltanski et Eve Chiapello dans leur livre Le Nouvel Esprit du capitalisme (Gallimard, 1999), une nouvelle forme de capitalisme a peu à peu émergé à partir des années 1970 : elle a développé une forme d'organisation en réseaux fondée sur l'initiative et l'autonomie des employés sur le lieu de travail. Ce faisant, le capitalisme a détourné la rhétorique autogestionnaire anticapitaliste d'extrême gauche pour en faire un slogan capitaliste : le socialisme se vit rejeté comme conservateur, hiérarchique et administratif. La véritable révolution était celle du capitalisme numérique...


Ce qui a survécu de la libération sexuelle des années 1960 est cet hédonisme tolérant qui s'est si bien intégré à notre idéologie hégémonique : aujourd'hui, la jouissance sexuelle n'est pas seulement autorisée, elle est quasiment obligatoire - celui qui ne jouit pas se sent culpabilisé. Cette quête de formes radicales de plaisir a surgi à un moment politique précis : celui où "l'esprit de 68" a épuisé ses potentiels politiques. A cet instant critique (le milieu des années 1970), la seule option qui restait était une poussée brutale et directe vers le réel, laquelle se manifesta sous trois formes principales : la recherche de formes extrêmes de plaisir sexuel ; le virage vers le réel de l'expérience intérieure (le mysticisme oriental) ; et enfin le terrorisme politique gauchiste (la Fraction armée rouge en Allemagne et les Brigades rouges en Italie, etc.).


Les conséquences de ce retrait se font sentir aujourd'hui encore. Ce qui était frappant lors des émeutes dans les banlieues françaises de l'automne 2005, où l'on a vu brûler des milliers de voitures dans une vaste éruption de violence, c'est l'absence totale de toute perspective utopiste positive chez les émeutiers. Si le cliché usé selon lequel nous vivons dans une époque post-idéologique a un sens, il se situe là. Cela nous en dit long sur notre situation actuelle : dans quel genre de monde vivons-nous, où la seule alternative possible au consensus démocratique forcé est l'explosion de violence (auto-) destructrice ?


Souvenons-nous du défi adressé par Lacan aux étudiants contestataires : "En tant que révolutionnaires, vous êtes des hystériques qui réclament un nouveau maître. Vous en aurez un." Et nous l'avons eu, en effet - sous la forme du maître postmoderne "permissif" dont la domination est d'autant plus forte qu'elle est moins visible. Si de nombreux changements positifs ont accompagné ce passage, on doit pourtant se poser la question de fond : toute cette ivresse de liberté n'aura-t-elle été que le moyen de substituer une nouvelle forme de domination à l'ancienne ? Si nous considérons notre situation actuelle avec le regard de l'année 1968, nous ne devons pas oublier le véritable héritage de cette époque : le coeur de Mai 68 était le rejet du système libéral-capitaliste, un non adressé au système dans son ensemble.


Il est facile de se moquer de la notion de fin de l'Histoire développée par Fukuyama, mais, aujourd'hui, la majorité des gens sont fukuyamistes : le capitalisme libéral-démocratique est accepté comme la formule enfin découverte de la meilleure société possible, tout ce que nous pouvons faire est de le rendre plus juste, plus tolérant, etc.


C'est pourquoi, une fois encore, la seule véritable question aujourd'hui est : devons-nous prendre acte de cette acceptation généralisée du système, ou bien le capitalisme global actuel produit-il en son sein des contradictions suffisamment puissantes pour empêcher sa reproduction perpétuelle ?


Ces contradictions sont au moins au nombre de quatre : la menace d'une catastrophe écologique ; l'inadaptation de la notion de propriété privée appliquée à ce que l'on appelle la "propriété intellectuelle" ; les implications socio-éthiques des nouveaux développements techno-scientifiques (notamment en biogénétique) ; enfin, et ce n'est pas le moins important, l'apparition de nouvelles formes d'apartheid, de nouveaux murs et bidonvilles. Le 11-Septembre sonne le glas des heureuses années clintoniennes et symbolise l'époque qui s'ouvre, dans laquelle de nouveaux murs surgissent partout, que ce soit entre Israël et la Cisjordanie, autour de l'Union européenne ou à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.


Les trois premières de ces contradictions concernent les domaines que Michael Hardt et Toni Negri appellent les "communs", la substance partagée de notre être social dont la privatisation est un acte violent auquel on devrait résister, si nécessaire, par des moyens violents. Parmi eux, on distingue les communs de nature extérieure, menacés par la pollution et l'exploitation ; les communs de nature intérieure ; et les communs de la culture, les formes immédiatement socialisées de capital "cognitif", au premier rang desquels le langage, notre principal outil de communication et d'éducation, mais aussi les infrastructures partagées des transports publics, de l'électricité, de la poste, etc.


Si on laissait Bill Gates s'assurer une position de monopole, nous nous retrouverions dans la situation absurde où un individu particulier posséderait littéralement la texture logicielle de notre principal réseau de communication. Nous prenons peu à peu conscience des potentiels destructeurs, pouvant aller jusqu'à l'auto-annihilation de l'humanité elle-même, qui se déchaîneraient si on laissait la logique capitaliste s'emparer de ces communs.


e besoin d'établir une organisation et un engagement politiques globaux capables de neutraliser et de canaliser les mécanismes du marché ne revient-il pas à adopter une perspective communiste ? La référence aux "communs" justifie par conséquent la résurrection de la notion de communisme : elle nous permet de considérer la privatisation progressive des communs comme un processus de prolétarisation de ceux qui se trouvent ainsi exclus de leur propre substance.


Mais seule la contradiction entre inclus et exclus est véritablement à même de justifier le terme de communisme. A travers différentes sortes de bidonvilles, nous assistons dans le monde entier à la croissance rapide de populations échappant à tout contrôle étatique, vivant dans des conditions de semi-illégalité, et qui manquent de façon criante des formes minimales d'auto-organisation.


Bien que cette population soit composée de travailleurs marginalisés, de fonctionnaires licenciés et d'ex-paysans, ces derniers ne constituent pas pour autant un surplus inutile : ils sont intégrés par bien des aspects dans l'économie globale, puisque beaucoup d'entre eux travaillent comme salariés au noir ou entrepreneurs individuels, privés de toute espèce de couverture médicale ou sociale adéquate.


Il ne s'agit pas d'un accident malheureux, mais du résultat inévitable de la logique intime du capitalisme global. Un habitant des favelas de Rio de Janeiro ou d'un bidonville de Shanghaï n'est pas différent de l'individu qui vit dans une banlieue parisienne ou un ghetto de Chicago. La tâche essentielle du XXIe siècle sera de politiser - en les organisant et en les disciplinant - les "masses déstructurées" des bidonvilles.


Si nous ignorons ce problème des exclus, toutes les autres contradictions perdront de leur pertinence subversive. L'écologie se limitera à un problème de développement durable, la propriété intellectuelle à un problème juridique complexe, la biogénétique à une question éthique.


Bref, sans la contradiction entre inclus et exclus, nous pourrions fort bien nous retrouver dans un monde où Bill Gates bénéficierait de l'image d'un grand travailleur humanitaire luttant contre la pauvreté et les maladies, et Rupert Murdoch celle d'un champion de l'environnement capable de mobiliser des centaines de millions d'individus grâce à son empire médiatique.


Ce qui nous menace, c'est de nous voir réduits à des sujets cartésiens abstraits et vides, privés de tout contenu substantiel, dépossédés de notre substance symbolique, contraints de subir la manipulation de notre base génétique et de végéter dans un environnement invivable. Cette triple menace à l'égard de notre être tout entier fait de nous tous, d'une certaine façon, des prolétaires potentiels, et la seule façon de nous y opposer est d'agir de façon préventive.


La véritable utopie est de croire que le système global actuel peut se reproduire indéfiniment ; la seule façon d'être vraiment réaliste est d'envisager ce qui, au regard des critères de ce système, ne peut apparaître autrement qu'impossible."



 


 

 

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 20:25
Dans Libération, présentation par Robert Maggiori, philosophe : 

Parution d'un volume d'«Œuvres» de l'anthropologue dans «la Pléiade», comprenant entre autres «Tristes Tropiques» et «la Pensée sauvage».  Claude Lévi-Strauss Œuvres Préface de Vincent Debaene, édition de Vincent Debaene, Frédérick Keck, Marie Mauzé et Martin Rueff Gallimard, «la Pléiade», 2 128 pp.,


De ce dont on s'enrichit, on voudrait qu'autrui s'enrichisse, ce qu'on aime, l'offrir à ceux qu'on aime, qu'on éduque ou instruit, et à qui on tient. C'est pourquoi on éprouve parfois autant de délectation à lire un livre qu'à le prescrire ou le conseiller. Il est des œuvres qu'on ne peut pas garder pour soi, dont la lecture créerait un plaisir inachevé s'il n'était prolongé par celui qu'on espère voir naître chez d'autres lecteurs, à l'infini. Tristes Tropiques - le récit des expéditions de Claude Lévi-Strauss en Amazonie et dans le Mato Grosso (1935-1938), chez les Caduveo, les Bororo, les Nambikwara, les Mundé et les Tupi-Kawahib, puis en Inde (1950) - est de celles-là.



Chanson.On aimerait que ce livre soit un film projeté dans une salle pleine, ou un concert, tant la profusion de pensées, de rêves, d'émotions qu'il suscite demande à «circuler» et à être partagée. Peu importe qu'il soit ou non l'ouvrage le plus important de Lévi-Strauss. Tristes Tropiques est le plus «retentissant», le plus débordant de sens, «hors genre», à la fois essai d'anthropologie, exposé méthodologique, «travelling mental», récit de voyage, recueil de données ethnographiques, «roman vaguement conradien», autobiographie intellectuelle où s'enchaînent pêle-mêle considérations philosophiques, anecdotes, souvenirs personnels évoqués de façon tantôt ironique, tantôt mélancolique. De ce fait, il reste à jamais «dans la tête».



Comme chanson entendue le matin qu'on fredonne toute la journée : difficile d'oublier la comparaison entre les marchés de l'Amérique tropicale et ceux de Calcutta ou de Karachi, là «deux œufs, une poignée de piments, une botte de légumes, une autre de fleurs, deux ou trois rangs de perles faites de graines sauvages», ici «amoncellements d'aubergines et d'oignon roses, de grenades éclatées dans une odeur entêtante de goyave [...], les épices et les currys, pyramides de poudres rouge, orange et jaune [...] dattes agglomérées en gluants monticules de pulpe et de noyaux évoquant les déjections de quelque dinosaure» ! Comme «roman de formation», qui a contribué à faire de chacun ce que, intellectuellement, il est devenu. Ou boîte de photos souvenirs que l'on se plaît régulièrement à fouiller. Ou monument théorique signalant un tournant décisif de l'histoire de l'anthropologie, réflexion sur le métier d'anthropologue, ses motivations, ses implications politiques, épistémologiques ou morales. Ou «première page» de ce qui sera ensuite au centre du débat culturel, la rencontre de l'Autre, la diversité, le souci de l'environnement, le sens du voyage - «je hais les voyages et les explorateurs» -, la disparition des cultures «archaïques», le rapport de l'Occident aux autres grandes civilisations, la globalisation...


Tristes Tropiques (1955) ouvre le volume des Œuvres publié dans «la Pléiade». Qu'un auteur «entre» de son vivant - l'anthropologue aura 100 ans le 28 novembre - dans cette prestigieuse bibliothèque, est rare. La présence de Lévi-Strauss y semble pourtant naturelle, son travail étant déjà patrimoine mondial des sciences humaines. Le volume comprend le Totémisme aujourd'hui (1962), la Pensée sauvage (1962), les trois «petites mythologiques», à savoir la Voie des masques (1975), la Potière jalouse (1985) et Histoire de Lynx (1991), enfin Regarder, écouter, lire). Ce choix, proposé par Lévi-Strauss lui-même, mais dont on voit qu'il exclut aussi bien les Structures élémentaires de la parenté que l'Anthropologie structurale, les Mythologiques, Race et Histoire ou le Regard éloigné,«des Nambikwara qui vivent nus et couverts de cendres aux œuvres de Poussin et de Rameau», permet de suivre quatre décennies de création intellectuelle et prend nécessairement des allures d'itinéraire. (1993 Vincent Debaene l'explique longuement dans la préface. Il est cohérent et, de 1955 à 1993,

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 10:00
Tout à fait étranger à wikipedia, le plus étranger possible, un séminaire de Jean-Claude Milner sur mai 68 relaté par Jean Birnbaum (à sa manière)  dans Le Monde . Article à conserver pour garder quelques traces de ce séminaire, avant que l'article du Monde ne disparaisse dans les oubliettes d'internet et dont vous ne trouverez jamais quelque écho sur wikipedia bien sûr, malgré sa prétention "encyclopédique".

Je le laisse à votre lecture pour cette raison extra-wikipédienne s'il en est.



Le dispositif est familier, et pourtant quelque chose détonne par rapport aux meetings traditionnels. Certes, nous sommes rue des Ecoles, à Paris, en plein Quartier latin. Comme dans toute réunion gauchiste digne de ce nom, la tribune est recouverte d'un tissu rouge et surmontée d'une sono crachotante - que l'exiguïté de la salle rend parfaitement inutile. Toujours selon l'usage, l'orateur se fait attendre. Lorsqu'il paraît enfin, avec ses immenses lunettes, son gilet à rayures et son pantalon de velours, chacun retient son souffle, le regard calé sur ces longues mains juvéniles, qui n'en finissent plus de caresser le texte à proférer.


Jusqu'ici, rien que de très banal, dira-t-on. A ceci près que la scène ne se déroule pas en mai 1968, mais en décembre 2007, et que l'homme du jour s'appelle Jean-Claude Milner, 66 ans, brillant linguiste, auteur d'essais au style implacable et ravageur, dont le dernier en date s'intitule Le Juif de savoir (Grasset, 2006). Il y a quarante ans, ce théoricien glacial intimidait ses camarades de la Gauche prolétarienne (GP), principale organisation maoïste en France dans l'après-68. Désormais, il s'exprime devant les fidèles de l'Institut d'études levinassiennes, créé en 2000 autour de son ami Benny Lévy, ancien chef de la GP. Depuis la mort de celui-ci, à Jérusalem en 2003, Milner a pris la place du maître au sein du petit institut. Ce soir-là, du reste, le silence est impeccable quand, d'une voix souveraine et pincée, le grammairien énonce son sujet : "Sur les ruses de l'universel, études de cas : Mai 68 et le gauchisme."


Une heure durant, Milner cite les bons auteurs (Lévi-Strauss, Foucault, Sartre) pour examiner la "rencontre" entre Mai 68 et le gauchisme français. D'un côté, explique-t-il, Mai 68 pose la question du présent : "Mai 68 dit : la révolution, c'est pas pour les autres, pour plus tard. C'est pour nous, ici, maintenant." D'un autre côté, poursuit-il, le gauchisme redécouvre la question de l'"Histoire absolue", avec un grand "H". A l'intersection des deux, il y a la Gauche prolétarienne, qui tente de conjuguer l'esprit de Mai et la "révolution en soi" en inventant une politique de l'absolu. Or, il n'y a nul hasard, conclut l'orateur, si cette épopée se confond avec les noms de Benny Lévy, de Robert Linhart, auteur d'un livre fameux intitulé L'Etabli (Ed. de Minuit, 1978), ou encore de Pierre Goldman, insoumis et gangster assassiné en 1979 : "Moyennant la Gauche prolétarienne, tranche Milner, le gauchisme français est aussi une histoire juive."


Est-ce une blague ? Dans l'assistance, en tout cas, personne ne rit. Au contraire, Jean-Claude Milner peut contempler la mine exaltée de ses auditeurs, dont certains portent la kippa. Parmi eux, seule une poignée a connu l'époque des manifs et des batailles rangées, avant de vivre les lendemains qui déchantent, les petits matins glauques. Mais tous savent l'essentiel : quand l'espérance radicale s'effondre, seul demeure le désir d'infini ; dès lors que l'histoire manque à ses promesses, l'absolu se cherche un autre nom.


Mai 1968 - mai 2008, de la politique à la spiritualité : dans la grande famille des maoïstes français, ils sont un certain nombre à avoir emprunté ce chemin. Qu'ils soient religieux ou qu'ils continuent de se dire athées, beaucoup sont passés d'une scène marxiste, où le mot qui compte est "révolution", à une scène métaphysique, où l'on ne parle plus que de "conversion". A l'arrivée, c'est le credo monothéiste qui constitue l'horizon vrai de la radicalité : de Mao à saint Paul, pour les philosophes Guy Lardreau, Bernard Sichère ou Alain Badiou ; de Mao à Mahomet, pour leur camarade Christian Jambet, qui a appris le persan afin de se plonger dans l'étude des mouvements extrêmes en islam chiite ; et de Mao à Moïse, donc, pour d'autres.


Ou plutôt "de Moïse à Moïse en passant par Mao", comme le précisait lui-même Benny Lévy, qui aura incarné, mieux que quiconque, ce grand passage d'un absolu à l'autre. "Tôt, je rencontrai le Tout-Puissant. Dans le texte de Lénine, qui fut l'objet de ma première année à l'Ecole normale supérieure : je mettais en fiches les 36 tomes des Œuvres de Moscou", écrivait-il.


Leader charismatique de la Gauche prolétarienne, il devient ensuite le secrétaire personnel de Sartre et se tourne avec lui vers l'étude des textes juifs, au milieu des années 1970, délaissant les 36 tomes de Lénine pour les 20 volumes du Talmud. "Sous les pavés, la plage !", avaient lancé les insurgés en Mai 68. "Et si sous les pavés de la politique se cachait la plage de la théologie ?", rectifiait Benny Lévy, en 2002, dans Le Meurtre du Pasteur (Grasset-Verdier). Publié dans la collection "Figures", dirigée par Bernard-Henri Lévy, cet ouvrage était sous-titré "Critique de la vision politique du monde", comme pour entériner le divorce de la politique et de l'absolu : non, tout n'est pas politique ; non, la condition humaine n'est pas un problème dont la politique représenterait la solution.


De cet amer constat, les enfants du maoïsme français ont payé le prix fort. Un quart de siècle avant Le Meurtre du Pasteur, du reste, un autre livre avait déjà dressé l'inventaire : publié dans la même collection, cosigné par deux "ex" de la GP, Guy Lardreau et Christian Jambet, L'Ange était paru en 1976, l'année où Mao mourait, au moment où s'affirmait un certain discours antitotalitaire. Et si l'on considère souvent cet essai comme le manifeste des "nouveaux philosophes", c'est que L'Ange disait adieu aux années militantes, venant clore pour de bon les années "68" : "Nous avions fait l'épreuve d'une conversion (...). Nous croyions avoir touché le fond : savez-vous ces temps où tout vient à faire défaut, les nuits entières passées à pleurer à petit bruit, à petit flot, sur le passé sans remède (...). Nous nous retirâmes au désert", notaient Lardreau et Jambet dans ce "guide des égarés", où le congé donné à l'engagement politique débouchait sur une autre rébellion, spirituelle celle-là.



Tout ça pour ça ? A la place de la révolution culturelle chinoise, le retour à l'ancienne "révolution chrétienne" ? Là où Mao martelait que "l'oeil du paysan voit juste", s'agissait-il simplement d'affirmer, comme le faisaient les deux philosophes dans un pied de nez, que "l'oeil du prêtre voit juste" ? Ce serait trop facile, répond aujourd'hui Guy Lardreau. Au début des années 1970, ce normalien était l'un des chefs de la Gauche prolétarienne, coiffant à la fois le journal de l'organisation, La Cause du peuple (dont Sartre était directeur) et son secteur "cinéma" (où il côtoyait Jean-Luc Godard). A l'issue de son parcours militant, Paris lui étant devenu "intolérable", Lardreau s'est installé à Dijon.

Professeur en classe préparatoire (khâgne), il y habite maintenant un hôtel particulier un brin délabré, réaménagé en cabinet philosophique. Autour de son bureau, les oeuvres complètes de Hegel et de Thomas d'Aquin ; dessus, un vieux coupe-papier, quelques notes griffonnées. Et les Psaumes. Hanté par l'Orient chrétien, Lardreau entretient désormais une relation très forte avec "une certaine forme de rigueur qu'on appelle la théologie". Et avec la prière ? "Je vous répondrai comme Jésus : je ne sais pas ce que c'est que prier. Vous êtes bien suffisant, en disant "prier"...", lâche-t-il dans un douloureux sourire.


Sa mère était institutrice. Son père enseignait les maths au collège. Dans les années 1930, celui-ci avait été royaliste d'Action française. Après la guerre, "sur la base de la Résistance", il avait voté communiste, demeurant à la fois athée et "profondément catholique", précise Guy Lardreau. Lui-même, tout en définissant le christianisme comme "la plus grande révolution dans l'histoire de l'âme", refuse qu'on parle de son itinéraire comme d'un retournement.


"C'est cette idée qui a fait l'abominable succès de L'Ange, dont je me mords encore les doigts, confie-t-il. Le malentendu était complet : on a lu le livre comme une espèce de jérémiade calotine, couvrant d'une dignité spirituelle un pur et simple retour au bercail. Mais pour moi, c'était autre chose : j'avais investi une espérance maximale dans un domaine où elle s'était avérée mal placée. Alors il fallait essayer de comprendre ce que nous avions cherché, à partir du moment où cela ne s'épelait plus avec les mots du discours politique. Ce que nous appelions "l'Ange", c'était une figure telle qu'elle fit dans l'histoire une rupture absolue."


Malgré tout, maintenir l'horizon d'un autre monde possible ; à toute force, perpétuer l'espoir d'un "au-delà" pour notre temps : dans le sillage de Mai 68, chacun à sa manière, nombre d'anciens maoïstes ont tenté de relever ce défi. Aller à leur rencontre, ce n'est pas seulement brosser le portrait d'une génération au miroir de ses illusions passées. C'est aussi reconnaître, à même le présent, une ferveur et une virulence inentamées. Une soif d'absolu, surtout, qui en dit long sur notre époque, alors que la question religieuse y est redevenue centrale : "Quand la politique est à la baisse, la théologie est à la hausse. Quand le profane recule, le sacré prend sa revanche. Quand l'histoire piétine, l'Eternité s'envole", déplorait récemment le philosophe trotskiste Daniel Bensaïd dans un pamphlet intitulé Un nouveau théologien, B.-H. Lévy (Ed. Lignes).


De ce grand mouvement de bascule, les desperados du maoïsme français sont de parfaits témoins. Mieux : ils sont, cette fois encore, à l'avant-garde.

 

sources le Monde 1° page &  Le Monde suite 


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Published by alithia - dans philosophie
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