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Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • : observatoire de wikipedia qui se prétend une encyclopédie, sans spécialistes ni vérification d'experts, chacun peut écrire ce qu'il veut sous anonymat : une pseudo-encyclopédie où prospèrent la propagande et l'irrationnel. Blog de réflexion sur la culture
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  • alithia
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 15:09
Après la crise du capitalisme financier les banques ont été renflouées par les Etats à la hauteur de plus de 11 600 milliards de dollars.
Le système poursuit sans changement , comme s'il ne s'était rien passé, comme si le monde entier pouvait supporter les frasques de la finance qui accumule des sommes fantastiques au profit d'une infime minorité, en draînant toutes les richesses à soi, pendant que le devenir de la grande masse est suspendue aux aléas des marchés financiers.
Un économiste digne d'intérêt et qui vaut d'être lu : Frédéric Lordon qui pense l'économie avec Spinoza.

Frédéric Lordon intègre dans ses analyses des mécanismes d'exploitation et d'accumulation du capitalisme, l'exploitation du désir de sorte que l'on comprend qu'un des ressorts du capitalisme dans sa forme actuelle est de façonner les désirs en s'immisçant jusque dans l'intimité des sujets qui précidément y perdent leur subjectivité et leur liberté. Ce processus définit selon lui le caractère totalitaire du libéralisme.  

Ses principaux ouvrages précédents donnent un aperçu de sa pensée et de la puissance critique de celle-ci ainsi que de son originalité.
 
    
- La Politique du capital, Paris, Odile Jacob, 2002 
- L'intérêt souverain : Essai d'anthropologie économique spinoziste, Paris, La Découverte, 2006  
- Spinoza et les sciences sociales. De l'économie des affects à la puissance de la multitude, en collaboration avec Yves Citton, Paris, Éditions Amsterdam, 2008  
- Jusqu'à Quand ? Pour en finir avec les crises financières, Paris, Editions Raisons d’agir, 2008  
- La crise de trop - Reconstruction d'un monde failli, Paris, Editions Fayard, 2009.  
- Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza, La fabrique éditions, 2010
Son derneir ouvrage qui vient de paraître "Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza", de Frédéric Lordon. La Fabrique éditions, 216 pages, 12 euros, fait l'objet d'une présentation dans le Monde. 

Où va le capitalisme ? Cet essai ambitieux, mais toujours très clair, entend rouvrir "le chantier conceptuel" du capitalisme. Un système économique "discutable", écrit Frédéric Lordon, directeur de recherches au CNRS. Ne serait-ce que parce qu'il est daté historiquement. On finirait par l'oublier.


Depuis Karl Marx (1818-1883), de l'eau a coulé sous les ponts. Frédéric Lordon fait référence à l'auteur du Capital pour ce qui concerne la "servitude". Mais c'est surtout dans l'usage qu'il fait de Baruch Spinoza (1632-1677) et du concept, central chez ce philosophe, de désir, que sa pensée est singulière.

 

Frédéric Lordon montre, en particulier, que ce qu'il appelle "l'épithumè capitaliste" ("épithumè" signifie en grec désir) a évolué. Le projet du capitalisme néolibéral, affirme-t-il, est désormais de façonner notre désir, en optimisant "l'exploitation passionnelle". Sus aux "passions tristes", tel est le mot d'ordre. L'entreprise veut des salariés contents. Du coup, tout le monde est gentiment schizophrène. Là où les choses se gâtent, et l'auteur le montre bien, c'est quand la maltraitance des salariés s'en mêle. Sur ce point, le diagnostic du livre sur la violence sociale cachée est imparable, même s'il n'est pas nouveau.

 

Plus originales, en revanche, sont les pages où M. Lordon, classé à gauche, trouve des accents tocquevilliens quand il décrit le projet "totalitaire" néolibéral de "possession des âmes". Ou encore le chapitre sur la préférence pour la liquidité, où il montre que la liquidité est sans doute aujourd'hui le "fantasme" absolu de la toute-puissance. Qui va jusqu'à liquider le social.

 

Le capitalisme est prédateur par nature, affirme M. Lordon. "Une hypothétique sortie du capitalisme, écrit-il, ne (libérera) nullement des enjeux de la capture." Si l'idée d'une rupture avec le capitalisme a encore un sens, elle passe par une reconfiguration de nos désirs (une nécessité écologique, soit dit en passant). Mais, comme le dit l'auteur, en citant encore Spinoza - à moins que ce ne soit le chinois Lao Tseu : "La voie est escarpée."


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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 18:49



Etudier la philo dès la classe de seconde du lycée, l'idée n'est pas nouvelle. Elle a été de nombreuses fois présentée aux pouvoirs publics, et suggérée avec de fortes raisons. Mais  aucun responsable politique ne l'a retenue.


Non seulement cela devrait s'imposer, en effet, que les élèves aient le temps d'étudier la philo et de comprendre ce dont il s'agit avant de passer le bac qui comporte une dissertation de philo, épreuve difficile s'il en est, mais simplement pour qu'ils aient le temps d'en saisir  l'intérêt .


De plus, l'enseignement de la philosophie a été institué au lycée par la République, dans le cadre d'une instruction laïque qui venait remplacer l'école qui était anciennement  sous la responsabilité de l'Eglise. Elle, l'école, devait être le ciment de la République, et au sein de cette école, l'enseignement de la philosophie y tenait une place éminente.


Aujourd'hui avec le recul de la section L (lettres et philo) l'espace consacré à cet enseignement diminue.


Pourtant quoi de plus nécessaire aujourd'hui, à la formation de la jeunesse, que la réflexion philosophique lorsque toutes les valeurs sont en crise dans une société individualiste et traversée par de multiples crises dont les crises identitaires ? Les jeunes ont plus que jamais besoin de réfléchir à la vie et à la société dans laquelle ils vivent, en usant  de la raison que chacun possède en soi comme capacité en puissance et qui doit être cultivée. 


Raphaël Enthoven plaide pour cet enseignement dès la classe de seconde et en appelle aux responsables politiques pour qu'ils se saisissent de l'idée.



Pour la philo en seconde!


Par Raphaël Enthoven,



Pour bien assimiler cette matière, elle mérite d'être enseignée dès l'entrée au lycée. La chronique de Raphaël Enthoven.

Il est absurde et contre-productif de limiter l'enseignement de la philosophie à la classe de terminale. Comment peut-on s'imaginer qu'à moins d'avoir le meilleur professeur du monde (et encore!) un élève puisse être capable de découvrir, en quelques mois, une cinquantaine d'auteurs, d'absorber plusieurs dizaines de notions, de démythifier l'épreuve de la dissertation, de maîtriser les finesses d'un vocabulaire nouveau, de comprendre à quel point la philosophie, loin d'être désincarnée, éclaire les soucis de sa vie quotidienne?


[...]


C'est dès la classe de seconde qu'il faut enseigner la philosophie. Afin de comprendre que toutes les questions sont légitimes, qu'il ne suffit pas d'être bien-pensant pour bien penser, que la loi n'est pas toujours le contraire de la liberté... A quoi sert la philosophie? A disloquer les réflexes identitaires qui hantent les lycées, à penser au-delà de sa propre expérience, à dépasser sa vision du monde pour donner sa chance au point de vue adverse.


A l'âge où tout adolescent manque de repères, la philosophie apprend à s'interroger sur la valeur des valeurs elles-mêmes. Quand la crise et la colère poussent à chercher des coupables et des boucs émissaires, la philosophie invite à remplacer le jugement par la compréhension et montre à quel point la violence est une force faible. Est-il donc nécessaire d'être majeur pour réfléchir sur le sens de la vie ou le bien commun? Quoi de plus utile, pour un adolescent rongé par Internet, que l'art de penser contre soi-même, de démontrer ce que l'on affirme, de remplacer le préjugé par un raisonnement, de prouver qu'on peut être en désaccord sans être ennemis? Quel homme d'Etat aura le courage d'étendre l'enseignement de la philosophie à l'âge de la vie où il est le plus nécessaire?


publié dans l'Express

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 10:10



Dans Le Monde un article de réflexion d'un philosophe sur ces grandes manifestations sportives qui occupent les esprits et dilapident des milliards en temps de crise où tout le monde (pas tout à fait et justement là est le problème) est prié de se serrer la ceinture.


 

Fabien Ollier est directeur de la revue Quel sport ? Il a publié un grand nombre d'ouvrages participant de la critique radicale du sport dont notamment L'Intégrisme du football en 2002, Footmania en 2007, Le Livre noir des J.O. de Pékin en 2008. A quelques jours de l'ouverture de la Coupe du monde de football, Fabien Ollier dresse un état des lieux sans concession de cette grand-messe planétaire orchestrée par "la toute-puissante multinationale privée de la FIFA".


Vous comparez le sport en général, le football en particulier, à une aliénation planétaire. Que vous inspire la Coupe du monde ?


Fabien Ollier : Il suffit de se plonger dans l'histoire des Coupes du monde pour en extraire la longue infamie politique et la stratégie d'aliénation planétaire. Le Mondial sud-africain ne fait d'ailleurs pas exception à la règle. L'expression du capital le plus prédateur est à l'œuvre : les multinationales partenaires de la FIFA et diverses organisations mafieuses se sont déjà abattues sur l'Afrique du Sud pour en tirer les plus gros bénéfices possibles. Un certain nombre de journalistes qui ont travaillé en profondeur sur le système FIFA ont mis en évidence le mode de fonctionnement plutôt crapuleux de l'organisation. Ce n'est un secret pour personne aujourd'hui. De plus, il y a une certaine indécence à faire croire que la population profitera de cette manne financière. Le nettoyage des quartiers pauvres, l'expulsion des habitants, la rénovation luxueuse de certains townships ont été contrôlés par des "gangs" qui n'ont pas l'habitude de reverser les bénéfices. Avec la majorité de la population vivant avec moins de 2 euros par jour, cet étalage de richesse est pour le moins contestable.

 

Le déploiement sécuritaire censé maintenir l'ordre, assurer une soi-disant paix civile n'est autre en réalité que la construction d'un véritable Etat de siège, un Etat "big brother". Les hélicos, les milliers de policiers et de militaires ne sont là que pour contrôler, parquer la misère et protéger le luxe, pour permettre aux pseudo-passionnés de football de "vibrer". La mobilisation de masse des esprits autour des équipes nationales induit la mise en place d'une hystérie collective obligatoire. Tout cela relève d'une diversion politique évidente, d'un contrôle idéologique d'une population. En temps de crise économique, le seul sujet qui devrait nous concerner est la santé de nos petits footballeurs. C'est pitoyable.

 

[...]

 

Une autre image d'Epinal du football lui attribue un rôle d'exutoire des nationalismes et des guerres.


La symbolisation de la guerre n'existe pas dans les stades, la guerre est présente. Le football exacerbe les tensions nationalistes et suscite des émotions patriotiques d'un vulgaire et d'une absurdité éclatants. Je réfute l'idée d'un procès de civilisation. Le sport provoque une forme de violence différente, moins évidente qu'une bombe mais ne participe absolument pas à un recul de la violence. Il y a de multiples coups d'épingle à la place d'un grand coup d'épée.



texte intégral dans Le Monde

 

 


En complément , sur les milliards dépensés pour le sport et les spectacles du nouveau cirque en temps de crise, voir dans Libération ce texte collectif de divers philosophes, anthropologues, sociologues de plusieurs pays : arrêtons de construire des stades en Europe.



qui, parmi d'autres réflexions, exprime  ceci :



Le 28 mai, la décision sera prise pour désigner qui, de la Turquie, de l’Italie ou de la France accueillera l’Euro 2016. Pour la France, il faut encore faire la preuve que le 1,74 milliard d’euros prévu pour les travaux de construction et de rénovation des douze stades sélectionnés sera suffisant. Que signifient toutes ces nouvelles folles dépenses en France et dans une Europe en proie au vertige de la récession et du déclin des économies nationales et de leur Union ? Que peut vraiment le stade, aujourd’hui, dans cette crise qui risque de précipiter les économies nationales vers la faillite ? Car on nous présente en effet le stade comme un «espace de vie», un «espace de rencontre», le lieu de réjouissance des familles, et il représente, selon les propos de Jacques Herzog, l’un des deux architectes du stade olympique de Pékin (le «nid d’oiseau»), un «espace démocratique», tandis que Philippe Séguin l’avait élevé au niveau d’un lieu d’«intérêt général» pour la France.

 

 

On le sait, le stade n’est pas une enceinte indifférente au contexte sociopolitique, un espace neutre, un simple outil, un lieu d’accueil des compétitions sportives. Le stade est bien autre chose qu’un cadre architectural efficace. Le stade est partout en Europe le lieu d’incubation des pires violences, là où couvent les comportements les plus répugnants et ce, quoi qu’en disent nombre de politiciens, de pseudo-sociologues et de pseudo-spécialistes toujours prêts à minimiser sa réalité effroyable : xénophobie, antisémitisme, racisme, concentration massive de toutes les bêtises, de toutes les violences… Or, cette réalité est mise en œuvre non par quelques dizaines d’hurluberlus mais par des milliers d’individus regroupés en troupes d’assaut et en proie à un déchaînement pulsionnel sauvage. Si bien qu’aujourd’hui, dès qu’on parle de stade, sont immédiatement associés à son image un ensemble d’éléments de répression venant en conséquence directe d’actes répréhensibles commis en leur sein ou à leurs alentours. Le Public order Act anglais (1986) interdit ainsi de stade les éléments violents connus des services de police ; il fut suivi par le Football offences Act (1991) qui punit de peines de prison les individus se livrant à des chants racistes et injurieux, jetant des objets sur les joueurs ou encore des supporters envahissant le terrain; en France, le projet de loi Hortefeux prévoit d’interdire temporairement les déplacements de supporteurs de football; la vidéosurveillance est généralisée dans la plupart des stades et à leurs abords comme est généralisée la mise en place d’un fichier national des interdits de stade et que se développe la trace informatique des spectateurs; sans parler des écoutes téléphoniques, des filatures, des infiltrations des bandes et le recours, encore en Angleterre, aux «spotters», des chasseurs de faciès spécialisés dans l’identification des individus à risque.


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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 17:18

 

 

 

 

 

 

 

Un des arguments populistes et anti-intellectualistes de wikipedia pour justifier sa méthode consiste à prétendre qu'elle mettrait le savoir à la disposition de tous (sans préciser : après qu'il ait été largement révisés par ses soins, rédigés à sa manière plus ou moins fantaisiste et sans souci d'exactitude) car, disent-ils sans ciller, les professeurs dont le rôle est de dispenser et diffuser ce savoir, les  chercheurs et professions intellectuelles (auxquelles, par parenthèses, les media ne donnent pas la parole, leur préférant les bateleurs et auteurs à sensation) voudraient garder jalousement pour eux ce savoir qu'ils détiennent comme leur bien propre et leur propriété privée.

 


 

Les librairies et les bibliothèques publiques aussi, je suppose, n'ont en tête que de garder pour elles les livres, de même que la grande encyclopédie Universalis consultable en ligne : diffusion secrète sans doute !

 

(ah oui, mais pas gratuite)

Ce premier argument pro domo de wikipedia se double de celui de la gratuité. En effet , la gratuité est censée être une valeur en soi  à wikipedia, et le travail intellectuel n'étant pas considéré comme un travail, ne mérite pas rémunération et n'a aucune valeur.

 


 

Cela dit, sur internet, gratuitement, on trouve de plus en plus de documents de qualités articles, cours, conférences et sites ou blogs à usage pédagogique,  exposés de savoirs divers à destination du public, gratuits mais de grande qualité -surpassant tellement wikipedia qu'on ne les comparera pas à cette dernière-, si l'on veut bien se donner la peine de passer au-delà de wikipedia et de fouiller un tout petit peu dans les pages Google .

 

 

 

Citons en exemple  une initiative qui apporte un démenti aux deux arguments principaux de wikipedia, mis en avant pour qu'on lui pardonne la médiocrité de son contenu qui atteint parfois des niveaux insondables  :



La mécanique quantique expliquée à tous : une conférence de Jean-Michel Raimond, professeur de physique à l’Université Paris 6 et à l'Ecole Normale Supérieure, qui est un spécialiste de physique atomique et d’optique quantique. La video de la conférence organisée à l'Ecole Normale Supérieure par le groupe "les Ernest" est mise en ligne sur internet, facilement accessible,, comme un démenti à ce discours de propagande anti-intellectualiste wikipédien (s'il en fallait un, pour les croyants wikipédiens du moins).

 

 

 

Quant aux niveaux insondables de médiocrité d'une bonne partie de ses articles (outre leur caractère d'être souvent illisibles et par ailleurs partisans dans les domaines qui s'y prêtent) la raison en est que wikipedia préfère fabriquer avec ses seuls moyens du bord, soit des rédacteurs généralement incompétents formant une communauté sectaire, ses articles révisant systématiquement le savoir, plutôt que de reconnaître quelque compétence que ce soit à celui qui en a une.

 

 

De même qu'elle n'admet pas que puissent exister des niveaux de compétence divers chez les rédacteurs et se débarrassent vite des profs et chercheurs qui ont le malheur de s'y aventurer -car ils font figure d'autorité sur les sujets qu'ils connaissent et pratiquent professionnellement ; et à wikipedia toute autorité est bannie, surtout l'idée que puisse exister une autorité intellectuelle- de même ils n'admettent pas que les livres puissent être présentés par autre qu'Evène,  par exemple par des bibliothécaires qui pourraient avoir la naïveté de penser qu'il est autorisé de citer en guise de référence dans la bibliographie, un site de critiques de livres fait par des bibliothécaires.

 

 

Pour voir  jusqu'où va l'esprit sectaire qui règne à wikipedia et l'anti-intellectualisme de la communauté n°1 dans le monde par son poids qui se croit pour cela la meilleure du monde , un témoignage de bibliothécaire.

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 16:23

Pour faire suite à l'échange sur les maths, à quoi  elles peuvent servir et comment elles sont utilisées en économie, relire J-C Milner dont les explications sont lumineuses.


 Marianne en ligne



modèles de probabilités dans la crise.



  Antoine Mercier : que dites-vous de l’événement « crise » pris au sens large ?

Jean-Claude Milner : Nous avons été confrontés dans les 40 dernières années d’une part à l’émergence d’un marché vraiment mondial - ce que l’on appelle aujourd’hui la mondialisation - et d’autre part, dans le cadre de ce marché mondial, à la découverte par les grands acteurs du capitalisme historique qu’ils avaient perdu la maîtrise des ressources naturelles et de la force de travail au profit d’autres pays. Je pense par exemple à la Chine qui dispose d’une immense force de travail laquelle présente le triple avantage de produire de la valeur, d’être très bon marché, et d’être renouvelable.

Ce pays, comme ceux qui ont des ressources naturelles de divers types ont commencé à accumuler de très grands profits. En sens inverse, les acteurs classiques du capitalisme, les pays de l’Europe de l’Ouest et les États-Unis perdaient le contrôle de ces ressources naturelles tandis que leur force de travail devenait rare et de plus en plus chère.

Que s’est-il donc passé ? Pour récupérer la maîtrise de ces richesses, on a inventé cette chose extraordinaire que l’on appelle le capitalisme financier. Par opposition au marché mondial, il est très concentré, en fait en deux endroits : New-York, et Londres. Et tous les surprofits générés par les pays ayant la maîtrise des ressources naturelles sont revenus se placer, comme naturellement, sur les places financières américaines et européennes dans un flot monétaire dont l’histoire a connu peu d’exemple. Il faut songer à l’or espagnol pour trouver une comparaison.


Antoine Mercier : Et les puissances traditionnelles ont récupéré leur pouvoir ou leur avoir par l’intermédiaire de cette financiarisation de l’économie ?


Jean-Claude Milner : C’est ça l’extraordinaire subtilité de la machine mise en place. Et c’est cette machine qui a sauté sous nos yeux l’an dernier.


Antoine Mercier : Pourquoi a-t-elle sauté ?

Jean-Claude Milner : Je crois que quand on regarde d’un peu près la machine, on découvre que chaque mouvement produisait de la valeur. Il fallait donc construire des instruments de plus en plus sophistiqués qui allongeaient le parcours entre le point de départ où l’on mettait un certain investissement et le point d’arrivée où l’on avait un bénéfice.


C’est à cela que la mathématique a servi. Nous savons très bien quel rôle ont joué les modèles mathématiques pour construire de nouveaux produits financiers. Le principe fondamental était que le chemin parcouru devait être le plus long et le plus compliqué possible. Un exemple simple : le crédit immobilier que l’on va transformer en titre négociable en Bourse.



Capture d'écran - Youtube


et texte complet sur  Marianne en ligne


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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 18:21
  1. Sciences et Lettres ensemble, s'étudient et  se complètent. L'enseignement, la recherche, l'étude des Lettres et des sciences, marchent ensemble.

  2. Une nouvelle, qui s'inscrit dans la continuité du post précédent, en référence au bizarre  sous-titre de wikipedia, et pour répondre aux litanies qu'égrène David Monniaux , l'idéologue  bien connu de wikipedia , qui passe son temps sur son blog à l'anti-intellectualisme avancé, à opposer sciences et Lettres, ne retenant des sciences que ce qu'il connaît, les maths, dénigrant les Lettres et toute la culture (inutile et prétentieuse, affaire d'élitisme et de snobisme à ses yeux) et tous les intellectuels, universitaires et chercheurs, en général, mais défendant sa seule spécialité, croyant ainsi défendre sa boutique (l'informatique théorique). Voici  une nouvelle qui relève d'une idée de la culture et de la vie de l'esprit aux antipodes de wikipedia et de son idéologue    :

  3. L'ENS et le Collège de France créent la fondation Paris Sciences et Lettres



  4. Cinq grands établissements d'enseignement supérieur et de recherche parisiens, dont l'Ecole normale supérieure (ENS), le Collège de France ou Chimie ParisTech ont annoncé, vendredi 16 avril, leur regroupement au sein de la fondation Paris Sciences et Lettres (PSL).
  5.  
  6. Vu dans le Monde du 20 avril 2010.

 

  1. Alithia

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 19:28
Au risque de déplaire à mes petits wikipédiens qui n'aiment pas que je pointe leurs erreurs, leurs préjugés, leur croyance au libéralisme, leur a-politisme spontané qui en font de parfaits petits conformistes tolérants envers l'extrême-droite et les immondices de Dieudonné, leur idéologie libérale en matière d'économie et leur ignorance de ce qu'est la vraie liberté -plus d'autres ignorances encore, tout aussi impardonnables pour ceux -à qui prétendent faire une encyclopédie- voici encore un article porteur d'une information  et d'une analyse importantes pour comprendre le dit système du capitalisme ouvert à toutes les formes du libéralisme qui n'épargne aucun secteur de la société.

Le genre d'information qu'on ne voit pas dans wikipedia, c'est à quoi sert la neutralité qui régit cette publication calamiteuse : tout ce qu'ils n'estiment pas "neutre" comme ils disent, ils le censurent. Ce sont souvent , pour ne pas dire toujours les informations et les analyses les plus importantes qui sont rejetées car elles ne correxpondent pas à leurs convictions d'esprits étroits et cependant fiers supporters du libéralisme autant que de l'occultisme et des explications irrationnelles

Donc voici l'article dont je donne un extrait et à lire en entier  :


Politique scolaire et néoliberalisme   : L'école des inutiles

Par Tristan Béal, article publié dans la lettre 128

Lien permanent vers cet article


Voici une fâcheuse anecdote que rapportent Hans Peter Martin et Harald Schumann dans leur livre "Le Piège de la mondialisation".

En 1995, à l’hôtel Fairmont de San Francisco se réunirent « cinq cents hommes politiques, leaders économiques et scientifiques de premier plan ». Et telle fut l’évidence posée dès le début de cette réunion : « dans le siècle à venir, deux-dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale  ». Une question angoissante saisit alors l’assemblée de ce distingué aréopage : comment continuer à gouverner paisiblement les « quatre-vingts pour cent d’humanité surnuméraire, dont l’inutilité a été programmée par la logique libérale ? »[1] Le cheval de Troie alors inventé prit dans la bouche d’un des intervenants la cynique et méprisante appellation de tittytainment (mixte nauséeux de entertainment, divertissement, et de tits, seins en argot) : « cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète »[2].

notes :

[1] Jean-Claude Michéa, L'enseignement de l'ignorance.

[2] Hans Peter Martin et Harald Schumann, op. cit.





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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 23:52


En hommage à Dominique Séglard  qui vient de disparaître à l'âge de 57 ans, voici  republiée ci-dessous la présentation par la revue Le Banquet,  d'un texte de Carl Schmitt,
qu'il a préfacé, "Les trois types de  pensée juridique" .

Dominique Séglard était un traducteur de talent et un philosophe érudit, inventif et judicieux, fin connaisseur de la philosophie allemande contemporaine en particulier dont il a importé en les traduisant certains des textes  des auteurs les plus importants, Carl Schmitt et Jacob Taubes, qu 'il a largement contribué à introduire en France, également de Hermann Heller, auteur peu connu en France,  dont les texts sur la démocratie demandent à être lus versus Kelsen et Schmitt.


Il a  traduit  récemment, avec Mira Köller, le volume de Jacob Taubes, recueil de divers textes parmi les plus importants de l'auteur, rassemblés sous le titre "Le temps presse".[présenté dans Le Monde ] Taubes ce rabbin philosophe savant, et toujours dans les marges, qui enseigna aux Etats-Unis, à Jérusalem, à Paris et à Berlin,  fin connaisseur du Talmud  qui entretint avec Carl Schmitt à la fin de sa vie un dialogue , ce qui donna lieu à la publication de "En divergent accord". Taubes à la pensée inclassable, marquée d'une empreinte aux confins de Marx, Freud, du Talmud et de Paul était un penseur apocalyptique qui pensait que la religion née de la Bible était dotée d'un potentiel révolutionnaire aujourd'hui encore,  autant le judaïsme que le christianisme. 


Dominique Séglard a encore traduit avec Mira Köller de Taubes, "La Théologie politique de Paul. Schmitt, Benjamin, Nietzsche et Freud."  Il a traduit des textes de Hannah Arendt
, tel  Edifier un monde, interventions 1971-1975 , dans la collection Traces écrites .

Il a également fait paraître un ouvrage  avec Wolf Lepenies Qu'est-ce qu'un intellectuel européen ? : Les intellectuels et la politique de l'esprit dans l'histoire européenne qui traite de la responsabilité universelle des intellectuels européens , compte tenu de l'histoire de l'Europe et de la vie de l'esprit qui s'y est déroulée, en traitant la question de savoir s'il existe une tradition des Lumières qui ne soit pas eurocentrique.

Dominique Séglard, a été le fondateur en 1995 de la collection “Traces écrites”, au Seuil, Collection qu'il dirigeait et dans la quelle il a publié, parmi d'autres, les cours de  Roland Barthes, de Louis Althusser , de Merleau-Ponty ainsi que des textes de Hannah Arendt.

Entre 1995 et 2010, cette collection a permis de publier une vingtaine de titres, issus de cours, de conférences ou de séminaires de grands penseurs comme Roland Barthes (Comment vivre ensemble, cours et séminaires au Collège de France 1976-1977 et Le discours amoureux, cours et séminaires à l’Ecole pratique des hautes études,1974-1976 ),  Louis Althusser (Politique et histoire, De Machiavel à Marx, Cours à l’École normale supérieure 1955-1972) Merleau-Ponty ou Vladimir Jankélévitch (Cours de philosophie morale, Notes recueillies à l’Université libre de Bruxelles 1962-1963).

“Traces écrites”, comme le décrivait Dominique Séglard dans le texte de présentation de la collection, “se veut l’écho d’une parole vivante. Elle tire sa légitimité et son originalité de ce qu’on y trouvera uniquement des transcriptions d’événements de pensée d’origine orale. Les notes de cours, polycopiés, bandes magnétiques, etc., utilisés comme matériau de base seront retranscrits le plus fidèlement à leur statut initial. Traces écrites, donc, imprimées d’une pensée exprimée – contributions, en leur apport singulier, à l’édifice d’une œuvre.”

Il a également travaillé sur Foucault et s'est occupé de publier en anglais une partie des cours du Collège de France publiés dans sa collection.


La disparition prématurée d'un philosophe aussi pertinent et éditeur infatigable, laisse un vide  qui n'est pas sans nous emplir de tristesse.

 Sur Carl Schmitt, Les trois types de pensée juridique, présenté par Dominique Séglard, P.U.F.


Les deux textes qui composent cet ouvrage — au-delà de la substantielle préface de D. Séglard — sont de la période nazie de C. Schmitt. Au-delà de la révérence qu'ils expriment à l'égard de l'ordre hitlérien, ils constituent la synthèse quasiment parfaite des grands thèmes schmittiens portant sur la nature du droit : son liaison à un ordre, le dépassement du décisionnisme en  matière juridique par une théorie des institutions, la dépendance de la vérité par rapport à l'autorité, la critique du normativisme et du positivisme juridique, la théorie de l'ordre concret, etc. Mais, ce qui est plus intéressant dans ces textes,  ce sont aussi les contorsions de Schmitt dont Séglard montre qu'elles ne sont pas uniquement de circonstance mais traduisent la tension intérieure à la pensée juridique de l'auteur de La notion de politique.

Il en est ainsi du démarquage qu'il effectue, comme l'analyse finement Séglard, par rapport à l'institutionnalisme de Maurice Hauriou qui l'avait inspiré par ailleurs, mais surtout de son analyse du Mouvement et de la communauté du peuple allemand. Cela est d'autant plus important que ses démêlés avec les S.S. furent surtout liés à l'accusation d'étatisme qui lui fut adressée. Il subvertit ainsi la théorie des garanties institutionnelles dans un sens non démocratique pour en faire la base de la doctrine de l'ordre concret, celui de la germanité incarnée par le Führer. Mais tout cela était déjà contenu dans la matrice conceptuelle de la philosophie du droit de Schmitt. S'il faut ainsi lire ces textes, ce n'est pas tant pour frémir de l'horreur d'une pensée écrasante mise au service de l'innommable; ce n'est pas non plus pour le plaisir de dénoncer contradictions et sophismes. C'est parce que l'ambiguïté même de la théorie de Schmitt est celle d'à peu près toute théorie sérieuse du droit. C'est parce que ces contradictions sont aussi les nôtres et que, si l'on fait abstraction de l'époque et des phrases qui s'y réfèrent, on peut en faire aussi une lecture inverse, presque démocratique. Et la duplicité sera aussi celle de la théorie en son principe — comme si le droit n'était le rempart de rien.

Le Banquet, n°8, 1996/1.
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 16:42
Antoine Mercier s'entretient avec divers intellectuels pour penser la crise économique et de civilisation que nous traversons. Ce qui a donné lieu à un ouvrage collectif, sous sa direction avec Dany-Robert Dufour (dont je reparlerai du travail sous peu, car il est extrêmement important) et d'autres. Entretien avec Jean-Claude Milner que publie Marianne en ligne.



Juste un extrait, une citation , pour commencer, sur la crise et le rôle joué par les maths [1] dans cette histoire :


" que dites-vous de l’événement « crise » pris au sens large ?

Jean-Claude Milner : Nous avons été confrontés dans les 40 dernières années d’une part à l’émergence d’un marché vraiment mondial - ce que l’on appelle aujourd’hui la mondialisation - et d’autre part, dans le cadre de ce marché mondial, à la découverte par les grands acteurs du capitalisme historique qu’ils avaient perdu la maîtrise des ressources naturelles et de la force de travail au profit d’autres pays. Je pense par exemple à la Chine qui dispose d’une immense force de travail laquelle présente le triple avantage de produire de la valeur, d’être très bon marché, et d’être renouvelable.

Ce pays, comme ceux qui ont des ressources naturelles de divers types ont commencé à accumuler de très grands profits. En sens inverse, les acteurs classiques du capitalisme, les pays de l’Europe de l’Ouest et les États-Unis perdaient le contrôle de ces ressources naturelles tandis que leur force de travail devenait rare et de plus en plus chère.

Que s’est-il donc passé ? Pour récupérer la maîtrise de ces richesses, on a inventé cette chose extraordinaire que l’on appelle le capitalisme financier. Par opposition au marché mondial, il est très concentré, en fait en deux endroits : New-York, et Londres. Et tous les surprofits générés par les pays ayant la maîtrise des ressources naturelles sont revenus se placer, comme naturellement, sur les places financières américaines et européennes dans un flot monétaire dont l’histoire a connu peu d’exemple. Il faut songer à l’or espagnol pour trouver une comparaison.
Antoine Mercier : Et les puissances traditionnelles ont récupéré leur pouvoir ou leur avoir par l’intermédiaire de cette financiarisation de l’économie ?

Jean-Claude Milner : C’est ça l’extraordinaire subtilité de la machine mise en place. Et c’est cette machine qui a sauté sous nos yeux l’an dernier.

Antoine Mercier : Pourquoi a-t-elle sauté ?

Jean-Claude Milner : Je crois que quand on regarde d’un peu près la machine, on découvre que chaque mouvement produisait de la valeur. Il fallait donc construire des instruments de plus en plus sophistiqués qui allongeaient le parcours entre le point de départ où l’on mettait un certain investissement et le point d’arrivée où l’on avait un bénéfice.

C’est à cela que la mathématique a servi. Nous savons très bien quel rôle ont joué les modèles mathématiques pour construire de nouveaux produits financiers. Le principe fondamental était que le chemin parcouru devait être le plus long et le plus compliqué possible. Un exemple simple : le crédit immobilier que l’on va transformer en titre négociable en Bourse. "

article complet : Marianne en ligne.


Alithia

note [1]  : ah ces philosophes ils prétendent réfléchir à tout et s'exprimer sur tout, tout comprendre et tout analyser avec leur manie critique rien ne les arrête, pas même l'économie pour énoncer des critiques politiques qui portent même sur la civilisation, diront encore les wikipédiens incultes, jusqu'aux plus hautes instances de cette publication anti-intellectualiste de bas niveau,


Eh oui, certains s'autiorisent à réfléchir, à s'interroger et à interroger d'un point de vue critique  : ce qu'on appelle penser. Heureusement ils ne sont pas bridés par la "neutralité" ni contraints par ce principe à écrire des stupidités, ni ne sont soumis à une censure dont la bêtise crasse le concurrence au ressentiment .

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 17:45

 

 


A l'heure où certains cherchent à faire quelques succès de libraire en traitant Marx en "chien crevé" comme ce fut le cas pour Spinoza, avant lui, il faut dire que la pensée de Marx est toujours très présente et peut-être aussi, avec Derrida, auteur de "Spectres de Marx" , que la pensée de Marx hante notre modernité et nos sociétés en crise.


On note aujourd'hui que l'intérêt pour l'oeuvre de Marx est plus vif que jamais. Les dictatures édifiées plus ou moins en son nom n'ont pas réussi à masquer la force théorique et la justesse  de sa pensée, ou pluttôt d'une partie d'entre elle.  En effet, aussi surprenant que cela puisse paraître aux yeux de certains, la pensée de Marx n'a pas disparu avec l'effondrement du système étatique et collectiviste qui s'en est réclamé lors des commencements de l'Union soviétique avant de glisser dans les horreurs de la dictature au nom du peuple. L'intérêt pour la pensée de Marx n'a pas disparu avec la disparition de ce  système qui a compromis son nom en URSS, soi-disant socialiste car elle avait socialisé les moyens de production mais avait oublié toutes les dimensions de la liberté. Aujourd'hui les analyses de Karl Marx semblent plus que jamais d'actualité à la faveur de la mondialisation lorsque les inégalités s'accroissent dans le monde et que la pauvreté s'étend.  Plus que jamais le capitalisme apparaît comme un système mondial, tel que Marx l'avait compris et c'est ainsi qu'il doit être analysé. Marx, aujourd'hui semble être plus moderne que jamais : c'est  ce que soutiennent dans l'Express il y a de cela 3 ans, (en juin 2006)  l'historien britannique Eric Hobsbawm, marxiste spécialiste du XIXe siècle et  Jacques Attali, auteur de "Karl Marx ou l'esprit du monde" (Fayard). Ils ont échangé leurs vues sur le philosophe allemand auteur de das Kapital, lors d'un débat organisé à Londres dans le cadre de la Jewish Book Week .

 

Eric Hobsbawm, le grand historien marxiste dit lui-même son étonnement devant l'intérêt qui se constate pour la pensée de Marx, non seulement l'intérêt du grand nombre de ses lecteurs actuels, mais intérêt qui se constate chez de grands responsables du capitalisme, qu'ils soient hommes politiques ou responsables d'entreprises. Parmi ceux-ci il cite par exemple Georges Soros. 

 

Jacques Attali qui n'est en rien marxiste confirme l'intérêt de ce que représente aujourd'hui encore la pensée de Marx, qui n'a pas défini les traits d'un "autre monde" qui aurait été le communisme -à peine quelques mots dans son oeuvre- mais qui a dessiné avec précision ceux du système capitaliste formant le monde de son temps au point de permettre d'anticiper sur l'avenir du capitalisme, pour partie du moins. Attali confirme qu'il n'est point besoin d'être marxiste pour lire Marx , mais que les responsaables du capitalisme ont appris et continuent d'apprendre le fonctionnement du capital en lisant Le Capital, pour les plus brillants d'entre eux du moins.

 

Les deux auteurs dans leur dialogue, permettent de comprendre l'importance de la théorie de Marx pour l'histoire et l'importance de son oeuvre historique. Cependant ils ne disent pas certaines des plus grandes lacunes de Marx ni de ses erreurs, en particulier à l'égard du droit dont il n'a pas vu l'efficace au service de la liberté (Marx n'avait-il pas lu Rousseau ?) et dont aucun régime politique ne peut  se passer. Marx en fit une simple structure au service de la logique dominante, ce qui fut une erreur majeure dont les marxistes eurent du mal à se relever. Ces points de vue critiques quant à la question des libertés politiques manquent  car ce sont aussi du fait de ces lacunes et dans ces failles que ce sont engouffrés les régimes de dictature qui s'en sont réclamés.

 

On pourrait peut-être dire la même chose du marché que Marx aurait ignoré  comme facteur de liberté et donc comme facteur incontournable de progrès. D'après Attali ce n'est nullement le cas. Il soutient que Marx aurait fort bien compris les avantages du marché. La question mérite d'être débattue. Marx n'a jamais cru à la différence d'Adam Smith et des options du libéralisme que le marché était un facteur de régulation des sociétés, tout au contraire. A-t-il cru à la disparition du marché, à la disparition du capitalisme ? La plupart des marxistes l'ont lu ainsi mais Attali soutient le contraire. Il faut redire encore que Marx n'a jamais décrit une économie socialiste ou communiste et que jamais au grand jamais il n'en fit un synonyme d'économie étatique autoritaire. Tout au contraire il était partisan du déclin de l'Etat.  Comme tous les socialistes et révolutionnaires et comme Rousseau le penseur de la République il voyait la cause des désordres du capitalisme dans la propriété privée des moyens de production. Il n'a jamais  expliqué comment sortir de cette difficulté (limitation ? suppression de la dite propriété privée ? redistribution ? propriété collective ? et encore moins comment y parvenir. Marx est LE penseur du capitalisme et c'est pourquoi il nous intéresse encore.

 

Les deux protagonistes relèvent cependant quelques démentis apportés par l'histoire, à savoir que le rôle politique attribué par Marx à la classe ouvrière n'a pas été confirmé par l'histoire.


Le prolétariat comme classe révolutionnaire destinée à reconstruire autrement une économie alternative au capitalisme aurait-il disparu ? Serait-il définitivement "rayé de l'histoire" ?

 

Pour Attali la question ne se pose pas tout à faitg en ces termes. Il sous-entend plutôt que le capitalisme n' est pas complètement dépassable, et que c'est ce que pensait Marx.

 

quelques extraits d'un échange peu ordinaire :

.

Eric Hobsbawm: Il est surprenant que Karl Marx suscite encore autant d'intérêt. A l'heure actuelle, son influence est incroyable. Un récent sondage de la BBC le sacrait même philosophe le plus célèbre de tous les temps. Si vous tapez «Karl Marx» dans le moteur de recherche Google, sur Internet, vous trouverez des millions de réponses - 39 millions la dernière fois que je m'y suis essayé. Comment expliquer cette soudaine résurrection? Tout d'abord, je crois que la fin du marxisme officiel de l'URSS a libéré Marx de l'identification avec les théories léninistes et les régimes qui s'en réclament. De nouveau, on s'est dit: «Tiens, il y a des choses très intéressantes chez Marx.»


Ce constat m'amène à la deuxième explication - la plus importante: le monde capitaliste globalisé qui a émergé dans les années 1990 ressemble étrangement, à certains égards, au monde que Marx a décrit dans le Manifeste du parti communiste, en 1848.  [...]  Vous n'êtes pas et n'avez jamais été marxiste, Jacques Attali, mais vous arrivez néanmoins à la conclusion, vous aussi, que Marx a quelque chose à nous dire aujourd'hui [... ]


Jacques Attali: Avec le mouvement socialiste international, Karl Marx a lancé une tentative remarquable de concevoir le monde dans sa globalité. C'est un penseur extraordinairement moderne parce que ses écrits ne dessinent pas les contours d'un Etat socialiste organisé, mais ceux du capitalisme du futur. Contrairement à la caricature du marxisme, Marx était tout d'abord un admirateur du capitalisme. A ses yeux, c'était un système bien meilleur que tous ses prédécesseurs, qu'il jugeait obscurantistes. A deux reprises, il a cru que le capitalisme était condamné à brève échéance, mais il a très vite conclu que ce n'était pas le cas, que le marché avait, bien au contraire, un bel avenir devant lui. Autre illustration de la modernité de sa vision: le capitalisme ne disparaîtrait, estimait-il, que lorsqu'il se serait transformé en force planétaire, globale, que l'ensemble de la classe ouvrière en serait partie prenante, que les nations s'effaceraient, que la technologie serait en mesure de faire disparaître l'effort et de créer la gratuité. Il a cité la Chine et l'Inde comme acteurs potentiels du capitalisme. Il a dit, aussi, que le protectionnisme était une erreur, la liberté des échanges une condition du progrès. Pour Marx, le capitalisme devait être mondial avant que le socialisme ne soit envisageable. D'une certaine manière, l'Union soviétique, ce cauchemar totalitaire que Marx n'avait pas voulu, a mis entre parenthèses la validité de sa pensée, alors que la chute du mur de Berlin a rendu à son œuvre sa raison d'être en confirmant son analyse de l'évolution historique.

 


E. H.: Nous sommes confrontés aujourd'hui à l'économie globalisée que Marx avait anticipée. En revanche, il n'avait pas prévu certains de ses effets. Par exemple, la prédiction marxiste selon laquelle un prolétariat toujours plus nombreux, dans les pays industrialisés, renverserait le capitalisme ne s'est pas réalisée. Pourquoi? Parce que le capitalisme peut se passer de la classe ouvrière pour gagner du terrain, comme il s'est passé de la paysannerie.

 


J. A.: Nous en sommes à notre quatrième tentative de globalisation. La première a eu lieu à la fin du XVIIIe siècle et s'est effondrée avec les guerres napoléoniennes. La deuxième s'est produite cent ans plus tard et s'est terminée avec le conflit de 14-18. La Seconde Guerre mondiale a mis un terme à l'amorce de globalisation des années 1920. Celle que nous vivons à l'heure actuelle connaîtra vraisemblablement la même issue, c'est-à-dire qu'elle nous conduira à l'isolationnisme et au protectionnisme. En 1849, Marx a mis en garde ses contemporains contre le retour du protectionnisme et contre la barbarie. Au début du XXe siècle, en revanche, c'était impossible à prévoir. Aujourd'hui, il nous est tout aussi impossible de concevoir quelle forme de barbarie nous guette. Notre seule issue de secours est un compromis, au niveau planétaire, entre l'économie de marché et la démocratie. En effet, comme Marx l'a montré, le marché et la démocratie entrent parfois en conflit, contrairement à la croyance actuelle selon laquelle l'économie de marché conduit à la démocratie, et vice versa. Parce que le marché ne connaît pas de bornes, ni de limites, en termes de territoire ou de domaine d'activité. Il envahit l'éducation, la santé, les transports. Rien ne doit lui échapper. La démocratie, elle, a besoin de frontières pour prendre racine.


référence l'Express
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