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Observatoire

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  • alithia
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 15:00


Dieu est mort (Nietzsche), la religion est une affaire épuisée, qui a épuisé ses ressources pour sacraliser le pouvoir, pour persécuter les penseurs, pour faire peur aux braves gens même, pour promettre la vraie vie dans un au-delà incertain.

Dieu est mort, le dernier des hommes l'a tué : c'est l'homme du nihilisme et du ressentiment qui est l'assassin de Dieu.
Dieu est mort, mais un seul ne le savait pas, Onfray qui se prend pour un nietzschéen.
Comique.
Onfray recommence et répète le geste du dernier des hommes, l'homme du nihilisme et du ressentiment, il s'acharne sur le cadavre de Dieu, figure du père comme l'a bien vu l'ami Sigmund.

Alors il exploite le filon de la mise à mort réitérée d'une figure du père, qui lui semble prometteur .  Il s'en prend à la religion, le bougre, pour faire tourner son commerce, en faisant croire  aux gogos que le problème de notre époque, serait la religion, après l'avoir préalablement diabolisée... parce que tout de même, il vient trop tard, Dieu a déserté la politique et l'histoire et la vie de l'esprit et la morale. La seule divinité aujourd'hui c'est le marché.

Pour cela un truc est nécessaire : invoquer le diable,  un truc imparable, qui  a fait ses preuves dans le passé. et a bien marché.  Et ça marche, auprès de ceux qui n'ont jamais entendu parler de Nietzsche et qui croient que le combat d'Onfray est révolutionnaire : sus au diable religion, libérons-nous du diable qui nous empêche de vivre !
Comme si aujourd'hui c'était la religion qui nous empêchait de vivre
Combat d'arrière-garde.


Sur le sujet, la psychanalyse serait plutôt à l'avant-garde, pour nous aider à voir ce qui nous empêche de vivre.

Mais alors la psychanalyse c'est l'ennemi, si son message situe ailleurs que dans la religion ce qui nous empêche de vivre ?

Onfray sur son chemin de Damas a eu cette révélation soudaine, après avoir enseigné, dit-il, la psychanalyse durant 20 ans dans ses cours de philo.

Quelle idée va-t-il trouver pour continuer à entretenir son commerce et sa fabrique de best-sellers pour réussir à faire parler de lui ?
La psychanalyse, pensée athée, qui aide à vivre sans n'avoir plus besoin ni de dieu ni de diable,  pourrait faire passer son combat pour un combat d'arrière-garde ?  Peut-être a-t-il eu ce soupçon ?

Toujours est-il qu'un  truc très populaire avec lequel il est possible de créer des émotions fortes, c'est la psychanalyse, parce qu'elle s'occupe de sexualité et intéresse tout le monde et est partout dans la société.  Il y a un marché à exploiter dans la série des meurtres qui rapportent.

Tuons Freud, le père d'une doctrine athée qu'il aperçoit tout à coup comme susceptible de lui faire de la concurrence.
Envoyons Freud en enfer (voir la couverture de son livre où l'on voit un Freud aux enfers).

L'individu Freud n'est plus. Freud est mort, on peut l'insulter dans sa personne, le diffamer, porter atteinte à son honneur, il n'y aura pas de suites juridiques, c'est sans risques.  Le droit ne protège pas les morts contre la vindicte des vivants. Allors allons-y, la psychanalyse intéresse à peu près tout le monde, il y a là une bonne matière à exploiter.  On va dire que c'est une religion, diabolique bien sûr, et on recommence le coup en y mettant toute la sauce  sur la personne même de Freud . La théorie on la laissera de côté, c'est trop compliqué et on ne peut l'insulter. Freud construit en figure diabolique par l'amateur d'argent d'Argentan qui acuse Freud d'aimer l'argent...

Et encore et encore les insultes et les accusations les plus folles, violentes.  Freud accusé par cette nouvelle Inquisition venue de la France profonde, de perversion, escroquerie, crimes sexuels, manipulation, meurtres de ses patients, fascisme, nazisme et antisémitisme compris. Avec ça, on est sûr  de tenir tous les ingrédients  du diabolique pour faire parler de soi en créant le scandale.


 Tous les media parlent d'Onfray, le scandale arrive, le coup est réussi.

Freud  est mort, mais il a laissé une oeuvre.
Onfray s'attache à tuer Freud, à diaboliser l'homme et la psychanalyse,  incapable de s'occuper de son oeuvre, ni de créer sa propre oeuvre.
L'oeuvre de Freud survivra à la rage d'Onfray et à ses trucages.
Onfray, en revanche est mal parti pour laisser une oeuvre qui puisse lui survivre.

Quelques questions qu'il faudrait se poser avant d'assassiner Freud : si et pourquoi la psychanalyse marche et quel effet de vérité produit-elle (si elle en produit un)  ? Pourquoi la psychanalyse a-t-elle connu un tel succès , pourquoi est-elle bien vivante aujourd'hui et pourquoi a-t-elle pénétré toutes les sphères de la culture ?

Fermer la question en en faisant par décret  a priori une religion, est une non-pensée, indigne d'un philosophe. On fray affirme mais ne questionne rien ni ne se questionne en rien.

Une certitude est là, Onfray est mort à la philosophie et à toute forme de vie intellectuelle.
Il ne le sait pas encore.

Alithia


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Published by alithia - dans psychanalyse
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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 19:08


 

Voici ce que j'ai relevé dernièrement comme digne d'intérêt parmi les réponses au livre d'Onfray, qui insistent sur la destruction du symbolique et des fondements de la culture, de la civilisation, à quoi participe Onfray ainsi que sur la manière dont il s'en prend aux institutions et en particulier aux institutions qui sont le socle de la culture   :



Une lettre ouverte de Gérard Haddad à Onfray , dans Le Monde du 10 mai, qui tente de s'adresser à lui, personnellement. Il lui parle de l'amour du père et lui indique que cette destruction du symbolique et de la culture, cette destruction des fondements même de la civilisation à quoi il participe, est une oeuvre négative aux effets délétères, contrairement à ce qu'il s'imagine.


Ce que je dirais en termes nietzschéens : Onfray participe  de l'aggravation et de l'approfondissement du nihilisme.


Le concept de nihilisme signifie l'épuisement des valeurs de la tradition  ; soit la religion , et la représentation du pouvoir par une figure paternelle : dieu est mort, les hommes l'ont tué, le roi aussi ; c'est la figure du dernier des hommes, meurtrier des figures fondatrices des valeurs anciennes qu'est l'homme du  nihilisme, l'homme contemporain , qui a tout à réinventer.  A ce nihilisme  Nietzsche oppose l'idée de transmutation de toutes les valeurs . Et au dernier des hommes qu'est l'homme du nihilisme, Nietzsche oppose l'avenir  ayant pour tâche  de dépasser l'homme, ce qu'il appelle le surhumain, qui devra surmonter la petitesse et la négativité du dernier des hommes. Il en appelle à une grande politique et à des philosophes nouveaux, les philosophes de l'avenir, afin de réinventer et refonder la civilisation .  Tout le contraire de ce que fait Onfray qui représente un monumental contresens par rapport à Nietzsche.


Voici :


Cher Michel Onfray,



J'ai ... lu, avec sympathie, un de vos livres. Vous y racontiez ce vœu de votre père, agriculteur, de voir le pôle Nord, et ce vœu, avec un amour filial, vous l'avez exaucé quand vos finances vous l'ont permis. J'ai trouvé à ce souvenir, pardonnez-moi, un parfum freudien. Je crois en effet que, dans votre étude approfondie de l'œuvre de Freud, quelque chose d'essentiel vous a échappé. C'est que cette œuvre est tout entière construite autour de l'amour du père, amour premier. Je vous renvoie au chapitre 7 de son œuvre, Psychologie des groupes. Le même Freud avait depuis longtemps énoncé cette vérité vérifiable, que j'ai en tout cas vérifiée dans mon existence, la mort du père est sans doute la plus grande douleur qu'un homme peut éprouver.

 

J'ai longtemps hésité avant de me mêler à cette avalanche de réactions que votre dernier livre a suscitées. Et puis, je me décide, parce que trop c'est trop et qu'il n'est pas forcément vrai que tout ce qui est excessif ne compte pas.

 

La place manque pour traiter des différents points que vous soulevez. Je me contenterai d'une remarque et d'une objection.

 

J'ai été analysé par l'analyste alors le plus cher de Paris, Jacques Lacan, et les 200 F de ma séance de l'année 1981 ne peuvent en aucun cas se comparer à ces 450 € que vous agitez comme la preuve de je ne sais quel crime. Qui pourrait en effet payer sa cure au tarif de 10 000 euros par mois ? Votre calculette a dû connaître un sérieux bug.

 

Vous agitez aussi les 700 pages de votre lettre comme preuve du sérieux de votre travail. Je ne ferai pas l'injure à un épistémologue de votre qualité de souligner la nullité d'un argument qui pèserait la vérité au poids de pages, quand, face à ces 700 pages se dressent des milliers d'autres, tout aussi sérieuses et documentées.

 

Mais laissons tout cela pour en venir à ce que je considère comme l'essentiel, et dont il n'a pas assez fait état. L'essentiel tient en cette question concrète, pratique : la psychanalyse sert-elle à quelque chose ? A-t-elle, oui ou non, allégé le fardeau des hommes ?

 

Depuis Freud, des millions d'hommes et de femmes ont fait une analyse, et comme vous, ont étudié sérieusement la pensée de Freud. Je pense en particulier à des témoins qui n'appartiennent pas à la profession. Je pense à Thomas Mann, je pense à Schnitzler, aux 2 Zweig, Arnold et Stephan, voire à Einstein qui n'a pas jugé indigne de débattre avec Freud. Mais je pense surtout à tous ceux qui ont témoigné du profit qu'ils ont tiré de leur analyse.

 

Ainsi Georges Bataille, à qui l'on demanda un jour, dans une émission radiophonique, plus tard transcrite, son opinion sur la psychanalyse, et s'il ne pensait pas que sa créativité aurait été détruite s'il avait entrepris une cure. À quoi Georges Bataille répondit,  je cite de mémoire, qu'il n'aurait jamais écrit une ligne s'il n'avait pas fait une analyse ? Que pensez-vous de ces témoignages ? Des affabulations ? Des béquilles accrochées dans la grotte de Lourdes ?

 

Vous avez récemment fait à B.H.L. un curieux reproche, celui de ne pas avoir lu vos livres, alors qu'il publie dans la même maison d'édition que vous. Il se trouve que d'autres auteurs publient chez le même éditeur que vous et dont le témoignage aurait pu, aurait dû, vous intéresser. Je pense à ce livre de Marie Cardinal, les mots pour le dire, où cet auteur témoigne de ce fait, que la psychanalyse lui a sauvé la vie. Un effet placebo ?

 

Vous auriez pu lire, chez le même éditeur, un autre auteur. Excusez-moi de le citer puisqu'il s'agit de moi. Vous pourriez y lire le récit sans concession de ma propre cure, avec les honoraires payés, la durée des séances, etc. Je dois à cette cure tout ce que je suis aujourd'hui, c'est-à-dire quelqu'un qui considère, à l'automne de sa vie, que cette vie valait la peine d'être vécue. Encore une béquille accrochée dans la grotte de Lourdes ? À ce niveau d'analyse, qui délire ?

 

En vous écoutant l'autre jour - cet incroyable succès médiatique ne vous fait-il pas dresser un peu l'oreille ? — avec l'aplomb et le sourire narquois de la certitude que vous affichez, j'ai pensé qu'une telle attitude relève de trois possibilités : soit celle du chercheur qui, après de difficiles travaux, fait une découverte et qui déclare E = mc2 par exemple ;  ou bien celle de l'homme qui, tel Saint-Paul sur le chemin de Damas, découvre la foi ; ou bien enfin celle du paranoïaque pour qui soudain tout fait sens dans le complot qu'il découvre.  Je ne sais de laquelle des trois catégories vous relevez.

 

En tout cas, il faut que vous sachiez ce que votre discours signifie. À ces millions de gens qui doivent quelque chose à Freud et à ses disciples, vous leur avez craché au visage. Et de cela vous je ne peux vous acquitter.


Il est vrai que vous êtes coutumier du fait. Vous avez depuis longtemps craché au visage des millions d'hommes pour qui la foi en Dieu n'est pas qu'un opium. Bernanos aurait dit de vous que vous avez déshonoré l'athéisme.

 

Vous avez aussi craché au visage de ces vénérables personnes, comme Herman Cohen ou Leibowitz, qui considéraient Kant comme une des plus grandes merveilles que l'intelligence humaine a produites pour vous Kant est le précurseur d'Eichmann le nazi.

 


Soyons clairs. Vous m'impressionnez ! Profitant de la vertigineuse inculture de notre temps,  vous avez trouvé le truc qui marche, celui de démolir tous les piliers de notre civilisation. Vous devriez lire,  chez notre commun éditeur, mon essai Les Biblioclastes, les destructeurs de culture. Serez-vous l'un d'entre eux ? Vous verrez où ça mène.

 

En tout cas, dans cette affaire, ce n'est pas tant votre personne qui me paraît le plus symptomatique, mais l'audience que l'on vous accorde et qui est comme une marque d'infamie sur le front de cette culture que nous partageons.

 

 

* * *

 

Dans La Libre Belgique, article de Jean-Claude Payé.


[extraits]


[lorsque Onfray se vante d'avoir lu "tout Freud" en 5 mois], alors que l’exhibition d’une telle toute-puissance devrait prêter à sourire, elle est généralement tenue comme une garantie de la qualité de son travail et du caractère de "chercheur infatigable" attribué à l’auteur. M. Onfray est présenté comme l’icône, l’image de l’incarnation de la vérité comme "toute". Il s’offre en tant que vérité qui se fait voir, qui ne se présente pas à la raison, mais au regard, à la pulsion scopique. Son livre n’est pas destiné à penser, mais à fournir une jouissance. Il s’agit d’une vérité qui s’énonce sans vouloir se heurter, ni aux faits, ni à une interprétation. Elle n’est pas relative, elle se présente comme la chose absolue. Elle n’a besoin d’aucun support, d’aucune extériorité. Elle est la "Theoria" qui se fait monde et qui jouit d’elle-même. Simplement, Onfray fait une fixation sur Freud qu’il réduit à une image rivale.


Sa "lecture" de Freud présente deux caractéristiques complémentaires. Sans notes, ni références, elle ne doit rien à personne, elle ne se fonde formellement que sur elle-même. Il s’agit du travail d’un "self-made man". Tout ce qui est affirmé est présenté comme nouveau, n’ayant aucune filiation, ni intellectuelle, ni historique.

 

Enfin, il s’agit d’une lecture à la lettre. Si Freud a théorisé la pulsion de mort et a montré son rôle dans l’histoire des sociétés humaines, c’est qu’il est un adepte de l’abandon à ce mécanisme pulsionnel. Sa théorisation est ainsi une anticipation de la barbarie nazie et porterait une responsabilité des génocides commis. Une identité est établie entre l’énonciation du mot et la chose elle-même. Comme disent les enfants: "c’est celui qui le dit qui l’est".

 

Aussi, Freud, en faisant du meurtre du père imaginaire donnant existence à un père symbolique, un principe fondateur d’une société spécifiquement humaine, aurait assassiné Moïse, le père de la loi judaïque, favorisant ainsi la solution finale des nazis contre le peuple juif.

 

Quant à Onfray, il veut se soustraire à la loi symbolique posée par Freud, il ne veut pas tuer le père, mais occuper sa place. Grâce au déni de la fonction du père, il n’y a plus de dette symbolique entre les générations, d’articulation entre l’objectivité et la subjectivité. Pour l’enfant tout-puissant, les choses n’existent qu’au moment où il les énonce. Ainsi, il est dans l’air du temps, comme un rouage d’une machine déjà bien installée.

 

Historiquement, la psychanalyse a été combattue par les régimes fascistes et nazis, comme "science des juifs" et stigmatisée par la droite catholique, à cause de sa référence à la sexualité. Si le philosophe athée et hédoniste se trouve en une telle compagnie, ce n’est pas pour les mêmes raisons. Dans les Etats fascistes et nazi, ce qui fait lien entre les hommes est mythique. A l’ordre symbolique, au lien social, doit se substituer l’imaginaire. Dans la post-modernité, dont Michel Onfray est un héraut, ce qui explique sa grande médiatisation, tout ordre symbolique, même imaginaire, doit être anéanti. L’enfant tout-puissant, figure centrale de cette nouvelle période historique, ne peut connaître aucune limite. La dimension sociale de l’humain est déniée. A l’ordre de l’Ancien Testament qui repose sur la gestion de la violence, l’auteur oppose une humanité hédoniste, uniquement habitée par la pulsion de vie, orchestrée par un dieu païen prônant une jouissance sans limites. Si on n’est pas aveuglé par cette notion d’un dieu solaire, on retrouve là la spécificité des valeurs de la post- modernité.

 

 

Si depuis toujours la psychanalyse a toujours été un enjeu de confrontation, les attaques actuelles sont d’un autre ordre. Actuellement, il ne s’agit plus de la confronter, mais de la diaboliser, de la forclore.


La Grande-Bretagne, pays aux quatre millions de caméras de surveillance et qui a déjà supprimé l’essentiel des libertés individuelles, est à la pointe de ce combat. Un projet de loi est en discussion visant à empêcher concrètement sa pratique. Cet exemple extrême fait partie d’une tendance générale. Ce livre en est un élément. Pour dénier la psychanalyse, tout est bon: inventer des faits, fabriquer des révélations, privilégier la rumeur face au réel. Dans cette entreprise, l’auteur est assuré d’obtenir tout le soutien nécessaire.

 

Ce qui est dérangeant dans la psychanalyse, c’est qu’elle repose sur le manque, qu’elle montre à l’homme que sa condition l’empêche d’être le tout. Dévoilant sa castration à l’individu, elle fait de la reconnaissance de celle-ci, la condition de l’émergence d’une parole. A l’opposé de M. Onfray, elle nous montre que l’existence d’une société humaine repose sur l’interdiction de l’inceste, non pas du corps à corps dans lequel on est habitué à la penser, mais dans la séparation de l’individu d’avec la mère symbolique, aujourd’hui l’Etat maternel. La psychanalyse est un instrument indispensable pour faire face au déni de l’humain. Elle nous est nécessaire pour sortir d’un processus de régression qui nous ramène au stade le plus primaire du narcissisme, celui de l’auto-érotisme, de la non-distinction entre intérieur et extérieur, dans lequel Onfray veut s’enfermer.

 

  * * *

 

De J-A Miller

  [extraits] 


" La partie épistémologique est non moins expéditive. Les concepts freudiens ? une fantasmagorie, « un cirque », ceci redit mille fois. L’ouvrage est parsemé de points d’exclamation, qui signifient : qui peut croire pareilles sornettes ? L’inconscient fait des calembours ! Il est illogique ! Insaisissable ! On ne le voit jamais ! Et Freud qui a le toupet de nous parler de ça ! Et Freud qui se contredit ! M. Onfray, jamais. Il ne se fie, dit-il, qu’à « la raison raisonnante et raisonnable ».

 

L’histoire des idées le montre, ce genre de boussole s’affole toujours devant la psychanalyse. Faute d’admettre qu’un réel puisse répondre à d’autres principes que la non-contradiction aristotélicienne, on se retrouve vite dans la position d’un Monsieur Homais aux prises avec une imbaisable Arlésienne.

 

Quelques mots suffisent enfin pour expliquer le ressort de l’imposture : la magie du verbe, l’alliance des gredins, la crédulité des dupes. C’est que ce livre puise dans le même trésor d’idées reçues que toutes les théories conspirationnistes. Il ravira cette famille d’esprits.

 

On aimerait croire que « tout ce qui est exagéré est insignifiant ». A l’âge médiatique, rien n’est moins sûr. La pensée freudienne, qui s’avance sur des pattes de colombe, délicate, scrupuleuse, attentive au détail le plus menu, se transformant à plaisir pour épouser les méandres de l’expérience clinique, et supposant, comme dit Valéry, « l’action de présence des choses absentes », cette pensée ne pouvait que rebuter la masse. Du coup, ses partisans crurent bon de populariser une image de Freud en saint laïque. Cette idéalisation, qui fut surtout le fait des analystes de langue anglaise, ne manqua pas de provoquer des contrecoups agressifs, dont nous avons aujourd’hui un remake. Mais ce ne sont pas de tels couplets qui menacent la psychanalyse. Non, c’est le succès même de sa méthode. Le sens commun la dilue, toutes sortes de thérapies conversationnelles en dérivent. Entre-temps, la notion se répand que rien n’existe que ce qui est chiffrable."

 

* * *

 

 


Guillaune Mazeau, historien, maître de conférences à Paris I, quant à lui  analyse la destitution  des institutions et des   universitaires à quoi s'efforce Michel Onfray, participant d'une tendance actuelle.


Onfray : faux paria, vrai populiste, dans Libération      

 

Essuyant une pluie de critiques, Michel Onfray concentre ses attaques sur sa principale contradictrice, Elisabeth Roudinesco. Pour lui cette dernière serait la papesse de la psychanalyse. A son tour, Michel Crépu déplore que la psychanalyse soit défendue par cette «surveillante générale [qui] vous alpague du fond du couloir» (Libération du 26 avril).

 

Au-delà des personnes, ces propos soulèvent une question essentielle : la place des universitaires dans la construction publique du savoir. Comment ne pas voir qu’à travers Roudinesco, docteure et directrice de recherches, c’est l’université que l’on vise ? Prenant la mine blasée du génie incompris, Michel Onfray continue de jouer la carte du succès populaire contre les élites parisiennes et les institutions scientifiques. Dans ses interviews, il n’omet jamais de rappeler ses origines modestes et provinciales, comme si ces détails pouvaient différencier sa pensée de celle des «autres», amalgamés dans un même paquet. Depuis la controverse entre Proust et Sainte-Beuve, on pensait le problème réglé : le philosophe Marcel Gauchet défend-il ses livres au nom de ses origines tout aussi populaires et tout aussi normandes ? Onfray construit son succès sur ce que les sociologues appellent le déclin des «institutions» : l’Eglise, l’Etat et leurs agents, au premier rang desquels les prêtres et les universitaires, échouent désormais à donner un sens à la vie. Onfray, qui s’attaque tour à tour aux uns et aux autres, n’est que le symptôme d’un désir de nouveaux récits et de nouveaux prophètes. Aujourd’hui, les universitaires ne sont plus reconnus comme les sources les plus fiables du savoir. Leur parole mise en doute est littéralement étouffée. Cette défiance se traduit en termes politiques dans la baisse des crédits alloués aux sciences humaines, dont l’«utilité» ne va plus de soi.

 

Séduisant raconteur d’histoires, Michel Onfray a réussi à s’imposer comme porte-parole de cette ère du doute. Faux démystificateur, il dit lutter contre une version officielle du savoir grâce à une recette magique : la méthode historiographique. A l’en croire, l’étude de l’histoire de la philosophie lui aurait permis d’identifier une pensée unique de l’enseignement de la philosophie, qui serait essentiellement fondé sur Platon, Descartes et Kant. Fort de cette vision simpliste, le philosophe argentanais prétend réhabiliter les dénigrés et perdants de l’histoire, qui, comme lui privés de parole par les universitaires parisiens, peuvent devenir, cette fois grâce à lui et en même temps que lui, les nouveaux héros d’une véritable contre-histoire. Projet scientifique et stratégies personnelles se trouvent ainsi étroitement imbriqués.

 

Las ! Que n’a-t-il appliqué avec la même rigueur cette méthode miracle à sa récente histoire de l’assassinat de Marat (la Religion du poignard, Galilée, 2009) ? S’il l’avait menée sérieusement, sa méthode historiographique aurait dû lui montrer que sur ce sujet, le paria n’est surtout pas Charlotte Corday, une des plus célèbres figures de l’histoire de France, mais Marat, oublié jusqu’à une période très récente ! Elle lui aurait non seulement évité d’utiliser un grand nombre d’écrits apocryphes mais l’aurait aussi conduit à s’apercevoir que la plupart des propos qu’il prête à Marat ou Corday ont été inventés au XIXe siècle ! Onfray se rend-il compte que son mépris pour les travaux des autres l’a tout simplement conduit à commettre un livre ridicule, plus proche du contre-exemple que de la contre-histoire, même si ce pamphlet lui a valu les honneurs des médias ?

 

Aujourd’hui, quel universitaire peut se targuer d’être traduit en vingt-sept langues ? Quel universitaire voit ses cours diffusés sur une chaîne de radio nationale ? La dénonciation du monopole qu’exercerait une histoire officielle universitaire relève non seulement de la mythologie du complot, mais porte aussi en elle le danger du relativisme. Si tous les chercheurs mentent, à qui faire confiance ? Alors que la crise favorise peurs et replis, il est tentant de s’abandonner à ceux qui désignent des boucs émissaires, stigmatisant les sorbonnards et les intellectuels mondains, mais qui imposent ainsi une vision du monde intolérante et dangereuse.

 

Contraints de respecter une éthique professionnelle, les universitaires se distinguent simplement des autres producteurs du savoir par le fait qu’en suivant tous le même protocole et en révélant la «boîte noire» de leur raisonnement (l’appareil critique), ils donnent à leurs lecteurs les moyens d’aller vérifier et de contredire leurs propres arguments. Sans sombrer dans le corporatisme, c’est cette conception d’un savoir universel, ouvert et partagé mais non relativiste, qu’il faut défendre pour s’opposer au nouveau scepticisme démocratique dont le succès populaire d’Onfray constitue l’inquiétant symptôme.

 

  * * *

 

Pour vérification des événements invoqués ou inventés et interprétés par Onfray,  les rectifications de l'histoire, par l'historienne de la psychanalyse E.Roudinesco

 

Un livre collectif est annoncé, "Contre l'obscurantisme" à paraître au Seuil fin mai, de la même avec contributions de 5 auteurs, qui sont  historien, philosophe, pedopsychiatre ou psychanalyste.

 

 

* * *


Dans Le Monde de Marc Goldschmit , philosophe.

  [extraits]


Il analyse l'existence et la promotion de ce livre, en ce qu'elles relèvent de


" la liquidation des conditions de la pensée et de la subversion critique, du fait de l'alliance objective des néo-conservatismes, de l'académisme et des néo-positivismes, avec l'immense ressentiment des cancres. Cette alliance permet aujourd'hui à l'anti-intellectualisme, au moralisme et au consensus de submerger l'espace public. Le livre d'Onfray, bénéficiant d'une promotion docile et non critique de la part de trop nombreux journalistes, représente un symptôme de ce submergement. Ce livre, dans lequel aucun texte n'est lu, analysé, ni même compris de manière un peu sérieuse et digne de discussion, est une opération d'auto-marketing et de censure, destinée à augmenter le nombre auto-satisfait des non-lecteurs de Freud, et à rendre illisibles les avancées de sa pensée. Pourquoi Freud est-il l'objet d'un autodafé publié et publicitaire ? Que cherche-t-on à détruire ainsi, à vouer à l'oubli"


Il expose quelques points centraux de la psychanalyse , répond à quelques grossièretés falsificatrices, telle la pseudo  connivence de Freud avec le fascisme :

 


"L'humour freudien et son Witz : Les différentes tonalités du rire travaillent tous les concepts de Freud, mais sont inapparentes quand on les approche avec balourdise. Comment peut-on en effet méconnaître l'ironie de la dédicace à Mussolini (du livre Pourquoi la guerre ?) et l'humour avec lequel Freud recommande à tous la Gestapo (avant de quitter Vienne en 1938, Freud est obligé de signer une attestation, à laquelle il ajoute un post-scriptum : "Je puis cordialement recommander la Gestapo à tous") ? Un peu d'oreille et d'esprit, que diable !"

 

et diagnostique le fond de ce phénomène mediatique  :


" Les grands bouleversements de la pensée ont lieu dans les détails inapparents et subtils des textes, incommensurables à l'impudente grossièreté des propos d'Onfray. Son détournement de la pensée de Nietzsche ne trompe que les non-lecteurs, et participe d'une grossièreté falsificatrice. La complaisance et la proximité d'Onfray avec les antisémites (il cite sans distance les discours de l'extrême droite française sur Freud), aux antipodes de la "grande politique" de Nietzsche articulée à une déclaration de guerre aux antisémites (par exemple : Fusillons tous les antisémites, lettre à Jacob Burckhardt, du 6 janvier 1889), le ressentiment contre la pensée et la non-lecture des textes, aux antipodes de la philologie et de la probité nietzschéenne, la psycho-biographie vulgaire (ragots et mensonges colportés pour diffamer la sexualité de Freud, voire les mises au point définitives d'Elisabeth Roudinesco) aux antipodes de la psychologie des profondeurs.


En fin de compte, les cancres se vengent de l'immense et silencieuse subversion ouverte par la pensée. Les livres de Freud et Nietzsche, écrits démocratiquement pour tous et personne (exergue d'Ainsi parlait Zarathoustra) travaillent contre le temps présent en faveur, espérons-le, d'un temps à venir. Ils sont aujourd'hui vaincus par la haine, la vulgarité et la bêtise, qui font un bruit de tous les diables. Est-ce définitif ? Il est permis d'en douter."


 

 

Encore, un article  de  Alain Amsellek  sur mediapart. Il traite avec précision un certain nombre de points abordés par Onfray et montre son incompétence tant en matière de philosophie quand il se réclame de Nietzsche dont il se trouve aux antipodes, que de psychanalyse car il ignore tout de la pratique en quoi elle consiste et dont elle est issue. de plus, il prétend la réduire à Freud, car il ignore tout de  l'histoire,  hormis les anecdotes personnelles interprétées de la manière que l'on sait.

 

 

 

Nombreux sont également les analystes et soignants à avoir souligné en quoi cette opération largement relayée par les media s'inscrit dans la logique du libéralisme qui porte toujours plus haut l'idole du marché divinisé, au mépris de la liberté des humains que protège la psychanalyse.  Cette  liberté, valeur suprême avec l'égalité dans une république, a besoin d'être aujourd'hui protégée et défendue, contre des politiques libérales qui n'ont en vue que le contrôle sécuritaire au détriment des libertés dans la mesure où elles pourraient être un frein à   l'accumulation des richesses  . Le libre exercice de la psychanalyse dépend également de conditions politiques.


Un  collectif de soignants  engagés dans un mouvement contre une psychiatrie sécuritaire, normative et hygiéniste, s'insurge contre le pamphlet d'Onfray qui selon eux sert cette psychiatrie là et représente une imposture.


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Published by alithia - dans psychanalyse
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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 13:22

 

 

 

 

 

 

La charge de la brigade légère menée par Onfray contre la psychanalyse attire de très nombreuses réponses. Il paraît que les Américains nous admirent et nous envient pour cela : e n France on débat passionnément lorsque des  textes font  penser, innovent ou font scandale. Dans tous les cas,  nous nous intéressons aux idées. Lorsque l'enjeu est  d'importance,  les idées sont évaluées, elles donnent lieu à analyses, réfutations ou soutiens, nous les prenons au sérieux. Grandes pensées, polémiques ou simples  provocations,  les idées font réagir, partisans et adversaires  opposent leurs raisons, en défense ou en critique, pour les causes  qui le  valent, du moins, lorsque les enjeux sont de taille,  géniales, profondes ou  erronées voires crapuleuses,  les  idées  ont le  mérite de donner lieu à débats de fond,  et toujours des échanges qui ravivent le rôle et l'importance des idées.

 


 


"On" en parle, oui, la campagne mediatique est lancée, mais comment en parler ? Nous retiendrons  quelques citations de quelques lecteurs du livre d'Onfray qui fut lancé à grands coups de scandales, pour faire du chiffre de vente.


 

Beaucoup prennent la plume pour analyser le phénomène que représente ce crachat lancé sur Freud, avec le tort conjoint fait aux analysants et personnes qui bénéficient de la psychanalyse.

 


Une foison de textes, à vrai dire.  

 

Celui-ci d'Alain Badiou, philosophe, paru dans Le Monde du 7 mai, notant la cohérence de ce  genre d'opération avec la régression politique actuelle et  l'obscurantisme contemporain  ; à lire en entier ; un extrait :

 

" Pendant tout un temps, singulièrement en France, ce sont ... les immenses effets émancipateurs, dans la pensée et dans l’action, de Darwin, de Marx et de Freud, qui l’ont emporté, au travers bien entendu de discussions féroces, de révisions déchirantes et de critiques créatrices. Le mouvement de ces dispositifs dominait la scène intellectuelle. Les conservatismes étaient sur la défensive.


Depuis le vaste processus de normalisation mondiale engagé dès les années 1980, toute pensée émancipatrice ou même simplement critique dérange. On a donc vu se succéder les tentatives visant à extirper de la conscience publique toute trace des grands dispositifs de pensée, qu’on a pour la circonstance appelés des “idéologies”, alors qu’ils étaient justement la critique rationnelle de l’asservissement idéologique. La France, selon Marx “terre classique de la lutte des classes”, s’est hélas trouvée, sous l’action de petits groupes de renégats de la “décennie rouge” (1965-1975), aux avant-postes de cette réaction. On y a vu fleurir les “livres noirs” du communisme, de la psychanalyse, du progressisme, et en définitive de tout ce qui n’est pas le bêtisier contemporain : consomme, travaille, vote et tais-toi."


 

 

Celui de Daniel Sibony psychanalyste, dans Le Monde du même jour revenant sur la vie de Freud, qui n'était ni un héros, ni un sale type, simplement menacé en tant que juif par le nazisme et qui afait tout pour défendre la psychanalyse qui n'était pas reconnue.

 

Il insiste sur le fait que les patients n'ont rien à faire de savoir s'ils devraient adorer ou mépriser Freud, leur question ne porte pas sur la théorie  encore moins que sur  la théorie à l'aune de la vie de Freud, elle porte sur eux-mêmes et ce qui les  occupe est l'aide qu'ils trouvent dans la psychanalyse pour mieux vivre leur vie.  Ce qui ne se trouve pas grâce à la philosophie , à laquelle Onfray voudrait réduire la psychanalyse (Freud aurait "volé" à Nietzsche quelques idées, d'après ce dernier)


" tous ceux qui souffrent et qui ont bénéficié de l’apport freudien n’idolâtrent pas Freud. Ce n’est pas qu’ils s’y refusent, ils s’en foutent, l’essentiel est ailleurs. C’est la psychanalyse, et quand elle est bien faite, par des gens doués et généreux, elle aide le sujet à devenir un penseur de sa vie, à la penser en acte et non en appliquant tel ou tel philosophe, fût-il fameux.

Je n’ai encore vu personne se tirer d’affaire et retrouver le chemin de sa vie parce qu’il a lu un manuel de philosophie.

 

Et c’est peut-être là que l’on peut comprendre la rage du philosophe qui cherche des poux à Freud. Quand c’est un nietzschéen, comme cela semble être le cas, il ne peut qu’être exaspéré par le fait que chaque vérité produite par Nietzsche intuitivement, et parfois génialement, la psychanalyse la découvre ou la retrouve dans sa pratique à une échelle bien plus vaste et en la menant beaucoup plus loin dans la vie des sujets.


Un exemple ? Nietzsche dit quelque part : “Tu ne deviendras jamais que ce que tu ignores de toi-même.” C’est joli, mais en termes “psy” cela veut dire que ce que tu refoules revient irrésistiblement et l’emporte sur tes ratiocinations. Mais l’avantage, c’est que la psychanalyse ouvre avec cela un vaste champ où s’étudie le refoulement et ses retours, ses craquages, ses rafistolages symptomatiques ; cela ouvre l’immense étude des fantasmes, des symptômes, des blocages, des mal-être…"


La psychanalyse en effet  aide  à trouver son désir,  permet d'assumer librement sa vie et soi-même de manière responsable , sans  avoir besoin de maître ou de dieu, sans demeurer esclave de l'impératif de jouissance édicté par la société de consommation .

 

Onfray qui se prétend libertaire devrait pourtant apprécier ...


Celui de Marc Strauss , psychanalyste et psychiatre, qui analyse le rapport  personnel de Onfray à la psychanalyse  :


"  il n’est pas un concept de Freud qui n’ait été discuté, critiqué, voire combattu par Freud lui-même ou ses successeurs. Néanmoins, il est vrai que le geste fondateur de la psychanalyse reste pour eux, sinon inexplicable, du moins indiscutable : l’association libre.

Encouragez quelqu’un à parler de manière à ce qu’il accepte d’essayer de vous dire tout ce qui lui passe par la tête, et il s’en déduira toute une série de conséquences. En particulier le fait que le sujet tienne à continuer, parce que ça lui fait un effet très particulier. Il peut même, sans nécessairement s’en rendre compte, tenir à la relation qui se noue avec qui l’écoute.

 

Là donc, ça tient, et rudement. Le fait est, d’expérience. Pourquoi ça tient, et où ça va, tout cela se discute. D’autant que toujours le sens fuit, comme disait Lacan. Autrement dit, il n’y a pas de dernier mot de la vérité et là, Michel Onfray a bien saisi le truc. Le problème, c’est qu’il en déduit du coup que la psychanalyse est invalidée, alors que justement ce n’est que par là qu’elle fonde sa certitude.


Freud d’abord, Lacan ensuite, se sont échinés à saisir, au-delà de l’image, le traumatisme inaugural qui fait l’être humain en souffrance d’une vérité qui lui échappe. Et ils ont trouvé. Freud l’a exprimé d’un mythe, la castration, dont Lacan a montré qu’elle était le nom de l’impossibilité à tout dire, qui nous frappe tous, et dont nous recouvrons l’horreur dernière par nos croyances, conscientes aussi bien qu’inconscientes. Ils ont trouvé, au-delà de ces croyances incertaines, le moyen pour qui le souhaite d’ouvrir les yeux sur ce qui, dans la vie, le supporte, dans ce qu’il a de plus intime, de plus singulier.

 

On l’aura compris, si nous donnons raison à Michel Onfray, ce n’est que pour la moitié du chemin. Que n’a-t-il mesuré que c’est à partir de ses conclusions mêmes que la psychanalyse se poursuit et se démontre, dans ce qu’elle a d’unique : l’accès à ce qui fait le réel propre à chaque sujet, qui n’est bien sûr pas le réel universel de la science, mais n’en est pas moins sans conséquences majeures dans la vie de tous.

 

Est-il pertinent de se demander pourquoi Michel Onfray n’a pas poursuivi son chemin au-delà de sa découverte de l’inconsistance de la vérité, ce qui l’aurait amené, à n’en pas douter, à exercer son intelligence dans une tout autre direction ? On nous permettra d’interpréter l’épaisseur de son livre et les relais nombreux qu’il a trouvés dans les médias comme l’expression d’un ressentiment, partagé par beaucoup. Un ressentiment, fruit d’un amour déçu, pour s’être cru abusé, et qui n’a pas trouvé le relais congru pour s’interroger sur la tromperie de l’amour, voire de la parole elle-même.

 

Autrement dit, le livre de Michel Onfray, avec ses outrances, ses excès, sa mauvaise foi, ses pensées nauséabondes, ressemble par trop à ce qui se déchaîne sur un divan pour n’y pas voir une demande d’analyse restée en souffrance. La perspective de rester seul avec une angoisse folle de se tromper justifie quiconque de se montrer aussi brouillon que téméraire dans son assaut contre son idole du moment.

 

Et parce que notre époque spécialement y contraint les meilleurs et les plus sensibles, Michel Onfray n’est pas seul à s’indigner de ce que, malgré toutes leurs promesses, les savoirs se révèlent trompeurs. De surcroît, il est tout à fait justifié de prendre la psychanalyse comme cible centrale de cette rancoeur, car elle a les moyens, à défaut de le résoudre, de répondre du malaise dans la civilisation. Encore, il est vrai, faudrait-il que les psychanalystes ne l’oublient pas, et s’emploient mieux à le faire entendre."

 


Parmi bien d'autres articles [1] qui valent d'être lus  celui-ci dans l'Express  de Roland Gori et Gilbert Charles, extrait :


" La psychiatrie comportementaliste et biologique ne s’intéresse plus à la souffrance du sujet, elle repère les anomalies de comportement. La question n’est plus de savoir ce qui a pu pousser quelqu’un à sombrer dans l’obsession, la dépression, la folie, mais « comment on peut supprimer le symptôme le plus rapidement possible ». Les pathologies ne se définissent plus par la souffrance du patient, mais comme des dysfonctionnements neurocognitifs entraînant une altération des comportements. Le discours psychanalytique dérange, parce qu’il s’oppose à ce formatage comportemental et aux valeurs dominantes d’une société où tout doit être prévisible, programmé, dirigé. Tout comme sa pratique, qui s’inscrit dans la longue durée, entre en contradiction avec la culture de l’instant et du profit à court terme. Les attaques dont la psychanalyse fait l’objet une fois de plus montrent qu’elle est plus vivante, plus actuelle et plus nécessaire que jamais pour résister à cette société du spectacle et de la marchandise."

 


 

 

Voici, de Anne Berger, professeur de littérature , sur l'usage que Onfray fait de la vie de Freud, vue avec ses lunettes de concierge, extrait  :



" A côté des approximations, des erreurs factuelles, des faux «scoops», des raccourcis cavaliers et des extrapolations tendancieuses que les critiques de l'ouvrage d'Onfray ont eu raison de dénoncer, je soulignerai une aberration méthodologique de fond: en l'occurrence, la confusion entre l'«homme» Freud et l'œuvre de Freud. Admettons que Freud, comme tout être humain, ait eu des faiblesses et des petitesses, celles que croit découvrir Onfray, ou d'autres. Personne n'est irréprochable, et surtout pas les faiseurs de reproches. Mais une œuvre (une vraie) est toujours plus grande et plus forte que son «auteur». Et si Nietzsche, dont prétend se réclamer Onfray, dit à juste titre qu'une œuvre ou un système peignent toujours d'une certaine manière le portrait de leur auteur, il ne veut évidemment pas dire qu'ils racontent sa vie par le menu. «Je est un autre», constatait Rimbaud, né deux ans avant Freud, à propos du «sujet écrivant». Et c'est bien évidemment de cet «autre» que l'écriture philosophique ou littéraire trace le portrait en filigrane. Prendre la métaphore au pied de la lettre et la «vie du corps» — version nietzschéenne de la vie intérieure— pour la vie de tous les jours, comme le fait Onfray, est un contresens. Pire encore, l'«historicisme de trou de serrure» que pratique Onfray dans sa «biographie» de Freud, pour reprendre l'excellente formule de Patrick Declerck (Le Monde du 21 mai 2010), tire cette soi-disant biographie intellectuelle vers la «pipolisation», traitement éminemment mercantile des êtres et des idées typique de la «médiatique» contemporaine: on y retrouve tous les ingrédients dont se repaît le discours «people»: addictions (Freud «prenait de la cocaïne»), rumeurs de liaisons adultères, compromissions politiques et autres matières à «scandale». Baudelaire était opiomane; il était, contrairement à Freud, grossièrement misogyne: faut-il cesser de le lire pour autant? Le fait que Hegel ait eu un enfant naturel (fait que ses lecteurs comme le grand public ignorent généralement et font bien d'ignorer) compromet-il la valeur de la dialectique? Se soucie-t-on de la vie de Platon et a-t-on besoin de la connaître pour apprécier (ou critiquer) le platonisme? On peut utiliser certains matériaux biographiques pour éclairer une œuvre; pour en évaluer le mérite, non. Je m'étonne qu'on puisse faire un instant cas d'une telle ligne d'argumentation. ..."

 


 

L' article de Samuel Lézé dont je donne  un  extrait :


"  la formule centrale [du livre] se résume ainsi :

(i.) Freud est le père de la psychanalyse
(ii.) Or, Freud a un certain nombre de vices
(iii.) Donc la psychanalyse est sujette à caution

Chacun reconnaîtra immédiatement un sophisme bien connu, mais d’une redoutable efficacité dans l’arène médiatique où les réputations sont en jeu : l’argument ad hominem. L’objectif est de discréditer un discours ou une proposition en l’associant à la conduite et à la personnalité de son auteur


(...)

pour Michel Onfray, le philosophe se doit d’être vertueux et cohérent. Et Freud n’est pas un innocent… Les antifreudiens ne sont donc pas des historiens, mais bien des iconoclastes.

 

Freudocentrisme

 

Or, l’iconoclaste est le pendant de l’idolâtre. L’idolâtre freudien a existé, il a même constitué un obstacle épistémologique au développement de l’histoire de la médecine mentale 6, mais il a disparu depuis bien longtemps. C’est à cette période aujourd’hui révolue que l’iconoclaste continue à se référer en parlant de “légende” freudienne et des odieuses nourrices qui l’ont colportée. Très sérieusement, il veut faire rire. Au nom du rationalisme, il dénonce. Mais le rationalisme prosélyte des entrepreneurs de morale qui apportent la bonne parole et traquent les nouvelles religions (conclusion iii.) n’est pas le rationalisme critique des philosophes des sciences qui s’attachent à penser la spécificité et les difficultés d’une région épistémique comme celle de la psychanalyse. Car dès lors, il conviendrait de prendre un véritable risque intellectuel en provoquant une controverse scientifique dans l’arène académique. Au lieu de quoi, à l’instar des chasseurs de superstitions, on trouve sous la plume de l’auteur des jugements sans équivoque sur la “supercherie” (p. 142), la “fantaisie personnelle” (p. 145), la “magie” (p. 265 et p. 376) du Freud “Shaman” (p. 437) exploitant un “vieux fonds irrationnel” (p. 441). Marcel Mauss, qui lisait Freud, aurait certainement été étonné de se voir ainsi embarqué (p.444) dans cette drôle d’histoire qui tombe à pic dans un contexte politique qui vante les mérites de la modernisation !


Paradoxalement, l’iconoclaste n’est pas seulement contre Freud, il est tout contre Freud. Il produit du freudocentrisme, car il a besoin de Freud en personne et uniquement de lui (prémisse i.). L’histoire de la psychanalyse sans Freud devient en effet problématique et incompréhensible ...

 


Voici encore, des citations de plusieurs articles intéressants  et intelligents dans Marianne en ligne, en réponse aux interprétations au bazooka d'Onfray, et que je vous recommande, pour affiner l'approche de Freud, si toutefois vous avez envie de lire Freud pour forger votre propre pensée et  connaître ce qu'a dit Freud,  indépendamment des opinions de Monsieur Onfray sur Freud.

 

Car Onfray  fait de la politique, lorsqu'il participe d'une opération entamée avec le "Livre noir" qui promeut les techniques comportementalistes, mécaniques et médicamenteuses, relevant du dressage plus que du soin et niant l'intérêt de l'écoute neutre et bienveillante que pratique la psychanalyse. 


Onfray met sa plume au service de pratiques médicales brutales, déniant l'intérêt de la parole du sujet qui , comme l'a montré la psychanalyse, seul peut dire  ce dont il souffre et que doit laisser venir et entendre le thérapeute. Tandis que ce retour en force de la médecine de la seule prescription médicamenteuse et normativiste -qui vise à régler le comportement sur la norme sociale-  vise à étouffer la parole libre et le désir du sujet , soit le sujet qui résiste à l'aliénation. Ces techniques visent au contraire à faire admettre au sujet "guéri" les techniques de rationalisation du travail et de la production qui ont besoin de sa soumission docile aux normes d'un capitalisme qui traite les individus comme de simples agents producteurs de richesses, doublés de consommateurs également dociles et abrutis par les logiques qui les ensèrent.

 

 


Onfray  fait de la politique, lorsqu'il participe d'une opération visant à nuire à la psychanalyse : il renforce les objectifs des politiques de santé du libéralisme, au service de la seule rentabilité des individus qui a besoin de leur normalisation.

 

A l'opposé, ceux qui oeuvrent à préserver la liberté des sujets contre la violence économique et la rationalisation du management ont quelque chose à dire pour leur défense en réponse aux crapuleries d'Onfray.


 

telle Clotilde Leguil

 

La psychanalyse affirme que les conduites humaines ne peuvent être traitées par le seul principe de l’optimisation.

 


Etait-il bien nécessaire de lire les Œuvres complètes de Freud – 20 volumes, 6 000 pages comme il est rappelé partout dans la presse – pour écrire le tome II du Livre noir de la psychanalyse ? L’indigestion explique sans doute le style propagandiste adopté par l’auteur du Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne. Si vous avez aimé le Livre noir de la psychanalyse au point d’en redemander (cela fait quand même 818 pages…), alors vous aimerez le dernier livre d’Onfray, parce qu’y transpire le même ressentiment à l’égard de Freud et de son invention.

 

 

Mais si vous voulez apprendre quelque chose sur la psychanalyse, sur Freud, ses questionnements, ses impasses, son cheminement, lisez seulement un texte de Freud, le Malaise dans la civilisation par exemple, et vous découvrirez pourquoi le message freudien n’est pas du tout conforme aux exigences marchandes, managériales et techno-scientistes de notre société. Vous découvrirez alors pourquoi déboulonner Freud à l’heure du cognitivo-comportementalisme qui conçoit l’être humain comme un rat devant s’adapter à son environnement, c’est tout simplement se ranger au côté des fanatiques de l’évaluation quantitative en vue d’éliminer de la planète tous ceux qui souffriraient un peu trop, ne trouvant pas dans l’hédonisme le remède à leurs maux.


Pourquoi faut-il alors défendre Freud au XXIe siècle ? Il faut défendre Freud parce que ce que Freud a apporté sur la souffrance, le désir et la civilisation, personne avant lui ne l’avait ainsi formulé. Il faut défendre Freud parce que, face au déluge des thérapies cognitivo-comportementales qui ont maintenant le pouvoir dans la majorité des institutions psychiatriques et psychologiques, la psychanalyse apparaît comme un îlot préservant la dignité de la souffrance psychique. Parce que Freud est le premier qui a considéré que la souffrance psychique ne faisait pas de nous des anormaux ; le premier qui a pensé que les hystériques souffraient de réminiscences et qu’elles en savaient plus sur leurs maux que lui avec ses compétences médicales ; le premier qui a su écouter ce qu’il ne comprenait pourtant pas chez une femme ; le premier qui s’est demandé de façon si claire ce que voulait une femme ; le premier qui a pensé que la féminité était peut-être une question de l’être sur sa sexualité et son désir, le premier qui a pensé qu’il n’y avait pas de santé mentale, mais que chacun élaborait à sa façon des solutions contre sa souffrance singulière.



Il faut défendre Freud parce que, face à la folie de l’évaluation quantitative que représentent les nouvelles techniques de management dans les entreprises, la psychanalyse affirme que les conduites humaines, y compris dans le domaine du travail, ne peuvent être traitées par le seul principe de l’optimisation
.

 

Parce que, face à ceux qui traitent l’humain comme on traite des rats soumis à des procédures d’expérimentation scientifique, la psychanalyse répond par le caractère irréductible du sujet en tant qu’il parle. Parce que, face aux suicides, la psychanalyse ne répond pas par les statistiques. Parce que, face à la marchandisation de l’intime et à l’invitation à ne plus accorder de valeur à nos embrouilles amoureuses, la psychanalyse invite à ne pas renoncer à la signification de notre désir.


Ainsi au XXIe siècle, il faut défendre Freud et la psychanalyse pour que l’être humain ne se retrouve pas épinglé comme un insecte sur une planche d’observation, soumis à des tests qui valideront sa résistance à la souffrance ou, au contraire, sa fragilité et, du même coup, sa condamnation sur le marché de la performance. Si Freud en son temps a dû faire face aux mécontentements que la psychanalyse suscitait, nous aujourd’hui, analysants, analystes, et tout simplement lecteur de Freud, admirateur de sa subtilité, nous ferons face aux passions haineuses en tentant de défendre ce qui des mots de Freud continue de nous éclairer pour comprendre notre époque et l’énigme que nous restons pour nous-mêmes.

 

tel Christian Dubuis Santini  : Marx avec Freud et freud avec Marx :

Opportunément instrumentalisés par les ignares et les canailles de façon éhontée, les noms de Freud et de Marx se doivent aujourd’hui d’être réaffirmés dans la profonde parenté de leur corpus.

Le lecteur persévérant penché avec un minimum de rigueur sur leurs textes découvre derechef que :


Freud et Marx sont les deux seuls penseurs à proposer la précise topologie d’une « 
autre scène » sur laquelle se déciderait le sens de ce qu’on appelle communément — sans y penser — la « réalité ».  

Ainsi, à l’énigme freudienne de la subjectivité « 
Wo es war soll ich werden » Marx aurait proposé une forme sociale « Là où était le capitalisme, le communisme (conçu comme ce qui est « commun » à toute l’humanité) devra advenir »?
Et bien que Marx ait lui-même utilisé parfois « prolétariat » comme synonyme de la  «classe ouvrière », la lecture attentive de son œuvre laisse clairement entendre que le « prolétariat » désigne finalement l’opérateur de la Vérité, c’est à dire l’agent engagé de la lutte révolutionnaire…

Donc bien que le lien soit originel entre la classe ouvrière en tant que groupe social, et le prolétariat en tant que position de combat militant pour la Vérité universelle, les deux niveaux ne sauraient être confondus.  


Être prolétaire implique d’assumer une position subjective (de lutte des classes, visant la Rédemption par la Révolution) qui peut, en principe, être adoptée par n’importe quel individu à condition qu’il incarne la « 
dit-mention » du sujet… divisé, forcément dit-visé. Ayant pris partie, donc.

La position «
neutre » étant en effet une vue de l’esprit, une falsification, un déni du réel (il n’y a pas de position neutre) chacun est appelé à se déterminer en prenant partie, c’est en cela que consiste le premier moment d’assumation de la position subjective..


Le deuxième moment fondateur étant de parler en son nom, en assumant sur son nom l’intégralité des conséquences de ses paroles considérées alors comme des actes de langage. 
Des actes de langage à l’opposé du bavardage…

tel  encore Christian Godin - qui est philosophe


Onfray dit avoir tout lu de Freud. On veut bien le croire. Mais qu’en a-t-il fait ? Son livre ne contient aucune idée (on ne va pas appeler « idées » les détritus qui traînent dans le caniveau). Quant aux concepts, qui sont théoriquement l’affaire propre du philosophe, le lecteur en cherchera vainement la trace. Malraux disait qu’il n’y a pas de grands livres contre. Le Crépuscule d’une idole n’est même pas un livre contre, il est de l’ordre du symptôme tant les obsessions y ont pris la place de la pensée et les rumeurs celle de l’argumentation.

N’importe quel lecteur un tant soit peu honnête de Freud y découvre le génie inventif, la force d’une intelligence toujours en éveil, l’ample culture, la modestie et les scrupules du savant aussi. Si Onfray n’a rien vu de tout cela, c’est que son Freud n’est qu’un épouvantail que ce semeur de mauvaises graines a fabriqué lui-même.

Mais il y a plus grave peut-être. Que l’on s’attaque à la psychanalyse -  5 ans seulement après le sinistre Livre noir de la psychanalyse - comme si elle avait tout pouvoir sur les esprits signale déjà la grave erreur de diagnostic. Le pouvoir, c’est évidemment les thérapies du bonheur sur commande et la pharmacie qui le détiennent dans notre société.

 
Et puis, au-delà du cas Freud, il y a la psychanalyse et au-delà de la psychanalyse, l’idée d’inconscient. La mise à l’écart de la seule force de résistance qui puisse faire échec à la fiction et aux illusions du sujet néolibéral qui gère son existence et ses plaisirs comme un chef d’entreprise, c’est à cela que servira le livre d’Onfray, s’il doit servir à quelque chose.

Nietzsche, dont Onfray se réclame et à qui il a chipé son titre, disait «
philosopher à coups de marteau ». Mais le marteau est aussi l’outil du sculpteur. Onfray, lui, avance à coups de bulldozer. Ainsi fait-on lorsque l’on rase les vieux quartiers de ville pour construire à la place un parking ou un centre commercial. Le Crépuscule des idoles est un livre pour promoteurs.




Alithia



note :


[1] et d'autres qu'on peut lire dans les commentaires de l'article  Onfray ou on f'rait mieux d'se taire René Major répond au dernier gag onfrayesque effrayant, 

dont cet article

extrait :

Je n’aurais jamais cru m’intéresser à cette espèce de bateleur triste, spécialisé dans la vente du n’importe-quoi : Kant annonçait Eichmann, St Jean préfigurait Hitler !!

(...)

« Alors, qu’est-ce que vous lui reprochez à Freud ? » ... « Ben voilà, il aimait l’argent, y’avait que ça qui l’intéressait. C’était un bourgeois viennois avide de célébrité. » Ca, c’est de la pensée : les premiers mots prononcés par notre brillant analyste du texte freudien pour présenter son travail, c’est ça. Je ne sais pas ce qui scotche le plus dans cette assertion tant elle est ahurissante.

(...)

Le « déplacement » de la fiche clinique du sieur Onfray lui-même ? En voilà un assoiffé de notoriété, d’argent et de « buzz » ! Depuis des années, il court les plateaux télé, ondes de radios, magazines (y compris people), journaux, sites internet, têtes de gondoles des FNAC, il est difficile de lui échapper ! La « philo de service » à tous les rayons. On ne hait jamais tant chez les autres que ce qu’on a repéré chez soi-même, pas besoin de Freud pour savoir ça.

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Published by alithia - dans psychanalyse
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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 18:36

vu dans Libé cette réponse de René Major et Chantal Talagrand aux énormités d'Onfray, qui dit bien la double dimension de la dernière invention d'Onfray, plaisanterie saumâtre et délirante, diagnostic que je suggérai ici même.

 


 

Michel Onfray ou la folie raisonnante


Par RENÉ MAJOR Psychanalyste, CHANTAL TALAGRAND Psychanalyste


On f’rait mieux de se taire. Taciturire, comme le disait Blanchot, devant l’outrance de la provocation ou les âneries qui porteront désormais un autre nom : les «onfrayries» qu’une certaine «confrayrie» de médias s’empresse de répandre dans le ciel de la pensée pour tenter de paralyser tout ce qui, depuis un siècle, n’a cessé d’éclairer les sources inconscientes des rapports entre les hommes. De quoi Michel Onfray est-il donc devenu le nom ? Du symptôme du rabaissement de la pensée qui déferle quotidiennement dans la presse ou à la télévision. En venir, en effet, à faire de Freud un antisémite est le comble de l’onfrayrie.

 

 

On croirait lire un canular. L’auteur n’hésite pas à dire que «Freud n’écrit jamais contre Hitler, contre le nationalsocialisme, contre la barbarie antisémite», alors que, le jour même où Hitler est nommé chancelier, Freud écrit : «Nous sommes tous inquiets de ce qui va advenir du programme du chancelier Hitler dont la seule visée politique est les pogroms» et, dans la remarque préliminaire au Moïse en voie de rédaction, il est on ne peut plus explicite : «Dans le cas du peuple allemand […] on constate que la régression vers une barbarie presque préhistorique s’accomplit sans s’appuyer sur une quelconque idée de progrès.» Le 10 juin 1933, il écrit aussi : «L’Allemagne est la pire cellule de la gigantesque prison qu’est devenu le monde […] Ils ont commencé en prenant le bolchevisme pour leur mortel ennemi mais ils finiront comme eux - à ceci près que, malgré tout, le bolchevisme a adopté des idéaux révolutionnaires alors que ceux de l’hitlérisme sont purement médiévaux et réactionnaires.» On ne peut non plus laisser faire croire que Freud aurait pactisé avec la psychothérapie allemande aryanisée, lui qui fit procéder, avec l’accord de tous les membres, à la dissolution de la Société psychanalytique de Vienne.

 

 

Onfray feint-il de ne pas comprendre que, dans son livre sur Moïse, Freud analyse le délire d’élection auquel est en proie le peuple allemand sous l’impulsion de son Führer dans la rivalité métaphysique qu’il prétend entretenir avec le peuple juif ? Hitler avait bien déclaré que le peuple allemand était le peuple de Dieu et qu’il ne pouvait exister deux peuples élus. Où donc Onfray va-t-il chercher, à contresens, que Freud se propose de «tuer le père des Juifs» en parlant de l’homme Moïse ? Faire de Freud un fasciste parce qu’il remet un exemplaire de Pourquoi la guerre ? écrit avec Einstein en 1932, à Eduardo Weiss qui lui demande un de ses livres pour Mussolini, c’est ne rien comprendre à l’humour, parfois acerbe, de Freud. D’abord, le choix de ce livre dans lequel sont dénoncés les motifs cachés de la guerre qui se profile à l’horizon et où se trouve analysée la soif de pouvoir ; ensuite, la dédicace ironique qui «reconnaît en la personne du dirigeant un héros de la culture». Comment Freud aurait-il pu sérieusement considérer Mussolini comme un héros de la culture ?

 

 

Il faut être aussi naïf que Onfray - ou que Mussolini - pour le croire. Onfray va-t-il prêter à Freud une admiration pour les SS quand, lui faisant signer une déclaration selon laquelle il aurait été bien traité par eux avant son départ de Vienne, Freud ajoute en post-scriptum - et au péril de sa vie - qu’il recommande la Gestapo à quiconque ? D’autres philosophes se sont intéressés à Freud bien avant Onfray. Foucault, par exemple, n’a-t-il pas écrit que ce fut «l’honneur politique de la psychanalyse d’avoir suspecté dès sa naissance ce qu’il pouvait y avoir d’irréparablement proliférant dans ces mécanismes de pouvoir qui prétendaient gérer le quotidien de la sexualité […] et que la psychanalyse doit d’avoir été en opposition théorique et pratique avec le fascisme» ? Derrida, pour sa part, n’aura-t-il pas insisté sur le «révisionnisme» qui tente de nier la découverte freudienne et son impact dans notre culture en voulant procéder à une plate restauration de tout ce qui avait cours auparavant, où la psychanalyse, le nom même de la psychanalyse et celui des héritiers de cette pensée seraient désormais associés au mal lui-même ou à un remède pire que le mal. Car la psychanalyse, telle qu’inventée par Freud, s’est employée et s’emploie encore, avant même toute idée thérapeutique ou sinon avec elle, à envisager, sans alibi et sans prétexte, sans souci d’épargner la pensée bien pensante, les racines du mal radical, d’un mal généralement abandonné à la religion, à la métaphysique ou au théologico-politique.

 

 

Allons Onfray, si, comme vous le prétendez, la psychanalyse est une philosophie et toute philosophie une autobiographie déguisée de son auteur, on ne donne pas cher de la vôtre. Elle est à reléguer aux poubelles de l’histoire. Allons, remettez-vous de votre folie raisonnante qui prend tout à rebours de la vérité de l‘histoire. Lisez Sérieux et Capgras qui ont magnifiquement décrit cette folie.

 

 

[fin  de citation]

 

 

Entre canular qui ne mérite qu'un éclat de rire et folie  ratiocinante dont il est difficile d'admettre les "arguments" , c'est  également mon diagnostic, nietzschéen bien sûr, car nul n'ignore que Nietzsche faisait des diagnostics des penseurs. Notre philosophe  du bocage normand vient de se livrer, au-delà de ce qu'il imagine avec ce livre grotesque qui témoigne de sa croyance selon laquelle, il suffirait de faire les poubelles et montrer que l'auteur n'est ni un héros ni un saint pour invalider sa pensée et le travail de toute une vie. En l'occurrence  Freud dont la pensée a révolutionné le siècle.

 

Onfray, outre qu'il est peu digne de voir ses écrits reconnus comme "philosophiques" , est finalement un moraliste sévère et un donneur de leçons rabat-joie  professionnel, à l'esprit rigide, dépourvu d'humour,  et étonnament peu bon vivant pour un hédoniste [ceci, vient de sa folie ratiocinante]. Figurez-vous qu'il croit flinguer Freud et sa pensée en le dénonçant pour avoir pris  un temps de la cocaïne -Freud l' avait découverte pour ses propriétés anesthésiantes, et en ignorait les effets nocifs et addictifs-  et parce qu'il aurait -aux dires d'Onfray-qui-a-soudoyé-la-femme-de-chambre- trompé sa femme.  Quand bien même ce serait vrai, Freud doit être le seul et le premier et cela donc, interdit d'accorder quelque crédit à sa pensée.

 

Onfray est un curé hédoniste moralisateur pisse-froid sans humour , qui se réclame de Nietzsche dont il est éloigné par des années-lumières et qui déteste la contradiction... chez les autres... Ce qui n'empêche pas ses contre-sens qui relèvent d'une autre dimension que le simple contre-sens .

 

Une farce !

 

 

Alithia

 


 

 

 

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 17:43

 

 

Le dernier livre de Michel Onfray procède au meurtre du père sur la personne de Freud. Il brûle aujourd'hui ce qu'il a adoré hier, lui qui se dit freudien de la première heure.  Maintenant à grands coups d'engins contondants que fabrique sa rhétorique et  d'arguments massifs, il mène l'attaque contre le père Freud et s'attache à détruire toutes les notions de la psychanalyse en calomniant la personne de Freud dont il essaye de faire un suppot de l'extrême-droite, un vieillard libidineux et même un antisémite.  La psychanalyse n'aurait rien apporté au genre humain, son approche du désir ne dirait rien  que les fantasmes de Freud, et Freud  aurait menti  sur toute la ligne , en vérité il couchait aves sa mère, et ses filles, il n'y a pas d'autre secret et pour enrober tout cela, il a inventé la psychanalyse (on vous a prévenu, attaque massive, arguments très épais et très lourds , il ne fait pas dans la dentelle). Il entreprend un procès en sorcellerie de la psychanalyse et invente une histoire qui tend à faire passer la psychanalyse pour une science proto-fasciste et les juifs pour  des sales types,  partisans avant la lettre des régimes totalitaires, animés d'une passion pour la mort -puisque Freud a inventé la pulsion, de mort, ça colle- véhicules d'une morale de mort -le monothéisme- et qui, en somme, ont bien mérité ce qui leur est arrivé car ils ont empoisonné l'humanité, passant le flambeau aux autres monothéismes qui ne valent pas mieux (toujours très en finesse).

 


Onfray,  après avoir  porté ses griffes et ses grilles de lectures en plomb et lu avec des lunettes déformantes de ses obsessions quelques auteurs de la philosophie dont il fit ses victimes, -Kant père de Eichmann- s'en prend maintenant au père de la psychanalyse, pour affirmer que l'Oedipe n'existe pas. Aveuglement comique. Mais aussi inquiétant réquisitoire à l'aide de moyens empoisonnés aux effets délétères.


Onfray a toujours eu des comptes à régler, tel un ancien traumatisé qui revient obsessionnellement au point de son trauma non surmonté. Non analysés, son histoire, son trauma comme ses blessures demeurent dans le non-dit et poursuivent leur travail souterrain qui se traduit en travail de sape envers les idées, les instances, les auteurs auxquels il s'attaque, accusés d'être animés de forces de mort, castratrices.


Comptes à régler, principalement avec la religion, pour avoir été élevé dans un orphelinat tenu par des prêtres envers qui il a gardé une haine manifeste. Nul ne sait ce qu'il a subi, mais sa haine est née là.  Il dit  avoir «senti le souffle de la bête chrétienne dans son cou». Envers les philosophes, ensuite, qui auraient à ses yeux  pris le relais et perpétré quelque élément de la religion. Coupables du même crime dont le fond  à l'origine de son fantasme n'est jamais nommé. Ce furent ses lectures visant à réduire en cendres quelques grandes pensées, après les avoir complètement déformées. Au tour de la psychanalyse maintenant, objet de son ultime détestation, et ultime assaut.  Du règlement de compte en guise de ligne de pensée.

 

 

Si Onfray aime invoquer  Nieztsche et comme lui considère que toute philosophie est « la confession autobiographique de son auteur», cet aphorisme auquel on accordera aisément une valeur de profonde vérité et dont on aime partager la lucidité, s'applique également à Onfray.  A quelle confession Onfray se livre-t-il donc à son insu ?



Réponse de Roland Gory qui parle de la «mise en scène médiatique» à propos du dernier livre de Michel Onfray largement présenté et mis en avant par tous les media qui en assurent la promotion.  "Cette mise en scène médiatique vient enfumer le paysage philosophique et culturel des débats d'idées" ce qui d'après lui masque les vrais enjeux idéologiques et politiques du moment, car la résistance à ce dont nous souffrons, se passe ailleurs :




Les Français manquent cruellement d'espoir, de confiance dans l'avenir et craignent pour le pain quotidien de leurs enfants. Selon certaines enquêtes, un Français sur deux craint de se retrouver SDF, plus de deux Français sur trois pensent que l'avenir de leurs enfants sera pire que le leur. C'est une crise dans le ciel de la démocratie qui, tel le nuage de l'éruption volcanique, obscurcit l'horizon de nos contemporains. Jaurès n'a cessé de nous mettre en garde : le pire pour une démocratie, c'est son manque de confiance en elle-même. Mais à défaut de pain, notre « société du spectacle », friande, avide d'émotions collectives marchandises, nous offre des jeux de cirque, des combats de gladiateurs bien saignants, une sorte de télé-réalité tel aujourd'hui le « déniaisage » de Michel Onfray par Le livre noir de la psychanalyse, ce pot-pourri de textes hétéroclites qui nous invitait il y a cinq ans à « vivre, penser et aller mieux sans Freud ». Quel programme !

 

 

J'avoue pour ma part avoir d'autres œuvres littéraires comme sources de fantasmes érotiques. Mais à chacun les siennes. A chacun son auteur aussi, dès lors que son œuvre tombe dans le domaine public sans que pour autant il ne doive être nécessairement traîné dans la boue. Le Kant de Michel Onfray n'est pas le mien, pas davantage que son Nietzsche. Et encore moins son Freud. Chacun a l'auteur qu'il mérite, comme aurait pu dire Mme de Staël.


Le problème est pour moi dans cette affaire le « tapage médiatique » dont elle fait l'objet par la promotion d'un brûlot d'un auteur récemment « déniaisé » de la séduction freudienne. Cette mise en scène médiatique vient enfumer le paysage philosophique et culturel des débats d'idées, des exigences sociales et des priorités politiques que pourtant la situation actuelle exige. Beaucoup de bruit pour rien..., voilà qui est important. Important en tant que symptôme de notre civilisation. Important comme révélateur de cette réification des consciences propre à nos sociétés dans lesquelles la forme marchande est la seule forme qui détienne une valeur, fixée par un prix, pour pouvoir exercer une influence décisive sur toutes les manifestations de la vie sociale et culturelle. Or que valent les propos de Michel Onfray sur Kant ou sur Freud en dehors de l'audimat que ses éditeurs suscitent et que sa posture médiatique produit ? N'est-ce pas d'ailleurs au nom du « chiffre de ventes » de ses ouvrages que le Président Sarkozy l'avait sollicité pour débattre au moment de la campagne présidentielle?


Le problème du fétichisme de la marchandise et de son spectacle est un problème spécifique du capitalisme moderne et de la société qu'il formate. Cette universalité de la forme marchande et de la société du spectacle est présente de pied en cap dans la structure et la fonction de la mise en scène médiatique et promotionnelle du livre d'Onfray. La « dislocation » de l'œuvre freudienne et de la figure de Freud ne saurait être  culturellement efficace hors les effets de cette promotion marchande et spectaculaire. Rien de neuf ne s'y trouverait qui n'ait déjà été dit. De quelle pratique thérapeutique pourrait s'autoriser Michel Onfray pour juger de l'efficacité de la méthode psychanalytique ? De quels travaux d'exégèse historique pourrait-il s'autoriser, si ce n'est de ceux qui ont barboté dans le marigot du Livre noir ou dans les mensonges freudiens de Benesteau ? L'efficacité de cette dislocation ne saurait donc procéder que de l'objectivation marchande dont un auteur comme Georg Lukacs naguère nous avait appris qu'elle s'accompagnait presque toujours d'une « subjectivité » aussi « fantomatique » que la réalité à laquelle elle prétend. Tel est le mythe freudien propre à un auteur « déniaisé » par « ces mages noirs qui rêvent d'enterrer la psychanalyse ». (1)

 

La vérité n'a plus chez Onfray le statut de « cohue grouillante de métaphores » que Nietzsche nous invite à dénicher dans chacune de nos théorisations, mais le principe moral et transcendantal, au nom duquel il « déboulonne » et répudie les premiers émois de sa pensée adolescente par le truchement de la figure de Freud.  C'est ici le spectacle d'une pensée réifiée dont le savoir est « mis hors d'état de comprendre la naissance et la disparition, le caractère social de sa propre matière, comme aussi le caractère social des prises de position possibles à son égard et à l'égard de son propre système de formes.» (2)

 

 

Un dernier point. A lire "la réponse de Michel Onfray" à Elisabeth Roudinesco suite à l'analyse critique du livre, on ne peut que constater que le niveau est tombé très bas, très bas au-dessous de la ceinture. Quand je dis au-dessous de la ceinture, je n'évoque en rien cette sexualité que Freud élève à la dignité d'un concept à partir d'une méthode, sexualité qu'il inscrit dans la généalogie de l'éros platonicien ; je parle tout simplement du sexe et de ses positions que les propos graveleux des hommes convoquent à la fin des agapes, dans les coulisses des matchs sportifs ou dans l'excitation des salles de garde.


Si on veut bien après Freud, considérer que les commentaires d'un rêve appartiennent au texte même du rêve, on mesure dès à présent le niveau de réflexion philosophique de l'ouvrage de Michel Onfray qu'une stratégie éditoriale réussie a porté à l'avant scène médiatique. 

 

 

 Si l'on devait mesurer la valeur de la réflexion intellectuelle et philosophique d'une société à la stature des concepts qu'elle construit et aux commentaires critiques des œuvres qui l'ont précédée, on pourrait légitimement s'inquiéter de la dégradation intellectuelle de la nôtre.

 

Roland Gori


(1) Roland Gori, L'Humanité du 9 Septembre 2005.

(2) Georg Lukacs, 1960, Histoire et conscience de classe. Paris : Editions de Minuit, p. 134.

 

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 14:00


Jean-Pierre Winter un psychanalyste ayant une formation de philosophe (ENS) et de juriste s'exprime sur quelques questions majeures de notre civilisation.


Voici une interview de Winter faisant suite à un livre déjà ancien, "Stupeur dans la civilisation", paru après le 11 septembre, d'un des psychanalystes qui, aujourd'hui, ont quelque chose à dire et à nous apprendre.



Interview : Jean Pierre Winter



Aujourd'hui tout est brouillé: on bafoue le réel !


Dans le silence feutré de son cabinet, le psychanalyste semble mettre en image l'intimité psychique même. Les souvenirs, la biographie qui se dévide, la parole singulière de l'analysant, peinant ou riant sur le divan, attestent, en apparence, d'un repli inviolable sur soi. La psychanalyse figurerait ainsi la rupture de tout lien avec l'extérieur. Pourtant, Jean-Pierre Winter, psychanalyste et élève de Lacan, n'a de cesse de montrer, dans son dernier livre d'entretiens avec la journaliste Valérie Marin Meslée, Stupeur dans la civilisation (Pauvert), que les mots du patient sont pleins de la fureur du monde.


 


En quoi l'analyste est-il autorisé à parler de ce qui se passe hors de son cabinet, au-delà du divan ?


JEAN-PIERRE WINTER. D'abord, la psychanalyse n'est pas une théorie qui sort l'homme du monde. Mieux, elle nous montre comment l'homme est immergé dans le monde et comment le monde s'immerge dans le sujet. Psychologie collective et analyse du moi, le titre de ce livre fondamental de Freud dit très bien qu'il y a une vraie solidarité entre la psychologie de masse et l'analyse du moi, pour une raison très simple, c'est qu'un individu (ce mot n'est qu'une fiction) est toujours pris dans une collectivité. Stupeur dans la civilisation va dans le même sens. Quand un patient entre dans mon cabinet, il ne s'isole pas du monde, c'est le monde qui y entre avec lui.

 


Le monde en son entier ?


J.-P.W. Je l'ai vérifié en thérapie clinique. Les événements du 11 septembre dernier ont frappé de stupeur certains de mes patients qui ne sont pas venus à leur séance. Le phobique qui hésite à prendre l'avion se dit qu'il n'est plus le seul à avoir peur. Il est remis, illico, dans le monde où il sera, même, mieux préparé à affronter l'événement. L'obsessionnel, dont le fonds de commerce névrotique habituel est la haine inconsciente, se soulage de constater, enfin, que d'autres ont fait ce que lui s'est toujours interdit. L'hystérique s'identifie aux victimes. Et, là, croyez-moi, comme analyste j'avais toutes les autorisations pour parler parce que mes patients en parlaient. Par contre, il y a quantité d'événements, sans la moindre valeur symbolique, qui n'arrivent pas jusqu'au divan, même si les journaux et les doctes - économistes ou sociologues - en parlent à foison. C'est le cas, par excellence, de la campagne pour l'élection présidentielle. Pas de trace dans l'inconscient.

 


Que pensez vous des questions qui agitent la Société sur l'homoparentalité ?


J.-P.W. En tant que psychanalyste, je n'ai pas à me prononcer sur le mariage entre homosexuels. En revanche, à partir du moment - et c'est le cas - où derrière cette mesure se profile le droit à l'homoparentalité, c'est-à-dire le droit pour ces couples d'adopter ou de se faire faire des enfants, j'ai le devoir de dire ce que cela m'inspire au regard de 25années d'expérience clinique. On ne peut pas balayer d'un revers de la main ce qui a fait le fondement de notre société pendant des millénaires. Et quand je vois des politiques se prononcer hâtivement, je m'interroge sur leur sens des responsabilités. Un mot quand même sur le mariage homosexuel. On nous explique qu'il faut l'accorder au nom de l'égalité des droits: tous ceux qui s'aiment doivent avoir droit au mariage. 


Mais de quel droit s'agit-il ? Avec la reconnaissance du mariage homosexuel, on passe de la notion de droit individuel - le droit au mariage pour chacun - au droit du couple en tant que manifestation amoureuse. A partir de là pourquoi ne pas aller plus loin? Pourquoi ne pas autoriser le mariage à tous ceux qui s'aiment? Pourquoi ne pas autoriser la bigamie? Le mariage entre frère et sœur ? J'exagère à peine.



Venons-en maintenant à ce «droit» à l'enfant revendiqué par les homosexuels.


Le droit à l'homoparentalité enfreint, pour moi, un principe intangible qui est tout simplement celui de la réalité. Cela revient à dire que l'impossible - jusqu'à nouvel ordre, il faut toujours un homme et une femme pour faire un enfant - est possible! Je suis bien placé pour savoir que la souffrance psychique d'un enfant est très souvent liée avec ce qui se passe dans le lit de ses parents. L'enfant dans un couple d'homosexuels saura toujours qu'il ne peut pas être né de la relation entre ces deux êtres-là. Qu'il doit chercher ailleurs son origine, sa généalogie. Or les couples homosexuels - on le voit à travers les moyens qu'ils utilisent pour la procréation (banque du sperme, mère porteuse ou géniteur de passage) - ont tendance à exclure celui qui a contribué génétiquement à la naissance de l'enfant qu'ils vont aimer et élever. Il est paradoxal qu'au moment où l'on veut faciliter la recherche parentale pour les enfants nés sous X ou pour les enfants adoptés, on organise un type de famille d'où le géniteur serait exclu. Plus grave encore: on enlève à l'enfant les moyens de nommer sa parentèle. Comment appellera-t-il le compagnon de son père, la compagne de sa mère, leurs frères, leurs sœurs? On nous rétorque que l'on inventera des mots. Mais ces mots de toute façon bafoueront la réalité généalogique. Parler de droit à l'enfant pour des couples homosexuels revient à nier l'importance de la filiation dans la construction psychique d'un enfant. Cela ne sera pas sans conséquence. On parle du droit des homosexuels. Moi, je défends le droit des enfants à avoir un père et une mère.

 


Dans votre dernier livre, vous parlez beaucoup de Ben Laden qui est peut-être mort. Encore une fois, à quel titre le psychanalyste se sent-il habilité à parler de ce «dehors» massif qu'est le terrorisme?

 


J.-P.W. Il y a ce que Freud appelle le narcissisme de la petite différence. C'est sacrément éclairant. Tout le monde a besoin de se ressembler et de se rassembler dans une même communauté, une patrie, une nation, bref, un ensemble dans lequel on se tienne chaud, mais, en même temps, il est impératif que chacun y sente et affirme sa différence. On voit ce narcissisme fonctionner, à merveille, dans la littérature de Marcel Pagnol. En Provence, un quidam qui sort de son village pour atterrir dans le hameau voisin est ressenti et rejeté comme un étranger, presque un monstre. Et pourtant à quoi tient la différence? La vérité est qu'il faut à la fois en être et n'en être pas. Je monte d'un degré ma démonstration. Prenez le nazisme, je développe ça dans mon livre. A cette époque, les juifs allemands sont totalement assimilés, même langue et même culture, même costume, voire une légère surenchère dans le nationalisme. En tout cas, la différence est rigoureusement introuvable dans le réel. Alors les nazis vont la susciter de toutes pièces: caricatures, législation folle et insensée, stigmates raciaux... Plus la différence était invisible, plus les juifs devenaient l'objet d'une haine mortelle. Le mot «juif» n'est pas une réalité, mais un signifiant, comme le dit Lacan. De la même façon, qu'est-ce que ça veut dire «américain»? Le mot «américain» est une métaphore. Pensez que ce peuple n'a pas de nom en propre pour se désigner. Du nord du Canada jusqu'au Chili, tous les habitants sont des Américains. Par ailleurs, les Américains sont divisés sur les valeurs - l'opposition démocrates versus républicains - et même sur leur histoire. L' «Etasunien» moyen n'existe pas. Dès lors, le tout est de savoir, au-delà de cette glu massive de patriotisme, ce que le mot «américain» signifiait pour Ben Laden pour provoquer une telle haine. Le psychanalyste, qui n'est ni un expert ni un journaliste, est confronté à l'impact du langage sur l'homme, de tout ce qui se dit et circule comme parole dans le monde.


Quelles sont les conséquences pour aujourd'hui?



J.-P.W. Le clonage est la pointe symbolique extrême d'une société qui tend vers l'indifférenciation généralisée. Aujourd'hui, tout est brouillé. Les relations des hommes avec les femmes, les hommes entre eux, les femmes entre elles, les parents avec les enfants, le normal et le pathologique, jusqu'à l'escamotage technique et fonctionnel de la mort dans son opposition fondamentale à la vie - dans quel immeuble voit-on que son voisin est mort? -, bref, il y a une tendance lourde à l'effacement de la différence. Pour les terroristes du 11 septembre, la distribution des images, je dis bien des «images», est très simple. L'homme, c'est celui qui a une barbe longue et un fusil à la main, alors que la femme doit demeurer invisible derrière le treillis de sa burka. Nous, à l'inverse, on fabrique une société dans laquelle hommes et femmes s'habillent de la même façon. C'est la société clanique - permettez ce jeu de mots - contre la société clonique.

 


Vous avez écrit un livre, "Les hommes politiques sur le divan," qui montre bien que le psychanalyste, sans être journaliste, a des choses à dire sur l'institution.


J.-P.W. Lors de la campagne présidentielle, Jacques Chirac s'est fait cracher dessus par des jeunes de banlieue. Pour les journalistes, ce fait divers a été honteusement édulcoré, dans l'aimable registre du chahut, dans le droit fil d'un jusqu'au-boutisme démocratique. Le plus grave dans cette affaire, c'est l'atteinte portée au symbole de la fonction présidentielle, à la fois volonté collective et unité de la nation. Il aurait dû y avoir une condamnation verbale extrêmement ferme pour éviter la confusion de la fonction et de la personne. On a essayé de tuer de Gaulle, au Petit-Clamart, mais voilà un homme qui s'y entendait pour faire respecter la fonction symbolique; il parlait à la France, bien plus qu'aux Français. Je suis sidéré par le peu d'attention que les journalistes prêtent à ce que parler veut dire. Quand ils interrogent le «psy» de service, on ne sait s'ils s'adressent indifféremment au psychiatre, au psychologue ou au psychanalyste, ça me hérisse le poil.



Face à la montée en puissance de la délinquance urbaine, il est de bon ton de répondre que cette forme de violence a toujours existé. Un invariant, en quelque sorte. Apaches du siècle dernier et jeunes de banlieue, tous dans le même sac.


J.-P.W. Je ne suis pas d'accord. La violence de notre temps est très spécifique. Sur fond de communautarisme, d'intégration impossible, de la déchéance de la culture comme valeur, il y a une désymbolisation généralisée. Je ne prendrai qu'un exemple, celui d'Evreux. Un père vient sermonner les jeunes racketteurs de son fils et se fait battre à mort. C'est un événement considérable dont les médias n'ont pas pris la mesure. Il témoigne de ce qu'un homme qui croit encore à la parole vit dans un monde où la parole est dévaluée. Naguère, un gosse disait à son copain un peu agressif: «Si tu m'emmerdes, j'appelle mon père.» La simple évocation suffisait à tout arrêter. La question est là. Aujourd'hui, dans notre société, qu'est-ce que l'autorité du père? Vouloir restaurer la fonction paternelle, ce n'est pas, comme certains le pensent naïvement, rétablir une morale de père Fouettard, mais instaurer un bornage à la jouissance mortifère de la violence illimitée.


source 

 

Suggestions pour wikipedia, qui, très certainement n'en fera rien, la culture n'étant pas vraiment son truc.





Alithia

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17 février 2008 7 17 /02 /février /2008 12:44


Une analyse, ou ce que vous ne verrez jamais sur wikipedia.

Jean-Pierre Winter, psychanalyste, ayant une formation de philosophe  -études de philosophie (ENS) et de droit-,  est l'auteur de plusieurs ouvrages dont  Les hommes politiques sur le divan (Calmann-Lévy, 1995). Il donne son impression sur la personnalité du Président et ce qu'il en a perçu.

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ou la dialectique de la pensée et de l'action.



Comment peut-on interpéter l'hyperactivité de Nicolas Sarkozy sur le plan psychanalytique?

C'est drôle parce que le mot hyperactivité est très à la mode chez les enfants. Donc c'est un peu comme si vous me demandiez s'il faut donner de la Ritaline à Sarkozy. Je ne suis pas psychiatre, je ne sais pas. Le terme est un peu réducteur, parce qu'il contient déjà une réponse. Ce qui m'interroge chez Sarkozy, c'est la différence entre l'acte et l'agir. Tout se passe comme s'il y avait une espèce de confusion entre les deux. Faire un acte politique, c'est une chose, agir en est une autre. Un acte, c'est par exemple ce qu'a fait De Gaulle avec l'appel du 18 juin. Un acte s'incrit durablement, tient compte de plein de paramètres pas immédiatement lisibles par tout le monde, ce n'est pas juste un mouvement d'humeur. Dans le cas de l'appel de De Gaulle, il a mesuré les forces en présence, c'est un savant calcul de stratège.

 
Nicolas Sarkozy, par opposition, serait plutôt dans l'agir?

Quand on lit le livre de Yasmina Reza (L'aube le soir ou la nuit, récit-portrait du candidat Sarkozy, ndlr), on voit bien qu'il y a chez Sarkozy une profonde défiance à l'égard de la pensée. Dès lors qu'il s'agit d'élaborer la position qui est la sienne, il se fie plus à son intelligence intuitive qu'à une élaboration de ce qu'il est en train de dire, s'en remettant pour cela à des gens comme Guaino (Conseiller spécial du chef de l'État) ou Kouchner (ministre des Affaires étrangères). Quand on le voit s'agiter, du verbe agir cette fois, comme il le fait depuis six mois, on se demande à quel moment il pense à ce qu'il fait, à quel moment il élabore. Il y a une fuite dans l'acte.

Alors c''est vrai qu'il s'entoure, par le biais des commissions, de gens qui se donnent le temps de penser. Mais en même temps il ne leur donne pas le temps de penser puisque les délais sont très court, totalement inhabituels sous la Ve République. C'est ce qui donne ce sentiment d'agitation, c'est qu'on a l'impression qu'il «squeeze» le temps.

Tout cela est-il calculé, ou relève-t-il parfois de mouvements d'humeur?

Sur le plan politicien, je ne doute pas que ce soit calculé. Il s'est engagé à faire des réformes, il sait que le temps lui est compté, sa crédibilité est en jeu. Sur le plan politique, au sens noble du mot, je ne pense pas que ce soit calculé suffisamment. Sur les effets par exemple de ses réformes menées tous azimuts, dont chacune efface la précédente.


Nicolas Sarkozy a l'habitude de tutoyer, et dit «je» à tout bout de champ. Comment faut-il l'interpréter?

Il n'y a pas besoin d'être psychanalyste pour constater qu'il personnalise complètement l'action gouvernementale, qu'il se substitue à tout le monde, qu'il fait preuve d'une certaine ubiquité. On peut prendre les choses soit du côté d'une espèce d'hyper-narcissisme, mais ça serait un peu de la psychologie sans grand interêt, soit il pense qu'il y a besoin d'un chef. Et ce qu'il faut alors interroger c'est l'idée qu'il se fait d'un chef. Or, dans une démocratie, un chef c'est d'abord quelqu'un qui a une grande capacité à déléguer. Et là il y a effectivement un problème. S'il était dans un système tyrannique, finalement il serait très à l'aise... Mais il est bridé par le système dans lequel on est.

Sur le plan psychanalytique, on peut se référer à Paul Valéry, qui n'était pourtant pas psychanalyste mais qui disait: «De temps en temps je pense, de temps en temps je suis». Quand on pense, on n'est pas dans l'être et quand on est dans l'être, on n'est pas en train de penser. Chez Sarkozy, le sentiment qu'il donne est de vouloir être toujours dans l'être. De vouloir toujours faire la preuve de son existence. Tout le temps.


A-t-il toujours été comme ça, «dans l'être», ou est-ce depuis son accession au ministère de l'Intérieur puis à l'Élysée?

Je pense qu'il a toujours été comme ça, et c'est pourquoi il est si fascinant pour beaucoup de gens, et notamment pour les intellectuels, qui eux ne sont au contraire que dans la pensée. Donc quand Sarkozy, avec sa politique d'ouverture, leur offre l'occasion d'être dans l'action, ils se précipitent, comme toujours dans l'histoire depuis Platon, et plus récemment Heidegger. Les deux seuls qui ont résisté à ça, d'une manière assez courageuse il faut dire, ce sont BHL et Finkielkraut. Sans exprimer d'antipathie profonde, ils ont su rester à la place qui est la leur.



 
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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 14:51
A connaître  : un texte-interview de J-A Miller au sujet des méfaits de l'idéologie du quantitatif,  -encore elle-, dans le domaine de l'existence, c'est à dire de la vie psychique,  parce que cette idéologie nie le sujet et le désir du sujet comme singulier, la part du rêve, la singularité de l'histoire des individus, de la souffrance, de l'imaginaire, du désir. Il s'agit d'une intrusion au nom de la science (d'une prétendue science) dans la vie psychique qu'une politique d'Etat voudrait régenter au nom d'une politique de la santé mentale.




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photo A.Aubert l'Internaute



Les cognitivistes, partisans de réduire la vie psychique à celle du cerveau et de traiter le cerveau humain comme s'il était un ordinateur, la pensée comme si elle était de l'information, et le désir du sujet comme s'il n'était pas singulier et comme s'il était réductible à des comportements, ont pris  le pouvoir dans la haute administration, et tentent de le prendre dans les instances gouvernementales qu'ils cherchent à influencer. Leur conception revient à " faire cracher du chiffre à l’âme" en voulant tout mesurer, tout évaluer, en l'occurrence la vie psychique des sujets réduite à des comportements.

" Le cognitivisme est une imposture" affirme J-A Miller
qui relève de "la croyance que l’homme est analogue à une machine qui traite de l’information." et qui croit emprunter les habits de la science en réduisant ce qui relève de l'existence au chiffre.


Face à cette offensive des cognitivistes qui voudraient voir la psychanalyse disparaître de l'université, J-A Miller préconise que les pouvoirs publics reconnaissent que l'unité de la psychologie est un mythe, comme cela a déjà été théorisé depuis longtemps par les plus grands épistémologues (voir le célèbre texte de Canguilhem sur  la psychologie) et qu'ils organisent l'enseignement et les institutions en séparant "d’un côté la psychanalyse, la psychologie clinique, et la psychopathologie. Et de l’autre, la psychologie expérimentale et cognitiviste."


J-A Miller analyse le phénomène et le danger que constitue le scientisme lorsqu'il se veut conseiller du pouvoir et qu'il veut le poouvoir ;  dans Libération, :


Freud avait diagnostiqué jadis un «malaise dans la civilisation». Nous sommes bien au-delà : tout le monde ressent que la civilisation occidentale tend à devenir franchement invivable. Ça suscite des révoltes, une guerre civile, mais qui respecte les formes du débat démocratique.

 
Certes, mais quelle guerre ?
 

Il y a une guerre idéologique qui oppose, d’une part, les quantificateurs, les cognitivistes (1), avec leur prétention croissante à régenter l’existence humaine dans tous ses aspects et, d’autre part, tous ceux qui ne plient pas devant la quantification partout. Le fanatisme du chiffre, ce n’est pas la science, c’en est la grimace. Il n’y a pas si longtemps, l’administration, c’était encore des gratte-papier à la Courteline. Désormais, l’électronique met entre les mains des bureaucraties occidentales une puissance immense de stockage et de traitement de l’information. Elles en sont enivrées, elles en ont perdu le sens commun. Les plus atteintes sont celles de l’Union européenne, héritières des monarchies. Elles vont vers la surveillance généralisée, du berceau au tombeau. Elles aspirent au contrôle social total. Elles se promettent de remanier l’homme dans ce qu’il a de plus profond. Il ne s’agit plus seulement de «gouverner les esprits», comme le voulait Guizot, ni même de les suggestionner par des vagues de propagande massive.

 

Nos maîtres sont tellement tourneboulés par le progrès inouï des bio et nanotechnologies qu’ils rêvent de manipuler en direct le cerveau par implants et électrodes. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas mettre au point une humanité hygiénique, débarrassée une bonne fois de ce que Freud appelait la pulsion de mort, une espèce humaine améliorée, transhumaine ? On en est réduit à se dire : heureusement, il y a le pape ! Car chez des débiles mentaux, quand ils ont le pouvoir, le progrès scientifique engendre des utopies autoritaires qui sont de vrais délires mégalomaniaques. Ça échouera immanquablement, mais en attendant ça fait des ravages. Il ne faut pas laisser faire, même si les clivages nouveaux que suscite cette démesure n’obéissent plus à la logique gauche droite.

 
Mais en quoi ces clivages concernent-ils la psychanalyse, qui est de l’ordre du domaine privé ?
 

Depuis le début du XXIe siècle, la bureaucratie a décidé que la santé mentale des populations relevait de ses attributions. Elle a envahi le domaine de l’écoute, des thérapies par la parole, elle s’emploie à le remanier de fond en comble. Dans la pratique, cela veut dire : s’attaquer à la psychanalyse. Chercher à l’éliminer au profit des techniques de persuasion, les thérapies cognitivo-comportementales, qui prétendent que leurs effets sont chiffrables, donc scientifiques. C’est l’imposture du cognitivisme. Le cognitivisme, c’est-à-dire la croyance que l’homme est analogue à une machine qui traite de l’information.

 

Dans cette optique, il s’agit de faire cracher du chiffre à l’âme. On mesure à qui mieux mieux, on compte tout et n’importe quoi : les comportements, les cases cochées des questionnaires, les mouvements du corps, les sécrétions, les neurones, leurs couleurs à la résonance magnétique, etc. Sur les données ainsi recueillies, on élucubre, on les homologue à des soi-disant processus mentaux qui sont parfaitement fantomatiques, on s’imagine avoir mis la main sur la pensée. Bref, on divague, mais comme c’est chiffré, ça a l’air scientifique. Tout un fatras de métaphores a ainsi infiltré le discours courant à force de produire et de manier des machines, l’homme contemporain aime à s’imaginer en être une.

 
Un exemple ?
 

On vous explique qu’être amoureux, c’est quand votre sérotonine baisse de plus de 40 %. Cela a été mesuré chez des cobayes assurant penser à l’être aimé au moins quatre heures par jour. L’amour fou ? Ça fait monter la dopamine. Donc, si vous avez une propension à l’amour fou, c’est sans doute que vous avez un petit manque de ce côté-là. En revanche, si vous restez avec la même personne, c’est en raison de votre taux d’ocytocine, dit l’hormone de l’amour… Bref, on retranscrit vos émotions en termes quantitatifs, et le tour est joué. Ce quantitativisme échevelé, qui est un pur simulacre du discours scientifique, s’étend partout. Ça fait le bonheur de l’administration, ça la justifie, ça la nourrit, ça l’incite à recouvrir tous les aspects de la vie.

 
Tout est à jeter dans le cognitivisme ?
 

Oh que oui ! C’est une idéologie qui singe les sciences dures, qui les parasite, qui offre une synthèse illusoire. Mais si elle s’est répandue si largement, c’est qu’elle exprime quelque chose de très profond, une mutation ontologique, une transformation de notre rapport à l’être. Aujourd’hui, on n’est sûr que quelque chose existe que si ce quelque chose est chiffrable. Le chiffre est devenu la garantie de l’être. La psychanalyse aussi repose sur le chiffre, mais au sens de message chiffré. Elle exploite les ambiguïtés de la parole. A ce titre, elle est à l’opposé du cognitivisme, elle lui est insupportable.

 
Vous notez également que cette idéologie du chiffre est en train de s’imposer dans l’université…
 

L’évaluation a fait son entrée dans l’université il y a vingt ans, mais il y a un saut qualitatif avec l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (l’Aeres). C’est tout récent : elle a été créée par la loi du 18 avril 2006 et installée le 21 mars. Depuis 1985, les organismes chargés de l’évaluation s’étaient multipliés, mais les universitaires et chercheurs étaient représentés dans leurs directions, et ils avaient appris à vivre avec. C’est fini. Tout a disparu au profit d’une agence unique, «autorité administrative indépendante», qui couvre le territoire national. Elle agit sous l’autorité d’un conseil assez bizarre, dont le ministère nomme les membres par décret. Aucun membre élu. De même, le «délégué» national, responsable de chaque discipline, n’est nullement l’émanation de la communauté des chercheurs, il est désigné par le président de l’agence. Le système a été conçu par le Pr Jean-Marc Monteil, éminent psychologue social cognitiviste. Il est chargé de mission au cabinet du Premier ministre, tandis que l’Agence est présidée par le Pr Jean-François Dhainaut, spécialiste de biotechnologie. Délégué national pour la psychologie : le Pr Michel Fayol, successeur du Pr Monteil à l’université de Clermont-Ferrand, la seule de cette taille d’où la psychologie clinique est rigoureusement bannie depuis des années. Le Pr Monteil m’a expliqué sans rire que c’était en raison de son incompétence notoire en la matière. L’Aeres est un monstre bureaucratique hypercentralisé et particulièrement opaque : rien à voir avec l’Amérique. Ça rappellerait plutôt la défunte Union soviétique.

 
Quel est le but ? Chasser la psychanalyse de l’université ?
 

Le but est de rentabiliser la recherche. Le résultat sera très différent. Au nom de la planification totale et de l’objectivité parfaite, on sadise les universitaires et les chercheurs. On répand les passions tristes - inquiétude, perte de l’estime de soi, dépression -, tout en disant d’une voix doucereuse : «Surtout, n’ayez pas peur !» Et en même temps, Sarkozy promet de faire des universités des lieux d’effervescence intellectuelle. Cette usine à gaz se cassera la figure, bien sûr, mais le plus tôt sera le mieux. A part ça, ce n’est pas seulement la psychanalyse qui est insupportable aux cognitivistes, c’est la méthode clinique, parce qu’elle vise le singulier, alors qu’eux ne jurent que par la statistique. Ils ont horreur du sujet, ils ne connaissent que «l’homme sans qualités», comme disait Musil.

 
Mais il y a toujours eu un combat entre les cliniciens et les cognitivistes…
 

Depuis toujours, les cliniciens avaient les étudiants, les cognitivistes avaient les titres universitaires. Ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui les cognitivistes, forts de leurs positions administratives, tentent d’éradiquer leurs compétiteurs. Et ils y arriveront, sauf si la tutelle politique reconnaît que l’unité de la psychologie est désormais un mythe. Alors, on mettra d’un côté la psychanalyse, la psychologie clinique, et la psychopathologie. Et de l’autre, la psychologie expérimentale et cognitiviste. Chaque domaine avec ses compétences propres. Faute de quoi, la psychanalyse disparaîtra très vite de l’université. C’est ce que j’ai expliqué à Valérie Pécresse à son invitation, et elle est assez intelligente pour ne pas vouloir rester dans les mémoires comme l’Attila de la psychanalyse.

 
La psychanalyse est-elle en état de se défendre ?
 

«Vivons heureux, vivons cachés», c’était la devise des psychanalystes. Ce n’est plus tenable. Se replier sur son pré carré serait en effet mortel pour la psychanalyse, car il n’y a plus de pré carré, tout simplement. Bref, les psychanalystes ne sauraient se dispenser de prendre part au débat public.

 

Il y a, de plus, les pratiques. Il faut innover. Déjà, de plus en plus de praticiens analysés reçoivent leurs patients dans des institutions. Le psychanalyste est en train de se réinventer. On constate que des effets analytiques peuvent se produire ailleurs que dans un cabinet privé. Voici quatre ans, l’Ecole de la cause freudienne a ouvert un centre psychanalytique de consultation et de traitements, dans le Xe arrondissement de Paris, qui accueille gratuitement le tout-venant. Cela s’est répandu comme une traînée de poudre : sur des initiatives locales, dix autres centres se sont ouverts en France. Quatre en Espagne, et aussi en Italie. Au vu des résultats, les pouvoirs publics soutiennent de plus en plus. Cela témoigne d’une étonnante évolution des mentalités. Ça rejoint ce que Freud avait voulu faire, des dispensaires gratuits.

 
Vous ne parlez pas de la menace de la psychiatrie biologique et du poids prépondérant des médicaments…
 

La psychanalyse, ce n’est pas la scientologie. Le recours aux psychotropes n’est pas proscrit par principe.


 
Qu’avez-vous pensé de la campagne nationale sur la dépression ?
 

C’est du Knock à la puissance mille. Un discours massifiant qui cherche à pénétrer au plus profond de chacun, pour remodeler le sens de vos émotions les plus intimes. La ministre de la Santé a dû s’apercevoir que quelque chose ne tournait pas rond puisqu’elle a donné son patronage à un colloque que j’organise sur le sujet.

 
Laissons les cognitivistes. Peut-il y avoir des regards d’évaluation sur les pratiques analytiques ?
 

La culture de l’évaluation est un leurre. On fait appel à elle pour accomplir ses basses besognes sous le couvert de l’objectivité. On fait comme si le savoir absolu posait son doigt sur vous et vous indiquait ce que vous valez : vous n’avez plus qu’à dire amen. Dans la pratique, l’évaluation est toujours aux mains d’une clique réglant ses comptes. C’est un procédé de type soviétique. C’est la dernière résistance à la loi du marché.

 
Vous préférez les règles du marché ?
 

S’il fallait choisir entre l’évaluation et le marché, je préférerais encore le marché. Pour évaluer le département de psychanalyse de Paris-VIII, qui est leader mondial pour la psychanalyse d’orientation lacanienne, on nous envoie quelques malheureux cognitivistes qui, eux, sont à la remorque de la psychologie américaine : ils nous tiennent pour des foldingues. Nous les tenons pour des nuls.

 
Le contrôle ou la passe, n’est-ce pas pourtant une forme d’évaluation ?
 

Une élucidation, ce n’est pas une évaluation. Il ne s’agit pas d’étalonner des valeurs sur une échelle préétablie, mais de se rendre disponible à la surprise de l’événement singulier. La psychanalyse, c’est du sur-mesure, pas de la confection de masse. Cela dit, en psychanalyse, on est jugé tous les jours sur ses résultats, mais pas par des experts : par les utilisateurs, par le consommateur.

 
Comment avez-vous réagi à la grille d’évaluation des ministres, suggérée par le président de la République ?
 

Folklorique. Personne ne prend ça au sérieux. C’est pour se débarrasser des ministres cossards, ou qui ont cessé de plaire. Cela étant, le sarkozysme est un bien curieux volontarisme, qui oscille entre étatisme et libéralisme. Napoléon ou Raymond Aron, Sarkozy n’a pas choisi, et ça vire à la confusion. Les socialistes, eux, ont choisi. Le PS a beau être morcelé en coteries, tous ses experts sont hyper-évaluationnistes. Il est devenu le parti de «l’homme sans qualités», le porte-parole des hauts fonctionnaires : «L’intérêt général ? Ça nous connaît, on va vous calculer ça.» Il n’est pas sûr que la gauche puisse faire l’économie de sa dissolution si elle veut renaître un jour.

 

(1) Le cognitivisme désigne un courant de recherche scientifique endossant l’hypothèse que la pensée est un processus de traitement de l’information.

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