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Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
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  • alithia
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.

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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 10:30


Anti-moldus de tous les pays, unissez-vous !



la-reunion-j-dug.jpg

photo J.Dug l'Internaute


Puisque notre moldu Jean-no, est venu ici nous raconter tout le mal qu'il pensait de la culture classique et de la philosophie en particulier, et qu'il a eu le culot de traiter le texte de J-C Milner d'idiot  (sic) puisque  ce qu'il disait  serait "évident" (re-sic) j'ajoute un mot à l'intention de notre remarquable wikipedien, représentant la quitessence de wikipedia et du wikipédien.

[
je rappelle qui est Jean-no : administrateur de wikipedia, membre de son CA -ils doivent être 4 ou 5 à en faire partie- et un des ses porte-parole officiel les plus en vue, parce qu'il a un pied à l'université Paris VIII St Denis où il enseigne en tant que professionnel d'une technique artistique comme professeur associé]



Pour le moldu nommé Jean-no qui dit que Milner ne fait qu'énoncer des évidences que tout le monde et surtout lui  sait déjà

Prière de regarder ça, juste à titre anecdotique.

Soit encore un témoignage de la stupéfaction des commentateurs devant l'audace du philosophe  qui fait une lecture politique de Harry Potter, le roman anti-moldu  qui défend la culture classique "machine de guerre contre l'interprétation marchande de l'ordre  démocratique"

La vraie résistance s'organise aujourd'hui à partir de la culture, qui ne peut avoir d'existence que souterraine, dit Milner, compte-tenu du thatchérisme avancé de l'époque, qui , en grande-Bretagne montre que la culture doit désormais se cacher en empruntant des voies détournées, clandestines, insoupçonnées telles que ce levier pour soulever le monde que sont les Humanités, le grec et le latin.

C'est p
ourquoi Milner suggérait que cette résistance découle d'une alliance entre l'aristocratie de la culture et le peuple, contre les Moldus qui sont les rouages du thatchérisme.

Ce qui est  évidemment, une condamnation sans appel de tous les principes de wikipédia et une démonstration de l'inanité de celle-ci, de ses croyances et de tout le reste qui la caractérise. Wikipedia ne cherche qu'à être vue, pas à être lue. De cela les wikipédiens se fichent éperdûment. Wikipedia cherche  la visibilité, et ne cherche que cela. Et c'est de cette seule visibilité dont elle tire gloire et dont elle se vante (les x millions de  consultations, qui sont son seul argument publicitaire et tout à la fois son instrument de propagande : n° 1 , très visible et rsè vue, donc bien )


Wikipedia est anti-élitiste, et fabrique une soupe populaire qu'elle appelle encyclopédie, Elle prétend que cette soi-disant culture populaire suffit au peuple. Elle déteste les intellectuels et toute personne plus cultivée que le wikipedien moyen. Elle n'a du reste pas réussi à s'associer un seul intellectuel. [car excusez-moi, mais des exemplaires comme Jean-no ne peuvent être qualifiés d'intellectuels, pas plus  que les autres petits chefs du C.A. qule que soit leur amour pour les oiseaux et la nature, ou l'informatique]

Wikipedia est anti-élitiste, pragmatique et anti-intellectualiste, déteste la culture classique, déteste la pensée et les penseurs, l'esprit et ses productions surtout lorsqu'elles touchent au génie. De même lorsque l'esprit use de la métaphore : connaît pas. Quant à l'humour et aux jeux de mots, i
ls sont évidemment bannis : trop d'esprit tue !

Wikipedia ignore
les nuances, l'étonnement, le doute, le questionnement, les subtilités de la réflexion, interdit la  création. Elle ne travaille pas pour le peuple, mais pour accroître la molditude, en participant de et à l'abêtissement général, qu'elle aggrave.

Voir  le traitement qu'elle réserve à l'actualité, pour ne prendre qu'un exemple facile.

Mais Jean-no, qui trouve que Kant est un crétin inutile, sans intérêt et pédant, nous dit à peu près de même de ces propos de J-C Milner  : idiot, parce que trop évident !

Evident de montrer que ce qui plaît au peuple, ou ce que désire le peuple plus exactement, ce qu'il attend, et ce à quoi il aspire, c'est la résistance aux moldus ? Et que la résistance a besoin de la culture , la vraie, que soutient une aristocratie de la culture , car ce ne peut être autrement ?

Evident  que wikipédia est le sommet de la molditude et de l'attitude moldue ?

Mais si c'est évident alors tant mieux c'est parfait. Et loin d'être idiot, l'argument milnérien est fort encourageant.

Anti-moldus et anti-wikipédiens de tous les pays unissez-vous.

Alithia






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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 21:06
 

 

 

La psychanalyse justifie Harry Potter. La philosophie aussi.

 

 

 

La mise en ligne du texte de Milner, que je trouve particulièrement intelligent et pertinent (raisons pour les quelles vous pouvez être sûrs de ne jamais voir ce genre d'analyses sur wkpd ai-je dit, et je le maintiens) m'a valu des volées de bois vert de la part de quelques wikipediens venus attaquer ces analyses Milner dont il a été dit parmi d'autres perles que c'était un texte d'un parfait idiot (sic).


la-gaudeloupe-j-werter.jpgphoto J Werter  l'Internaute
 

 

 

En guise de réponse à tous ceux qui seraient tentés de s'aveugler à ce point je me permets de citer Isabelle Smadja, philosophe et psychanalyste qui a pris au sérieux la série des aventures de Harry Potter. Elle a pris la plume pour dire tout le bien qu'elle en pense, sur le plan éducatif, pour diverses raisons tout à fait classiques pour la psychanalyse depuis Bruno Bettelheim,  tout en précisant davantage encore ses mérites pour une éducation qui  éducation à la liberté, via l'étude et où l'étude est valorisée.

 
 
 
 
 

Il s'agit de l'ouvrage paru en 2001 déjà , d'une philosophe (encore, désolée pour les wikipediens qui n'apprécient pas le genre) et psychanalyste « Harry Potter, les raisons d'un succès » , dont on peut lire ici la présentation.

Harry Potter, les raisons d'un succès jette un regard à la fois psychanalytique et symbolique sur le monde du fameux petit sorcier, déterrant sous les romans une foule de niveaux de sens qui échappent au commun des mortels , j'ajoute ces extraits  :

 

«  Comme Bettelheim avant elle, Smadja estime que le conte possède une valeur thérapeutique. Les Harry Potter aideraient les enfants à vivre leurs contradictions, leurs pulsions inavouables: la jalousie fraternelle, le rejet des parents moldus [ndlr : soit la famille normale] . Le rapport presque amoureux avec la mère et le désir de se créer des pères substituts (comme le sage Dumbledore, le parrain Sirius Black, etc.) seraient également comblés. L'auteur de "Harry Potter, les raisons d'un succès" va même jusqu'à voir dans le personnage d'un professeur loup-garou une figure de pédophile. Rien ne serait innocent.

«Les Harry Potter émettent une critique sociale contre la violence, la consommation à outrance... » pense I. Smadja.


Trop axé sur le surnaturel, l'univers du petit sorcier à la baguette magique? Certains l'estiment, mais Isabelle Smadja répond de son côté par la négative. :

«
Malgré les apparences, J. K. Rowling livre des romans très rationnels, estime-t-elle. Sa morale invite à la non-violence, au respect des parents. Elle insiste sur l'importance des études car Hermione, la bûcheuse, résout plusieurs problèmes grâce aux livres qu'elle a lus. La sorcellerie est là pour camoufler une morale que les enfants rejetteraient autrement comme ennuyeuse


Sans être  J-Cl. Milner, certes, on voit cependant aussi avec I. Smadja qu'un décryptage  par la philosophie et la psychanalyse permettent d'apercevoir quelques uns des ressorts inconscients du succès de la série, qui ont à voir avec l'inconscient et le désir et à ce titre jouent le rôle des contes en constituant un mythe et est un roman de formation qui joue un rôle de formation. Ces ressorts
ont à voir avec le désir et la liberté, -sous la forme très précise de désir de liberté-  et bel et bien avec la dimension politique, de la résistance où le rôle de la culture est central étant donné le lieu où se passe l'histoire. 


Alithia

 
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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 17:06
Contrairement  à ce que l'on pense à wikipedia, la formation d'élites est nécessaire à une société.

Un texte de Gilbert Boss, philosophe, professeur de philosophie à l'université de Laval, Québec.

Qui s'inscrit dans la suite logique du texte de J-Cl. Milner


chili5.jpg

LA FORMATION DES ÉLITES
 
 
 

Dès qu’on parle de la nécessité d’une sélection, d’exigences intellectuelles, on entend certains répliquer qu’ils ne veulent pas d’une université élitiste. Ce qu’ils entendent par là, c’est justement que le système d’enseignement ne doit pas sélectionner et favoriser les meilleurs, l’élite, mais s’adresser à tous indépendamment de leurs capacités. Et en général, nos universités leur donnent largement raison, à tel point que, dans cet esprit, elles ont depuis longtemps presque renoncé à la fonction de sélection dans nombre de disciplines — un abandon qui provoque l’opposition de quelques-uns, dont je suis. Convient-il donc de former l’élite, ou est-il préférable de donner dans nos universités un enseignement sans exigence quant aux capacités intellectuelles requises chez les professeurs et les étudiants ?

 

S’agissant d’entraînement sportif ou de formation en médecine, le problème paraîtrait sans doute infiniment plus simple à la plupart. La société veut des sportifs de pointe et des médecins capables. Or, comme la nature et l’éducation de base n’ont pas réparti les aptitudes de manière égale, chacun sait qu’il est nécessaire pour arriver à ce but d’opérer des sélections, qui sont donc généralement acceptées. Pourquoi la situation paraît-elle différente en philosophie (pour m'en tenir à cet exemple) ?

 

Les raisons sont nombreuses. J’en envisagerai seulement trois. Premièrement, il n’est pas aussi facile de mesurer la performance d’un philosophe que celle d’un sportif ou d’un médecin, au point qu’on se demande si même cette évaluation a un sens. Deuxièmement, tandis qu’il n’est pas important ni même opportun que la majorité devienne experte en médecine, la philosophie concerne au contraire tout le monde, et elle est même, selon les philosophes, l’activité essentielle d’une vie véritablement humaine, si bien que chacun devrait se soucier de s’y former. Troisièmement, la philosophie étant fondamentalement inutile selon le sens de l’utilité que retient notre civilisation économiste, elle est une activité dévalorisée dans notre entourage, et l’on imagine faussement qu’elle représente un passe-temps sans exigences intellectuelles particulières.

 

Concernant le premier point, il est vrai que nous n’avons pas de critères objectifs pour mesurer la sagesse de quelqu’un, et que si c’est celle-ci que vise la philosophie, comme l’affirme notre tradition, alors toute évaluation du degré de philosophie ou de sagesse d’une personne est aventureuse, sinon impossible. Cependant, dans la mesure où il existe une formation philosophique, il y a tant chez le maître que chez le disciple l’idée d’un passage possible d’un état philosophiquement moins satisfaisant à un état supérieur, et par conséquent cette formation implique la possibilité d’une évaluation, même si celle-ci ne se laisse pas effectuer selon des critères purement objectifs. D’autre part, lorsque nous apprenons la philosophie, nous nous inscrivons dans une tradition particulière où l’approche de la sagesse se fait selon des moyens qui, eux, comportent davantage de possibilités d’évaluation plus objective, dont notamment tous les aspects de la maîtrise du discours : aptitudes linguistiques, logiques, rhétoriques, argumentatives, interprétatives, etc. Il serait donc faux de conclure que nous n’avons pas de critères d’évaluation en philosophie parce que la sagesse est fondamentalement sa propre norme.

 

Il est vrai également que la philosophie concerne en principe tout le monde, et il importe qu’elle s’adresse autant que possible au plus grand nombre. Mais cela ne signifie pas qu’elle soit immédiatement accessible à tous, indifféremment. Sinon, il n’y aurait pas lieu de l’enseigner comme une discipline particulière. Nous avons vu qu’il y a une maîtrise au moins des moyens de la philosophie, indispensable à ceux qui s’y vouent plus spécialement, et qui espèrent peut-être contribuer justement à la répandre plus largement. Or où former ces maîtres de l’art philosophique, sinon à l’université, qui est la plus haute école dans nos systèmes d’éducation ? Ce qui ne signifie pas que la philosophie doive se renfermer dans de quelconques murs. Elle doit se diffuser au contraire dans toute la société.

Mais, il faut l’avouer, la société actuelle nous dit souvent que la philosophie n’importe pas, qu’elle n’est que l’occupation sans conséquences de quelques oisifs, et qu’il est donc indifférent que nous ayons ou non d’habiles philosophes. Seulement, cet argument vaut peut-être pour ceux qui sont fermés à la philosophie, mais non pour ceux qui l’aiment, qui en ont senti l’exigence et ont décidé de s’y consacrer, c’est-à-dire pour ceux à qui je m’adresse maintenant. Et les adeptes de la philosophie, les lecteurs attentifs de Platon, d’Abélard, de Descartes ou de Wittgenstein, ne peuvent avoir de l’activité philosophique l’idée d’une occupation qui n’impose pas les plus hautes exigences intellectuelles et morales.

 

La philosophie requiert le dévouement et la formation d’une élite, autant et plus que toute autre discipline. Mais faut-il pour autant devenir élitiste en philosophie ?

 

Remarquons premièrement que l’élite signifie généralement deux choses assez différentes. On peut utiliser le terme, sans connotations péjoratives, pour désigner les meilleurs dans un art, une science, une discipline. Mais il sert aussi souvent à désigner, avec une nuance critique, une classe sociale au pouvoir qui prétend s’arroger toute forme de maîtrise. Une éducation est donc élitiste, au sens négatif, quand elle est réservée exclusivement ou principalement à une telle élite sociale. On la nomme parfois élitiste également lorsqu’elle se donne pour but de ne former que les meilleurs dans chaque discipline, et ne se soucie plus des autres. Les deux situations doivent être distinguées pour en juger. L’élitisme du premier genre est en principe exclu par les idéaux démocratiques, qui n’admettent pas comme légitime que l’individu soit favorisé en fonction de sa classe sociale. La seconde forme n’est pas incompatible de la même manière avec la démocratie, qui n’exclut pas la formation des élites, mais l’exige en principe, en tant qu’elle réclame la formation de tous selon leurs capacités. Nous pourrions donc parler d’élitisme, dans le deuxième sens, à propos de l’idée qu’il faut former les élites au détriment des autres. Le contraire de cet élitisme serait l’abandon de l’enseignement supérieur au profit d’un enseignement massifié et donné en fonction seulement des capacités moyennes ou inférieures en toute discipline. Dans les deux cas, il y a préférence des uns et sacrifice des autres. Or, s’il est facile de s’accorder pour éviter les deux extrêmes, il est naturellement plus difficile de savoir où situer la pondération optimale. Et c’est là l’un des objets intéressants du débat démocratique sur la formation et la culture.

 

Notre société ne souffre certainement pas d’élitisme dans le sens d’une attention exclusive à la formation des élites intellectuelles. Bien au contraire, dès que les exigences techniques et économiques ne s’imposent pas, elle tend à abandonner cette formation et à se tourner uniquement vers un enseignement de plus bas niveau, qui sacrifie ses élites. Tenter de leur redonner leurs chances de développement ne revient donc pas à tomber dans un quelconque élitisme, et encore moins à s’opposer à l’esprit de la démocratie, c’est au contraire respecter cet esprit comme les exigences de la philosophie même.

 

En revanche, demander que les études soient coûteuses, vouloir toujours davantage vendre les diplômes, comme nous le voyons faire, c’est bien tomber dans la pire forme d’élitisme, celle qui réserve la formation à ceux qui détiennent le pouvoir social, dont nous savons bien qu’il est chez nous celui de l’argent. Prétendre donc que payer ses études soit la condition essentielle pour pouvoir jouir de la formation supérieure, renoncer au principe de la sélection par l’évaluation des aptitudes elles-mêmes, c’est justement sacrifier à l’élitisme social et antidémocratique.

 

Or j’ai bien peur que nos universités n’aient choisi de sacrifier les élites intellectuelles en faveur de l’élitisme de l’argent, et que si l’on y clame si fort son aversion face à un fantôme d’élitisme supposé devoir être engendré par une sélection plus efficace, c’est afin de cacher d’une part le choix de la massification des études, jusqu’au plus haut niveau, et de l’autre celui de l’élitisme de l’argent que celle-ci prépare.

 
Gilbert Boss
 
Québec, 1996


 

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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 14:57
Dans la série  "ce que vous ne verrez jamais sur wikipedia"- parce qu'il s'agit de pensée, et de pensée pour le présent, qui l'éclaire- un texte de J-C Milner, philosophe et linguiste, Milner a vu dans Harry Potter, un texte très politique. A propos de Harry Potter  :  "Harry Potter est-il de gauche ? " (titre de Libé).


hawaii-marmeys-fatton-.jpgphoto Marmeys-Fatton l'Internaute


Harry Potter et les Reliques de la mort est sorti en France cette nuit à 0 h 01. C’est le septième et dernier tome de la série de J.K. Rowling. Les lecteurs vont enfin savoir qui meurt et qui ne meurt pas. Jean-Claude Milner, linguiste et philosophe, a lu la saga. Il nous explique en quoi elle est très politique.

 


Magie contre  Maggie


«Ce qu’il faut dire d’abord c’est que Harry Potter est profondément politique et qu’il parle de l’Angleterre d’aujourd’hui. En le lisant, on a le sentiment que J.K. Rowling considère, comme beaucoup d’Anglais cultivés, qu’il y a eu une vraie révolution thatchérienne, catastrophique, et que la seule possibilité désormais pour la culture est de survivre comme science occulte. Ce que dit J.K. Rowling c’est qu’à côté de la mondialisation il y a autre chose, la culture n’est pas impuissante. La vision que J.K. Rowling a de l’Angleterre est liée au “moment élisabéthain”, ce moment essentiel où la Renaissance européenne s’est manifestée dans le monde anglais. C’est l’époque où le système anglais prend sa forme définitive, l’époque, notamment, où les public schools et les universités d’Oxford et de Cambridge échappent à la mainmise de l’Eglise.

Or la Renaissance anglaise (comme l’a montré l’historienne Frances Yates) a lié ensemble les études classiques (le grec et le latin) et les sciences occultes (la magie blanche). Par ailleurs, cette époque est représentée par un personnage central, John Dee, qui était savant, alchimiste et philosophe et qui pensait que les sciences occultes devaient servir au bien public. Son influence est palpable dans les pièces de Shakespeare.


Si on prend Poudlard, l’école des sorciers fréquentée par Harry Potter, on voit bien qu’elle fonctionne sur le modèle des public schools, comme Eton. Quant au directeur, Albus Dumbledore, en latin son prénom signifie “blanc”, comme dans “magie blanche”. Et, dans Dumbledore, il y a deux d, une référence à John Dee. Dans le dispositif décrit par Frances Yates, ce qui est visible, ce sont les sciences classiques ; ce qui est caché, ce sont les sciences occultes. Dans le monde de Harry Potter, c’est le contraire. Ce qui est caché, ce sont les relations aux langues anciennes, comme le latin, mais aussi au français, très présent à Poudlard avec les Griffons d’Or, Voldemort, Malefoy…


On dit que J.K. Rowling a redonné le goût de la lecture aux enfants. C’est vrai, mais ce n’est pas tout. Elle a aussi rétabli les relations avec un latin paré de vertus séductrices, et avec le français, qui a une place très particulière dans l’Angleterre contemporaine. Les membres de la famille royale doivent apprendre le français, notamment parce qu’il est parlé dans les îles Anglo-Normandes, qui font partie du royaume. Et si les tabloïds anglais font si souvent du French bashing c’est qu’en Angleterre le français est traditionnellement lié à la fois au pouvoir de type féodal et à une culture élitiste. Ce n’est donc pas un hasard si Dumbledore est un ami de l’alchimiste français Nicolas Flamel et si le français est présent dans Harry Potter. Cela fait partie de la relation que les Britanniques cultivés, comme Rowling, ont avec le français.»

 


Les damnés de la terre contre les Moldus


«Dans Harry Potter, le mot moldu signifie “non sorcier”, mais pas seulement. L’oncle et la tante de Harry, des Moldus par excellence, vivent comme les héros du monde de Margaret Thatcher, dans un quartier propret où toutes les maisons se ressemblent. Or l’Angleterre contemporaine est le monde où les Moldus ont pris le pouvoir, avec Margaret Thatcher puis avec Tony Blair. Un monde où s’exprime toute la puissance de la middle class. Dans Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, il y a une tante, particulièrement détestable, à qui Harry jette un sort. Elle gonfle et s’élève dans les airs comme un ballon. On peut voir là une référence au Dictateur de Chaplin (et une figure de la toute-puissance de la middle class devenue folle), mais on ne peut s’empêcher de remarquer que la tante s’appelle Marge, une allusion évidente à Thatcher. Dans le film, d’ailleurs, elle porte le même genre de vêtements et a sur la tête le même casque de bouclettes.

Dans le monde décrit par J.K. Rowling, il y a donc les Moldus, qui représentent la middle class thatchéro-blairiste (qui va de la lower middle class à l’upper middle class), et puis les autres : le peuple, les gens cultivés et les aristocrates désargentés, autant de gens censés se retrouver dans les public schools ou à Cambridge.


De même qu’à Poudlard se retrouvent des enfants issus de familles où on a toujours été sorcier (comme le méchant “sang pur” Malefoy), et ceux qui, comme Hermione, deviennent sorciers par le savoir. Cette alliance de l’aristocratie et du peuple contre la toute-puissance de la middle class s’inscrit dans une longue tradition anglaise.


Les poètes Byron et Shelley ont écrit sur le sujet, Marx en a parlé dans le Manifeste, cette idée animait le groupe de Bloomsbury, dont faisait partie Virginia Woolf, mais aussi ceux qu’on a appelés les Cinq de Cambridge, les espions prosoviétiques des années 50. Il y a toujours eu en Angleterre un mouvement, plus ou moins issu des universités, opposé à l’économie libérale. Les étudiants sortis d’Oxford et Cambridge ont plus de points d’accord avec les damnés de la terre qu’avec la middle class.»



Le latin et le grec contre la mondialisation


«Si Harry Potter a un tel succès chez les adultes et pas seulement chez les enfants, c’est sans doute parce que les Anglo-Saxons et tous ceux qui sont touchés par la mondialisation y perçoivent – consciemment ou non – une machine de guerre contre les interprétations marchandes du système démocratique. "Tout le monde est égal dans la course au profit”, c’est ce que dit le modèle thatchérien. C’est aussi ce que dit le modèle américain. Et, dans ces modèles, tout ce qui pourrait représenter un rapport à la culture est une entrave dans la course au profit.


Chez J.K. Rowling, au contraire, il y a l’idée que le monde des Moldus est une somme de petites oppressions. Alors que, dans le monde de Poudlard, il y a certes des inégalités, mais, en même temps, comme la culture est ouverte à tous, Hermione, fille de Moldus, peut faire mieux que Malefoy, fils de sorciers. Ce qui peut apparaître comme élitiste est en fait une égalité réelle, par opposition à l’égalité non réelle du monde des Moldus. En cela, Harry Potter est une machine de guerre contre le monde thatchéro-blairiste et l’American way of life.


Contrairement à J.R.R. Tolkien qui, avec le Seigneur des anneaux, célèbre un “monde d’avant” et est donc réactionnaire, J.K. Rowling est, elle, une vraie libertaire animée d’une volonté de préservation. C’est comme si elle disait : “Apprenez le grec et le latin au lieu d’étudier le marketing. Vous pourrez ainsi peser sur le monde de manière inattendue.” Les vrais magiciens, ce ne sont pas les spins doctors [les conseillers en marketing politique, ndlr]

de Tony Blair, mais ceux qui savent le grec et le latin.»



Noblesse de cœur contre tyrannie


«Le sorcier Voldemort est au fil des livres une figure de plus en plus terrifiante, c’est le super-spin doctor. Il détient les secrets des sciences occultes, et en fait un instrument de pur pouvoir. Parce que, pour J.K. Rowling, la culture ne porte pas en elle-même la garantie contre son mauvais usage. Ce mauvais usage, c’est la passion qu’un sujet éprouve à opprimer d’autres sujets, et c’est la seule passion qui conduit à la déshumanisation de celui qui en est habité. Dans Harry Potter, Voldemort est le plus grand des méchants parce qu’il est le plus grand des sorciers. Il est habité par la passion de peser sur les sujets, la pire passion possible. Et c’est là que réside la seule inégalité contre laquelle il n’y a rien à faire : l’inégalité en noblesse d’âme, en générosité. Harry en est doté, pas Malefoy.

Dans cette histoire, on a donc d’un côté le monde des Moldus, où l’oppression c’est le pouvoir sur les choses ; de l’autre, le monde de Poudlard, où le savoir peut permettre de résister à la chosification du monde des Moldus, mais ouvre aussi la possibilité d’un pouvoir sur les sujets. Ce pouvoir redoutable, que recherche Voldemort et qu’on peut appeler tyrannie, est un des thèmes de Harry Potter, c’est un des thèmes récurrents dans la littérature anglaise depuis Dickens et Orwell.»

 

 

Analyse extrêmement fine et savante, rappelant les nécessités de la clandestinité , comme la voie obligée que doit parfois emprunter la culture dans l'histoire. Selon les circonstances.

Milner rappelle ce trait d'une histoire britannique, passablement oublié ou ignoré en France, qu'il met à la racine de ce que signifie Harry Potter aujourd'hui, en un parallèle qui nous renvoie cette question : la culture, pour persister, doit-elle aujourd'hui emrpunter les voies de la clandestinité, seule forme de résistance possible ? Et lorsqu'il explique le succès de Harry Potter par le message  d'une résistance grâce à la culture, où l'aristocratie de l'esprit rencontre le peuple dans un même mouvement de refus, il donne là l'explication la plus forte et la plus roborative qui soit : le message de résistance et de contournement des effets destructeurs du capitalisme à l'américaine, délivré par la saga de Harry Potter a été entendu. Son succès l'indique.  Parents et enfants aiment ce que dit Harry Potter, à savoir qu'il y a moyen de ne pas lâcher prise, ni céder sur ce qu'il y a de plus précieux dans la vie, contre et malgré la logique du profit qui mène le peuple à la misère.

La résistance au système capitaliste mondial façon actuelle, c'est à dire selon les modèles des Etats-Unis sous Bush et de la politique de Thatcher, avec la complicité de la veulerie médiante, cette résistance de l'élite intellectuelle rencontre celle du peuple. Et elle passe par la culture.

On a raison de résister, affirme Milner, comme le montre Harry Potter, grâce à la culture. Et cette résistance, d'une élite à l'origine,  rencontre un très large écho populaire, dont témoignent Harry Potter et l'accueil qui lui a été réservé.

Bien sûr, cela est tellement aux antipodes de wkipedia qu'il ne faut pas s'attendre à ce que les wikipediens apprécient ni même comprennent l'analyse, qui n'est pas faite pour eux.

En revanche un certain nombre de media ont perçu l'intérêt de ce texte, dont celui-ci, parmi d'autres .

Mais si Milner a raison, la jeunesse d'aujourd'hui qui se jette sur Harry Potter, a quelque chance de ne pas être complètement abrutie malgré les systèmes d'abrutissement auxquels elle est soumise, et par lesquels elle est bombardée (publicité afin d'en faire des consommateurs dociles ; bêtises, erreurs, fanatisme, théories du complot et négationnisme et toutes les occurrences de haine qui fleurissent sur internet, plus la littérature irrationnelle révisant l'histoire et enseignant la docilité face à la falsification, du type Paolo Choelo et autres Da Vinci Code, auxquelles wikipedia apporte sa petite pierre, nolens volens).




Alithia
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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 14:45
Un extrait  d'une interview d'Elisabeth Roudinesco dans Libération , à l'occasion de la sortie de son livre "une histoire du peuple des pervers"




gaudeloupe-jj-werter.jpgphoto JJ Werter l'Internaute

Où elle définit la perversion et la place que celle-ci peut occuper en politique. Où elle dénonce  l'utilisation de la science de manière perverse et à des fins perverses également, qui relève du scientisme dont elle rappelle les effets dévastateurs lorsqu'ils sont traduits en politique.


[extraits]

à propos de Ben Laden :

Ben Laden est pour moi la figure absolue du pervers. Il incarne l’Etat-voyou, la haine des femmes, la haine des homosexuels, et surtout il pervertit la science. Le sacrifice des kamikazes japonais n’était pas une perversion, c’était une tradition militaire – celle de la féodalité nipponne où était incluse la mort volontaire contre des seules cibles militaires. La mort volontaire s’est toujours accompagnée d’un héritage. Chez les islamo-fascistes il y a l’idée que la vie n’a aucune valeur, et que le sacrifice n’a rien à transmettre. C’est la jouissance de la pure destruction. Ben Laden ne dit pas : «Nos vaillants guerriers ont donné leur vie», il dit : «Il a suffi de quinze personnes pour déstabiliser…» l’Occident.

 

en Occident :

 

Vous pensez que nous sommes, en ce moment, en pleine régression ?

 

Depuis le XVIIIe siècle, on a pensé que l’homme était récupérable, et la justice a évolué vers l’idée d’une réhabilitation. Mais depuis vingt ans, on considère de nouveau que certains humains sont irrécupérables, qu’ils ont une part maudite absolue. On a aboli la peine de mort, ce qui est un moment très progressiste, mais on essaie de la réintroduire autrement. Par l’enfermement à vie, on rétablit les châtiments corporels qui avaient été abolis par la Révolution française : on prétend régler les problèmes du psychisme par des interventions sur le corps. Les progrès de la chirurgie et de l’endocrinologie donnent la croyance absolue qu’il suffira de prescrire au pédophile des médicaments qui stoppent son érection. Mais cette camisole chimique n’arrête pas le désir, souvent elle rend encore plus dangereux. Notre époque a quelque chose de pervers dans la certitude selon laquelle il y aurait une seule solution chimico-biologique à tous nos problèmes. C’est le retour du scientisme, censé éradiquer la part obscure de nous-mêmes. C’est la dernière théorie de l’homme nouveau, celui du capitalisme dérégulé, qui fétichise la marchandise et le bio-pouvoir.

 

Vous démontrez que ce bio-pouvoir, né en Allemagne en 1880 comme une très belle théorie, a conduit quarante ans plus tard au nazisme.

 

S’appuyer sur les sciences humaines et la sociologie pour donner un homme nouveau était en effet une idée généreuse. Mais on valorisait alors l’environnement, et non le biologique. Avec l’humiliation du peuple allemand en 1918, s’installe un populisme monstrueux. Les nazis vont penser alors que la solution est biologique. La caractéristique du nazisme est son utilisation perverse de la science et son projet génocidaire dès le commencement. C’est ce qui le distingue du communisme, pour lequel la terreur de masse est l’effet pervers d’une idéologie qui ne l’est pas au départ.

 

Vous levez le malentendu sur la notion de «banalité du mal», inventée par Hannah Arendt.

 

Son raisonnement est très sophistiqué puisqu’il s’agit encore de la jouissance du mal mais comme elle n’emploie pas le vocabulaire psychanalytique, la «banalité du mal» a fini par signifier que n’importe qui pouvait devenir nazi. Cette thèse comportementaliste, défendue par Konrad Lorenz, ne tient pas. N’importe qui peut devenir un bureaucrate pas au courant ou faisant semblant de ne pas l’être, mais n’importe qui ne devient pas génocidaire. Tous ces chefs nazis ont un point commun : ils agissent consciemment au nom de la science. Et au nom d’une inversion radicale et totale de la loi. Les bourreaux nazis n’étaient pas non plus des fous délirants : ils raisonnaient. Jusque dans leur déni, ils sont dans la perversion : un fou hallucine la réalité, un pervers dénie les faits. Quand Rudolf Höss, chef du camp d’Auschwitz, écrit dans ses mémoires qu’il entre dans la chambre à gaz pour vérifier l’état des victimes et qu’il ose dire qu’elles n’ont pas souffert, il ne ment pas, il refuse d’admettre la réalité.

 

L’Allemagne, qui commet la solution finale, est censée être un modèle de civilisation. Elle bascule pourtant dans la barbarie…

 

Principalement parce qu’elle a une foi absolue dans la science qui peut mener tout droit à l’hygiénisme délirant. Notre époque a réhabilité une certitude scientiste d’un autre genre: voyez la manie actuelle des évaluations collectives, comme cette idée saugrenue de dépister des signes de délinquance chez les bébés. En Angleterre, on le fait déjà sur les fœtus. Totalement inutiles, ces enquêtes pseudo-scientifiques sont une intrusion intolérable dans l’intime et dans le psychisme. Il faut désigner le bio-pouvoir comme le nouveau fléau… des sociétés démocratiques.

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Published by alithia - dans idées
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