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Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • : observatoire de wikipedia qui se prétend une encyclopédie, sans spécialistes ni vérification d'experts, chacun peut écrire ce qu'il veut sous anonymat : une pseudo-encyclopédie où prospèrent la propagande et l'irrationnel. Blog de réflexion sur la culture
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  • alithia
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 12:07
Les rapports comparatifs des résultats scolaires entre pays indiquent une baisse de niveau générale , due pour l'essentiel à la mauvaise connaissance de la langue, ce à quoi l'école ne rémédie pas, ayant abandonné l'apprentissage classique et approfondi de celle-ci.





islande-vrai2-a-montagne.jpg

Nous sommes devant le constat d'une baisse générale des capacités de lecture, de la connaissance  de la langue, de la capacité à donner une définition, à résumer un texte, à en dégager l'idée principale.

Pourquoi cela ? On constate, de manière générale, une connaissance de la langue en baisse  à partir de l'apport familial qui se restreint, parmi les  premières causes relevées par le rapport d'une étude d'origine américaine que cite le Figaro. De même que l'on constate dans la société, un affaissement général de la langue, on parle de plus en plus mal, de manière relâchée, imprécise et avec un vocabulaire réduit, ce qui, évidemment, se retrouve à l'école . D'années  en années, tous les professeurs le constatent : le niveau de connaissance du français se dégrade tandis que la place réservée à l'étude du français diminue, ce qui laisse donc s'aggraver la tendance, de même que la place réservée ensuite aux Humanités dans l'enseignement se restreint.

Et c'est ainsi que, partant de ce fait de beaucoup d'enfants ne connaissant pas leur langue (victimes de la "culture" wiki,  du zapping à la télévision, et de tout ce qui concourt à fabriquer ce primat de l'immédiat et du rapide susceptible de satisfaire les pulsions dans l'instant avec la lus grande économie de paroles possible) et qui massacrent celle-ci, il résulte au final des élèves en manque de formation. Des enfants ignorants de leur langue se muent en élèves semi-illettrés. Car l'école, dont les méthodes ne sont pas conçues pour rectifier ce cataclysme, se mue en "fabrique du crétin", pour reprendre l'expression de J-P Brighelli.


Il commence à apparaître de manière désormais indéniable, et conformément aux très nombreux cris d'alarme des professeurs depuis environ 3 décennies, que les effets néfastes de l'argot, des langages parallèles, d'une tolérance au parler mal, incorrect, ont un retentissement sur les élèves et affectent leurs études, comme on pouvait logiquement  l'anticiper. On sait en effet que l'étroitesse de l'étendue du vocabulaire est en rapport direct avec l'étroitesse du champ de la pensée, et de l'imaginaire également, du reste. Et ceci d'autant plus que l'école épouse le mouvement, au lieu de chercher à le contrer. De même qu'il n'est plus possible d'ignorer les effets du manque d'exigence par rapport à la langue et du manque d'efforts pour parler correctement. Ce dont témoignent tous les professeurs, et tous vous le diront : les enfants connaissent de moins en moins leur langue, ont un vocabulaire réduit, confondent les mots, et souvent, ne comprennent pas ce qu'ils lisent -pas plus qu'ils ne comprennent ce qui leur est dit, dès lors que leur champ linguitique est confus et trop étroit. 

Pour parler correctement il faut en effet un certain respect de la langue et une attention au langage, ce qui se traduit d'abord par un certain respect à l'égard de l'école et de l'étude. Respect qui laisse ainsi ouvert l'espace au désir d'apprendre et la curiosité (ceci explique cela, et c'est dans cet ordre que ça se passe) Et ce respect de la langue qui peut se muer en respect du savoir, se traduit avec le temps, par la possibilté de comprendre l'intérêt d'être attentif au sens des mots et à la précision quant à l'emploi des mots : l'importance du mot juste.

Or on constate, chez les enfants, une pauvreté du vocabulaire qui se réduit de plus en plus, une incapacité à donner une définition, à résumer un texte, à nommer son idée principale qui rencontre à l'école une étude du français tout à fait insufisante en termes quantitatifs aussi bien que qualitatifs, de sorte que l'école ne répare pas la dégradation de la langue et de la connaissance de celle-ci : les heures n'ont cessé de diminuer, au profit de l'"éveil" et de la "création personnelle". Les méthodes cultivant la spontanéité ont rencontré les plus sévères crtiques, mais ont pourtant continué à être recommandées.

Dégradation générale donc, comme le montre le
rapport amé­ricain publié par le Programme international de recherche en lec­ture scolaire (PIRLS) du Boston College.

Pourquoi cela ? Je résumerais les choses ainsi, pour ma part, à savoir que sur le fond d'un phénomène de société -incluant tout à la fois le relâchement du langage et la mauvaise connaissance de la langue, le primat de l'oral sur l'écrit et l'installation d'une langue orale très relâchée-, l'école a laissé s'installer ces tendances, de fait, puisqu'elle n'a pas engagé systématiquement de programmes pour les contrer. C'est pourquoi l'école ne parvient pas à rectifier la tendance  : du fait d'une insuffisante étude du français, de la lecture, où on a affaire depuis deux décennies, au moins, avec une accélération de la tendance des 10 dernières années, à une ignorance de  la grammaire :  la grammaire ne s'étudie plus ; à une ignorance de la langue châtiée, précise, poétique : on n'apprend plus par coeur de grands textes, ni les classiques de la poésie ; on "apprend" le français dans les catalogues de publicité et les journaux.


Le phénomène est d'abord linguistique, mais il n'épargne pas les maths -elles aussi sacrifiées au profit de l'"éveil" et du mythe de la créativité et de la spontanéité d'un enfant qui, roi dans la famille, doit être mis "au centre" à l'école, c'est à dire à la place en principe occupée par le savoir. Pour comprendre les maths, la connaissance du français est également utile, en effet.
 
Tous les professeurs vous  le diront : les enfants connaissent de plus en plus mal leur langue , le vocabulaire se restreint, ils n'ont pas le sens de la précision etc. jusqu'au bac compris, pour une bonne partie d'entre eux.

Le français, la connaissance de la langue, c'est la base.  L'étude des Humanités vient ensuite, pour la culture et la réflexion critique.


Et ça n'est évidemment pas wikipedia qui y remédiera, avec ses incorrections linguistiques, ses approximations, son incapacité à donner des définitions de ce dont elle parle, sa pensée confuse et, de manière générale, sa non-pensée, qui en fait tout sauf un outil qui pourraît servir aux études et montrer quelque utilité hormis empêcher de penser par soi-même. 

En effet, comme je l'ai montre wikipedia interdit de penser par soi-même avec sa "neutralité" illusoire et c'est bien ce qu'on peut lui reprocher. Wikipedia n'apprend pas à être critique, mais au contraire désapprend l'esprit critique avec ses comportements de masse pré-conditionnés qu'elle induit. Elle incite au conformisme, aux comportements moutonniers, identiques, consensuels, qui finissent par être complètement stéréotypés (les wikipediens disent tous la même chose, avec un maximum de platitude, toujours le même refrain sur les mêmes thèmes) Aucun sens critique ne peut exister à wikipedia, car elle interdit toute réflexion personnelle et attend de chacun la soumission au groupe : il n'y a de pire dictature  pour la pensée. Elle apprend tout sauf la lecture et la critique, les deux piliers de la formation intellectuelle. C'est pourquoi elle est une anti-formation. Elle n'ensigne ni à être précis, ni à être exact et respecter les textes, ni à être exigeant quant à la vérité, puisqu'elle n'a pas ces exigences pour elle-même. Mais elle fait exactement le contraire : elle caresse l'opinion dans le sens du poil, dont elle reproduit les défauts.

Wikipedia ne contribue pas utilement aux études. Elle une anti-encyclopédie.

Tout au contraire : mutadis mutandis, wikipedia, à sa manière va dans le même sens que celui de la pente générale, celui d'un abaissement dû, chez WKPD, à la disparition pure et simple des critères du travail intellectuel et des critères d'une publication exposant le savoir et la connaissance (supposée être une encyclopédie). Puisqu'elle ignore et bafoue ces critères, avec son "écriture collective" qui vise la "neutralité" foulant aux pieds la vérité,  et qui décide par "consensus" du contenu des articles ; c'est à dire, sur fond de luttes homériques où l'on s'aperçoit que les dés sont pipés car les administrateurs ne sont absolument pas objectifs, par incompétence et esprit partisan tout à la fois, les plus faibles, dénués de pouvoir, capitulent. Ce sont les plus sensés, b
ien sûr.



Un article du Figaro cité ci-dessous détaille les conclusions du rapport.


Le Monde, pour sa part note sur la base des classifications des pays selon les performances des élèves (PISA) que, si  en lecture, la France a  rétrogradé entre 2000 et 2006 de la 14e place à la 17e place, c'est toutefois la même chose qui s'est produite en mathématiques, où les Français sont passés en trois ans du 13e au 17e rang.

Une fois encore il est certain que la mauvaise connaissance de la langue retentit sur l'ensemble des études et n'épargne pas les maths, elles aussi malmenées par les inventions pédagogistes idolâtrant la créativité jusqu'à en oublier l'apprentissage premier.

Une fois encore dans cette situation difficile de dégration des apprentissages fondamentaux, ça n'est surtout pas wikipedia qu'il nous faut car y règnent approximations et absence de définitions. Pour ma part, et selon mes observations, je dirais au contraire, que wikipedia est un contre-modèle, car ses produits sont précisément le reflet de cette dégration généralisée, due à une méconnaissance de la langue, une ignorance de l'importance qu'il convient d'apporter à la justesse  des mots, de l'inculture totale dans le domaine de la culture c'est à dire des Humanités, par le fait de cette prise en mains d'une encyclopédie universelle par des techniciens incompétents et sans la culture pour ce faire.

Un article du Figaro  :
 
Une nouvelle enquête internationale confirme les scores très moyens des jeunes Français.

 

Les enfants français ânonnent en lecture. Ils sont au-dessous de la moyenne si on les compare à leurs camarades étrangers. Et leurs ré­sultats sont en baisse depuis 2001. Tel est l’enseignement d’un rapport amé­ricain publié par le Programme international de recherche en lec­ture scolaire (PIRLS) du Boston College, après avoir testé les aptitudes de lecture de quelque 215 000 en­fants dans 40 pays, l’an dernier.

 
 
 

Malgré un fort taux de scola­­ri­sation en maternelle et un effort fi­nancier important, la France pié­tine. Dans l’enquête qui vient de paraître, notre pays arrive en 27e position sur 40 États, dont une ma­jorité de pays européens. Elle a perdu quatre points par rapport à l’édition précédente, en 2001.

 
 
 

La Russie, Hongkong et Singapour sont les trois premiers du classement. Le Luxembourg, l’Italie, la Hongrie, la Suède, l’Allemagne ou la Bulgarie sont également très au-dessus de la moyenne. Les moins performants sont le Koweït, le Ma­roc et l’Afrique du Sud.

 
 
 

L’étude fait part d’une «troublante» tendance à la baisse du plaisir de lire depuis 2001 dans tous les États : seuls la moitié des enfants affirment qu’ils apprécient les li­vres. Et ils sont à peine un tiers à dire qu’il leur arrive de lire «pour le plaisir». Comme en 2001, l’aptitude de lec­ture des filles est supérieure à celle des garçons (score moyen de 509 sur 600 contre 492 pour les garçons).

 
 
 

La légère érosion des résultats pour la France s’observe pour toutes les compétences évaluées : donner des définitions de mots, trouver l’idée principale d’un texte, comparer des informations, déduire que tel événement a entraîné tel autre, etc.

 
 
 

Autre révélation, l’école privée réussit mieux que l’école publique, contrairement à ce qui se passait en 2001. Ainsi, le niveau des enfants scolarisés dans le public baisse d’une dizaine de points et il augmente d’autant dans les écoles privées. Le niveau des enfants inscrits en ZEP, lui, ne bouge pas. Pour le linguiste Alain Bentolila, chargé de mission sur l’école maternelle par le ministre de l’Éducation, Xavier Darcos, les résultats de la France ne sont pas liés à la question des méthodes de lecture (globale ou syllabique) : «Ce n’est pas si simple. La Grande-Bretagne, qui a imposé la méthode syllabique, est très mal classée.»

 
Vocabulaire «très insuffisant»
 

Le problème principal est que les enfants arrivent au CP avec un stock de vocabulaire «très in­suffisant». Ni les crèches françaises ni l’école ma­ternelle ne pallient ce manque. La formation des maîtres sur la lecture – une quinzaine d’heu­res – serait insuffisante. Pendant leur scolarité, les enfants «passent de classe en classe sans que l’on vérifie jamais leur ni­veau pour re­médier à leurs faiblesses», assure-t-il. Et si le privé réussit mieux que le public, c’est «parce que les enfants sont mieux évalués» et parce qu’«on y passe beaucoup plus de temps à lire et à écrire que dans le public», estime Alain Bentolila.

 
 
 
Xavier Darcos a récemment re­gretté que «même la Bulgarie» soit placée devant la France. Il en­tend donner «une priorité absolue» à l’ap­prentissage du français tout au long de l’école primaire. Les objectifs de l’école maternelle vont également être repensés. 

source
 


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Published by alithia - dans idées
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 16:38
Un wikipedien demande une leçon de philosophie.


Bien qu'il ait déjà largement abusé de ma patience, celui qui revient sous divers pseudos, le réflexe du prof joue : comment refuser, même si on sait d'avance la chose vaine, car on n'a pas à faire à un bon sujet , c'est à dire à celui qui est animé par un authentique désir de comprendre.  Comment refuser une explication ? Admettons et encore une fois, c'est le boulot du prof, en principe.



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Un wikipedien demande donc une leçon de philosophie, bien qu'il  se répande partout pour dire que "rien ne lui prouve" que je sois prof de philo (!) , comme je suis malgré tout philosophe et prof, je lui accorde de répondre à sa demande : malgré tout et même malgré ses sous-entendus mauvais et qui ne laissent pas supposer une personne très honnête.

Voici son message :
puisque vous connaissez le Théétète, pourriez-vous nous indiquez le passage exact où Platon définit et admet l'opinion vraie et le savoir ?
commentaire n° : 3 posté par : Hercule le: 28/11/2007 07:42:52
 

Voici ma réponse :

 
Théétète : 186c Socrate oppose la sensation à la science seule capable de saisir l'ousia et essaye de le faire comprendre à Théétète qui ne comprend pas.

Contrairement à l'attente de Socrate Théétète, qui répond à côté de la question (chose fréquente dans les dialogues de Socrate, pour ne pas dire que c'est la règle, l'autre n'expose que des opinions et ne comprend pas la question, donc s'en tient à l'opinion et ne recherche pas la vérité ; grand décalage, fréquent, entre Socrate et ses interlocuteurs) qui avait précédemment reçu l'éloge de Socrate, montre qu'il n'a pas compris. comme cela arrive souvent. 

Théétète donc répond à côté, et expose que le propre de l'âme  est d'avoir des opinions (doxa ; doxazein), au lieu de nommer ce qui serait vrai à savoir des idées vraies, lorsque l'âme a saisi les objets intelligibles, les seuls qui sont objets de science.

Mauvaise réponse de Théétète donc, qui n'a pas compris ce qu'est la science. 187c : la science est l'opinion vraie. C'est Théétète qui le dit.

Avec ce discours de Théétète, on est seulement passé  de la sensation à l'opinion, non à la connaissance des essences, qui est la seule véritable connaissance. L'opinion ne donne pas la connaissance -voir "République" dialogue précédent dans le temps, où tout cela est déjà acquis, et dont Socrate essaye de faire partager les cheminements et les démonstrations à Théétète et de le diriger sur le chemin tracé par "la République" soit la recherche des essences (ousia), la saisie des formes (eidos) ;  en vain puisque  "la science est l'opinion vraie" est ce que professent les sophistes et que répète Théétète. On n'a pas avancé d'un pouce par rapport à Protagoras, donc.

Mais ce n'est pas dans ce dialogue que Socrate réfute Protagoras, même si on trouve la définition de la science par Socrate dans ce dialogue.  (en 186c et 189 e et la suite) . Vous comprenez ? Définition, et non réfutation de la thèse inverse et fausse des sophistes. Mais ça n'est pas parce qu'il n'y a pas réfutatioon, que Socrate admet la thèse des sophistes.

C'est clair puisqu'il donne sa définition de la science : certainement pas l'opinion vraie, mais la saisie des essences, soit l'accès aux objets intelligibles par la capacité de l'âme qui se nomme intellection (le "nous", en grec, soit l'intelligence) où sensation ni opinion n'ont aucune part, en correspondance exacte avec ce qui est exposé dans "la République". 

Voir encore, en réponse à Théétète, en 189e  et sq :  Socrate distingue le logos (le fait de parler) qui n'est qu'opinion, du logos vrai. Il s'agit de comprendre la différence entre le logos faux et le logos vrai.

Le dialogue Théétète ne s'achève pas, il ne parvient pas à une conclusion sur cette question, qu'il ne résoud pas, mais que l'on retrouve dans "le Sophiste". C'est à dire que Socrate a donné ici la définition de la science, mais n'a pas réfuté la thèse adverse (des sophistes que représente Théétète) et n'a pas fait un sort à la quesion de l'existence du logos faux.  Trop vaste problème pour être traité ici. Il mérite un traitement à part. C'est pourquoi la question revient dans "le Sophiste" et à nouveau encore dans "le Parménide".

"La République" d'une certaine manière donne déjà la réponse à l'exigence de définition de la connaissance véritable, en définissant la connaissance contre l'opinion de manière développée et démontrée. Mais elle ne traite pas du problème de l'existence du discours faux : difficulté levée par les sophistes, dont Platon prend l'objection au sérieux dans les dialogues suivants.

L'objection venue des sophistes (il peut exister un logos faux) apparaît comme une vraie question, qui lève des difficultés redoutables, rapportées à Parménide, le Père de la philosophie. C'est pourquoi elle est reprise ultérieurement. Traitée ensuite et prise tout à fait au sérieux dans "le Sophiste" et c'est finalement "le  Parménide", ultérieur, qui donnera son statut à ce logos : le fait de parler comprend l'erreur... dans le cadre et sur le mode tragique d'une rupture avec la fondation, impliquant le meurtre du Père.

Il faut bien comprendre en tout cas que Théétète représente ici la position des sophistes, précisément celle de Protagoras, position à quoi Socrate s'oppose.

Et si dans ce dialogue Socrate ne réfute pas Protagoras, sur la question de l'erreur, il réfute la conception de la science qui est celle de Théétète. Ce qui, dans tous les cas, montre on ne peut plus clairement que Socrate n'accorde rien à Théétète.


Plus loin dans le dialogue, 197d et sq,  Théétète revient  encore avec une autre définition de la science, dont  Socrate n'a pas de mal à lui montrer qu'elle est contradictoire -en 199d-, où l'on retrouve le précepte socratique : ne pas croire qu'on sait ce qu'on ne sait pas, savoir qu'on ne sait pas et se connaître pour distinguer lorsqu'il y a savoir véritable ou simple croyance. Ceci est le point de départ de toute recherche et le point à partir duquel se fait la discrimination opinion/science.

Et là est la véritable conclusion du dialogue : le précepte socratique qui résume tout,  débusquer les illusions sur le savoir, en distanguant  savoir / opinion, ce qui suppose de se connaître soi-même, càd d'avoir fait ce cheminement qu'a fait Socrate.

N.B. dans le "Ménon" -où il s'agit, comme dans tous les dialogues de chercher une définition de ce dont on parle- Socrate fait la même démonstration avec un esclave qui, lui, animé par le désir de connaître la vérité, comprend, parce qu'il a d'abord reconnu son erreur. Si un esclave peut comprendre et rechecher la vérité et y accéder, c'est bien la preuve que c'est une question de disposition, qui réside dans désir de saisir la vérité, désir de comprendre, au-delà de l'opinion, et aller jusqu'à la définition dont les math donnent un modèle sur lequel prend appui Socrate.   Et c'est bien la preuve que tout cela, cette recherche et son aboutissement, -parfois pas toujours- ne requiert aucun savoir préalable ni surtout pas d'être savant : l'esclave est celui qui ne sait rien.

Ce qui vaut mieux que se croire savant car lorsqu'on croit déjà savoir, on ne cherche pas. Il faut nécessairement faire ce cheminement préalable qui requiert la reconnaissance de l'erreur, (qui réside dans l'attachement à l'opinion) , soit la connaissance de soi, de ses limites, de ses erreurs et illusions, pour changer de perspective , de regard etc.  et opérer le retournement, la conversion dont parle "la République".

Ce dont les sophistes montrent qu'ils sont incapables. C'est la figure même de l'homme installé dans ses certitudes, même si elles sont des illusions, car il en tire bénéfice (rapport avec le pouvoir et l'argent). Il cherche le succès, la réussite pratique.  Le philosophe est toujours un marginal, un original aux yeux du grand nombre, aux yeux de l'opinion, puisqu'il privilégie les idées et préfère la vérité à la réussite. C'est pourquoi, pauvre et mal vu, souvent banni, censuré, réduit au silence, toujours dans les marges.  Jamais à chanter en choeur avec le grand nombre, toujours à contredire l'opinion.

D'où le sort qui lui est promis par Platon dans "la République" lorsqu'il redescent dans la caverne.

Toujours différent, et pour cela il passe pour un fou aux yeux de l'opinion lorsqu'elle crie vengeance. Il est toujours ailleurs et toujours autre, que l'opinion ; il la déçoit à force de la démentir et de la contredire.

Jamais il ne se trouve à wk-kk en accord avec celle-ci, à chanter à l'unisson et à bêler avec les moutons de tous les conformismes.

C'est un être à part, qui apparaît étrange, car on le prend même pour  un fou de préférer la vérité à la réussite.

Vieille histoire depuis Socrate contre les Sophistes, et qui n'a pas changé d'un iota.


Voilà je vous ai fait un cours de philo, vous qui vous répandez à chaque occasion pour dire que "rien ne vous prouve" que je le sois.

Excès de bienveillance de ma part, certainement , mais sans naïveté aucune :  sans espoir car je sais ce que vous faites de mes mises au point philosophiques, et au vu de votre arrogance (dans ce message encore, où vous me mettez au défi ... de vous prouvez que je connais Platon  !). Mais ne croyez pas que ce soit une habitude que je prends.

Prête à exliquer, soit, mais pas naïve. Je sais ce qu'il en est : c'est le tonneau des Danaïdes.

Lorsque la disposition n'y est pas, c'est perdre son temps.

Et perdre son temps c'est ce qu'on fait avec wk-kk et les wiki-pipi, comme vous ne cessez de venir le démontrer ici sous votre multiplicté de pseudos.



Alithia


P.S. ayant reçu d'un aimable correspondant, le texte original en grec, je le fournis bien volontiers à nos savants encyclopédistes qui pourront vérifier, par une lecture attentive, mot à mot :


 [197] (197a) 

(ΣΩ.) Οὐδένα ὤν γε ὃς εἰμί, εἰ μέντοι ἦ ἀντιλογικός· οἷος ἀνὴρ εἰ καὶ νῦν
παρῆν, τούτων τ´ ἂν ἔφη ἀπέχεσθαι καὶ ἡμῖν σφόδρ´ ἂν ἃ ἐγὼ λέγω ἐπέπληττεν.
ἐπειδὴ οὖν ἐσμεν φαῦλοι, βούλει τολμήσω εἰπεῖν οἷόν ἐστι τὸ ἐπίστασθαι;
φαίνεται γάρ μοι προὔργου τι ἂν γενέσθαι.
= veux-tu que j'essaye d'énoncer ce que c'est que savoir ?

(ΘΕΑΙ.) Τόλμα τοίνυν νὴ Δία. τούτων δὲ μὴ ἀπεχομένῳ σοι ἔσται πολλὴ συγγνώμη.

(ΣΩ.) Ἀκήκοας οὖν ὃ νῦν λέγουσιν τὸ ἐπίστασθαι;

(ΘΕΑΙ.) Ἴσως· οὐ μέντοι ἔν γε τῷ παρόντι μνημονεύω.
(197b)
(ΣΩ.) Ἐπιστήμης που ἕξιν φασὶν αὐτὸ εἶναι. = on dit que c'est avoir la science

(ΘΕΑΙ.) Ἀληθῆ.

(ΣΩ.) Ἡμεῖς τοίνυν σμικρὸν μεταθώμεθα καὶ εἴπωμεν ἐπιστήμης κτῆσιν.


= nous effectuons un changement et énonçons que c'est avoir acquis la science

(ΘΕΑΙ.) Τί οὖν δὴ φήσεις τοῦτο ἐκείνου διαφέρειν; = quelle différence ?

(ΣΩ.) Ἴσως μὲν οὐδέν· ὃ δ´ οὖν δοκεῖ ἀκούσας συνδοκίμαζε.

(ΘΕΑΙ.) Ἐάνπερ γε οἷός τ´ ὦ.

(ΣΩ.) Οὐ τοίνυν μοι ταὐτὸν φαίνεται τῷ κεκτῆσθαι τὸ ἔχειν. οἷον ἱμάτιον
πριάμενός τις καὶ ἐγκρατὴς ὢν μὴ φορῶν, ἔχειν μὲν οὐκ ἂν αὐτὸν αὐτό,
κεκτῆσθαί γε μὴν φαῖμεν.
= avoir acquis et avoir, ça n'est pas la même chose

(ΘΕΑΙ.) Ὀρθῶς γε.

197c)

(ΣΩ.) Ὅρα δὴ καὶ ἐπιστήμην εἰ δυνατὸν οὕτω κεκτημένον μὴ ἔχειν, ἀλλ´ ὥσπερ εἴ
τις ὄρνιθας ἀγρίας, περιστερὰς ἤ τι ἄλλο, θηρεύσας οἴκοι κατασκευασάμενος
περιστερεῶνα τρέφοι, τρόπον μὲν {γὰρ} ἄν πού τινα φαῖμεν αὐτὸν αὐτὰς ἀεὶ ἔχειν, ὅτι δὴ κέκτηται. ἦ γάρ;

= peut-on ne pas avoir la science quand on l'a acquise ?

(ΘΕΑΙ.) Ναί.

(ΣΩ.) Τρόπον δέ γ´ ἄλλον οὐδεμίαν ἔχειν, ἀλλὰ δύναμιν μὲν αὐτῷ περὶ αὐτὰς
παραγεγονέναι, ἐπειδὴ ἐν οἰκείῳ περιβόλῳ ὑποχειρίους ἐποιήσατο, λαβεῖν καὶ
σχεῖν ἐπειδὰν

(197d) βούληται, θηρευσαμένῳ ἣν ἂν ἀεὶ ἐθέλῃ, καὶ πάλιν ἀφιέναι, καὶ τοῦτο
ἐξεῖναι ποιεῖν ὁποσάκις ἂν δοκῇ αὐτῷ.

(ΘΕΑΙ.) Ἔστι ταῦτα

(ΣΩ.) Πάλιν δή, ὥσπερ ἐν τοῖς πρόσθεν κήρινόν τι ἐν ταῖς ψυχαῖς κατεσκευάζομεν
οὐκ οἶδ´ ὅτι πλάσμα, νῦν αὖ ἐν ἑκάστῃ ψυχῇ ποιήσωμεν περιστερεῶνά τινα
παντοδαπῶν ὀρνίθων, τὰς μὲν κατ´ ἀγέλας οὔσας χωρὶς τῶν ἄλλων, τὰς δὲ κατ´
ὀλίγας, ἐνίας δὲ μόνας διὰ πασῶν ὅπῃ ἂν τύχωσι πετομένας.

(exemples ; comparaisons)

(197e)

(ΘΕΑΙ.) Πεποιήσθω δή. ἀλλὰ τί τοὐντεῦθεν;

(ΣΩ.) Παιδίων μὲν ὄντων φάναι χρὴ εἶναι τοῦτο τὸ ἀγγεῖον κενόν, ἀντὶ δὲ τῶν

ὀρνίθων ἐπιστήμας νοῆσαι· ἣν δ´ ἂν ἐπιστήμην κτησάμενος καθείρξῃ εἰς τὸν

περίβολον, φάναι αὐτὸν μεμαθηκέναι ἢ ηὑρηκέναι τὸ πρᾶγμα οὗ ἦν αὕτη ἡ ἐπιστήμη,

καὶ τὸ ἐπίστασθαι τοῦτ´ εἶναι.


(ΘΕΑΙ.) Ἔστ
ι

[198] (198a) (ΣΩ.) Τὸ τοίνυν πάλιν ἣν ἂν βούληται τῶν ἐπιστημῶν θηρεύειν καὶ
λαβόντα ἴσχειν καὶ αὖθις ἀφιέναι σκόπει τίνων δεῖται ὀνομάτων, εἴτε τῶν αὐτῶν
ὧν τὸ πρῶτον ὅτε ἐκτᾶτο εἴτε ἑτέρων. μαθήσῃ δ´ ἐνθένδε σαφέστερον τί λέγω.
ἀριθμητικὴν μὲν γὰρ λέγεις τέχνην;
= thème de la chasse aux sciences [= rechercher] ; l'arithmétique est un art

(ΘΕΑΙ.) Ναί.

(ΣΩ.) Ταύτην δὴ ὑπόλαβε θήραν ἐπιστημῶν ἀρτίου τε καὶ περιττοῦ παντός.
= soit une chasse aux sciences qui se rapporte à tout ce qui est pair ou impair

(ΘΕΑΙ.) Ὑπολαμβάνω.

(ΣΩ.) Ταύτῃ δὴ οἶμαι τῇ τέχνῃ αὐτός τε ὑποχειρίους τὰς

(198b) ἐπιστήμας τῶν ἀριθμῶν ἔχει καὶ ἄλλῳ παραδίδωσιν ὁ παραδιδούς.

(ΘΕΑΙ.) Ναί.

(ΣΩ.) Καὶ καλοῦμέν γε παραδιδόντα μὲν διδάσκειν, παραλαμβάνοντα δὲ μανθάνειν,
ἔχοντα δὲ δὴ τῷ κεκτῆσθαι ἐν τῷ περιστερεῶνι ἐκείνῳ ἐπίστασθαι.
= pour celui qui donne, nous appelon cela enseigner, et pour celui qui reçoit,
apprendre ; et pour celui qui l'a acquise, nous appelons ça savoir


(ΘΕΑΙ.) Πάνυ μὲν οὖν.

(ΣΩ.) Τῷ δὲ δὴ ἐντεῦθεν ἤδη πρόσσχες τὸν νοῦν. ἀριθμητικὸς γὰρ ὢν τελέως ἄλλο
τι πάντας ἀριθμοὺς ἐπίσταται; πάντων γὰρ ἀριθμῶν εἰσιν αὐτῷ ἐν τῇ ψυχῇ ἐπιστῆμαι.

= celui qui connaît les nombres en a la science en son âme (
ψυχῇ )

(ΘΕΑΙ.) Τί μήν;
(198c) (ΣΩ.) Ἦ οὖν ὁ τοιοῦτος ἀριθμοῖ ἄν ποτέ τι ἢ αὐτὸς πρὸς αὑτὸν αὐτὰ ἢ
ἄλλο τι τῶν ἔξω ὅσα ἔχει ἀριθμόν;
= et alors il compte

(ΘΕΑΙ.) Πῶς γὰρ οὔ;

(ΣΩ.) Τὸ δὲ ἀριθμεῖν γε οὐκ ἄλλο τι θήσομεν τοῦ σκοπεῖσθαι πόσος τις ἀριθμὸς
τυγχάνει ὤν.

(ΘΕΑΙ.) Οὕτως.

(ΣΩ.) Ὃ ἄρα ἐπίσταται, σκοπούμενος φαίνεται ὡς οὐκ εἰδώς, ὃν ὡμολογήκαμεν
ἅπαντα ἀριθμὸν εἰδέναι. ἀκούει γάρ που τὰς τοιαύτας ἀμφισβητήσεις.

= quand il examine ce qu'il sait, il apparaît comme quelqu'un qui ne sait pas


(ΘΕΑΙ.) Ἔγωγε.

(198d) (ΣΩ.) Οὐκοῦν ἡμεῖς ἀπεικάζοντες τῇ τῶν περιστερῶν κτήσει τε καὶ θήρᾳ
ἐροῦμεν ὅτι διττὴ ἦν ἡ θήρα, ἡ μὲν πρὶν ἐκτῆσθαι τοῦ κεκτῆσθαι ἕνεκα, ἡ δὲ
κεκτημένῳ τοῦ λαβεῖν καὶ ἔχειν ἐν ταῖς χερσὶν ἃ πάλαι ἐκέκτητο. οὕτως δὲ καὶ
ὧν πάλαι ἐπιστῆμαι ἦσαν αὐτῷ μαθόντι καὶ ἠπίστατο αὐτά, πάλιν ἔστι
καταμανθάνειν ταὐτὰ ταῦτα ἀναλαμβάνοντα τὴν ἐπιστήμην ἑκάστου καὶ ἴσχοντα,
ἣν ἐκέκτητο μὲν πάλαι, πρόχειρον δ´ οὐκ εἶχε τῇ διανοίᾳ;
(il revient à la comparaison précédente de la chasse)

de même les objets dont il y a science pour celui qui les a appris,
et qu'il connaît -dont il a le savoir- peut-il à nouveau les apprendre
quand il ressaisit la connaissance de chacun d'eux ....?

(ΘΕΑΙ.) Ἀληθῆ. = c'est vrai

(198e)
(ΣΩ.) Τοῦτο δὴ ἄρτι ἠρώτων, ὅπως χρὴ τοῖς ὀνόμασι χρώμενον λέγειν περὶ αὐτῶν, ὅταν ἀριθμήσων ἴῃ ὁ ἀριθμητικὸς ἤ τι ἀναγνωσόμενος ὁ γραμματικός, ὡς
ἐπιστάμενος ἄρα ἐν τῷ τοιούτῳ πάλιν ἔρχεται μαθησόμενος παρ´ ἑαυτοῦ ἃ
ἐπίσταται;
= alors, si nous employons les mots adéquats, comment faut-il parler en ce cas?
quant à celui qui sait dirons-nous qu'il va se mettre à apprendre, ce qu'il sait ?

(ΘΕΑΙ.) Ἀλλ´ ἄτοπον, ὦ Σώκρατες.
= mais c'est abérrant, Socrate
[199]

(ΣΩ.) Ἀλλ´ ἃ οὐκ ἐπίσταται φῶμεν αὐτὸν ἀναγνώσεσθαι

(199a) καὶ ἀριθμήσειν, δεδωκότες αὐτῷ πάντα μὲν γράμματα πάντα δὲ ἀριθμὸν
ἐπίστασθαι;

= devons-nous dire qu'il va lire ou compter ce qu'il ne sait pas, alors que
nous lui avons accordé le savoir de toutes les lettres et de tous les nombres ?

(ΘΕΑΙ.) Ἀλλὰ καὶ τοῦτ´ ἄλογον.
= cela n'a pas de sens non plus

(ΣΩ.) Βούλει οὖν λέγωμεν ὅτι τῶν μὲν ὀνομάτων οὐδὲν ἡμῖν μέλει, ὅπῃ τις
χαίρει ἕλκων τὸ ἐπίστασθαι καὶ μανθάνειν, ἐπειδὴ δὲ ὡρισάμεθα ἕτερον μέν τι τὸ
κεκτῆσθαι τὴν ἐπιστήμην, ἕτερον δὲ τὸ ἔχειν, ὃ μέν τις ἔκτηται μὴ κεκτῆσθαι
ἀδύνατόν φαμεν εἶναι, ὥστε οὐδέποτε συμβαίνει ὅ τις οἶδεν μὴ εἰδέναι, ψευδῆ
μέντοι δόξαν οἷόν τ´ εἶναι περὶ αὐτοῦ λαβεῖν;

= voudrais-tu que nous disions que nous n'avons aucun souci des mots ?

(199b) μὴ γὰρ ἔχειν τὴν ἐπιστήμην τούτου οἷόν τε, ἀλλ´ ἑτέραν ἀντ´ ἐκείνης,
ὅταν θηρεύων τινά πού ποτ´ ἐπιστήμην διαπετομένων ἀνθ´ ἑτέρας ἑτέραν ἁμαρτὼν
λάβῃ, τότε ἄρα τὰ ἕνδεκα δώδεκα ᾠήθη εἶναι, τὴν τῶν ἕνδεκα ἐπιστήμην ἀντὶ
τῆς τῶν δώδεκα λαβὼν τὴν ἐν ἑαυτῷ οἷον φάτταν ἀντὶ περιστερᾶς.

= ce qu'on sait il est impossible qu'on ne le sache pas bien qu'on puisse avoir
une opinion fausse sur son sujet

(ΘΕΑΙ.) Ἔχει γὰρ οὖν λόγον.

(ΣΩ.) Ὅταν δέ γε ἣν ἐπιχειρεῖ λαβεῖν λάβῃ, ἀψευδεῖν τε καὶ τὰ ὄντα δοξάζειν
τότε, καὶ οὕτω δὴ εἶναι ἀληθῆ τε καὶ
(199c) ψευδῆ δόξαν, καὶ ὧν ἐν τοῖς πρόσθεν ἐδυσχεραίνομεν οὐδὲν ἐμποδὼν γίγνεσθαι; ἴσως οὖν μοι συμφήσεις· ἢ πῶς ποιήσεις;

(ΘΕΑΙ.) Οὕτως.

(ΣΩ.) Καὶ γὰρ τοῦ μὲν ἃ ἐπίστανται μὴ ἐπίστασθαι ἀπηλλάγμεθα· ἃ γὰρ κεκτ
ήμεθα μὴ κεκτῆσθαι οὐδαμοῦ ἔτι συμβαίνει, οὔτε ψευσθεῖσί τινος οὔτε μή.
δεινότερον μέντοι πάθος ἄλλο παραφαίνεσθαί μοι δοκεk

= nous voilà débarrasés de ce "ne pas savoir ce qu'on sait"
mais il y a quelque chose de pire

(ΘΕΑΙ.) Τὸ ποῖον;
= quoi ?

(ΣΩ.) Εἰ ἡ τῶν ἐπιστημῶν μεταλλαγὴ ψευδὴς γενήσεταί ποτε δόξα.
= si une science mise à la place d'une autre, doit devenir à un
moment donné, une opinion fausse

(ΘΕΑΙ.) Πῶς δή;

(199d) (ΣΩ.) Πρῶτον μὲν τό τινος ἔχοντα ἐπιστήμην τοῦτο αὐτὸ ἀγνοεῖν, μὴ
ἀγνωμοσύνῃ ἀλλὰ τῇ ἑαυτοῦ ἐπιστήμῃ· ἔπειτα ἕτερον αὖ τοῦτο δοξάζειν, τὸ
δ´ ἕτερον τοῦτο, πῶς οὐ πολλὴ ἀλογία, ἐπιστήμης παραγενομένης γνῶναι μὲν
τὴν ψυχὴν μηδέν, ἀγνοῆσαι δὲ πάντα; ἐκ γὰρ τούτου τοῦ λόγου κωλύει
οὐδὲν καὶ ἄγνοιαν παραγενομένην γνῶναί τι ποιῆσαι καὶ τυφλότητα ἰδεῖν,
εἴπερ καὶ ἐπιστήμη ἀγνοῆσαί ποτέ τινα ποιήσει.

(199e) (ΘΕΑΙ.) Ἴσως γάρ, ὦ Σώκρατες, οὐ καλῶς τὰς ὄρνιθας ἐτίθεμεν ἐπιστήμας
μόνον τιθέντες, ἔδει δὲ καὶ ἀνεπιστημοσύνας τιθέναι ὁμοῦ συνδιαπετομένας ἐν τῇ
ψυχῇ, καὶ τὸν θηρεύοντα τοτὲ μὲν ἐπιστήμην λαμβάνοντα, τοτὲ δ´ἀνεπιστημοσύνην
τοῦ αὐτοῦ πέρι ψευδῆ μὲν δοξάζειν τῇ ἀνεπιστημοσύνῃ, ἀληθῆ δὲ τῇ ἐπιστήμῃ.

(ΣΩ.) Οὐ ῥᾴδιόν γε, ὦ Θεαίτητε, μὴ ἐπαινεῖν σε· ὃ μέντοι εἶπες πάλιν
ἐπίσκεψαι. ἔστω μὲν γὰρ ὡς λέγεις·

[...] 
 
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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 11:30
De la liberté d'expression encore et des confusions attenantes.

Un négationniste condamné comme tel, David Irving, invité à faire une conférence à Oxford.


merapi1-copie-1.jpg

L'information se trouve sur le blog de Pierre Assouline.



Information complémentaire :


" le débat de ce soir n’a pas eu lieu a Balliol college [comme prévu] mais dans l’enceinte même des batiments de l’ Oxford Union. Il ya eu plus de 1000 manifestants a l’extérieur et une cinquantaine ont réussi a rentrer et a investir la chambre des débats. Nick Griffin et David Irving ont du faire leur mini présentations dans deux petites pieces au premier etage et ont quitté le batiment par la porte de derriere. En 180 ans, jamais un tel accueuil n’avait été donné pour quelque invité que ce soit, et les étudiants de l’université ont su montrer ce qu’ils pensent ces politiciens très controversés, et de leur droit de débattre de la liberté d’expression."


Un commentaire :

[La parole accordée aux négationnistes, au nom de la liberté d'expression] C’est le niveau zéro de la philosophie! La première chose qu’on apprend en cours de philosophie en terminale c’est la différence entre une opinion et la vérité. Penser librement consiste à suivre des règles qui nous permettent de faire le tri entre ce qui est vrai et ce qui est faux, entre ce qui est hypothétique et ce qui est démontré. Si chacun a le droit d’avoir son opinion alors il n’y a pas de vérité.”


Ce que j'ajoute  :



Il n’existe aucune liberté qui ne soit cadrée par des lois et par là-même garantie.

Dans une société, par définition plurielle, la diversité des actions, des intérêts, des croyances et des idées, signifie bien que la liberté comme la justice ne sont pas spontanées.

Il n’y a pas de liberté sans lois : c’est le b.a.ba. de toute pensée politique, c’est à dire de l’art de faire vivre ensemble des individus divers, aux passions diverses.

Il ne peut exister de liberté qu’à la condition de la loi qui, signifiant les responsabilités et obligations de chacun pour l’exercice de ses libertés, les rend possibles.

 
Et la liberté d’expression n’y fait pas exception.
 

Toute liberté est encadrée par des lois qui en précisent les conditions d’exercice. Sinon la dite liberté serait impraticable. Tout l’appareil du droit est là pour cela, car la liberté de chacun se conjugue avec celle des autres et jamais la liberté ne peut être synonyme de licence absolue ni de la possibilité de faire ce que l’on veut.

C’est élémentaire et incontestable.

 
Et la liberté d’expression n’y fait pas exception.
 

Cependant le relativisme ambiant et l’oubli des principes fondamentaux, de la politique et du droit font oublier à certains la notion de limites. Limites qu’impose la vérité, du point de vue de la raison. Et limites qu’impose la vie en commun. Non il n’est pas possible de tout dire et le négationnisme n’est pas une opinion, relevant de la liberté d’expression, mais une attitude de faussaire de l’histoire, relevant de la haine : réhabilitation du nazisme et de ses crimes d’extermination, qui a ce titre a quelque chose de criminel.

 

Les propos de haine à l’égard d’un groupe discriminé, doivent être interdits, pour le bien commun. Là est la limite imposée à la liberté d’expression. Spinoza a théorisé cela magnifiquement .

 

Mais il se trouve que dans les démocraties de masse le relativisme triomphe avec l’oubli des vérités et principes fondamentaux et que l’on en vient à confondre publicité donnée à des ignominies avec liberté.

 

Comme dit plus haut par Montaigne :
“La scientologisation, la wikipédisation des esprits est en bonne voie.” Ce qui n’empêche qu’une certaine banalisation du fascisme, du racisme, se nourrissent des précédentes, auxiliaires banalisés de ce que l’époque a de pire, au nom du relativisme qui pose que tout peut se dire.

 

Dans la parole publique, non. Clairement non.


= ou comment il est prouvé, une fois encore, que les idées fascistes et même négationnistes, ne trouvent à s'exposer publiquement qu'à l'abri du relativisme et de l'illusion libertaire d'une société qui pourrait se passer des lois . Ou comment relativisme et
illusion libertaire de la non-nécessité des lois, font le lit des pires idées.

C'est pourquoi celles-ci sont interdites, par la force, si la raison n'y suffit pas. Et le présent blog n'y fait pas exception, conformément à ce que prescrit la loi, et contraitement à WK-kk. 


Alithia
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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 20:27
Imposer l’abandon des mythes fondateurs israéliens et palestiniens

Par Ilan Greilsammer, professeur de Science politique à l'université Bar-Ilan (Israël) - Libération
 
 
 

 


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La route qui mène à une solution juste et durable du conflit israélo-palestinien est complètement encombrée et bloquée, non par un mur de sécurité ou un check-point, mais par deux mythes tenaces, qui occupent une place centrale et destructrice dans les consciences des deux peuples.

Chez nous, les Israéliens, il s’agit encore et toujours du mythe sempiternel des «territoires bibliques qui nous appartiennent», l’idée sous-jacente dans une grande partie de la population que le peuplement des territoires d’Eretz Israel (le grand Israël biblique) par les Juifs est non seulement légitime, mais souhaitable voire indispensable. Ce serait une grave erreur de penser que ce mythe des «territoires bibliques» n’existe que chez les ultranationalistes et les religieux. Il faut rappeler qu’un très large secteur de la gauche socialiste israélienne, comme les mouvement Ahdout Haavoda, ou celui du kibboutz Hameouhad, était persuadé qu’il fallait à tout prix coloniser la Cisjordanie (Judée-Samarie), et y multiplier les implantations juives, qui resteraient là pour l’éternité.

 

Aujourd’hui encore, même si l’idée d’évacuer une partie des colonies a fait son chemin, une large frange des Israéliens considèrent encore les colons comme des pionniers qu’il faut comprendre, comme des gens désintéressés et courageux dont il faut garantir la sécurité, et c’est avec regret qu’ils pensent à une future évacuation.

 

Chez les Palestiniens, le mythe parallèle est celui du retour des réfugiés de 1948 sur leurs terres perdues, la «clé rouillée» qui rouvrira un jour la porte vermoulue. Là encore, si on peut rencontrer des Palestiniens qui savent très bien, au fond d’eux-mêmes, que ce retour n’aura jamais lieu, et qu’aucune clé rouillée n’ouvrira plus des maisons de Jaffa ou de Ramla (qui d’ailleurs n’existent plus) la grande majorité des Palestiniens continuent à caresser dans leur cœur l’idée du grand retour, et ne veulent à aucun prix renoncer publiquement à ce mythe.

 

Or disons le carrément, fermement et définitivement : tant que chacune des deux parties n’aura pas enterré définitivement son mythe, tant qu’Israël ne reconnaîtra pas qu’il n’a aucun droit légal et moral sur la Cisjordanie, et tant que les Palestiniens ne renonceront pas à un droit au retour qui met en danger le caractère juif d’Israël, rien ne se passera, ni à Annapolis ni ailleurs.

 

La question fondamentale est : qui donc peut imposer, oui j’ai bien dit imposer, à son peuple, la renonciation, incroyablement traumatique, à son mythe identitaire fondamental ? Seule une personnalité de très grande envergure, un vrai chef extrêmement fort et charismatique, serait capable de le faire. Même pas un Yitzhak Rabin, un Ariel Sharon ou un Yasser Arafat, mais un cran plus haut : quelqu’un de la force et de l’envergure de David Ben Gourion. Il est évident qu’avec les deux nains politiques qui dirigent actuellement les deux peuples, Olmert et Abbas, il n’y a aucune chance qu’une renonciation à ces mythes puisse être imposée. «Imposée», voilà le mot-clé. Car étant donné l’existence, au sein de chacune des deux populations, d’une très forte opposition, violente et armée, à cette renonciation, il faudra en arriver un jour à la coercition violente. Ben Gourion, encore lui, avait montré la voie et la méthode, lorsqu’il n’avait pas hésité à faire tirer sur le navire Altalena, qui apportait des armes à l’Irgoun.

 

Ce n’est pas par la persuasion, les bons mots et l’amabilité qu’on viendra à bout des colons les plus forcenés d’un côté et du Hamas de l’autre, mais bien par la force. Quand donc un leader d’exception, un leader sans états d’âme mettra-t-il au pas ceux qui continuent d’obstruer la voie de la paix avec leurs vieilles rengaines empoisonnées ?




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personne n'oserait suggérer une transposition




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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 11:53
Un texte de trois philosophes sur la laïcité et la liberté d'expression, de croyance et d'opinion, que je mets en ligne, puisque ces principes sont ignorés de Wkpd et systématiquement bafoués dans ses articles en rapport avec ces thèmes.




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Catherine Kintzler et J-M Kintzler, avec Marie Perret, expliquent  concrètement les principes de la laïcité, à partir de cas concrets, en partant de l'affaire dite du gîte des Vosges concernant Mme Truchelut, sa propriétaire, qui avait refusé des femmes voilées dans son gîte. A cette occasion les auteurs  expliquent ce qu'est la notion de trouble à l'ordre public. Ils expliquent également comment se conjuguent laïcité et liberté d'expression, de croyance et d'opinion, que la loi garantit.




Soutenir Mme Truchelut sans condition revient, qu'on en soit conscient ou non, à vouloir une loi interdisant le port des signes religieux dans la société civile (dans la rue, les commerces, les transports, etc.). Il est en effet contradictoire de dire « je suis d'accord pour accepter les signes religieux dans la société civile, ... mais je n'en veux pas dans mon gîte ! ». Pour sortir de la contradiction, les partisans du soutien sans condition à Mme Truchelut seront amenés à réclamer une loi interdisant le port des signes religieux partout au sein de la République, aussi bien dans la sphère de l'autorité publique (qui est laïque et qui doit le rester) que dans l'espace de la société civile, espace dans lequel l'usage des libertés publiques est garanti par la République. Parmi celles-ci, il y a la liberté d'opinion. Jusqu'à ce jour, l'affichage des signes politiques ou des signes religieux fait partie intégrante de l'exercice de cette liberté.

La liberté d'opinion ne se divise pas
. Celle qu'utilise une femme voilée pour brandir son signe d'aliénation est, dans sa forme, la même liberté que celle dont j'use pour la critiquer et dénoncer l'islamisme. La République a établi les libertés publiques dont nous jouissons dans la société civile : elle doit les garantir dans tous les lieux qui relèvent de l'espace civil, y compris dans les gîtes.



* Une liberté encadrée par la loi.


Toutes les libertés publiques sont bien entendu encadrées par la lo
i. Cela vaut aussi pour la liberté d'opinion. Une femme voilée exerce sa liberté d'opinion. Mais elle doit le faire dans les cadres prévus par la loi.


Ainsi, le port d'une « cagoule intégrale » (celle qui masque le visage) est d'ores et déjà interdit. Pour des raisons évidentes de sécurité publique, le visage d'une personne doit être identifiable. La burqa étant une cagoule intégrale, elle tombe sous le coup de la loi. De même, aucune parure n'est tolérée sur les photos d'identité. En vertu de ce même principe, on peut exiger d'une candidate au baccalauréat qu'elle retire son voile le temps de vérifier son identité. Il en va de même pour une religieuse.


Soulignons que l'organisation des manifestations collectives (processions religieuses, manifestations syndicales, etc.) est soumise à autorisation publique. Leur déroulement est de plus surveillé par la police. La loi oblige à des procédures semblables lors des grands rassemblements (meetings, fêtes politiques, messes dans l'espace public). Précisons enfin qu'il est possible d'arborer un signe d'appartenance politique ou religieuse dans un commerce mais qu'il est en revanche interdit de transformer ce même commerce en lieu de meeting ou de prière. Si tel est le cas, le commerçant est fondé à en référer aux forces de police : il y a alors trouble à l'ordre public.


Nous venons de rappeler les limites fixées par la loi à la liberté d'expression. Lorsqu'une femme arbore le voile islamique en restant dans ces limites, elle use de sa liberté d'opinion. Quand bien même la façon dont elle en use nous déplaît, elle n'est pas hors-la-loi. Posons-nous la question : que serait une liberté qui interdirait les opinions qui nous déplaisent ? Va-t-on suivre sur cette voie les intégristes et le MRAP, qui voulaient interdire la publication des caricatures de Mahomet ou qui exigeaient une législation sur le blasphème ?




* La fiction du juge divisé en lui-même


On peut être d'accord avec Mme Truchelut sur le sens qu'il convient de donner au voile islamique : ce n'est pas un simple signe religieux, c'est aussi un signe de discrimination sexiste. C'est, en outre, un signe qui cache une volonté politique et morale qu'il faut combattre. On peut partager cette analyse avec Mme Truchelut sans pour autant la soutenir inconditionnellement. Pour nous faire entendre, faisons la fiction d'un juge qui serait divisé en lui-même, qui serait écartelé entre sa position de citoyen et sa fonction de juge (cela arrive bien plus souvent qu'on ne le croit). Ce juge partagerait, comme citoyen, les positions de Mme Truchelut : il verrait dans le voile islamique un signe de discrimination. Malgré tout, en tant que juge, il se peut qu'il sanctionne le délit de Mme Truchelut.


Comment comprendre ce paradoxe du juge divisé en lui-même ? Dans sa fonction, le juge se doit de distinguer entre la présomption de discrimination et le délit de discrimination. Dans le cas du voile, il y a certes présomption de discrimination mais non pas délit de discrimination. Or un juge ne peut sanctionner que si le délit est constitué, que s'il y a « corps du délit ».




* Présomption de discrimination ou délit de discrimination


Restons sur ce paradoxe et essayons de nous faire comprendre. On peut reprendre, pour ce faire, la fiction juridique imaginée par un de nos contradicteurs : « que diriez-vous, objecte-t-il, si les femmes voilées portaient une pancarte « les femmes sont des êtres inférieurs » ? ». Précisément, ce cas serait discriminant : avec le port d'une telle pancarte, le délit de discrimination serait constitué. Il y aurait corps du délit. On serait alors face à une situation semblable à celle de l'imam de Vénissieux, qui avait déclaré qu’un mari peut battre sa femme puisque c’est dans le Coran. Le délit étant constitué, le juge avait pu sanctionner ces propos infamants.

On voit bien où est le problème. Le simple port du voile islamique ne suffit pas à constituer un délit de discrimination. Aux yeux du droit, le voile islamique n'est qu'une présomption de discrimination. Conseillées par leurs avocats, les femmes voilées vont toujours dire qu'elles ne font qu'afficher un signe religieux. Elles ne reconnaîtront jamais qu'il s'agit d'un signe de discrimination. Si elles le nient, c'est parce qu'elles savent très bien qu'elles tomberaient alors sous le coup de la loi. Sur le plan strictement juridique, leur situation est identique à celle de la religieuse : elles portent toutes deux une parure religieuse. Toute interprétation supplémentaire relève aux yeux de la loi de la pure et simple présomption.

Revenons à notre juge écartelé entre sa position de citoyen et sa fonction. Comme juge, celui-ci n'a pas le droit de condamner sur simple présomption de discrimination, même si à ses yeux de citoyen cette présomption est forte. De la même façon, un juge ne peut condamner des malfrats au seul motif qu’il les soupçonne de préparer un cambriolage : il faut qu'il y ait des preuves matérielles de cette préparation ou un commencement d’exécution.


Faut-il déplorer que la loi ne sanctionne le délit qu'à condition qu'il soit constitué ? Dire que la simple présomption suffit à constituer un délit, c'est ouvrir la voie à une politique du soupçon, à une justice inquisitoriale qui menacerait nos libertés publiques.



* Non à une politique du soupçon. Non au maccarthisme


Que les partisans du soutien inconditionnel à Mme Truchelut ne s'y trompent pas. Comme citoyens nous sommes d'accord avec eux sur le sens qu'il convient de donner au voile. Dans l'affaire du voile à l'école, dans l'affaire des caricatures, dans l'affaire Redeker, nous avons mené une lutte sans concession contre l'intégrisme. Nous savons, du reste, que d'autres luttes sont encore à venir.

Mais il y a une limite que nous ne franchirons jamais. Au nom du refus de l'islamisme en général et du voile islamique en particulier, nous n'irons jamais jusqu'à cautionner une politique du soupçon, c'est-à-dire une politique qui juge et qui enferme sur simple présomption.

On sait où ce genre de politique mènerait immanquablement la République. Nous en avons un exemple sous nos yeux. Aujourd'hui, le simple soupçon d'accointance avec l'islamisme politique peut mener quiconque à Guantanamo. Cela se passe en ce moment même aux Etats-Unis : au nom d'une politique du soupçon, les libertés publiques sont purement et simplement suspendues. Les Etats-Unis sont d'ailleurs coutumiers du fait : dans les années 50 déjà, le simple soupçon de sympathies communistes suffisait à ouvrir la chasse aux sorcières. Cela s'appelait le maccarthisme.

Nous ne suivrons pas ceux qui, au nom de l'horreur du voile, veulent favoriser une politique du soupçon et instituer un ordre moral. Nous ne confondons pas présomption de discrimination (porter le voile) et délit de discrimination (dire explicitement que les femmes sont des êtres inférieurs ; leur réserver un « droit spécifique » tel que le code de la famille dans certains pays). Cela ne nous empêche nullement de dénoncer le voile et de combattre l'idéologie totalitaire qui l'instrumentalise. Sur ce plan, notre détermination est au moins égale à celle des inconditionnels de Mme Truchelut.



* Défendre la République laïque et démocratique



Si nous refusons toute politique du soupçon, c'est aussi en vertu d'une conception de la République. Notre République est à la fois laïque et démocratique. Au coeur de la République fonctionne un dualisme de principe : la sphère de l'autorité publique est soumise au principe de laïcité, principe qui exige la suspension des appartenances. C’est pourquoi nous avons lutté en faveur de la loi du 15 mars 2004 interdisant le port de signes religieux à l’école. La société civile (la rue, les commerces, les transports, etc.) n'est pas soumise au principe de laïcité : elle est régie par le principe de tolérance. La société civile est en effet le lieu où prévalent nos libertés publiques, libertés sans lesquelles aucune démocratie n'est possible. Dans la République, la laïcité n'est pas illimitée. La tolérance non plus. Le principe de laïcité et le principe de tolérance se limitent réciproquement. La laïcité prévaut dans la sphère de l'autorité publique (sphère fermée à la tolérance), la tolérance prévaut dans la société civile (espace fermé à la laïcité). La laïcité n'est donc pas une fin en soi : elle est un moyen que la République s'est donné afin d'instituer la démocratie et de la mettre à l'abri des visées communautaristes.

On le voit bien : notre République ne tiendra que tant qu'elle restera ferme sur ce dualisme de principe. Supposons qu'elle cède aux partisans du « tout-tolérance » : aussitôt elle se transformerait en démocratie communautariste. Supposons qu'elle cède aux partisans du « tout-laïcité » : aussitôt les libertés publiques qui doivent prévaloir dans la société civile seraient menacées au profit de ce qu'il faut bien appeler une politique du soupçon, politique qui servirait de fer de lance à l'ordre moral.

 _______________________________________________________________________________________________________

Marie Perret professeur agrégée de philosophie

Catherine Kintzler www.mezetulle.net
Auteur de "Qu’est-ce que la laïcité ?", publié chez Vrin, 2007.

Jean-Marie Kintzler

Source ResPublica

 

Merci aux auteurs pour cet excellent article qui clarifie utilement ces questions.
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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 12:19
 
Qu'est-ce que la laïcité ? Une chose que wkpd ignore, et que déforment et masquent ses divers militants fondamentalistes chrétiens et pro-islamistes, qui s'attachent à la censurer, comme rappelé encore dans l'article les impasses de la "neutralité" sur wikipedia


indonesie5.jpg

Dans la série "ce que vous ne verrez jamais sur wkpd" voici la présentation de l'étude de  Catherine Kintzler, professeur de philosophie à Lille III, qui sort un ouvrage très important sur la laïcité :
"Qu'est-ce que la laïcité ?" (Vrin, 2007), dont les thèmes et les questions sont exposés de manière remarquablement claire. Dans cet ouvrage elle explique que :

  «la laïcité engage un modèle politique fondé sur un paradoxe : c'est la supposition de la suspension du lien communautaire qui rend possible la formation du lien politique »

 
etna_m_calmels.jpg




Entretien donné à  l'Observatoire du communautarisme. 

Catherine Kintzler, y résume
la thèse centrale de son ouvrage, .

 




Catherine Kintzler : Je pars dans cet ouvrage d'une distinction que j'ai déjà  étudiée auparavant entre tolérance et laïcité et je lui donne un développement philosophique plus large. Le dispositif de pensée est très différent dans les deux concepts et cette différence conduit à  réfléchir sur la forme de l'association politique.

A la différence de la simple tolérance, qui pose la question de faire coexister les libertés telles qu'elles sont, les gens tels qu'ils sont, les communautés telles qu'elles sont dans une société donnée, la laïcité construit un espace a priori qui est la co
ndition de possibilité de la liberté d'opinion de chacun. Cela semble très complexe et très abstrait, mais il s'agit tout simplement de construire un espace qui ne se contente pas de prendre en compte les données sociales, qui ne fonctionne pas avec des groupes d'influence. La liberté de chacun est reconnue a priori, pourvu qu'elle reste dans le cadre du droit commun : j'ai le droit d'avoir une religion, de ne pas en avoir, d'en avoir une dont je suis le seul fidèle. Il faut aller jusqu'au comble de l'abstraction pour exprimer cela : dans un Etat laïque, on assure la liberté de chacun, y compris de celui qui n'existe pas, parce que c'est celui-ci qui est le critère de mon droit réel.

Cette abstraction est en réalité très concrète : lorsque je m'arrête au feu rouge à  3 h du matin et qu'il n'y a personne de l'autre côté, je respecte le droit d'une personne fictive. Mais cette personne, c'est également moi : je pourrais être là -bas.

 

  La laïcité fonctionne un peu comme cela à  l'égard de la liberté de croire et de ne pas croire : elle est la condition de possibilité de la tolérance qui règne dans la société civile et elle assure toute liberté d'opinion, pourvu que celle-ci respecte le droit commun. C'est un dispositif aveugle qui ne regarde pas s'il y a telle ou telle religion, telle ou telle opinion, et qui ne se demande jamais si telle ou telle religion, telle ou telle opinion est numériquement importante. On a le droit de croire et de penser comme personne d'autre ne le fait.

On voit tout de suite que le principe de laïcité est fondé sur la priorité absolue du droit de l'individu sur celui de tout groupe. Pour faire respecter mon droit je n'ai pas besoin de m'associer à  d'autres pour former un groupe de pression. Non seulement je n'en ai pas besoin, mais aucun groupe en tant que tel n'a plus de droits qu'un individu : le fondement de la décision politique n'est pas dans l'obligation d'appartenance, l'association politique repose au contraire sur la suspension des appartenances, sur la volonté de chaque citoyen.


C'est un modèle anti-communautaire par définition. Cela ne signifie nullement que les communautés sont absentes : elles peuvent parfaitement recevoir un statut juridique, mais elles n'ont aucune compétence politique. Je peux appartenir à  une communauté, je peux changer de communauté, je peux me soustraire à  toute communauté : mes droits restent les mêmes. Pour jouir de mes droits, je n'ai pas besoin de passer par une « minorité » de pression, visible ou pas : je n'ai pas besoin de me constituer avec d'autres en groupe d'influence. Mais bien entendu cela n'est pas interdit ! Un groupe peut essayer de peser sur une décision politique, mais jamais il ne sera reconnu en tant que tel comme faisant partie de l'autorité politique, laquelle ne peut être exercée que par les citoyens et leurs représentants élus.

C'est pourquoi je dis dans mon livre que la laïcité engage un modèle politique fondé sur un paradoxe : c'est la supposition de la suspension du lien communautaire qui rend possible la formation du lien politique. Autrement dit, dans une association politique laïque, la proposition je ne suis pas comme le reste des hommes est non seulement une proposition que chacun peut revendiquer, mais elle est au fondement même de la cité.


En termes philosophiques, on peut dire que la laïcité a pour base une sorte de « vide expérimental » : c'est comme un tube de Newton, on fait abstraction de certaines données pour voir apparaître un principe fondamental. Ici le vide, c'est celui de la croyance et de l'incroyance comme doctrines, comme contenus : la laïcité fait le vide sur ce que nous croyons ou pas, elle dit « la puissance publique n'a pas besoin pour être et pour être pensée d'un quelconque acte de foi ». C'est une position minimaliste. Cette position minimaliste écarte donc tout contenu doctrinal de croyance (ou d'athéisme) du fondement de la loi : on peut et on doit faire des lois sans avoir besoin de se référer à  une croyance quel que soit son contenu. C'est une incroyance formelle : on n'a pas besoin d'être croyant sur la question du lien pour former association politique. Le seul lien nécessaire, le lien politique, n'est pas appuyé sur un acte de foi puisqu'il suppose au contraire que chacun pourra être le plus indépendant possible de tout autre et de tout groupe.

Ici apparaît le noyau philosophique de la laïcité : c'est une association politique qui écarte toute religion civile, qui ne fait pas de la loi elle-même un acte de foi.

L'association ne repose pas sur une adhésion dont le modèle est l'adhésion religieuse, mais sur un consentement mutuel garantissant des droits. C'est pourquoi je dis souvent que ce qui est opposé à  la laïcité, ce ne sont pas les religions, c'est la partie civile des religions, leur prétention à  faire la loi au nom d'une communauté ou d'un ensemble de communautés préconstituées, préalables à  l'association politique elle-même. Et j'ajoute : ce qui est absolument contraire à  la laïcité, c'est la religion civile, l'idée que la loi doit être acceptée comme une forme de croyance, qu'on doit y adhérer, qu'il faut l'aimer, comme un acte de foi. C'est pourquoi je suis très critique à  l'égard de toutes les déclarations brandissant des « valeurs » comme des dogmes intangibles auxquels il faudrait croire. Les valeurs ne sont que des objets de croyance, elles peuvent être supplantées par d'autres valeurs, par définition les valeurs fluctuent, elles sont sujettes à  une mode d'opinion.

En revanche, des principes rationnels minimaux n'ont pas besoin d'être traités comme des objets de culte : on les discute, on y consent parce qu'on en établit l'utilité et la nécessité, et on les améliore au fur et à  mesure que l'expérience politique s'enrichit. C'est beaucoup plus solide et beaucoup moins dangereux car cela repose sur la discussion. Et puis c'est beaucoup moins pesant : on n'est pas tenu à  l'adhésion, on n'est pas obligé de les aimer. Dans mon livre, je retrace cet itinéraire conceptuel par une séquence de trois grandes références classiques qui ont construit les jalons essentiels en posant et en répondant à la question : « peut-on fonder l'association politique en dehors de toute référence religieuse ? ».


Le mérite de l'avoir posée clairement revient à  Locke, grand théoricien de la tolérance. Il répond de manière extrêmement intéressante parce qu'il dégage le problème principal : on peut et on doit rester indifférent à  ce que les gens croient, mais on ne peut pas rester indifférent à  l'acte même d'adhésion “ et il exclut donc les incroyants de l'acte politique parce qu'ils sont incapables d'adhésion. Bien entendu la théorie de Locke est bien plus riche, mais je m'en tiens à  cette question qui me semble déterminante.


Une étape supplémentaire va être franchie par Bayle, qui va au contraire penser que les incroyants peuvent être admis dans l'association politique du fait qu'ils ne peuvent prétexter aucune autorité transcendante pour récuser les lois. C'est vrai ! Mais on reste tout de même sur une question de fait « que fait-on de ceux qui ne croient pas ? ». Il faut attendre la Révolution française et Condorcet pour que la question soit articulée de façon totalement différente : non seulement le fait de ne pas croire n'est pas gênant, mais c'est précisément la non-nécessité de tout lien préalable qui fonde l'association républicaine. On revient donc à  la thèse de Locke, mais elle est retournée : ce que Locke pensait être rédhibitoire pour former association, c'est précisément cela qui va être placé au principe de l'association ! L'obstacle (l'absence de croyance à  un lien préalable sur le modèle du lien religieux) est transformé en condition de possibilité de l'association politique.


A cela j'ai ajouté une réflexion plus large, débordant le cadre de la stricte philosophie politique, sur les rapports entre la laïcité et une conception de la culture, une façon dont la pensée se rapporte à  elle-même et que je rapproche du concept des humanités. Car si on consent à  un fondement immanent de la cité, si on s'efforce de la construire sur un socle qui écarte a priori toute référence transcendante, cela met la pensée en relation avec elle-même. Pour construire la cité, la pensée et les efforts humains ne peuvent compter que sur eux-mêmes.


Cela entraîne une conception critique, une réflexion sur la façon dont la pensée peut et doit elle-même se réféchir, se corriger, s'améliorer : et cela est inséparable d'une expérience et d'une théorie de l'erreur. Parce qu'elle veut faire l'économie de la transcendance, la laïcité ne peut pas faire l'économie d'une réflexion critique, d'une position critique. Ne pas croire préalablement à  un lien, c'est s'obliger à réfléchir au bien-fondé des lois et de tout ce qu'on fait et de tout ce qu'on pense. Il y a un devoir de la pensée à  l'égard d'elle-même qui devient virulent dans une association laïque plus qu'ailleurs : je ne dis pas que ce devoir est absent ailleurs et qu'on ne s'en préoccupe pas , je dis que si ce devoir est négligé dans une république laïque, alors celle-ci est en danger.


Question : Les dix dernières années ont été marquées par de vigoureuses polémiques autour de la laïcité même. Le monde intellectuel et le monde politique semblent malgré le vote de la loi du 15 mars 2004 ne pas être « au clair » avec les principes laïques. Quel regard retrospectif portez-vous sur la dernière décennie ?



Pour répondre à  votre question, j'ai besoin d'abord de bien préciser les champs d'application respectifs des principes de laïcité et de tolérance. Il résulte de ce qui précède que l'abstention caractérisant la laïcité (minimalisme) s'applique à  la puissance publique et à  ce qui relève de son autorité : ce qui la représente et agit en son nom ou est investi par elle d'une mission. Là , on observe la réserve en matière de croyance et d'incroyance. Par exemples les instituteurs ne doivent pas montrer s'ils sont ou non croyants, pas plus que les policiers, les juges, etc. En revanche dans la société civile (les lieux publics et les lieux privés) c'est le principe de tolérance qui s'applique, dans le respect du droit commun. Dans la rue, dans le métro, chez moi, dans un hall de gare, dans un musée etc. j'ai le droit de manifester ma croyance ou mon incroyance. Cela est réglé par le droit commun (par exemple, une procession, une manifestation, sont soumises à certaines contraintes).


Cette articulation entre les deux domaines est vitale : c'est précisément pour que les gens soient libres que la puissance publique s'astreint à  la stricte abstention. En dehors de cette articulation, la laïcité n'a plus de sens. Le principe de laïcité est sur la sellette depuis près de 20 ans : c'est l'affaire dite « du voile » à  Creil en 1989 qui a ouvert l'abcès. J'ai alors cosigné en novembre 1989, avec Elisabeth Badinter, Régis Debray, Alain Finkielkraut et Elisabeth de Fontenay, l'Appel paru dans Le Nouvel Observateur en faveur d'une interdiction des signes religieux à  l'Ecole publique (primaire et secondaire).


A l'époque, et cette époque a été close par la loi du 15 mars 2004, on avait affaire à  une dérive de la laïcité qui prétendait étendre la tolérance qui règne dans la société civile à  une partie de la puissance publique : l'école. Il a fallu, pour que la loi de 2004 soit possible, montrer pourquoi à  l'Ecole les élèves aussi sont pris dans le champ de l'autorité de la puissance publique. Cela n'allait pas de soi, il fallait en effet montrer que les élèves sont des libertés en voie de constitution : autrement dit que l'école relève d'un domaine fondateur des droits, et qu'elle n'est pas un lieu de « consommation » ou d'exercice des droits. Cela a été en grande partie démontré a contrario : les affichages ostensibles d'appartenances religieuses rendent de facto impossible l'acte même d'enseignement en abolissant l'espace critique commun dans lequel l'école doit évoluer “ et puis cela produisait des affrontements intercommunautaires.


Mais la dérive symétrique existe : vouloir étendre le principe d'abstention à  une partie de la société civile, vouloir par exemple interdire les affichages religieux dans un commerce, dans un lieu public comme un restaurant. Cette dérive, que j'appelle « l'ultra-laïcisme », a existé dans l'histoire de la laïcité, elle est restée discrète de nos jours tant que la question de la laïcité scolaire a occupé le devant de la scène. Elle refait surface récemment avec l'affaire dite « du gîte d'Epinal » qui pose la question de l'extension de l'interdiction des manifestations d'opinion religieuse dans un commerce. J'ai pris position très clairement sur cela, et il serait trop long de développer ici tous les arguments (1).


En gros je pense que cette extension serait contraire à  la finalité même de la laïcité, qui a pour effet de rendre possible la coexistence des libertés dans le cadre du droit commun. Porter un voile ou une croix ou un drapeau noir à  la boutonnière dans un hôtel, esquisser un discret signe de croix avant le repas, c'est un droit, je dois pouvoir le tolérer même si ça me choque, même si ça ne me plaît pas (d'ailleurs à  quoi bon la liberté si elle ne bénéficie qu'à  ce qui a mon assentiment ?). En revanche, faire sa prière à  haute voix dans le salon commun d'un hôtel ou imposer la récitation du Benedicite au début du repas dans un restaurant, c'est empiéter sur le droit d'autrui, c'est un trouble à  l'ordre public qu'on ne doit pas tolérer.


Question : Ce qui frappe l'observateur aujourd'hui, c'est la faiblesse des institutions d'éducation populaire et le quasi-abandon par une bonne part de la gauche de toute référence à  l'école laïque dans son programme politique.


Je crois que la seule éducation vraiment efficace à  la laïcité, c'est sa pratique réelle d'une part et son explicitation critique de l'autre : il serait contradictoire d'en faire une « valeur », un préchi-précha pour les raisons que je viens d'aborder plus haut. Il s'agit, dans la vie de tous les jours, de faire la démonstration de sa puissance, de son caractère libérateur. Il s'agit, dans la réflexion abordée en histoire, en instruction civique, en philosophie, d'expliquer le concept dans sa dimension critique, de remonter au dispositif de pensée. Cela peut se faire à  tous les niveaux, avec des exemples. Mais je ne suis pas favorable à  l'idée d'une « foi laïque », cela me semble relever d'une religion civile. Donc tout ce qui permet le débat est bon. Et la pire chose qui puisse arriver à  un concept, c'est de devenir évident, c'est de s'assoupir : c'est de ne plus être pensé.


C'est pourquoi je pense que ce que nous vivons actuellement est à  la fois une épreuve et une chance pour la laïcité : les attaques, les difficultés et les dérives que nous rencontrons sont l'adjuvant le plus efficace pour réveiller la pensée, pour la mettre en demeure de se préciser, de devenir ferme, de ne pas s'assoupir. Et tout ce qui maintient dans notre pays la mixité à  tous les niveaux est une bonne chose : mixité des sexes, des origines, des mariages, des habitats, mixité sociale. Tout ce qui maintient ou produit des « ghettos » est mauvais. Le travail accompli par un site comme l'Observatoire du communautarisme est extrêmement précieux parce que vous soulevez constamment les questions relatives à  la segmentation de l'humanité, et que vous distinguez parfaitement entre les « communautés » qui peuvent très bien avoir pignon sur rue, et le « communautarisme » qui consiste à  prendre appui sur des « communautés » réelles ou fantasmées pour conduire un projet politique, pour fractionner la collectivité des citoyens.


Question : Autour de la question de la laïcité, on a pu voir se recomposer dernièrement le champ du militantisme féministe, la laïcité structurant et divisant tout à  la fois le champ féministe. Quelle analyse faites-vous de cette évolution ? En particulier quelle définition donner à  un « féminisme républicain » qui s'opposerait au victimisme et à son corrollaire, discrimination positive par la parité, et qui éviterait la récupération par les idéologies inégalitaires travaillant le monde anglosaxon (en particulier l'impérialisme du Bien théorisé par les néo-conservateurs américains), tout en luttant bien entendu contre les multiples assujettissements dont sont victimes les femmes ?


Je suis féministe au sens où je pense que le droit d'une femme quelconque dans une société donnée est la mesure du droit tout court dans cette société. C'est en regardant les droits d'une femme x qu'on peut juger de l'état du droit pour tous : a-t-elle le droit de contrôler sa vie, de s'instruire, de construire sa propre liberté, d'accomplir les actes de la vie politique et civile sans recourir à  une autorisation, de jouir de tous les droits dont jouissent les hommes, d'accéder à  toutes les responsabilités auxquelles ils peuvent prétendre, de gérer ses biens, de gagner autant qu'un autre à travail égal, de se promener sans craindre le harcèlement, de s'habiller comme elle l'entend, de choisir ou non la maternité, et aussi de se libérer de la « deuxième journée de travail » ? La liste mériterait d'être allongée, mais c'est ainsi que je définirais le féminisme républicain : il suffit de faire un petit exercice de substitution et de se demander si un homme quelconque perdrait des droits en changeant de sexe. D'ailleurs il faut faire l'exercice dans les deux sens : il me semblerait monstrueux qu'on bascule dans un droit de faveur pour « rattraper » les choses. La discrimination positive me semble injustifiable en raison et dangereuse en fait.

La parité est quelque chose d'artificiel et c'est inefficace : en exigeant abstraitement la présence quantitative des femmes dans la représentation politique, on ne fait rien d'autre que de promouvoir les petites bourgeoises et en plus on introduit ce qu'il faut bien appeler un quota, au détriment de la valeur des unes, des uns et des autres.


Il serait bien plus efficace et utile de donner un statut plus adapté aux élus, car ce qui éloigne les femmes des responsabilités politiques, c'est avant tout leur deuxième journée de travail ! De plus, en inscrivant la différence des sexes dans la Constitution là  où elle était superflue (puisque personne n'est exclu du droit), on a pris un risque de détermination de la loi qui peut ouvrir la porte à  des dérives autrement dangereuses. Et qu'on ne vienne pas me dire qu'il y aurait des droits « spécifiques », réservés aux femmes : le droit qui protège la maternité par exemple est le droit de tous. Le droit d'accéder aux soins est le droit de tous. Le droit de ne pas être violée, de ne pas être harcelée, de ne pas être battu est le droit de tous. Je ne suis pas féministe au sens « essentialiste », parce que je crois qu'on a un sexe biologique comme on est grand ou petit, comme on a la peau claire ou pas, les yeux petits ou grands, clairs ou foncés, le squelette lourd ou léger, l'estomac fragile ou pas, etc. On doit s'arranger avec ça, et la société ne doit pas faire « payer » à  quelqu'un le fait d'être grand ou petit, frisé ou non, brun ou blond, mâle ou femelle. Elle n'a pas non plus à  le favoriser pour ce genre de chose. Tout ce qui nous échoit sans qu'on l'ait choisi, il faut l'accepter et essayer de le vivre le mieux possible, et ce n'est un malheur que si la sociétÃé vous en fait grief, transforme cette donnée en destin.


Il faut méditer sur la fameuse prière ancienne par laquelle, dit-on, un Grec devait remercier chaque jour les dieux de l'avoir fait homme et non femme, grec et non barbare, libre et non esclave. On cite souvent cette prière dans les milieux « progressistes » comme le comble de l'abomination alors qu'elle dit une chose très juste et très profonde : le hasard aurait pu faire naître chaque Grec femme, barbare, esclave. Mais, en énonçant chaque division, elle dit en même temps l'unité de l'humanité, elle dit que les femmes, les barbares, les esclaves font partie de l'humanité, et que l'humanité est niée en eux. Alors il faut ici reprendre et transformer cette prière ambivalente. Chacun doit pouvoir se dire : j'aurais pu avoir le bonheur et le malheur de naître avec l'autre sexe (je pense que le sexe qui nous échoit est à  la fois une force et un fardeau¦), et c'est pourquoi la loi et la société n'ont pas le droit de décider d'avance que c'est un bonheur ou un malheur, que c'est un privilège ou un handicap.



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1) Je me permets de renvoyer sur ce sujet à  un article publié en ligne : « La laïcité face au communautarisme et à  l'ultra-laïcisme » sur mon blog Mezetulle et sur le site de l'Observatoire du communautarisme

 
 

 

 
 
 
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Published by alithia - dans idées
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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 13:14
Cercle vicieux. Communauté fermée sur elle-même qui fonctonne avec des critères  à prétention totalisante.

Je reproduis l'analyse  d'un correspondant, suivie de la mienne.



 

hawaii-marmeys-fatton-.jpgphoto Marmey-Fatton l'Internaute

 


Wikipedia et le cercle vicieux.

 
 

Alithia, vous le savez, je suis un lecteur attentif de votre blog, et, à ce titre, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de vous exprimer non seulement mon approbation, mais encore mon sentiment que vous devriez perdre moins de temps, de patience, avec certains de vos interlocuteurs dont la surdité et l'aveuglement sont manifestes. Surdité et aveuglement, voilà donc bien deux sens importants, la vue et l'ouïe dont les wikipédiens sont dépourvus. Il ne leur reste que le toucher, d'où leur passion pour les preuves tangibles, dernier avatar de ce qu'ils appellent le référencement obligatoire, forcément.

 

 

Je laisserai de côté pour le moment l'oreille qui renvoie à leur entendement et à leur usage de la langue dans laquelle ils s'expriment ( si j'ose dire). Je m'en tiendrai donc à la vue, leur vision du monde, de vous et surtout d'eux-mêmes.

 
 

Votre blog, Alithia, est un observatoire. A ce titre c'est votre regard sur cette réalité qu'est Wikipédia que vous présentez, regard extérieur, assurément, mais aussi objectif, comme on dit, et je pèse mes mots, car, à la différence de n'importe quel regard que l'on pourrait qualifier de subjectif, au premier abord, votre regard, Alithia, met en oeuvre un instrument parfaitement fonctionnel, la raison, et porte sur des objets réels parfaitement identifiables: l'objet wikipédia. Bref, en vous lisant, on n'a pas affaire à des impressions subjectives ou à l'expression d'humeurs, mais à une véritable analyse argumentée d'un phénomène objectif. A ce titre, Alithia, la seule lecture de vos propos, suffit à confirmer votre évidente familiarité avec la philosophie.


Ce que je voudrais avancer dans ce message, est que votre regard acéré tel qu'il se déploie dans votre observatoire, de par sa position, nécessairement, extérieure, et sa structure, le discours rationnel, est irrémédiablement condamné à la négation de la part de wikipédia du fait même de son aveuglement qui est en réalité un auto-aveuglement, et conséquemment, une clôture ou fermeture sur soi.

  

C'est une autre manière de dire ce que vous montrez à loisir, à savoir que Wikipédia ne supporte pas la critique. Ne supporte pas parce qu'il ne peut pas, n'est pas en mesure structurellement de le faire, d'où l'impossibilité de mettre un terme à un quelconque débat avec un wikipédien en dehors de la pure violence d'une cessation, comme on dit cessation des hostilités, sur le mode du « Brisons là », « il suffit »; quand ce n'est pas déjà Wikipédia lui-même qui a pris les devants en procédant à une pure exclusion, bannissement de la communauté, soit, une véritable excommunication. Eh oui, hors de wikipédia, c'est l'enfer! Voilà pour l'issue normale de toute discussion avec WK, la violence pure, parce que la raison est d'emblée exclue.

 

 

Tant il est vrai que leur reproche récurrent à votre égard est la folie ou absence de raison, car, n'est-ce pas, il est bien entendu impossible que l'absence de raison soit à chercher de leur côté, à l'intérieur de l'univers douillet de leur certitude d'être l'encyclopédie la meilleure du monde, (notez l'illustration, la planète wiki...), la chose la meilleure qui soit arrivée à l'humanité depuis.... etc.

 
 

Quant au cours même de la discussion, la manière dont elle rebondit, il me semble que l'on peut y voir une constante : la logique circulaire de l'humiliation telle qu'elle est décrite par un sociologue anglais:Dennis Smith Je dis logique circulaire d'où l'expression de cercle vicieux, parce que tout propos tenu à l'égard de wk provoque un cercle humiliation- vengeance- humiliation.

 
 

En quoi votre regard, Alithia, votre observatoire et votre mode d'observation est-il vécu comme une humiliation? Et donc injustifié, illégitime, et finalement fou ? Parce que vos dires nient et donc menacent l'identité du groupe fermé que constitue WK, l'identité, dis-je, je commente et explique, c'est-à-dire, la perception toute subjective qu'a Wikipédia de ce qu'il est, ou prétend être, ( encyclopédie) ou aspire à devenir ( La référence en matière d'encyclopédie...). En observant de manière critique WK, vous l'humiliez ou en humiliez, tous les membres, vous niez son identité, le regard qu'il a sur lui-même), vous sapez les fondements de son mode d'existence, et surtout vous lui refusez la légitimité que vous avez l'air d'accorder pourtant à d'autres groupes, par exemple au hasard, les universitaires.

 
 


Ce faisant, Chère Alithia, aux yeux de wk, vous êtes sinon folle, à tout le moins, injuste, pas gentille, pas charitable, méprisante, élitiste, menteuse, et enfin "chiante". Injustice que de ne pas reconnaître ce que toute la terre a reconnu, vu le nombre de clics vers l'encyclopédie! Rendez vous à l'évidence Alithia, et vous le peuple des internautes. Acceptez ce qui crève les yeux! Pardon qui saute aux yeux... Ainsi, Chère Alithia, relever avec combien de patience, toutes les bévues de Jean-no, sur un style je dois dire tout professoral, est une insulte généralisée et ne peut être autre chose puisque vous persistez à nier l'identité même d'un wikipédien qui pour le coup est un des rares à ne pas la masquer derrière un voile. Cela ne peut que donner lieu à une surenchère de récriminations dont vous ne pouvez pas vous sortir.

 


A chaque fois que vous pointez du doigt une faille, vous êtes aussitôt renvoyée à un refus de droit comme chez certains enfants dans les cours de récréation: « T'as pas le droit, c'est pas juste » s'exclamera votre interlocuteur blessé, qui es-tu pour m'insulter? d'ailleurs je ne sais même qui tu es c'est dire ...donc.....

 


De plus vous êtes aussi affublée de tous les noms les plus charmants histoire de se venger proprement. Vous répondez patiemment et montrez que l'insulte ou l'injure n'est pas exactement là où on le prétend, qu'à bien raisonner, en prenant la langue française pour ce qu'elle est, ce serait plutôt le contraire, et en cela, vous avez évidemment entièrement raison, selon moi, qui suis un observateur extérieur.

 
 


Mais rien n'y fait, le cercle se referme, non décidément, c'est WK qui doit avoir le dernier mot sur le terrain du droit d'ailleurs: Vos propos, Althia, votre blog, sont au mieux injustifiés, illégitimes, hors droit, mensongers, diffamatoires ! Au pire et c'est plus expéditif, hors raison donc fous, circulez, y a rien à voir, au FOU !

 
 


De plus vous êtes répréhensible d'aimer d'autres que nous, (Pourquoi tant de haine?) les intellos, les profs, et même les journalistes, bref tous nos ennemis, tous ceux qui sont contre nous, les AUTRES ceux du dehors, ceux chez qui on renvoie d'ailleurs périodiquement nos exclus, bref, nos rebuts , tout ce qui est impur....Logique de négation, logique d'exclusion , logique identitaire. Tout ce qui n'est pas avec moi est contre moi comme dit l'autre. Et j'entends encore dans leur propos de manière récurrente un « aimez -nous » un « Pourquoi donc vous ne voulez pas nous reconnaître comme on le mérite, nous qui sommes ouverts....? » Tout cela s'accompagnant périodiquement d'une traque systématique de ce qui pourrait être un terrain d'accord ou d'entente, pour mieux dénoncer les points de rupture sur le mode d'une dénonciation pure et simple de l'hérésie.

 
 
 

Rien d'étonnant alors à ce que l'inquisition puisse paraître si sympathique aux wkiens. C'est certainement parce que leur fonctionnement en est proche. Ils ont eux aussi une croisade: la lutte contre l'hérésie, pour la reconnaissance universelle ( cf. leur colloque).

 
 

Conclusion. La fermeture du groupe sur lui-même exclut que vous puissiez leur faire ENTENDRE raison et voir leurs torts. Le dialogue ne peut même pas être aporétique pour faire allusion à Socrate contre les sophistes, il ne peut pas y avoir échange comme le montrent abondamment les commentaires.

 

Il faut donc reconnaître Chère Alithia, que : en refusant aux wkiens le droit d'énoncer des thèses négationnistes, fascistes, antisémites, racistes, la liste n'est pas close bien sûr.... oui, effectivement, vous niez la perception qu'a wk de lui-même, et assurément vous lui refusez une légitimité à laquelle d'autres plus heureux ont à vos yeux le droit.

 
 

Force est de reconnaître que nos wkiens le vivent très mal. Vous devenez une obsession pour eux. On comprend pourquoi, tant l'enjeu identitaire est de taille.

Eh bien, Chère Alithia, au risque de m'attirer les foudres de vos détracteurs, je persiste à penser que humiliation ou pas pour les autres (que je ne plaindrai pas d'ailleurs), le refus de reconnaître comme légitime la représentation qu'un groupe a de lui-même, ici, Wikipédia par vous dans votre blog, EST PARFAITEMENT LEGITIME DES L'INSTANT OU CETTE REPRESENTATION NE L'EST PAS. Ce qui est évidemment le cas.

Tandis que du point de vue borné et local donc de WK on ne sort pas du cercle de l'injure et de la violence de l'exclusion /négation qui me fait me réjouir, tout bien considéré, que l'on soit sur le net virtuel et non dans le réel... tangible, du point de vue de la raison et donc de l'universel, il est absolument légitime de ne pas cesser d'observer et de dénoncer les écarts, ce que vous faites avec talent, et dont, Chère Alithia, je vous suis infiniment reconnaissant.

Et si d'aucuns vous trouvent injuste, je ferai remarquer que la justice ne consiste pas à donner satisfaction à toutes les quêtes de reconnaissance. On retombe ainsi sur le fond du problème: toutes les vérités ne se valent pas, contrairement à ce qu ils prétendent. Désolé Jean-No, un fasciste honnête est un fasciste, et a rose is a rose ... Bien à vous.  

 

Touvatrèbien.

 

Ma réponse :

 

Merci de cette analyse qui souligne  pour commencer quelque chose à quoi je suis sensible : la perte de temps.

Perte de temps à tenter un échange avec les wkpdiés enfermés dans leur sphère, leur bulle, leur monde, leur manière de se représenter eux-mêmes comme ce qu'ils ne sont pas, à savoir des encyclopédistes qui vont sauver le monde. Ce qui est tout de même ahurissant.

Ils montrent jusqu'à la caricature que WKPD on l'aime ou on la quitte.

Ils ne supportent pas que je ne l'aime pas, en effet : il est insupportable à leurs yeux de ne pas aimer WKPD.

Et plus encore, ils montrent qu'il est interdit de ne pas l'aimer, sinon, on est un salaud qui détruit l'oeuvre entamée pour sauver le monde, et qu'on est donc un ennemi à abattre, contre qui tous les coups sont alors permis, injures, diffamations, et surtout surtout la seule ligne qui est la leur pour réagir à une critique consiste à essayer de
discréditer la personne, toujours, la déclarer folle, et ne jamais prendre en compte ses idées, jamais.

Il ne s'agit pas d'idées, donc il n'y a pas d'échange d'idées. L'autre est soit sollicité de rallier la communauté et s'y fondre  "viens participer" chantent ses sirènes : il faut être à l'intérieur ; soit s'il observe de l'extérieur et exprime ses réserves, objections, critiques, il est alors un étranger à la communauté, hostile, ennemi. Il n'y a pas de milieu. WKPD on l'aime et on la rallie et on participe à son oeuvre de salut, ou on est un ennemi qu'il faut éliminer, faire disparaître.

Pour WKPD  il n'existe ni ne peut exister une dimension de désaccords d'idées, de critiques et d'échanges d'idées avec l'extérieur, qui soit acceptable. Elle exige le consensus, à l'intérieur de la maison qu'elle offre, et l'adhésion totale à ce consensus sur ses principes ; elle ne connaît à l'extérieur,  que des ennemis.
Hormis ses apologètes, tous ceux qui portent un regard libre sur WKPD sont ses ennemis. Aucune analyse venue de l'extérieur n'est admise.

Chaque article, chaque papier qui paraît sur WKPD, chaque commentaire, s'il n'est pas  entièrement apologétique, est considéré à WKPD comme une infâmie, une honte, une attaque vile, basse, déloyale, inacceptable, prouvant par là une fois encore que les journalistes sont tous pourris, comme les universitaires et les profs qui se permettent de l'évaluer et ne sont pas convaincus, à l'image du monde extérieur à WKPD, pourri, mais qui sera sauvé etc.

Toutes les réactions des wkpdiés sont les mêmes face à l'autre étranger à la maison, face à l'extérieur qui ose porter son propre regard sur WKPD et incite à ne pas la considérer comme fiable. 

Cet extérieur est vécu comme nécessairement hostile, puisqu'il ne fait pas partie de la maison, n'est pas entré dans sa sphère.

L'extérieur non-acquis entièrement à WKPD lui paraît profondément hostile selon leur logique monomaniaque selon laquelle on ne peut être qu'avec, entièrement, ou contre, totalement. Cet extérieur , vécu comme l'étranger hostile, 
n'a pas le droit, disent-ils et ne cessent-ils de dire, de se faire sa propre idée, par soi-même, en se référant à sa seule raison. Il n'a pas le droit de juger WKPD de l'extérieur. Mais il devrait, pour être accepté et même seulement audible, se référer à la seule WKPD et à ses consensus exprimés, pour les reproduire et avoir le droit de s'exprimer à son tour. Mais à cette seule condition de répéter fidèlement le discours Wkpdien.

WKPD appelle à la soumission,
sinon c'est la guerre. Non aux idées, dans de saines et justes controverses qui peuvent être polémiques, ce que rien n'interdit, mais la guerre faite aux personnes. La chasse aux individus déviants par rapport à la communauté qui travaille au salut de l'humanité, est justifiée par ce noble programme : refaire totalement le monde en refaisant l'exposé total du savoir et de l'information.

C'est pourquoi je pense que WKPD fonctionne comme une secte, créant un monde à part, ce qu'exhibe parfaitement  son logo. Un monde à part où WKPD devient le monde, un nouveau monde où sera recréé entièrement l'exposé du savoir dûment sélectionné et orienté par ses soins, ce qui devrait sauver le monde : sa devise affichée en tête de chaque article, pour solliciter les donateurs.

C'est pourquoi elle fonctionne selon une logique totalitaire.

 Sur le même thème, un document complémentaire


Alithia

 
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 09:46
Contre une idéologie très "tendance" .


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Aujourd'hui il devient nécessaire de défendre que tous n'ont pas les mêmes talents, les mêmes capacités, la même formation, les mêmes savoirs, la même expérience d'un travail et d'un métier. et défendre le métier d'historien contre l'idée que tous peuvent s'improviser historiens, comme ils s'improviseraient, linguistes, archéologues, écrivains, ethnologues, philosophes etc. sans un travail particulier et sans effort, ni respect des règles d'une discipline.

Voilà qui nous concerne.

Citation d'Assouline, de son blog :


Tous historiens ? Funeste démagogie : Elémentaire. Il faut pourtant le rappeler.


     

       "C’est l’esprit du temps qui le dit et le répète ad nauseam : nous sommes tous journalistes, photographes, comédiens, metteurs en scène, politiciens, encyclopédistes… On peut y voir un écho des plus tangibles de la démocratie d’opinion. Mon avis vaut bien le vôtre, les deux valent bien ceux des experts et, après tout, n’y a-t-il pas autant d’erreurs et de contre-vérités dans leurs articles et leurs livres que sur nos sites et nos blogs ? On n’est pas plus démagogue, dût-on se draper pour la circonstance dans le manteau de la participation citoyenne. Et historien, tout le monde l’est ? Aussi. La question occupe sept pages du stimulant essai de Brève histoire du XXIème siècle (175 pages, 13,70 euros, Perrin) de Fabrice d’Almeida.

[...]

l’histoire n’est pas la mémoire, « historien » est un métier, lequel fait appel à des professionnels formé à cet effet, lesquels, outre un certain bagage intellectuel et des outils d’analyse, ont intégré des principes devenus des réflexes, parmi lesquels la distance, le sens critique, la déontologie, le sang-froid, le relativisme et quelques autres, à seule fin non de raconter une histoire mais de dire le vrai."



Elémentaire. Il faut pourtant le rappeler.



ajout le 10/11 : cela dit, discussion fort intéressante sur le blog c'Assouline, avec des arguments forts, pour ne pas dire "irréfutables", de "Mauvaise langue" pour l'accès libre aux archives  pour les non-professionnels . Cette précision méritait d'être apportée, pour la question des archives, ce qui ne remet pas en question le métier, nécessaire pour l'interprétation des archives.

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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 08:56
Inquiétude devant les contre-performances de l'école que nombre  des acteurs de celle-ci attribuent en partie à des réformes pédagogiques aberrantes, fondées sur l'idée de l'auto-apprentissage de l'élève et l'abandon des disciplines .

Où l'on retrouve la question des Humanités et les carences de la formation en ce domaine.



auvergne_s_natoli.jpg
photo S.Natoli l'Internaute


Une réunion s'est tenue au Ministère le 7 novembre dernier, avec des représentants des divers responsables de l'enseignement, syndicats, associations et personnalités, dont j'extrais d'un compte-rendu fait par Jean-Paul Brighelli, visible sur  son blog
"bonnetdane : les passages suivants :

"La lettre d’invitation au ministère ne laissait guère planer de doute sur l’objet de la réunion, et les options : « D’une manière récurrente, des voix se font entendre pour stigmatiser la faillite de l’école républicaine et la destruction programmée de l’enseignement des disciplines, du cours préparatoire au lycée…
«  [...]

D'où
« le souhait du ministre : parvenir — aussi vite que possible — à redéfinir des programmes nationaux clairs et lisibles — sur le modèle de ceux de 1923 : en trois pages,»

[...]
« Catherine Kintzler, jadis auteur d’un ouvrage fondamental sur Condorcet, est passée par la métaphore rugbystique pour expliquer qu’il fallait en revenir aux « fondamentaux » , et, selon son expression, « alléger le cartable » pour alourdir la tête. Certes, a répliqué le ministre — mais cela suppose de demander à des enseignants de faire différemment de ce qu’ils ont toujours fait, dans la mesure où nombreux sont ceux qui, dans les dix ou quinze dernières années, n’ont pas été formés aux « humanités » qui doivent redevenir la clef de voûte des études, du Primaire au Bac
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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 14:41
Le peuple a-t-il droit au savoir ?


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photo E.Prunier l'Internaute


Malgré notre ami wikipedien défenseur de son joujou, qui prétend que ce que dit Milner serait évident, on a affaire à un débat de fond, opposant deux conceptions de l'école, du savoir, de l'apprentissage et de l'émancipation par le savoir et l'étude. A
l'occasion de son analyse de Harry Potter, dans le droit fil de son célèbre ouvrage, " De l'Ecole", il s'agit bel et bien, dans ce texte de MILNER d'une prise de position contre le savoir au rabais et la sous-culture pour le peuple, dont wikipedia est le pire représentant.

Un  article de Natacha Polony  dans Marianne souligne que

Selon Jean-Claude Milner, le clivage fondamental qui structure l'univers d'Harry Potter est l'opposition entre un monde de faux égalitarisme qui condamne l'individu à  l'enfermement et l'école des sorciers qui abolit les déterminismes sociaux par l'apprentissage des savoirs, et notamment du latin et du grec. A travers son analyse, qui fait de l'oeuvre de J.K. Rowling une critique du thatchero-blairisme, Jean-Claude Milner célè¨bre l'éloge des humanités classiques. Et dresse à  sa façon le bilan calamiteux d'une gauche qui, face à la droite ultra-libérale, a cru devoir éradiquer les savoirs au nom de l'égalité (traduisons : une conception erronnée de celle-ci) .

 



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