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Observatoire

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  • alithia
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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17 février 2008 7 17 /02 /février /2008 14:56
Selon un chercheur de l'EHESS  André Gunthert, la brutalité de la chute du Président  jusque là cheri des media en écho et en miroir du peuple qui lui avait accordé sa confiance, relève du dévoilement de son style, révélé par l'arrivée de Carla. Un style qui avait été tenu soigneusement caché jusque là.


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Je le pense aussi.


J'écrivais du reste ailleurs, à propos de l'interview de Carla dans l'Express, que celle-ci  étant désormais convertie en madonne, parfaite épouse et mère, il s'agissait de la construction d'une nouvelle icône.  A l'icône de la femme libre post-68 et délurée, se substitue une autre, celle de la femme du Président selon une volonté de signifier "j'ai changé".  Comme Sarkozy l'avait fait durant la campagne électorale.

Mais le message était aussitôt désamorcé de l'intérieur par le fait même de cette interview qui se révélait en elle-même piégée, plus que jamais mêlant la vie privée et affaires publiques. A
près avoir abusé de l'exhibition dans les media qui commençait à saturer ce "j'ai changé" aurait  été plus crédible s'il avait été signifié par une éclipse momentanée, un éloignement des media. Il aurait fallu donc se taire. Cela eût été un vrai changement. Et pourtant il fallait qu'elle parle et se montre, s'expose encore, puisque le mariage avait été tenu secret, personne ne  l'avait vue en mariée immaculée et devenue toute sage. Elle voulait non l'évoquer et le laiser deviner, mais le montrer en images s'affichant en tous lieux : une nouvelle icône à imprimer dans les têtes voulait se montrer partout. La stratégie de communication adoptée voulait  qu'elle fasse encore un coup médiatique pour annoncer qu'elle avait désormais changé de personnage. Remisée la guitare, les photos de nus aussi, remisant au placard le top-model à l'image passée mais présente partout, un nouveau personnage est né "Madame la-première-dame-de-France" : un faire-part officiel. Mais surtout, une nouvelle icône.


J'écrivais :

" Il s’agit de la construction d’une image de commande  [...]

La seule sagesse eut été le silence, en ces circonstances. Mais Sarkozy ne rime pas avec silence, apparemment. Carla pas sûr non plus que la discrétion et la sagesse qui imposent dans certaines circonstances de savoir se tenir loin des sunlights soient ses principales vertus.

Ils font à eux deux toutes les “une” des magazines, occupent l’espace.

Incapables tous les deux de se taire sur l’affaire du SMS, en tout cas.

La prudence et la mesure selon Aristote, et d’autre part la nécessaire dissimulation de ses désirs, passions et vices privés qui ne doivent jamais se laisser voir en public, selon Machiavel, sont des vertus politiques nécessaires au talent de l’homme politique. Mais elles sont aussi la condition d’un possible exercice du pouvoir, dans tous les cas, et de la démocratie en termes aristotéliciens.

L’excès et l’impudeur nuisent, à l’autorité politique et à l’exercice du pouvoir."

 


Construction d'une image, pour une politique post-moderne qui avait depuis toujours oublié , ignoré, Aristote et Machiavel et tous les préceptes de l'histoire et de la politique classique.

 

Le bon mot du Monsieur qui la surnommerai, dit-on, Carla da Medici n'a oublié qu'une chose : le talent politique florentin est du côté de Machiavel et n'a jamais été du côté des  princes Medicis incités par le grand florentin à laisser leur cour et entrer dans l'histoire en devenant les artisans d'un Etat réalisant l'unité italienne et "délivrer l'Italie des barbares".


André Gunthert explique la chute par la visibilité soudaine d'un style. Il dit s'opposer à l'explication de Christian Salmon par le recours au "story telling" soit la technique qui permet de tranformer la politique en art de raconter des histoires mises en scène ad hoc, ou la vie  politique mise en récit comme des contes : une véritable stratégie pour faire oublier le réel .


Christian Salmon pense que l'histoire de la rencontre à Dysney est écrite comme un conte de Noël. Mickey a rencontré Blanche-Neige avant Noël, ce fut le coup de foudre.

 


et ce conte relève de la technique du "storytelling" : 


" Depuis son élection, Nicolas Sarkozy nous raconte des histoires : des histoires de rencontre et de séparation, de succès et d’échec, peuplées de victimes méritantes et de héros anonymes. Certaines se terminent mal comme le divorce avec Cécilia, d’autres connaissent un happy end comme la libération des infirmières bulgares. Il y a des épisodes fabuleux comme ce conte de fées où l’on voit une cendrillon de banlieue, la ministre de la Justice Rachida Dati, se transformer en princesse moderne dans Paris Match avec la complicité de grands couturiers. L’idylle avec Carla Bruni fournit un nouveau rebondissement dans la vie passionnante et passionnelle de Nicolas Sarkozy. Elle arrive au bon moment après une semaine calamiteuse au cours de laquelle c’est Khadafi, le grand méchant loup du conte de fées, qui a fait l’actualité. En quelques heures l’attention des médias s’est déplacée du vilain Khadafi à la belle Carla. Bref, il se passe toujours quelque chose avec Sarkozy : une ex-mannequin chasse une autre ex-mannequin… Il n’y a guère que les pauvres petites filles riches comme Cécilia pour s’ennuyer à l’Elysée."


l'explication  :


" Sarkozy applique les techniques de contrôle des médias que le Bureau d’information de la Maison-Blanche a mises au point progressivement depuis Reagan, jusqu’à Bill Clinton et George W. Bush. Dick Cheney l’actuel vice-président, l’exprime sans détour : « Pour avoir une présidence efficace, la Maison-Blanche doit contrôler l’agenda. Si vous laissez faire la presse, ils saccageront votre présidence… » Dans ce but, à Washington, le pouvoir présidentiel doit inventer chaque jour une bonne histoire, la story du jour qui capte et focalise l’attention des médias et du public."  voir[ source ]



L'analyse d'André Gunthert s'en distingue, car il pense que c'est la révélation d'un style caché qui fait l'essentiel de l'affaire de la perte de confiance :


" Si l'on cherche à démêler les raisons du brutal retournement qui affecte l'aura présidentielle depuis le début de l'année, à travers les nombreux articles qu'y consacrent les médias, on finit par comprendre que, derrière la plongée des sondages, les journalistes ont un aliment solide. Celui-ci est apporté par les "remontées de terrain" que leur livrent leurs contacts politiques de retour de leur fief. Rendus plus sensibles aux signaux de l'opinion publique par la proximité des échéances municipales, les notables de droite reviennent avec un message catastrophé émanant de leur propre électorat. Au premier rang des mécontentements, l'abandon de l'objectif d'augmentation du pouvoir d'achat. Appuyé sur la réalité du porte-monnaie, confirmé par la terrible phrase des “caisses déjà vides”, ce constat paraît relever d'une analyse raisonnable. Plus surprenant est la récurrence, dans la série des récriminations, de la liaison du président avec Carla Bruni. Au-delà du conservatisme des papys et mamies, choqués d'un remariage si expéditif, comment expliquer objectivement le poids de cet argument répété dans les témoignages de terrain?

[...] 

[La réception de l'histoire avec Carla ] me paraît impossible à comprendre, sauf par l'intermédiaire de la question du style, où elle intervient comme un ingrédient majeur.

[...]
il ressort bien des réactions de l'électorat que cet agent pèse de façon déterminante. Durant la campagne présidentielle, les stories concoctées par Guaino, les éléments du programme et la gouaille du candidat avaient fabriqué un style gaullo-chevènementiste tout d'énergie et de coups de menton. Dès le lendemain de l'élection, les Français étaient trahis par un président qui avait promis de se retirer dans un monastère pour “habiter la fonction”, mais préférait cultiver son bronzage sur un yacht de milliardaire. Ceux qui avaient élu Astérix se retrouvaient avec Aldo Maccione. Or, le personnage de jet-setteur coureur de jupons qui a défrayé la chronique des six derniers mois avait été soigneusement caché pendant le premier semestre de l'année 2007. [...]

 


Non sans raisons. Le style, c'est l'homme, disait déjà Buffon. Barthes, soupçonnait qu'il n'était pas si facile de soustraire la manière de la matière. Mais c'est probablement Umberto Eco qui aura le mieux perçu, à propos du Comte de Monte-Cristo, la nature organique du lien entre fond et forme, la “valeur structurale” de l'intervention stylistique (De Superman au surhomme, Grasset, 1993). Tel est bien le cas avec Sarkozy, premier président de la République à incarner l'essor d'un style, le fameux "bling-bling" – expression jusque là réservée au monde du hip-hop, appelée grâce à lui à caractériser une dérive sociétale, sorte d'adaptation à l'univers des nouveaux riches du "tout est permis" de Netchaïev.


Le mariage avec Carla Bruni constitue l'apothéose de l'appropriation structurale du style chez Sarkozy. Plutôt que la manipulation de joujoux superficiels, montre Breitling ou lunettes Ray-Ban, épouser cette figure warholienne, ce rêve de camionneur, faire sienne cette incarnation de la jet-set traduit la volonté naïve et désespérée d'assimiler à sa propre vie, à sa propre chair, ce monde si désiré. Dans son gros bon sens provincial, la droite française ne s'y est pas trompée. Cet écart-là aura été l'écart de trop." [voir]



Personnellement je ne vois pas d'opposition entre ces deux explications. Une stratégie de communication, cela ne fait pas de doute. Importée des Etats-Unis comme une technique d'occupation de tous les media, certes. Ce qu'il fit. Mais une technique mal assimilée, comprise comme un truc vite adopté, et puis mal appliquée, de manière irréfléchie, trop vite et sans discernement ni ajustements. La technique a été adoptée sans réfléchir au contenu qu'il convenait de lui donner, ni de quelle matière devait être faite cette occupation de l'espace mediatique. Le glissement de la politique dans le supposé conte de fées n'a pas forcé l'adhésion admirative des foules naïves, mais le rejet.


La ligne a été franchie et, derrière les récits soigneusement montés, le style de l'homme est apparu : on s'apercevait qu'on avait moins affaire à un homme politique qu'à un homme d'affaires en quête de réussite pour qui le pouvoir était la voie d'accès à cette réussite là, résumée par l'argent et tous ses signes extérieurs, la belle femme "en vue" dans le media comprise dans le tableau de chasse
. Il voulait une icône à la Warhol à ses côtés, pour parfaire un rêve de macho enrichi. Pas digne d'un Président de la République.


Alithia 
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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 12:09

La dépolitisation  s'accélère avec notre nouveau président au point qu'on croit assister à un  naufrage de la politique. La politique où tout se décide au sommet et hors débats, semble éclipsée par la mise en scène des péripéties de la vie privée du prince et par l'appel constant à l'émotion.


undefinedphoto G. Perinaud l'Internaute


Un article de Daniel Schneidermann dans Libération parle de l'actuelle tentative de transformer la République française  en une sorte de principauté à la façon Grimaldi donnant à voir au bon peuple ses amours et ses peines. Ou de l'utilisation des événements de la vie princière pour nourrir l'imaginaire populaire  et émouvoir. Distraire de l'actualité pas toujours brillante avec la vie de Cour et émouvoir avec des amours supposées extra-ordinaires entre célébrités supposées faire rêver : serait-ce la moderne formule des jeux du cirque ?


Depuis quelque temps en effet, les annonces et événements mis en avant et répercutés par les media ad nauseam sont situés dans le seul registre de l'émotion. 


L'actualité semble se résumer à un slogan : tout pour l'émotion, tout est émotion et rien qu'émotion.  Exactement comme pour l'évocation de l'histoire et la formation de la mémoire historique dans les écoles. Il s'agit d'émouvoir et culpabiliser, et non pas de réfléchir et comprendre. Les consignes venues du haut de l'Elysée intimant aux enseignants la manière dont ils devraient s'y prendre pour enseigner l'histoire, préconisent de se placer dans le seul registre de  l'émotion. Ce qui fut fait pour Guy Môquet. Ce qui recommence  avec la charge  émotionnelle macabre d'un enfant de Shoah placée sur les épaules des petits de l'école primaire : un fantôme attribué à chaque petit français (on suppose non clandestin, car les clandestins ne sont pas appellés à rester !) le fantôme d'un enfant mort qui pèse sur les épaules d'un enfant culpabilisé. Aberration historique et psychologique. On n'a pas le droit d'instrumentaliser les enfants et  l'histoire en jouant de la seule émotion et en provoquant la culpabilité.

Les professeurs critiquent cet appel à l'émotion en guise de formation de la mémoire historique.

Simone Veil l'a dit en des mots très clairs.  « Mon sang s’est glacé. C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger ça à des petits de dix ans, on ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter.»


Au sujet de la "peopelisation" de la politique, Schneidermann précise que l'Express vient d'être racheté par un groupe de presse belge qui comprend aussi Point de vue images. Ainsi, en une sorte de partage du travail complémentaire, l'Express glisse à tout allure vers le magazine people. C'était l'Express déjà qui avait annoncé les photos de la sortie chez Mickey. Elles parurent dans Point de vue.

Aujourd'hui réitération de l'opération avec l'interview de Carla qui s'occupe de reconstruire  Carla en madonne impeccable, dessinant l'image lisse d'une femme dévouée, épouse fidèle et responsable, image angélique qui même promet de s'occuper de nous en politique avec sérieux.

Ciel !


Pendant que le peuple est censé s'émouvoir au spectacle des peines et des amours des grands et surtout du prince qui nous gouverne, il ne reste plus vraiment l'envie ni le temps de commenter longuement la réforme du Code du travail, le traité de Lisbonne et l'Europe, le sort des universités et de la recherche, les salaires et l'emploi, les clandestins pourchassés, le sort de la démocratie et de la laïcité. 

Tout l'espace est occupé par la vie privée du président qui prend seul toutes les décisions par-dessus la tête des ministres et des institutions.

Aujourd'hui  la limite est dépassée : réaction de Villepin, Bayrou, Royal et d'autres hommes politiques encore de tous les grands partis (voir Marianne :
"Pour une vigilance républicaine") en défense de la république et de la laïcité, prévenant des dérives vers un pouvoir personnel .

Daniel Schneidermann écrit dans Libération :

" la palme de la sidération revient à l’Express. Heureux hasard : l’hebdo, qui se cherchait depuis quelques années une identité, vient de tomber sous la coupe d’un groupe belge, Roularta, lequel comprend aussi un magazine purement people, Point de vue. Les synergies de groupe peuvent donc jouer à plein. A toi les photos, à moi l’accompagnement politico-intellectuel de l’opération.


Davantage encore que la pauvreté du contenu, c’est l’esthétique de l’ensemble des huit pages consacrées à la-première-interview-de-la-première-dame (hosanna !) qui trahit le basculement de l’Express. Ainsi le magazine de Christophe Barbier, cette semaine, réussit-il l’exploit d’offrir en couverture une photo de l’ex-modèle, davantage encore retouchée au Photoshop que celle de Paris Match, son désormais concurrent dans les maisons de la presse. Quant aux pages intérieures, tout n’y est que perfection et éternité, liftage et reliftage, des photos jusqu’aux réponses elles-mêmes, ciselées et reciselées par Bruni (de l’aveu même de Barbier) jusqu’à être, telles quelles, adaptables en chansonnettes. Couronnant l’ensemble, il faut avoir vu Christophe Barbier, sur le site de l’hebdomadaire, louer dans le making of la « beauté éternelle » de Carla Bruni-Sarkozy.
 


L’opération aurait pu réussir. Elle a d’ailleurs en partie réussi [...] Entendez bien, bon peuple, et esbaudissez-vous : elle a dit agapè. Connaissez-vous l’agapè ? Chroniqueurs, exégètes, à vos dictionnaires ! Damnation, où sont-ils donc ? Ils n’avaient pas resservi depuis Mitterrand. [...]


L’opération était presque parfaite, n’était une vilaine bavure qui a échappé à l’escouade des retoucheurs : Bruni a dérapé au dernier moment sur l’affaire du SMS, assimilant le Nouvel Obs à la presse collaborationniste."

Du même on pourra lire encore : paradoxes de la dégringolade

Toutes réflexions et interrogations qui jamais ne figureront dans notre chère wkpd qui jamais ne cite une analyse pertinente mais s'applique avec méticulosité et systématicité, à censurer, araser, banaliser tous les événements imortants qui méritent question et toute idée s'interrogeant sur les causes et le sens de ces événements. La ligne éditoriale spontanée de wikipedia est de ne surtout jamais jamais en présenter une quelconque analyse .

C'est le règne de la bêtise et de la censure spontanées. Car il est vrai qu'aucun groupe précis et pré-constitué ne la compose . Non, la censure de l'intelligence et de la vérité sont parfaitement spontanées. Mais  au total on a tout de même platitude, banalisation de tout, et orientations idéologiques fumeuses et faites de propagande pour les idées les pires.


Alithia
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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 13:37
Un cas à part : des écrivains boycottés ; du jamais vu dans un Salon du Livre.



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photo P. Oltra l'Internaute

Des militants palestiniens lancent un mouvement de boycott d'Israël et de ses écrivains, en Italie, via l'extrême-gauche qui leur est liée.


Un mouvement palestinien
(ISM) dont Omar Barghouti est le porte-parole, qui, vu d'ici du moins, apparaît très radical (il milite pour mettre fin au sionisme et pour la dispartion de l'Israël) et qui a ses relais en France, en Italie, dans des organisatons d'extrême-gauche, a décidé de boycotter Israël, à l'occasion du Salon du Livre qui doit se tenir en mai à Turin.   Chaque année, un pays est choisi pour être l'invité d'honneur. Le Salon du Livre italien a fait cette année d'Israël son invité d'honneur pour cause du 60° anniversaire de la création de l'Etat.


P Assouline sur son blog présente l'histoire : l'extrême-gauche italienne, a vite rejoint et relayé le mot d'ordre venu de cette organisation, soutenue par les islamistes, tel T.Ramadan et se lance dans un mouvement de boycott de tous les écrivains israéliens invités.




Paradoxe politique et violence faite à la culture : voilà que pour dénoncer la politique d'un pays et de son gouvernement qu'ils désapprouvent, ils entendent empêcher l'invitation de ses écrivains.



Punir les écrivains d'un pays pour marquer un désaccord politique et en signe de protestation contre un Etat et à la place de celle-ci, n'est-ce pas se tromper d'adresse et rabattre complètement la politique sur la vie intellectuelle et artistique ?  Cela ne s'est jamais fait et ne s'imagine même pas. Mais dans le cas présent il s'agit d'un pays auquel l'extrême-gauche entend réserver un traitement à part, par bannissement de ses écrivains de rencontres internationales autour du livre, puisqu'il s'agit d'Israël.

 

Cet événement m'a inspiré la réflexion ci-dessous, greffée sur la remarque d'un commentaire  qui disait : “Etrange comme l’extrême droite et l’extrême gauche se rejoignent, sur cette détestation d’Israël.”

 

 

“Etrange comme l’extrême droite et l’extrême gauche se rejoignent, sur cette détestation d’Israël” et qui semblent justifier l’injustifiable d’une seule voix.

 

Car qui a déjà boycotté et quand, non pas un pays pour sa politique (ce qui se comprend, et hors de la question de savoir si Israël le mérite ou non, ce qui est encore une autre question) mais les seuls écrivains de ce pays, punis pour une politique dont ils ne sont pas responsables ?

 

Vis à vis des dictatures, lorsqu’elles sont condamnées publiquement, politiquement, la règle est au contraire de soutenir, les écrivains qui y vivent et y écrivent. Toujours. Là, cette campagne de boycottage, consiste à la fois à épingler Israël comme un Etat diversement qualifié en l'occurrence et à qui sont attribuées diverses fautes qui mettent à mal la démocratie et condamner sa politique, et condamner les écrivains qui appartiennent à cette société gouvernée par cet Etat et ce gouvernement tel et tel, en les punissant, eux, pris comme emblème de leur gouvernement.

 

Israël est un cas unique dans le traitement qui lui est réservé, de la part d’organisations s’occupant de faire connaître le livre où pour désapprouver une politique d’Etat, ce sont ses écrivains que l’on punit.

 

Lorsque le prix Nobel est Chinois, l’auteur est encensé, à double titre.  Comme écrivain et comme résistant à un régime politique dont il se distingue. Et tout le monde se réjouit : pour la littérature et au nom de certains principes politiques permettant tout à la fois, le cas échéant, l’expression d’un  message politique et d’un jugement susceptible de contribuer à une cause qui relève plutôt de la défense de la liberté contre la dictature.

 

Pour Israël, rien de tout cela.
Les partisans du boycottage veulent à la fois dénoncer (à tort ou à raison, car une fois encore, la question mérite d’être traitée pour elle-même) la politique d’un Etat et punir les écrivains du pays, à la place de celui-ci (qu’ils voudraient bien punir mais ils n’ont rien trouvé de mieux), sans aucun égard pour le fait que les principaux écrivains cités dans le billet de P.A., les plus connus sans doute, sont tous des pacifistes et ne peuvent être traités en aucun cas de vouloir la mort des Palestiniens.

 

C’est cette confusion qui est insupportable. Ne peut-on exprimer la critique, voire la condamnation d’une politique de manière politique, et autrement qu’en s’en prenant à la pensée, à l’écriture, à la littérature ?

 

Une fois encore cela revient à traiter l’Etat d’Israël en “juif des nations”, le traiter d’une manière spécifique, à lui seul réservée, par des actions relevant du seul discrédit, cherchant à lui faire injure via le rejet de ses écrivains ?

 

N’aurait-on pas honte à la seule idée de boycotter des écrivains Afghans, Pakistanais, Saoudis ou autres Chinois, Birmans etc. pour leur faire payer à la place de leur gouvernement des fautes, des crimes ?

 

Il n’y a que pour Israël que la honte du geste n’effleure même pas l’esprit des partisans de cette action, ni non plus le doute de se retrouver en si bonne compagnie avec les antisémites classiques, les fascistes, ou les nouveaux, islamistes plus ou moins soft.

 

Quoi qu’on pense du gouvernement d’Israël, il y a tellement d’autres manières de dénoncer sa politique si on le souhaite, et de le faire savoir publiquement, dans des pays où la liberté d’expression existe, que le choix de cette forme de protestation, pour ceux qui entendent protester, est éminemment suspecte et quelque peu atterrante de la part de gens qui se disent d’extrême-gauche, et révèle un profond malaise dans la civilisation.

 

Hegel affirmait que les peuples, comme les individus, n’apprennent rien de l’histoire, puisque, les situations étant toujours nouvelles ce qui devrait être fait afin d’éviter le pire n’est jamais déjà-là comme solution toute-prête. D’où la perte de mémoire, l’incapacité à comprendre le présent, l’errance et la répétition, qui existent bel et bien dans l’histoire.

La répétition des erreurs et des errances (tel Hitler répétant l’erreur de Napoléon lors de la campagne de Russie, qui se fit piéger par le “général hiver”) est possible, sinon certaine.
Il avait raison et c’est en quoi l’histoire est tragique, démontant l’inanité des bonnes intentions exprimées dans le cri “plus jamais ça”. On voudrait pouvoir y croire, mais justement … ça recommence, quelques signes d’une ambiance délétère qui s’installe.

 

L’Europe se proclame , se croit, vaccinée de la haine et des crimes d’antisémitisme, pour cause d’expérience du nazisme et en plus depuis que le Vatican, avec le Concile Vatican II , a mis au clair ses positions rompant avec l’anti-judaïsme historique.

 

Mais point du tout. L’erreur se répète, extrême-droite et extrême-gauche confondues. Avec l’aide des islamistes, ensemble ils se rejoignent pour proférer sans complexes injures et insultes que la bien-pensance oublieuse voudrait croire devenues impossibles après le nazisme et l’extermination des juifs d’Europe.

 

J-Cl. Milner dans sa lucidité clairvoyante explique et démontre tout au contraire les raisons et de la nécessité de lever l’oubli des “Penchants criminels de l’Europe démocratique” dans son livre du même nom, car la réalité de l’oubli, indéniable, est précisément le terreau d’une haine renaissante, appuyée sur une bonne conscience à toute épreuve, sous prétexte d'engagements militants, ou même sous aucun prétexte.

 

Ceux qui ont cette funeste idée de boycotter les écrivains d’un pays, -seule démocratie de la région par ailleurs ; et personne ne dira que le fait démocratique met un Etat à l’abri de crimes possibles, l’histoire l’a suffisamment montré ; je ne veux certes pas par là faire de la démocratie une garantie à toute épreuve- ceux-là donc ne savent pas ce qu’il font, de quelle mécanique infernale ils participent , car l’antisémitisme qu’ils cachent aujourd’hui sous le terme d’antisionisme, est toujours annonciateur de catastrophes. Pour tous. 

 

L’histoire du XX° siècle devrait l’avoir suffisamment montré. Mais les hommes n’apprennent rien, Sisyphe n’en finit jamais de remonter son rocher.

 
 

Quel rapport avec wikipedia se demandera peut-être le lecteur ? C'est très simple : j'y vois le même mouvement de rencontres dites improbables mais pourtant tout à fait réelles où se conjoignent extrême-gauche et extrême-droite autour d'un antisémitisme renaissant dans la société dont les milieux islamisés ne sont pas exempts et face auquel l' extrême-gauche est aveugle et totalement irresponsable. Le même phénomène se constate sur wikipedia, qui est à prendre au sérieux, car il s'agit d'un signe des temps.

 

Alithia

addendum le 7 fev . Nouvelles d'Italie

D’Italie, la Repubblica , traduction rapide du compte-rendu des événements qui ont bouleversé l’Italie et fait couler beaucoup d’encre. Où il est établi que Ramadan ment, et que toute la gauche jusqu’ aux communistes et à la gauche des communistes compris, se démarque de l’initiative de boycott et la condamne.

 

1) Ramadan ment :
Questa volta, però, sono i vertici della Fiera del libro, nella loro linea della fermezza, a passare all´attacco contro chi continua a fraintendere, a fare finta di non capire, a strumentalizzare e a gettare veleni. Il presidente Rolando Picchioni e il direttore Ernesto Ferrero se la prendono con la notizia «erronea, arbitraria e tendenziosa, ripresa fra gli altri dall´intellettuale e scrittore Tariq Ramadan, che la fiera abbia originariamente designato l´Egitto come paese ospite per l´edizone 2008, e successivamente si sia cambiata opinione e scelto di celebrare Israele, poiché quest´anno ricorre il sessantesimo anniversario della creazione di questo stato». Non è così. Lo slittamento al 2009 dell´Egitto, come ripetuto peraltro in varie occasioni, «è dovuto soltanto al fatto - spiegano Picchioni e Ferrero - che l´anno prossimo si terranno alla Reggia di Venaria Reale e a Palazzo Bricherasio alcune grandi esposizioni dedicate agli Egizi. Si è pertanto voluto, con il beneplacito delle autorità egiziane, cogliere l´opportunità di accorpare quegli eventi a Librolandia».

 

C’est maintenant au tour des plus haut responsables du salon d’exprimer leur position avec fermeté et de passer à l’attaque contre ceux qui continuent à ne pas comprendre et feignent de comprendre de travers, qui persistent à instrumentaliser et à distiller leur venin.

 

Les directeurs du salon du livre Pucchioni et Ferrerro démentent les propos de T Ramadan qui avait prétendu “de manière erronée , arbitraire et tendancieuse” qu’intitialement l’Egypte avait été retenue comme pays invité et qu’ensuite le salon aurait changé d’avis pour célébrer Israël en raison du 60° anniversaire de sa fondation. Les faits sont autres. Il se trouve que l’année prochaine doivent se tenir de grandes expositions consacrées à l’Egypte et que, avec l’accord de l’Egypte elle-même, il a été jugé qu’il serait bienvenu de choisir cette occasion pour regrouper avec le salon du livre, les manifestations consacrées à l’Egypte.

 
2) La gauche dénonce l’initiative de boycott ::
 

la Sinistra arcobaleno ha presentato un ordine del giorno in cui si definiscono «sbagliate le iniziative di boicottaggio». Il salone del libro, rammentano Gian Pietro Clement (Rifondazione comunista), e Luca Robotti (Comunisti italiani), primi firmatari, «è, dalla nascita, luogo in cui le differenti culture e pensieri hanno la possibilità di incontrarsi, confrontarsi e conoscersi».

 
la gauche de l’arc-en-ciel a défini comme “erronnées les initiatives de boycott”
 

Quant à Rifondazione comunista et les Communistes italiens, premiers signataires de l’invitation ils rappellent que “depuis le début le salon est un lieu où les différentes cultures et pensées ont la possibilité de se rencontrer, se confronter et de se connaître. ”

 
il regista e presidente del Torino Film Festival Nanni Moretti che ha definito il boicottaggio “indifendibile”.
Le metteur en scène et président du Festival du film de Turin Nanni Moretti a défini le boycott comme "indéfendable".
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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 13:09
sur le blog Mezetulle de  Catherine Kintzler  professeur de philosophie , l'article de celle-ci, après les déclaration du Président à St Jean de Latran et en Arabie Saoudite




Laïcité: Sarkozy franchit la ligne rouge
par Catherine Kintzler
article publié par Marianne en ligne le 19 janvier 08
En ligne le 27 janvier 2008


Loin d'atténuer les déclarations du « Discours de Latran », le discours tenu le 14 janvier par le Président de la République à Ryad les renforce.

Aucun Président n'avait osé une telle célébration des religions. Aucun n'avait osé prononcer le nom de « Dieu » autrement que comme un nom commun, un concept ou dans des expressions courantes : cette fois il a été, à plusieurs reprises, assumé comme une entité à laquelle il faut croire. Une ligne rouge est franchie.


Confusion entre tolérance et laïcité
« Voilà bien une indignation partisane inspirée par l'intolérance laïque », ne manqueront pas de dire les inconditionnels du sarkozysme. C'est qu'ils répandent une idée fausse, selon laquelle la laïcité serait un dispositif antireligieux faisant obstacle à la tolérance. C'est qu'ils confondent laïcité et tolérance.
Le principe de laïcité touche l'autorité publique, ce qui relève de l'Etat et de ses institutions, du droit et de sa production. Ce principe est minimaliste : il dit que le lien religieux n’est pas nécessaire au lien politique qui fonde la cité ; en conséquence il impose un devoir d'abstention à la puissance publique en matière de croyances et d'incroyances. Cette abstention fonde, partout ailleurs dans la société civile, la liberté des opinions, des croyances et des incroyances dans le cadre du droit commun. Par son silence, le principe de laïcité libère l'espace civil où règne le principe de tolérance. La laïcité ne s'oppose aux religions que lorsque celles-ci prétendent faire la loi. Pour la même raison, elle ne peut tolérer aucune religion civile : la loi ne peut pas être un dogme.

S’appuyer sur le rejet du laïcisme pour accréditer le communautarisme
Présenter la laïcité comme une machine antireligieuse, c'est la confondre avec le laïcisme qui veut soumettre la société civile au principe d'abstention propre à la sphère publique. Le raisonnement sarkozien s’autorise alors de cette confusion pour réclamer à l’inverse une laïcité « positive », qui mettrait la puissance publique au même régime de tolérance que la société civile. Cela revient à briser le modèle politique qui en France conditionne une grande partie de la liberté d'opinion ; c’est promouvoir les religions ès qualités au statut d’interlocuteurs politiques, c’est ouvrir la voie au communautarisme, c’est accepter qu'une doctrine officielle se répande au sujet de la croyance.
Il y a là un projet qui tend à l'alignement de la France sur un modèle dont on oublie trop souvent les lacunes.

La réussite laïque
Car il y a trois choses que le régime de laïcité réussit seul à faire, et qui échappent au modèle de tolérance tous azimuts sur lequel semble lorgner le Président de la République.
1° Le régime laïque rend impossible toute officialisation du religieux (ou de l’athéisme) ; les religions sont protégées contre l’Etat et réciproquement. En outre, il y a égalité morale entre les croyants, et aussi entre les croyants et les incroyants.
2° Le régime de laïcité est incompatible avec le communautarisme. Les communautés (religieuses ou autres) peuvent s'organiser librement, elles jouissent d'un statut juridique et ont toute liberté d’expression, mais elles ne peuvent pas prétendre à la reconnaissance politique, réservée aux citoyens et à leurs représentants élus.
3° La laïcité ouvre un espace civique et critique commun. Elle demande à chacun, d'abord à l'école puis comme citoyen, de faire un pas au-delà de son origine, de faire un effort pour ne pas se réduire à une appartenance préalable à laquelle personne n'est tenu de renoncer.

Un gourou indiscret
Comme individu, N. Sarkozy jouit de la tolérance qui s'applique à la société civile. Mais le Président s’exprimant en tant que tel n'a pas la même liberté.
En célébrant l'esprit religieux, en déclarant que « Dieu est dans le cœur de chaque homme », que l'espérance est indissociable de la croyance, en réduisant les religions au désir de transcendance, le Président commet une effraction dans un domaine qui devrait rester inviolable. Tel un gourou, il prétend délivrer une vérité sur la conscience de chacun, et blesse en cela autant les croyants que les incroyants. Nous n'avons que faire d’une profession de foi indiscrète : qu'il nous laisse prendre nous-mêmes soin de notre âme et qu’il s’attache plutôt à rendre l’espoir aux Français, ici et maintenant. Il n'est pas toujours mauvais, lorsqu'on vous montre la Lune, de regarder le doigt.
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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 17:08
L'écrivain Patrick Rambaud écrit dans le nouvel Observateur cette semaine :

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" Peu avant sa disparition, le roi Mitterrand avait dit : «Je suis le dernier. Après moi, il n'y aura que des comptables.»

La prophétie s'accomplissait. Les chiffres avaient vaincu les mots, et les ministres allaient être notés. La Culture n'y échappait point : un cabinet de consultants en stratégie, Marx Brothers & Co, devait recenser le nombre des entrées gratuites dans les musées, la part de marché des films, le nombre d'heures de programmes culturels à la télévision, l'audience, le volume dépensé pour le patrimoine. Le nombre ! La quantité ! Il devenait indécent d'évoquer la qualité."
[fin de citation]



Nous  sommes écrasés par le règne de la quantité, en sarkozie comme en wikipedie. 

La résistance a commencé.

Alithia
 
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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 16:33
Une critique de wikipedia encore, digne d'être mentionnée, car elle est fine et intelligente , à partir de la recension d'un livre , celui des étudiants de Sciences Po, déjà mentionné.



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photo Narvaez l'Internaute

L'auteur du compte rendu : Scénariste, cinéaste, Yannick Rolandeau est l’auteur de Le Cinéma de Woody Allen , L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.



[...]

Pierre Assouline, journaliste et romancier, auteur de nombreuses biographies (Albert Londres, Hergé…), chargé de cours à l’Ecole de journalisme de Sciences-Po à Paris, a dirigé cette étude. [i.e. : de
Pierre Gourdain, Florence O’Kelly, Béatrice Roman-Amat, Delphine Soulas et Tassilo von Droste zu Hülshoff]

Sa préface est écrite au vitriol et il ne mâche pas ses mots. Il y critique vertement les inexactitudes, maladresses (il rappelle que la notice sur le journaliste Albert Londres commençait par «Journaliste juif français»), contre-vérités, mais aussi l’esprit de recherche, de vérification et de croisement des sources d’information que l’encyclopédie en ligne «tue tout doucement». La neutralité de Wikipédia, clame-t-il, relève plus du registre du consensus mou que de l’objectivité ou de la rigueur intellectuelle.

Critiquant la violence des réactions à la parution de l’article que Frédéric Roussel consacra dans Libération à l’étude, il écrit : «Eût-on voulu démontrer que nombre de wikipédiens ont des comportements dignes de membres d’une secte que l’on ne s’y serait pas pris autrement. La pensée unique règne sans partage parmi cette communauté d’internautes comme j’ai déjà pu m’en rendre compte ces dernières années chaque fois que j’ai eu le malheur de consacrer un article à Wikipédia sur mon blog «La République des livres»». (pp.17-18)

[...]


L’enquête pointe donc les inconvénients d’une telle encyclopédie où tout un chacun peut intervenir sur un article
[...] 
le copier-coller que les lycéens et étudiants pratiquent à foison pour leurs devoirs, en reproduisant bien entendu des pages truffées d’erreurs ! Sans parler de la paresse intellectuelle. Le phénomène Wikipédia est tel qu’il suscite la méfiance de la part de professeurs exaspérés."

L'article  poursuit en citant les déformations volontairement introduites et divers autres problèmes et malhonnêtetés, dont les usurpations de titres, inévitables, puisque wikipedia essaye de faire croire qu'elle comprend des universitaires parmi ses contributeurs. Ce qui faux. (voir sur le blog
ce que révèlent les statistiques de wikipedia) .


Il poursuit :


" L’enquête met aussi en regard la non-hiérarchie des informations où l’on peut trouver des résumés de biographies d’actrices pornographiques aussi longues que celles de philosophes. C’est la pagaille ; tout le monde peut faire part de ses lubies ou de ses névroses au monde entier. A cela, il faut ajouter que Wikipédia peut offrir des tribunes déguisées à des idéologies religieuses comme l’Eglise mormone ou les Témoins de Jehovah.


Tout cela n’est pas sérieux. Le livre pointe bien les multiples défauts d’une telle encyclopédie mais sans aller cependant jusqu’au bout du phénomène. Il est vrai que Wikipédia joue sur l’idéologie anti-élitiste et favorise le culte de l’amateur en jouant du relativisme culturel. Il apparaît que l’encyclopédie peut ainsi se développer telle une pieuvre sous prétexte de démocratisme sans verser un seul euro à ses nombreux collaborateurs, façon habile de répandre son idéologie gratuitement et en faisant travailler les autres. Le côté bon enfant dont les collaborateurs et administrateurs s’affublent et s’autocongratulent - les «rhinocéros laineux» (wikipédiens qui se sont inscrits ou qui ont commencé à contribuer avant la fin de 2005) -, ou le décernement de médailles comme s’ils étaient des chevaliers du Moyen âge (médaille de l'ordre des chevaliers de la Wikimaintenance) a quelque chose du gamin accro aux jeux de rôle. On pense aussi aux «gentils organisateurs» du Club Méditerranée... Tout cela vient en droite ligne de l’idéologie new-âge avec un côté bien-pensant si à la mode de nos jours mais terriblement répressif si vous n’allez pas dans son sens.

Comme le rappelle Pierre Assouline, un essayiste américain, Jaron Lanier, va jusqu’à dénoncer la dimension collectiviste de l’encyclopédie sous le nom de «maoïsme digital». Comme le fondement d’une communauté idyllique à l’échelle mondiale avec son esprit sectaire si particulier. Les auteurs de l’étude ont été jusqu’à interroger un adepte, «Esprit fugace», dont les idéaux gauchisants et libertaires corroborent cet idéal naïf de gratuité et de libre-échangisme au niveau du savoir sans que personne ne s’en détache ou n’en émerge. Cette idéologie va dans le sens d’un autre site, amillionpenguins, qui propose aux visiteurs de contribuer à l’écriture d’un roman en ligne sans que personne ne puisse en revendiquer la propriété. Car sans doute, comme on sait, «la propriété c’est le vol !» Il reste que l’esprit de Wikipédia risque de faire tache d’huile.

Derrière ce ton bon enfant, se cachent pourtant parfois des mesures répressives comme l’exclusion d’intervenants pour des motifs pour le moins fort légers (voir le lien en fin de page). Pierre Assouline rappelle ainsi que l’informaticien David Monniaux, l’un des administrateurs, supprima dans un premier temps l’accès de l’Ecole de journalisme de sciences-Po à Wikipédia en bloquant l’adresse I.P. Comme d’habitude, plus on se targue d’être ouvert et plus on se permet de censurer pour de bonnes raisons : on est dans le bon camp !

Face à cela, un des cofondateurs de Wikipedia, Larry Sanger, a lancé Citizendium, une encyclopédie concurrente, également participative et gratuite, mais qui passe par la validation d’experts. Ce qui est déjà plus sérieux. D’autres sites se sont moqués de Wikipédia comme Désencylopedie, «la source en pleine évolution d’informations utiles et fiables, écrite entièrement par des singes savants». Mais l’étude rappelle des propos d’Alain Rey, lexicologue : «wikipédia conserve l’idée de pédagogie, mais oublie le cercle, et le remplace par wiki, un mot hawaïen –Hawaï la patrie du surf ! Wiki signifie «vite» et ce n’est pas un hasard, car Wikipédia, c’est le zapping généralisé (p.103)

Ce livre, s’il reste un peu trop léger dans son approche globale, tente tout de même d’éroder le mythe Wikipédia et son côté libre-service sympa."


Yannick Rolandeau

source  site parutions.com  ; il cite le présent blog en référence lui aussi.

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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 09:49
Un livre sur la consommation de télévision par les enfants. La consommation de télévision semble souvent excessive, surtout pour de très jeunes enfants. L'auteur s'interroge sur ses potentielles nuisances et y voit un véritable danger pour la santé  psychique.

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photo J.Gueho l'Internaute

Questions à Jean-Philippe Desbordes, journaliste auteur de Mon Enfant n’est pas un cœur de cible.
 

 

Son livre manifeste part d’un constat édifiant : nos enfants passent en moyenne 796 heures par an collés à leur écran, contre 850… à l’école. Une dépendance qui doit nous pousser à réagir.

 
Trois questions :


La télévision est-elle un danger pour les enfants ?


- Son danger, c’est son pouvoir addictif. Ses programmes visent à provoquer un bouleversement émotionnel chez l’enfant : on prend un scénario facile, des héros qui libèrent leurs pulsions avec violence. Ils n’ont plus ni rêves ni idéaux, comme autrefois Goldorak ou Candy. La forme accélérée des dessins animés, avec des ruptures de tonalité brutales, vise à scotcher l’enfant devant l’écran.

 

L’enfant distingue-t-il les dessins animés de la pub ?


- Les publicitaires certifient qu’ils y parviennent dès l’âge de 4 ans. Mais mon enquête sur le terrain montre qu’avant le CE1, cette frontière est encore très floue dans leur esprit. Les publicités reprennent les codes des dessins animés, et l’enfant passe des uns aux autres quasiment sans s’en rendre compte, avale le message publicitaire. Ce serait aux parents de l’aider à faire la différence. Mais beaucoup ont démissionné de ce rôle…

 

uelles conséquences sur le psychisme des enfants ?


J’ai rencontré des cas pathologiques : des enfants qui n’arrivent plus à se dessiner eux-mêmes autrement qu’en robot, en Pokémon ; d’autres qui ont été tentés de se jeter par la fenêtre comme leurs superhéros. À l’école, ils ont moins d’imagination et de facultés d’apprentissage que les autres. Aujourd’hui, la télé pour enfants, à mon sens, pose clairement une question de santé publique.






paru dans le Figaro : la télévision n'assure plus son rôle éducatif 

Excès de télévision pour les très jeunes enfants, où celle-ci, par le fait de l'importance du temps passé à consommer de l'image plus ou moins adaptée à leur âge, qui se révèle non éducative en tout cas lorsqu'elle est consommée en grande quantité,
nuit à l'intelligence des enfants et à leur imaginaire, qu'elle appauvrit.

Excès qui précède les temps d'une autre consommation excessive à l'adolescence, celle d'internet et du pré-mâché wikipedia qui sollicite les réflexes de facilité -non-apprentissage de la recherche- et nuit à la culture, pour le très grand nombre de ses articles médiocres, quant ils ne sont pas scandaleux qu'elle propose sous le titre fallacieux d'encyclopédie et la promesse de participer au progrès du savoir.

Veillons à nos enfants. Ne les laissons pas surconsommer des media qui les rendent passifs et via cette passivité, les abrutissent, car ils empêchent le discernement solidaire de tout apprentissage, la réflexion par soi-même, l'activité critique, le développement de l'intelligence, qui toujours impliquent distance pour pouvoir apprendre à juger, au résultat d'un apprentissage bien compris.

La surconsommation de télévision rend passif, donc éteint l'intelligence, soit la curiosité et la capacité d'étonnement, de questionnement, qui en sont synonymes.
La confiance  en wikipedia aussi
éteint l'intelligence, puisqu'elle fonctionne explicitement à l'interdiction de juger. Interdit qui rend idiot.

C'est un prof  douée de quelque expérience qui vous parle;

Alithia


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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 16:18
Cette étude  sur l'apprentissage de la lecture, établit la nécessité de l'apprentissage du déchiffrage systématique pour  maîtriser la relation phonème/graphème.


En complément de l'article précédent sur les révoltés des banlieues que sont les échoués du processus scolaire d'apprentissage. 
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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 16:06
Une étude extrêmement intéressante  de Denis Merklen et Numa Murard  se pose la question : pourquoi brûlent-ils les bibliothèques lors des émeutes qui se produisent  dans les banlieues pauvres ?


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photo N.Vacelet l'Internaute

Cette question a généralement été tue par les media, plus ou moins craintifs à l'idée de souligner la spécificité de cette nouvelle forme de protestation, inédite, ne sachant pas comment l'interpréter sans doute.  Comment est-il possible que les déshérités de la société, lorsqu'ils se révoltent s'en prennent aux écoles, aux bibliothèques, qui sont censées être des services publics, gratuits, véhicules de l'instruction, et donc aussi de l'intégration et de l'émancipation ? Ce paradoxe apparent demeure une énigme passée sous silence et la violence du geste effraye.  On peut le comprendre. Alain Finkielkraut  s'en est indigné, comme on sait, et l'éventuel contre-sens ainsi réalisé de la part  des populations de jeunes marginalisés et promis au chomâge a été souligné, voire le risque de barbarie qui pointait.

Cette étude
 fait ressortir le fait que les communes des banlieues qu'on appelait autrefois ouvrières et qu'on ne sait plus comment appeler aujourd'hui, souvent gérées par des Maires communistes connaissant bien leur ville, a l'écoute de sa population, ont consenti un effort particulièrement important en faveur des bibliothèques. Celles-ci sont devenues des centres multi-media offrant tout à la fois l'accueil d'un personnel compétent et particulièrement dévoué  et des services techniques de qualité, appréciables pour les moins favorisés, outre les livres, mis à la disposition de tous. Ces services publics se trouvent au centre de la ville et jouent, en principe, un rôle de socialisation, et au service de tous ils participent d'une certaine idée de la collectivité, de la culture gratuite, et à plus lointaine échéance contribuent au partage, à l'égalité, à l'intégration républicaine, à la promotion sociale.

Supposés aidés à promouvoir la culture, ils ont, en principe, un rôle éminemment intégrateur, contribuant aux échanges entre groupes d'origines ethniques diverses, à la formation de la citoyenneté. En principe. Mais ils sont en tout cas, de fait, à la fois des lieux de rencontre, d'études pour les écoliers, des refuges pour les femmes de certains milieux où elles sont étroitement cantonnées au domestique, et où se mêlent études et loisirs. Bref, ils devraient être aimés et appréciés, pour la liberté qu'ils offrent.

Ils le sont, appréciés, mais pas de tous, et c'est là le problème.

Ce que fait ressortir l'étude, et que savent les profs qui ont enseigné en banlieue dite ouvrière, c'est que parmi les ouvriers ou les pauvres (appelons-les comme ça) il y a deux catégories. Grosso modo : ceux qui "s'en sortent" à peu près, ou devraient logiquement s'en sortir c'est à dire ceux qui réussissent à avoir une formation, trouvent ou ont une chance de trouver du travail, et ceux qui ne s'en sortent pas et qui n'ont pas réussi à suivre la voie offerte par la société, qui commence par l'école et qui pensent être relégués indéfiniment, hors de tout ce que la société offre aux autres. La différence est en effet marquée par les résultats du cursus scolaire. Ceux qui ont réussi à poursuivre leurs études jusqu'à l'obtention d'un diplôme et ceux pour qui l'école est synonyme d'échec. Echec total. Nous apprenons aujourd'hui que près de 40% des élèves entrent au collège sans savoir réellement lire -en comprenant ce qu'ils lisent. Et que la même proportion, ce qui est logique, a une connaissance du français écrit (et même orale) désastreuse, et est incapable de répondre aux réquisits de base en histoire.

Pour ces derniers, les ex-élèves en échec, les bibliothèques sont en quelque sorte un prolongement de l'école et représentent un système qui les a exclus parce qu'ils y ont échoué, et dont ils se vengent de manière brutale et désespérée.


Responsabilité de l'école.

Ce que j'ajouterai et dont ne parle pas l'étude concerne la responsabilité, immense, de l'école et comment on en est arrivé là. Même si l'école ne peut pas tout, et en particulier donner du travail et créer le plein emploi dans un pays où le chomâge est considérable, elle doit cependant y préparer par une formation qui rendra capable d'être suffisamment compétent pour être en mesure de répondre aux nécessités d'un travail.

Or, pour les plus déshérités, il faut désigner la cause de l'échec scolaire. Elle s'explique en grande partie, par les ravages de théories pédagogiques absurdes qui ont été portées au pouvoir, lentement mais sûrement depuis 1989. Ces "théories" issues des très pompeusement nommées "sciences de l'éducation" ont introduit des principes absurdes, nocifs et profondément inégalitaires qui ont desservis les moins favorisés. Elles ont soutenu l'inutilité d'un apprentissage classique, à commencer la pratique du déchiffrage systématique pour apprendre à lire, ainsi que l'inutilité de l'apprentisage par coeur, de l'étude systématique de la grammaire, et de l'orthographe, le recours fréquent à des exercices de langue et d'orthographe, l'enseignement des principes des mathématiques, de l'histoire,
pensés comme inutilement contraignants. Le seul enseignement devait être empirique et devait consister en ce que l'enfant redécouvre tout par lui-même.

Et cela
pour faire de l'école le lieu d'un soi-disant apprentissage "naturel" par imprégnation sans effort et sans systématicité, un "lieu de vie" où se déployait un culte de l'élève qu'il convenait de mettre "au centre du système" (Allègre) à la place du savoir. La transmission du savoir est devenue un objectif secondaire et les expérimentations pédagogiques ont été pratiques, sur le dos des élèves et à leur détriment. Elles ont promu l'idée que l'étude devait êre un jeu et ont préconisé, au lieu des disciplines fondamentales, l'"éveil" et l'apprentissage sous forme d'expérience vécue de toutes sortes de curiosités du monde, consistant aussi à privilégier les sorties pour emmener les élèves voir des curiosités. L'éclectisme et l'ésotérisme en ont été le premier résultat avec la prééminence des seuls savoirs pratiques.

Elles ont dans le même temps introduit, pour faire sérieux et "scientifique" -et justifier leur titre de "sciences de l'éducation préconisant l'abandon de  l'enseignem
ent des disciplines fondamentales- des programmes et un vocabulaire pour les exposer, aux termes aussi précieux que ridicules et parfaitement incompréhensibles par le simple locuteur de langue française, qui étaient prétentieux et inappropriés. 

Au lieu de commencer par l'étude de savoirs simples selon une progression graduée, l'expérimentation pédagogique a autorisé la découverte de thèmes qui sont simplement dénués de sens pour les enfants et ne leur donnent pas les moyens d'acquérir les repères chronologiques : tel, par exemple, la culture des céréales à travers les âges et les civilisations, en primaire. Ainsi, on se balade des Mayas aux Romains en passant par la Chine, la Mésopotamie et l'Egypte ancienne, de curiosités en curiosités sans rien apprendre ni comprendre, mais peut-être s'est-on bien amusé.

Le culte de la spontanéité et de la reconstruction des savoirs par l'élève lui-même (nommé "apprenant") se conjuguait à des thématiques prétentieuses et hors d'atteinte. Au lieu d'étudier la géographie de base, par exemple, on fait réfléchir les élèves du primaire aux mégalopoles (!) alors qu'ils ne savent pas ce qu'est une ville.


La géographie ne commence pas par l'étude des reliefs, de la production agricole et autres ressources, mais se mue en une espèce de discipline économique mâtinée de sociologie.

Quant au charabia des dites
"sciences de l'éducation"  cela constituerait une matière brute pour sketches comiques hilarants.

Les divers sites sur l'école et sites de philosophie, recommandés sur ce blog, fourniront les analyses et documents complémentaires.

Mais dans cette affaire, je soutiens que les théories pégagogiques préconisées depuis plus de 20 ans montrent la leurs résultats.

Alithia


et ce texte célèbre de Victor Hugo :

Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?
- Oui,
J’ai mis le feu là.
- Mais, c’est un crime inouï !
Crime commis par toi contre toi-même, infâme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !
C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler !
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C’est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage !
Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothèque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l’aurore.
Quoi ! dans ce vénérable amas des vérités,
Dans ces chefs d’œuvre pleins de foudre et de clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siècles, dans l’homme antique, dans l’histoire,
Dans le passé, leçon qu’épelle l’avenir,
Dans ce qui commença pour ne jamais finir,

Tu jettes, misérable, une torche enflammée !
De tout l’esprit humain tu fais de la fumée !
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C’est le livre ? Le livre est là sur la hauteur ;
Il luit parce qu’il brille et qu’il les illumine.
Il détruit l’échafaud, la guerre, la famine ;
Il parle, plus d’esclave, et plus de paria.
Ouvre un livre, Platon, Milton, Beccaria ;
Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille ;
L’âme immense qu’ils ont en eux, en toi s’éveille ;
Ébloui, tu te sens le même homme qu’eux tous ;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître,
Ils t’enseignent ainsi que l’aube éclaire un cloître ;
A mesure qu’il plonge en ton cœur plus avant,
Leur chaud rayon t’apaise et te fait plus vivant ;
Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;
Tu te reconnais bon, puis meilleur ; tu sens fondre,
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l’homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C’est à toi, comprends donc, et c’est toi qui l’éteins !
Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints !
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l’erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un nœud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il le l’ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !
Le livre est ta richesse à toi ! c’est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela toi !
- Je ne sais pas lire.


Pierre Assouline parle de cette étude sur son blog    
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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 13:02
La laïcité à l'Université: Extension de la loi de 2004 à l’enseignement supérieur: Faut-il aligner l’université sur le lycée ?
 



chili-e-bonifait.jpgphoto E. Bonifait l'Internaute

Par Jean-Noël Laurenti

 
article publié dans la lettre 126
 
Lien permanent vers cet article
 

Plusieurs collègues enseignant dans des établissements universitaires constatent la montée de pressions islamistes qui s’exercent sur eux et sur leur enseignement, ainsi que sur les autres étudiants. Cette pression se manifeste d’une part à travers le port du voile, signe d’appartenance religieuse, mais aussi signe de réprobation adressé par les musulmanes voilées à celles qui ne le sont pas. Elle se manifeste d’autre part, de façon concertée, à travers la contestation du contenu des cours. Les cours de sciences sociales semblent particulièrement visés, mais peut-être les spécialistes de sciences naturelles en sont-ils aussi les victimes. Tout cela accoutume les esprits à l’idée d’une absence de frontière entre le scientifique et le religieux.

 

Par ailleurs, d’autres secteurs des universités ne connaissent pas ce problème. Il faut donc réagir là où il se pose, soutenir les collègues et les étudiant(e)s victimes d’intimidations et les aider à se constituer un recours.

 

Une proposition qui a été avancée consiste à étendre tout simplement à l’enseignement supérieur, cinquième niveau du Service National Public d’Éducation, la loi de 2004, qui interdit le port ostensible de signes religieux dans les écoles, les collèges et les lycées.

 

Cette loi a l’avantage de ne s’attaquer qu’au port des insignes religieux. Alors que traditionnellement le législateur liait l’expression des opinions religieuses avec celle des opinions politiques, il les a ici dissociées. Ainsi la loi de 2004 permettrait de limiter l’intrusion du religieux sans nuire à la liberté d’expression politique des étudiants. Il reste à savoir si l’extension de cette loi à l’enseignement supérieur serait légitime, si elle serait efficace ou si le remède proposé ne risquerait pas d’être pire que le mal ; et, si c’est le cas, quels autres moyens pourraient être mis en oeuvre. Sans entrer dans la discussion sur ses modalités d’application pratique, tenons-nous en ici à la discussion du principe.

 

Quand la loi de 2004 a été rédigée, son champ d’application a été limité aux quatre premiers niveaux du Service National Public d’Éducation, qui s’étendent jusqu’au niveau du baccalauréat et à l’âge de dix-huit ans, et non pas étendu à l’université. C’est que, d’une part, à la différence de ce qui se passe en général dans les services publics, où seuls les représentants de l’État sont astreints à l’obligation de laïcité, à l’école, au collège et au lycée les usagers y sont astreints tout comme les professeurs : autrement dit une jeune fille peut aller voilée à la poste mais non pas au lycée. Or, d’autre part, cette obligation de neutralité n’a pas été étendue aux étudiants, qui traditionnellement disposent d’une liberté d’expression, politique comme religieuse, plus grande que les lycéens. Pourquoi cette différence de traitement entre ce cinquième niveau du Service National Public d’Éducation et les quatre premiers ? C’est que l’obligation de laïcité, pour les enfants et adolescents jusqu’au lycée, se justifie par le souci de les soustraire à toute pression idéologique et religieuse, y compris celles qui proviendraient de leurs camarades : en effet, ils sont particulièrement vulnérables parce que leur jugement est en cours de formation (ce sont des "libertés en cours de constitution", comme dit Catherine Kintzler) alors que les étudiants sont réputés adultes et capables de juger par eux-mêmes (ce sont des "libertés constituées").

 

Cette distinction correspond à ce qu’on admet traditionnellement, à savoir que l’enseignement jusqu’au niveau du baccalauréat permet à chacun d’acquérir une structuration intellectuelle et une culture suffisante pour se débrouiller dans sa vie d’homme et de citoyen, et notamment réagir de façon libre et critique aux sollicitations de tous ordres, religieuses ou autres. Cette distinction n’est pas fondée sur l’âge : un certain nombre d’étudiants, au début de leurs études universitaires, sont encore mineurs, beaucoup plus l’étaient avant 1974, et pourtant ils disposaient et disposent de la liberté d’expression ; inversement beaucoup de lycéens sont majeurs et la loi de 2004 s’applique à eux. Cette distinction est fondée sur la situation dans le cursus scolaire.

 

Certes, il faut reconnaître que dans sa mise en oeuvre, dans la pratique, on se heurte à quelques inconséquences. Ainsi les élèves de classes préparatoires ou de BTS sont réputés étudiants et pourtant sont soumis à la loi de 2004 parce que leurs enseignements sont intégrés dans les lycées : en effet, on peut difficilement imaginer dans les lycées un espace réservé pour eux, où la loi de 2004 ne s’appliquerait pas alors qu’elle s’appliquerait au reste de l’établissement. En d’autres termes, pour des raisons pratiques la division procède par grandes masses, par type d’établissements, non par l’application de critères à chaque individu isolément. La question est donc de savoir s’il convient de revenir sur la distinction traditionnelle entre lycéens et étudiants. Si on décide l’extension de la loi de 2004 à l’enseignement supérieur, cela signifie que l’on reconnaît que les étudiants sont vulnérables au même titre que les lycéens ou les collégiens, c’est-à-dire que leur jugement n’est pas formé, mais en cours de formation.

 

C’est ce que pensent certains, et cela n’est pas faux. On peut dire depuis un certain nombre d’années les choses ont changé, qu’actuellement les étudiants ne sont adultes qu’à partir du moment où ils sont sortis de l’université, vers vingt-cinq ans ; cela parce que le niveau scolaire a baissé, que les quatre premiers niveaux du Service National Public d’Éducation ne remplissent plus leur mission et que la formation qui courait jusqu’au baccalauréat désormais ne suffit plus et s’étend jusqu’au supérieur. Observons que formuler ce constat d’une façon catégorique ferait peut-être fi d’une certaine maturité des étudiants. Malgré toutes les lacunes qu’on leur a fait accumuler au lycée et en amont, leur âge et leur expérience de la vie peut leur permettre une certaine prise de conscience, notamment à l’occasion des luttes. Bien entendu, cela ne remplace pas une solide formation intellectuelle, celle dont précisément ils sont les premiers, quand on parle avec eux, à reconnaître qu’elle leur manque.

 
Et voilà que ce débat s’investit d’un nouvel enjeu.
 

Que le niveau scolaire ait baissé (appelons les choses par leur nom), malheureusement, c’est un fait. Seulement, si on demande en conséquence l’extension de la loi de 2004 au supérieur, il faut bien voir ce que cela signifie : on grave dans le marbre cette baisse du niveau en en inscrivant les conséquences dans la loi. Et il serait très difficile par la suite de revenir dessus.

 

Or il faut bien voir aussi que la baisse générale du niveau scolaire est le résultat de réformes progressives, méthodiques, qui tendent à anéantir la fonction essentielle de l’école républicaine : la formation chez tous les enfants d’un jugement libre et critique. Ainsi, alors que les enseignements primaire et secondaire ont été à peu près détruits, réclamer l’extension de la loi de 2004 au supérieur équivaudrait à dire qu’on peut s’accommoder de cette destruction, puisque le supérieur se chargera de faire ce que les niveaux précédents n’ont pas fait.

 

Notons d’abord que si ces réformes continuent, elles s’étendront à l’université elle-même, qui jusqu’à présent avait été laissée à peu près libre de conserver des ambitions intellectuelles pour ses étudiants : entre autres effets néfastes, la loi Pécresse aboutit à réduire la part de formation culturelle et humaniste dans les missions dévolues aux universités ou, pour dire les choses autrement, à en faire des lieux où l’on formera des ingénieurs et des techniciens esclaves et aveugles. Donc la fonction autrefois dévolue au secondaire, puis reportée aux universités, ne sera même plus remplie par elles. Où ira-t-on donc si le mouvement démocratique et laïque ne manifeste pas de façon résolue son opposition à toute cette évolution d’ensemble ?

 

Mais, même en s’en tenant à l’état actuel des choses, on ne peut accepter que le supérieur se charge de faire ce dont on a empêché l’enseignement primaire et secondaire. D’abord parce qu’il n’est pas tout à fait vrai qu’il arrive le faire : car faute de bases réelles, celles qu’on doit acquérir dans les petites classes, il est très difficile de combler les lacunes à l’université.

 

Ensuite, si l’université fait ce que faisait le lycée, où fera-t-on ce qui se faisait jusqu’à présent à l’université, c’est-à-dire la diffusion d’un savoir de haut niveau nourri par la recherche ?

 

Il faut en voir les conséquences sur la formation des professeurs des écoles et professeurs du secondaire, qui auront à enseigner devant les enfants du peuple. Si l’on s’accommode de l’évolution des choses, cela veut dire que l’on admet que les maîtres qui sortiront à bac + 4 ou 5 (car la durée de leur formation, elle, ne change pas) n’auront pas plus à savoir que ce que savait un bachelier de 1975 ou 1980. Et cela alors que les étudiants qui passent les concours de recrutement, eux, sont parfaitement conscients des lacunes que le système les a laissé accumuler et travaillent d’arrache-pied à les combler.

 

Ajoutons que la vocation de l’université est d’unir enseignement et recherche : les enseignants étant aussi en général des chercheurs. Or plus le contenu d’un enseignement se situe à un niveau élémentaire (comme on dit, « assurer les bases ») plus il est difficile d’y faire intervenir cette part d’hypothèses, de tâtonnement et de doutes (mais aussi de certitudes) qui sont le lot du chercheur, et qui constituent une forme d’exercice de l’esprit critique. Voilà encore un apport intellectuel dont risquent d’être privés les futurs professeurs, qui ne poursuivront pas forcément de recherches personnelles.

 

La conséquence, à terme, est donc une baisse encore plus prononcée du niveau culturel général de la population.

 

Or il faut bien voir que l’indigence culturelle, le manque de structuration intellectuelle est le terreau de tous les fanatismes. Il faudrait peut-être remonter aux causes qui ont permis le développement de l’islamisme dans le pays.

 

S’il y a des causes sociales et même politiques, une cause importante est que l’école ne remplit plus sa mission d’intégration, et cela d’abord parce que les programmes et instructions ont abusivement privilégié l’« éveil » sur l’acquisition de connaissances et de procédures de pensée rigoureuses : comme si l’éveil, sans préjudice bien entendu de l’aspect affectif, n’était pas d’abord un éveil intellectuel, et comme si l’exercice de la réflexion pouvait se développer sans s’appuyer sur des connaissances consistantes et méthodiquement organisées. Ces programmes et instructions ont également largement jeté par-dessus bord tout ce qui dénote une ambition culturelle pour l’enfant (« ce n’est pas à leur portée »). Outre le français, l’histoire (sans parler des disciplines scientifiques) a fait les frais de tout cela. En d’autres termes, si on étudiait encore sérieusement Voltaire dès le collège, si, dès l’école élémentaire, on faisait lire de vrais textes d’auteurs, Voltaire compris, et si on enseignait avec suffisamment de soin l’histoire événementielle, que ce soit la naissance des religions, les croisades et autres guerres saintes, les guerres de religion, ou l’histoire politique, notamment celle de la Révolution et du XIXe siècle, nous n’en serions peut-être pas là.

 

Réclamer l’extension de la loi de 2004 à l’enseignement supérieur revient donc à aller dans le sens d’un alignement du supérieur sur le secondaire sinistré. Bien entendu, le Service National Public d’Éducation constitue un tout. Mais, même s’il doit y avoir continuité, les nécessités ne sont pas les mêmes selon les niveaux parce que le degré de maturité des publics est différent. Au collège on fait de la dictée, mais on n’en fait plus à l’université. Jusqu’au baccalauréat, les élèves sont tenus de justifier leurs absences, les étudiants n’y sont plus tenus. Et tout le monde se scandalise à l’idée (mise en pratique dans certains endroits) de devoir pratiquer la dictée à l’université.

 

Que reste-t-il donc à faire ? d’une part mener un combat, endroit par endroit, là où l’islamisme exerce sa pression, en veillant à ce que nos collègues et les étudiants qui en sont victimes soient soutenus de l’extérieur. Combat pour faire valoir des dispositions législatives et réglementaires, mais aussi bataille d’éducation (ou plutôt d’instruction) populaire. Il faut en outre être conscient du fait que l’islamisme est favorisé par la politique menée par certains élus, par la propagande des « idiots utiles » de l’islamogauchisme. C’est donc un combat politique qui déborde le cadre de l’université.

 

Mais le grand et vrai combat, pour ce qui concerne les enseignants, c’est d’oeuvrer pour la restauration d’un enseignement élémentaire et secondaire digne de ce nom, un enseignement républicain à la fois de haute ambition intellectuelle, scientifique et culturelle et destiné à tous. C’est tout le contraire du pédagogisme libertaire dont les ministères obscurantistes (droite et pseudo-gauche confondues) se sont prévalus pour laisser les enfants glisser sur la pente de leurs déterminations, notamment sociales, et pour mettre en oeuvre une fausse démocratisation qui a servi de prétexte à une régression générale des Lumières. Sur ce terrain, nous avons du travail.

 

par Jean-Noël Laurenti

 
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Published by alithia - dans idées
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