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Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
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  • : observatoire de wikipedia qui se prétend une encyclopédie, sans spécialistes ni vérification d'experts, chacun peut écrire ce qu'il veut sous anonymat : une pseudo-encyclopédie où prospèrent la propagande et l'irrationnel. Blog de réflexion sur la culture
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  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 10:48
 
 
 
 
 
 
Contre le néant wikipedia et en contre-point de ce que wikipedia articule sur le terrorisme c'est à dire à peu près rien ("notion très difficile à définir" donc on ne peut rien en dire et on n'en dira rien) voici une analyse de Jean Baudrillard qui sollicite la réflexion et force à s'interroger.
 
 
 
L'esprit du terrorisme, par Jean Baudrillard
 

Des événement mondiaux, nous en avions eu, de la mort de Diana au Mondial de football - ou des événements violents et réels, de guerres en génocides. Mais d'événement symbolique d'envergure mondiale, c'est-à-dire non seulement de diffusion mondiale, mais qui mette en échec la mondialisation elle-même, aucun. Tout au long de cette stagnation des années 1990, c'était la " grève des événements " (selon le mot de l'écrivain argentin Macedonio Fernandez). Eh bien, la grève est terminée. Les événements ont cessé de faire grève. Nous avons même affaire, avec les attentats de New York et du World Trade Center, à l'événement absolu, la " mère " des événements, à l'événement pur qui concentre en lui tous les événements qui n'ont jamais eu lieu.
 
 
Tout le jeu de l'histoire et de la puissance en est bouleversé, mais aussi les conditions de l'analyse. Il faut prendre son temps. Car tant que les événements stagnaient, il fallait anticiper et aller plus vite qu'eux. Lorsqu'ils accélèrent à ce point, il faut aller plus lentement. Sans pourtant se laisser ensevelir sous le fatras de discours et le nuage de la guerre, et tout en gardant intacte la fulgurance inoubliable des images.
 
 
Tous les discours et les commentaires trahissent une gigantesque abréaction à l'événement même et à la fascination qu'il exerce. La condamnation morale, l'union sacrée contre le terrorisme sont à la mesure de la jubilation prodigieuse de voir détruire cette superpuissance mondiale, mieux, de la voir en quelque sorte se détruire elle-même, se suicider en beauté. Car c'est elle qui, de par son insupportable puissance, a fomenté toute cette violence infuse de par le monde, et donc cette imagination terroriste (sans le savoir) qui nous habite tous.
 
 
Que nous ayons rêvé de cet événement, que tout le monde sans exception en ait rêvé, parce que nul ne peut ne pas rêver de la destruction de n'importe quelle puissance devenue à ce point hégémonique, cela est inacceptable pour la conscience morale occidentale, mais c'est pourtant un fait, et qui se mesure justement à la violence pathétique de tous les discours qui veulent l'effacer.

A la limite, c'est eux qui l'ont fait, mais c'est nous qui l'avons voulu. Si l'on ne tient pas compte de cela, l'événement perd toute dimension symbolique, c'est un accident pur, un acte purement arbitraire, la fantasmagorie meurtrière de quelques fanatiques, qu'il suffirait alors de supprimer. Or nous savons bien qu'il n'en est pas ainsi. De là tout le délire contre-phobique d'exorcisme du mal : c'est qu'il est là, partout, tel un obscur objet de désir. Sans cette complicité profonde, l'événement n'aurait pas le retentissement qu'il a eu, et dans leur stratégie symbolique, les terroristes savent sans doute qu'ils peuvent compter sur cette complicité inavouable.
 
 
Cela dépasse de loin la haine de la puissance mondiale dominante chez les déshérités et les exploités, chez ceux qui sont tombés du mauvais côté de l'ordre mondial. Ce malin désir est au coeur même de ceux qui en partagent les bénéfices. L'allergie à tout ordre définitif, à toute puissance définitive est heureusement universelle, et les deux tours du World Trade Center incarnaient parfaitement, dans leur gémellité justement, cet ordre définitif.
 
 
Pas besoin d'une pulsion de mort ou de destruction, ni même d'effet pervers. C'est très logiquement, et inexorablement, que la montée en puissance de la puissance exacerbe la volonté de la détruire. Et elle est complice de sa propre destruction. Quand les deux tours se sont effondrées, on avait l'impression qu'elles répondaient au suicide des avions- suicides par leur propre suicide. On a dit : " Dieu même ne peut se déclarer la guerre. " Eh bien si. L'Occident, en position de Dieu (de toute-puissance divine et de légitimité morale absolue) devient suicidaire et se déclare la guerre à lui-même.
 
 
 
Les innombrables films-catastrophes témoignent de ce phantasme, qu'ils conjurent évidemment par l'image en noyant tout cela sous les effets spéciaux. Mais l'attraction universelle qu'ils exercent, à l'égal de la pornographie, montre que le passage à l'acte est toujours proche - la velléité de dénégation de tout système étant d'autant plus forte qu'il se rapproche de la perfection ou de la toute-puissance.
 
 
Il est d'ailleurs vraisemblable que les terroristes (pas plus que les experts !) n'avaient prévu l'effondrement des Twin Towers, qui fut, bien plus que le Pentagone, le choc symbolique le plus fort. L'effondrement symbolique de tout un système s'est fait par une complicité imprévisible, comme si, en s'effondrant d'elles-mêmes, en se suicidant, les tours étaient entrées dans le jeu pour parachever l'événement.
 
 
Dans un sens, c'est le système entier qui, par sa fragilité interne, prête main-forte à l'action initiale. Plus le système se concentre mondialement, ne constituant à la limite qu'un seul réseau, plus il devient vulnérable en un seul point (déjà un seul petit hacker philippin avait réussi, du fond de son ordinateur portable, à lancer le virus I love you , qui avait fait le tour du monde en dévastant des réseaux entiers). Ici, ce sont dix-huit kamikazes qui, grâce à l'arme absolue de la mort, multipliée par l'efficience technologique, déclenchent un processus catastrophique global.
 
 
Quand la situation est ainsi monopolisée par la puissance mondiale, quand on a affaire à cette formidable condensation de toutes les fonctions par la machinerie technocratique et la pensée unique, quelle autre voie y a-t-il qu'un transfert terroriste de situation ? C'est le système lui-même qui a créé les conditions objectives de cette rétorsion brutale. En ramassant pour lui toutes les cartes, il force l'Autre à changer les règles du jeu. Et les nouvelles règles sont féroces, parce que l'enjeu est féroce. A un système dont l'excès de puissance même pose un défi insoluble, les terroristes répondent par un acte définitif dont l'échange lui aussi est impossible. Le terrorisme est l'acte qui restitue une singularité irréductible au coeur d'un système d'échange généralisé. Toutes les singularités (les espèces, les individus, les cultures) qui ont payé de leur mort l'installation d'une circulation mondiale régie par une seule puissance se vengent aujourd'hui par ce transfert terroriste de situation.
 
 
Terreur contre terreur - il n'y a plus d'idéologie derrière tout cela. On est désormais loin au-delà de l'idéologie et du politique. L'énergie qui alimente la terreur, aucune idéologie, aucune cause, pas même islamique, ne peut en rendre compte. Ça ne vise même plus à transformer le monde, ça vise (comme les hérésies en leur temps) à le radicaliser par le sacrifice, alors que le système vise à le réaliser par la force.
 
 
Le terrorisme, comme les virus, est partout. Il y a une perfusion mondiale du terrorisme, qui est comme l'ombre portée de tout système de domination, prêt partout à se réveiller comme un agent double. Il n'y a plus de ligne de démarcation qui permette de le cerner, il est au coeur même de cette culture qui le combat, et la fracture visible (et la haine) qui oppose sur le plan mondial les exploités et les sous-développés au monde occidental rejoint secrètement la fracture interne au système dominant. Celui-ci peut faire front à tout antagonisme visible. Mais l'autre, de structure virale - comme si tout appareil de domination sécrétait son antidispositif, son propre ferment de disparition -, contre cette forme de réversion presque automatique de sa propre puissance, le système ne peut rien. Et le terrorisme est l'onde de choc de cette réversion silencieuse.
 
 
Ce n'est donc pas un choc de civilisations ni de religions, et cela dépasse de loin l'islam et l'Amérique, sur lesquels on tente de focaliser le conflit pour se donner l'illusion d'un affrontement visible et d'une solution de force. Il s'agit bien d'un antagonisme fondamental, mais qui désigne, à travers le spectre de l'Amérique (qui est peut-être l'épicentre, mais pas du tout l'incarnation de la mondialisation à elle seule) et à travers le spectre de l'islam (qui lui non plus n'est pas l'incarnation du terrorisme), la mondialisation triomphante aux prises avec elle-même. Dans ce sens, on peut bien parler d'une guerre mondiale, non pas la troisième, mais la quatrième et la seule véritablement mondiale, puisqu'elle a pour enjeu la mondialisation elle-même. Les deux premières guerres mondiales répondaient à l'image classique de la guerre. La première a mis fin à la suprématie de l'Europe et de l'ère coloniale. La deuxième a mis fin au nazisme. La troisième, qui a bien eu lieu, sous forme de guerre froide et de dissuasion, a mis fin au communisme. De l'une à l'autre, on est allé chaque fois plus loin vers un ordre mondial unique. Aujourd'hui celui-ci, virtuellement parvenu à son terme, se trouve aux prises avec les forces antagonistes partout diffuses au coeur même du mondial, dans toutes les convulsions actuelles. Guerre fractale de toutes les cellules, de toutes les singularités qui se révoltent sous forme d'anticorps. Affrontement tellement insaisissable qu'il faut de temps en temps sauver l'idée de la guerre par des mises en scène spectaculaires, telles que celles du Golfe ou aujourd'hui celle d'Afghanistan. Mais la quatrième guerre mondiale est ailleurs. Elle est ce qui hante tout ordre mondial, toute domination hégémonique - si l'islam dominait le monde, le terrorisme se lèverait contre l'Islam. Car c'est le monde lui- même qui résiste à la mondialisation.
 
 
(suite)
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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 10:47
(sur le terrorisme, une pensée, Jean Baudrillard, "l'esprit du terrorisme", suite) 
 
 
 
photol'Internaute A. Aubert
 
Le terrorisme est immoral. L'événement du World Trade Center, ce défi symbolique, est immoral, et il répond à une mondialisation qui est elle-même immorale. Alors soyons nous- même immoral et, si on veut y comprendre quelque chose, allons voir un peu au-delà du Bien et du Mal. Pour une fois qu'on a un événement qui défie non seulement la morale mais toute forme d'interprétation, essayons d'avoir l'intelligence du Mal. Le point crucial est là justement : dans le contresens total de la philosophie occidentale, celle des Lumières, quant au rapport du Bien et du Mal. Nous croyons naïvement que le progrès du Bien, sa montée en puissance dans tous les domaines (sciences, techniques, démocratie, droits de l'homme) correspond à une défaite du Mal. Personne ne semble avoir compris que le Bien et le Mal montent en puissance en même temps, et selon le même mouvement. Le triomphe de l'un n'entraîne pas l'effacement de l'autre, bien au contraire. On considère le Mal, métaphysiquement, comme une bavure accidentelle, mais cet axiome, d'où découlent toutes les formes manichéennes de lutte du Bien contre le Mal, est illusoire. Le Bien ne réduit pas le Mal, ni l'inverse d'ailleurs : ils sont à la fois irréductibles l'un à l'autre et leur relation est inextricable. Au fond, le Bien ne pourrait faire échec au Mal qu'en renonçant à être le Bien, puisque, en s'appropriant le monopole mondial de la puissance, il entraîne par là même un retour de flamme d'une violence proportionnelle.
 
 
Dans l'univers traditionnel, il y avait encore une balance du Bien et du Mal, selon une relation dialectique qui assurait vaille que vaille la tension et l'équilibre de l'univers moral - un peu comme dans la guerre froide le face-à-face des deux puissances assurait l'équilibre de la terreur. Donc pas de suprématie de l'un sur l'autre. Cette balance est rompue à partir du moment où il y a extrapolation totale du Bien (hégémonie du positif sur n'importe quelle forme de négativité, exclusion de la mort, de toute force adverse en puissance - triomphe des valeurs du Bien sur toute la ligne). A partir de là, l'équilibre est rompu, et c'est comme si le Mal reprenait alors une autonomie invisible, se développant désormais d'une façon exponentielle.
 
 
Toutes proportions gardées, c'est un peu ce qui s'est produit dans l'ordre politique avec l'effacement du communisme et le triomphe mondial de la puissance libérale : c'est alors que surgit un ennemi fantomatique, perfusant sur toute la planète, filtrant de partout comme un virus, surgissant de tous les interstices de la puissance. L'islam. Mais l'islam n'est que le front mouvant de cristallisation de cet antagonisme. Cet antagonisme est partout, et il est en chacun de nous. Donc, terreur contre terreur. Mais terreur asymétrique. Et c'est cette asymétrie qui laisse la toute-puissance mondiale complètement désarmée. Aux prises avec elle-même, elle ne peut que s'enfoncer dans sa propre logique de rapports de forces, sans pouvoir jouer sur le terrain du défi symbolique et de la mort, dont elle n'a plus aucune idée puisqu'elle l'a rayé de sa propre culture.
 
 
Jusqu'ici, cette puissance intégrante a largement réussi à absorber et à résorber toute crise, toute négativité, créant par là même une situation foncièrement désespérante (non seulement pour les damnés de la terre, mais pour les nantis et les privilégiés aussi, dans leur confort radical). L'événement fondamental, c'est que les terroristes ont cessé de se suicider en pure perte, c'est qu'ils mettent en jeu leur propre mort de façon offensive et efficace, selon une intuition stratégique qui est tout simplement celle de l'immense fragilité de l'adversaire, celle d'un système arrivé à sa quasi perfection, et du coup vulnérable à la moindre étincelle. Ils ont réussi à faire de leur propre mort une arme absolue contre un système qui vit de l'exclusion de la mort, dont l'idéal est celui du zéro mort. Tout système à zéro mort est un système à somme nulle. Et tous les moyens de dissuasion et de destruction ne peuvent rien contre un ennemi qui a déjà fait de sa mort une arme contre-offensive. " Qu'importe les bombardements américains ! Nos hommes ont autant envie de mourir que les Américains de vivre ! " D'où l'inéquivalence des 7 000 morts infligés d'un seul coup à un système zéro mort.
Ainsi donc, ici, tout se joue sur la mort, non seulement par l'irruption brutale de la mort en direct, en temps réel mais par l'irruption d'une mort bien plus que réelle : symbolique et sacrificielle - c'est-à-dire l'événement absolu et sans appel.
 
 
Tel est l'esprit du terrorisme.
 
 
Ne jamais attaquer le système en termes de rapports de forces. Ça, c'est l'imaginaire (révolutionnaire) qu'impose le système lui-même, qui ne survit que d'amener sans cesse ceux qui l'attaquent à se battre sur le terrain de la réalité, qui est pour toujours le sien. Mais déplacer la lutte dans la sphère symbolique, où la règle est celle du défi, de la réversion, de la surenchère. Telle qu'à la mort il ne puisse être répondu que par une mort égale ou supérieure. Défier le système par un don auquel il ne peut pas répondre sinon par sa propre mort et son propre effondrement.
 
 
L'hypothèse terroriste, c'est que le système lui-même se suicide en réponse aux défis multiples de la mort et du suicide. Car ni le système ni le pouvoir n'échappent eux-mêmes à l'obligation symbolique - et c'est sur ce piège que repose la seule chance de leur catastrophe. Dans ce cycle vertigineux de l'échange impossible de la mort, celle du terroriste est un point infinitésimal, mais qui provoque une aspiration, un vide, une convection gigantesques. Autour de ce point infime, tout le système, celui du réel et de la puissance, se densifie, se tétanise, se ramasse sur lui-même et s'abîme dans sa propre surefficacité.
 
 
La tactique du modèle terroriste est de provoquer un excès de réalité et de faire s'effondrer le système sous cet excès de réalité. Toute la dérision de la situation en même temps que la violence mobilisée du pouvoir se retournent contre lui, car les actes terroristes sont à la fois le miroir exorbitant de sa propre violence et le modèle d'une violence symbolique qui lui est interdite, de la seule violence qu'il ne puisse exercer : celle de sa propre mort.
 
 
C'est pourquoi toute la puissance visible ne peut rien contre la mort infime, mais symbolique, de quelques individus.
 photo l'Internaute E. Bonifait
 
Il faut se rendre à l'évidence qu'est né un terrorisme nouveau, une forme d'action nouvelle qui joue le jeu et s'approprie les règles du jeu pour mieux le perturber. Non seulement ces gens-là ne luttent pas à armes égales, puisqu'ils mettent en jeu leur propre mort, à laquelle il n'y a pas de réponse possible ( " ce sont des lâches " ), mais ils se sont approprié toutes les armes de la puissance dominante. L'argent et la spéculation boursière, les technologies informatiques et aéronautiques, la dimension spectaculaire et les réseaux médiatiques : ils ont tout assimilé de la modernité et de la mondialité, sans changer de cap, qui est de la détruire.
 
 
Comble de ruse, ils ont même utilisé la banalité de la vie quotidienne américaine comme masque et double jeu. Dormant dans leurs banlieues, lisant et étudiant en famille, avant de se réveiller d'un jour à l'autre comme des bombes à retardement. La maîtrise sans faille de cette clandestinité est presque aussi terroriste que l'acte spectaculaire du 11 septembre. Car elle jette la suspicion sur n'importe quel individu : n'importe quel être inoffensif n'est-il pas un terroriste en puissance ? Si ceux-là ont pu passer inaperçus, alors chacun de nous est un criminel inaperçu (chaque avion devient lui aussi suspect), et au fond c'est peut-être vrai. Cela correspond peut-être bien à une forme inconsciente de criminalité potentielle, masquée, et soigneusement refoulée, mais toujours susceptible, sinon de resurgir, du moins de vibrer secrètement au spectacle du Mal. Ainsi l'événement se ramifie jusque dans le détail - source d'un terrorisme mental plus subtil encore.
 
 
La différence radicale, c'est que les terroristes, tout en disposant des armes qui sont celles du système, disposent en plus d'une arme fatale : leur propre mort. S'ils se contentaient de combattre le système avec ses propres armes, ils seraient immédiatement éliminés. S'ils ne lui opposaient que leur propre mort, ils disparaîtraient tout aussi vite dans un sacrifice inutile - ce que le terrorisme a presque toujours fait jusqu'ici (ainsi les attentats-suicides palestiniens) et pour quoi il était voué à l'échec.
Tout change dès lors qu'ils conjuguent tous les moyens modernes disponibles avec cette arme hautement symbolique. Celle-ci multiplie à l'infini le potentiel destructeur. C'est cette multiplication des facteurs (qui nous semblent à nous inconciliables) qui leur donne une telle supériorité. La stratégie du zéro mort, par contre, celle de la guerre " propre ", technologique, passe précisément à côté de cette transfiguration de la puissance " réelle " par la puissance symbolique.
 
 
La réussite prodigieuse d'un tel attentat fait problème, et pour y comprendre quelque chose il faut s'arracher à notre optique occidentale pour voir ce qui se passe dans leur organisation et dans la tête des terroristes. Une telle efficacité supposerait chez nous un maximum de calcul, de rationalité, que nous avons du mal à imaginer chez les autres. Et même dans ce cas, il y aurait toujours eu, comme dans n'importe quelle organisation rationnelle ou service secret, des fuites et des bavures.
 
 
Donc le secret d'une telle réussite est ailleurs. La différence est qu'il ne s'agit pas, chez eux, d'un contrat de travail, mais d'un pacte et d'une obligation sacrificielle. Une telle obligation est à l'abri de toute défection et de toute corruption. Le miracle est de s'être adapté au réseau mondial, au protocole technique, sans rien perdre de cette complicité à la vie et à la mort. A l'inverse du contrat, le pacte ne lie pas des individus - même leur " suicide " n'est pas de l'héroïsme individuel, c'est un acte sacrificiel collectif scellé par une exigence idéale. Et c'est la conjugaison de deux dispositifs, celui d'une structure opérationnelle et d'un pacte symbolique, qui a rendu possible un acte d'une telle démesure.
 
 
Nous n'avons plus aucune idée de ce qu'est un calcul symbolique, comme dans le poker ou le potlatch : enjeu minimal, résultat maximal. Exactement ce qu'ont obtenu les terroristes dans l'attentat de Manhattan, qui illustrerait assez bien la théorie du chaos : un choc initial provoquant des conséquences incalculables, alors que le déploiement gigantesque des Américains (" Tempête du désert ") n'obtient que des effets dérisoires - l'ouragan finissant pour ainsi dire dans un battement d'ailes de papillon.
 
 
Le terrorisme suicidaire était un terrorisme de pauvres, celui-ci est un terrorisme de riches. Et c'est cela qui nous fait particulièrement peur : c'est qu'ils sont devenus riches (ils en ont tous les moyens) sans cesser de vouloir nous perdre. Certes, selon notre système de valeurs, ils trichent : ce n'est pas de jeu de mettre en jeu sa propre mort. Mais ils n'en ont cure, et les nouvelles règles du jeu ne nous appartiennent plus.
Tout est bon pour déconsidérer leurs actes. Ainsi les traiter de " suicidaires " et de " martyrs ". Pour ajouter aussitôt que le martyre ne prouve rien, qu'il n'a rien à voir avec la vérité, qu'il est même (en citant Nietzsche) l'ennemi numéro un de la vérité. Certes, leur mort ne prouve rien, mais il n'y a rien à prouver dans un système où la vérité elle-même est insaisissable - ou bien est-ce nous qui prétendons la détenir ? D'autre part, cet argument hautement moral se renverse. Si le martyre volontaire des kamikazes ne prouve rien, alors le martyre involontaire des victimes de l'attentat ne prouve rien non plus, et il y a quelque chose d'inconvenant et d'obscène à en faire un argument moral (cela ne préjuge en rien leur souffrance et leur mort).
 
 
 
Autre argument de mauvaise foi : ces terroristes échangent leur mort contre une place au paradis. Leur acte n'est pas gratuit, donc il n'est pas authentique. Il ne serait gratuit que s'ils ne croyaient pas en Dieu, que si la mort était sans espoir, comme elle l'est pour nous (pourtant les martyrs chrétiens n'escomptaient rien d'autre que cette équivalence sublime). Donc, là encore, ils ne luttent pas à armes égales, puisqu'ils ont droit au salut, dont nous ne pouvons même plus entretenir l'espoir. Ainsi faisons-nous le deuil de notre mort, alors qu'eux peuvent en faire un enjeu de très haute définition.
Au fond, tout cela, la cause, la preuve, la vérité, la récompense, la fin et les moyens, c'est une forme de calcul typiquement occidental. Même la mort, nous l'évaluons en taux d'intérêt, en termes de rapport qualité/prix. Calcul économique qui est un calcul de pauvres et qui n'ont même plus le courage d'y mettre le prix.
 
 
Que peut-il se passer - hors la guerre, qui n'est elle-même qu'un écran de protection conventionnel ? On parle de bioterrorisme, de guerre bactériologique, ou de terrorisme nucléaire. Mais rien de tout cela n'est de l'ordre du défi symbolique, mais bien de l'anéantissement sans phrase, sans gloire, sans risque, de l'ordre de la solution finale.
Or c'est un contresens de voir dans l'action terroriste une logique purement destructrice. Il me semble que leur propre mort est inséparable de leur action (c'est justement ce qui en fait un acte symbolique), et non pas du tout l'élimination impersonnelle de l'autre. Tout est dans le défi et dans le duel, c'est-à-dire encore dans une relation duelle, personnelle, avec la puissance adverse. C'est elle qui vous a humiliés, c'est elle qui doit être humiliée. Et non pas simplement exterminée. Il faut lui faire perdre la face. Et cela on ne l'obtient jamais par la force pure et par la suppression de l'autre. Celui-ci doit être visé et meurtri en pleine adversité. En dehors du pacte qui lie les terroristes entre eux, il y a quelque chose d'un pacte duel avec l'adversaire. C'est donc exactement le contraire de la lâcheté dont on les accuse, et c'est exactement le contraire de ce que font par exemple les Américains dans la guerre du Golfe (et qu'ils sont en train de reprendre en Afghanistan) : cible invisible, liquidation opérationnelle.
 
 
 
De toutes ces péripéties nous gardons par-dessus tout la vision des images. Et nous devons garder cette prégnance des images, et leur fascination, car elles sont, qu'on le veuille ou non, notre scène primitive. Et les événements de New York auront, en même temps qu'ils ont radicalisé la situation mondiale, radicalisé le rapport de l'image à la réalité. Alors qu'on avait affaire à une profusion ininterrompue d'images banales et à un flot ininterrompu d'événements bidon, l'acte terroriste de New York ressuscite à la fois l'image et l'événement.
 
 
 
photo l'Internaute P. Orain
 
Entre autres armes du système qu'ils ont retournées contre lui, les terroristes ont exploité le temps réel des images, leur diffusion mondiale instantanée. Ils se la sont appropriée au même titre que la spéculation boursière, l'information électronique ou la circulation aérienne. Le rôle de l'image est hautement ambigu. Car en même temps qu'elle exalte l'événement, elle le prend en otage. Elle joue comme multiplication à l'infini, et en même temps comme diversion et neutralisation (ce fut déjà ainsi pour les événements de 1968). Ce qu'on oublie toujours quand on parle du " danger " des médias. L'image consomme l'événement, au sens où elle l'absorbe et le donne à consommer. Certes elle lui donne un impact inédit jusqu'ici, mais en tant qu'événement-image.
 
 
 
Qu'en est-il alors de l'événement réel, si partout l'image, la fiction, le virtuel perfusent dans la réalité ? Dans le cas présent, on a cru voir (avec un certain soulagement peut-être) une résurgence du réel et de la violence du réel dans un univers prétendument virtuel. " Finies toutes vos histoires de virtuel - ça, c'est du réel ! " De même, on a pu y voir une résurrection de l'histoire au-delà de sa fin annoncée. Mais la réalité dépasse-t-elle vraiment la fiction ? Si elle semble le faire, c'est qu'elle en a absorbé l'énergie, et qu'elle est elle-même devenue fiction. On pourrait presque dire que la réalité est jalouse de la fiction, que le réel est jaloux de l'image... C'est une sorte de duel entre eux, à qui sera le plus inimaginable.
 
 
 
L'effondrement des tours du Wold Trade Center est inimaginable, mais cela ne suffit pas à en faire un événement réel. Un surcroît de violence ne suffit pas à ouvrir sur la réalité. Car la réalité est un principe, et c'est ce principe qui est perdu. Réel et fiction sont inextricables, et la fascination de l'attentat est d'abord celle de l'image (les conséquences à la fois jubilatoires et catastrophiques en sont elles-mêmes largement imaginaires).
 
 
 
Dans ce cas donc, le réel s'ajoute à l'image comme une prime de terreur, comme un frisson en plus. Non seulement c'est terrifiant, mais en plus c'est réel. Plutôt que la violence du réel soit là d'abord, et que s'y ajoute le frisson de l'image, l'image est là d'abord, et il s'y ajoute le frisson du réel. Quelque chose comme une fiction de plus, une fiction dépassant la fiction. Ballard (après Borges) parlait ainsi de réinventer le réel comme l'ultime, et la plus redoutable fiction.
 
(suite)
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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 10:45
(suite et fin : Jean Baudrillard , "l'esprit du terrorisme") 
 
Cette violence terroriste n'est donc pas un retour de flamme de la réalité, pas plus que celui de l'histoire. Cette violence terroriste n'est pas " réelle ". Elle est pire, dans un sens : elle est symbolique. La violence en soi peut être parfaitement banale et inoffensive. Seule la violence symbolique est génératrice de singularité. Et dans cet événement singulier, dans ce film catastrophe de Manhattan se conjuguent au plus haut point les deux éléments de fascination de masse du XXe siècle : la magie blanche du cinéma, et la magie noire du terrorisme. La lumière blanche de l'image, et la lumière noire du terrorisme.
 
 
 
On cherche après coup à lui imposer n'importe quel sens, à lui trouver n'importe quelle interprétation. Mais il n'y en a pas, et c'est la radicalité du spectacle, la brutalité du spectacle qui seule est originale et irréductible. Le spectacle du terrorisme impose le terrorisme du spectacle. Et contre cette fascination immorale (même si elle déclenche une réaction morale universelle) l'ordre politique ne peut rien. C'est notre théâtre de la cruauté à nous, le seul qui nous reste - extraordinaire en ceci qu'il réunit le plus haut point du spectaculaire et le plus haut point du défi. C'est en même temps le micro-modèle fulgurant d'un noyau de violence réelle avec chambre d'écho maximale - donc la forme la plus pure du spectaculaire - et un modèle sacrificiel qui oppose à l'ordre historique et politique la forme symbolique la plus pure du défi.
 
 
 
N'importe quelle tuerie leur serait pardonnée, si elle avait un sens, si elle pouvait s'interpréter comme violence historique - tel est l'axiome moral de la bonne violence. N'importe quelle violence leur serait pardonnée, si elle n'était pas relayée par les médias ( " Le terrorisme ne serait rien sans les médias " ). Mais tout ceci est illusoire. Il n'y a pas de bon usage des médias, les médias font partie de l'événement, ils font partie de la terreur, et ils jouent dans l'un ou l'autre sens.
 
 
 
L'acte répressif parcourt la même spirale imprévisible que l'acte terroriste, nul ne sait où il va s'arrêter, et les retournements qui vont s'ensuivre. Pas de distinction possible, au niveau des images et de l'information, entre le spectaculaire et le symbolique, pas de distinction possible entre le " crime " et la répression. Et c'est ce déchaînement incontrôlable de la réversibilité qui est la véritable victoire du terrorisme. Victoire visible dans les ramifications et infiltrations souterraines de l'événement - non seulement dans la récession directe, économique, politique, boursière et financière, de l'ensemble du système, et dans la récession morale et psychologique qui en résulte, mais dans la récession du système de valeurs, de toute l'idéologie de liberté, de libre circulation, etc., qui faisait la fierté du monde occidental, et dont il se prévaut pour exercer son emprise sur le reste du monde.
 
 
 
Au point que l'idée de liberté, idée neuve et récente, est déjà en train de s'effacer des moeurs et des consciences, et que la mondialisation libérale est en train de se réaliser sous la forme exactement inverse : celle d'une mondialisation policière, d'un contrôle total, d'une terreur sécuritaire. La dérégulation finit dans un maximum de contraintes et de restrictions équivalant à celle d'une société fondamentaliste.
 
 
 
Fléchissement de la production, de la consommation, de la spéculation, de la croissance (mais certainement pas de la corruption !) : tout se passe comme si le système mondial opérait un repli stratégique, une révision déchirante de ses valeurs - en réaction défensive semble-t-il à l'impact du terrorisme, mais répondant au fond à ses injonctions secrètes - régulation forcée issue du désordre absolu, mais qu'il s'impose à lui-même, intériorisant en quelque sorte sa propre défaite.
 
 
 
Un autre aspect de la victoire des terroristes, c'est que toutes les autres formes de violence et de déstabilisation de l'ordre jouent en sa faveur : terrorisme informatique, terrorisme biologique, terrorisme de l'anthrax et de la rumeur, tout est imputé à Ben Laden. Il pourrait même revendiquer à son actif les catastrophes naturelles. Toutes les formes de désorganisation et de circulation perverse lui profitent. La structure même de l'échange mondial généralisé joue en faveur de l'échange impossible. C'est comme une écriture automatique du terrorisme, réalimentée par le terrorisme involontaire de l'information. Avec toutes les conséquences paniques qui en résultent : si, dans toute cette histoire d'anthrax, l'intoxication joue d'elle-même par cristallisation instantanée, comme une solution chimique au simple contact d'une molécule, c'est que tout le système a atteint une masse critique qui le rend vulnérable à n'importe quelle agression.
 
 
 photo L'internaute J Chevron
Il n'y a pas de solution à cette situation extrême, surtout pas la guerre, qui n'offre qu'une situation de déjà-vu, avec le même déluge de forces militaires, d'information fantôme, de matraquages inutiles, de discours fourbes et pathétiques, de déploiement technologique et d'intoxication. Bref, comme la guerre du Golfe, un non-événement, un événement qui n'a pas vraiment lieu.
 
 
C'est d'ailleurs là sa raison d'être : substituer à un véritable et formidable événement, unique et imprévisible, un pseudo-événement répétitif et déjà vu. L'attentat terroriste correspondait à une précession de l'événement sur tous les modèles d'interprétation, alors que cette guerre bêtement militaire et technologique correspond à l'inverse à une précession du modèle sur l'événement, donc à un enjeu factice et à un non-lieu. La guerre comme prolongement de l'absence de politique par d'autres moyens.

 
Jean Baudrillard
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9 février 2007 5 09 /02 /février /2007 15:14
Libération :  suite des documents pour comprendre l'affaire des caricatures et le procès intenté par la Ligue islamique mondiale et les islamistes de l'UOIF, pour les faire passer pour du racisme.  
 
 
 
 
 
 
 
 
1- Comment les associations accusatrices se sont retrouvées, au fur et à mesure du procès, dans la positions d'«accusées». La procureure a requis la relaxe.
l'historique du procès
Par Christophe BOLTANSKI, Didier ARNAUD, Renaud LECADR,  vendredi 9 février 2007
Mercredi, 9 heures Comme dans une pièce de Shakespeare, le procès intenté à Charlie Hebdo débute par un intermède comique. Avant d'aborder le fond de l'affaire, il s'agit d'examiner la recevabilité des plaintes déposées par des «clowns», comme les appelle un avocat, de ces «habitués des tribunaux» qui engagent des procédures par jeu ou désir de publicité. Germain Gaiffe est l'un d'eux. Il s'extrait régulièrement de la maison d'arrêt où il purge une peine de trente ans de réclusion en se constituant partie civile. Presque un personnage de Charlie avec son physique à la professeur Choron. Il déclare parler au nom de ses compagnons détenus choqués par des caricatures qu'ils n'ont jamais vues, l'hebdomadaire satirique n'étant pas consultable en prison.
A 10 heures, commence l'interrogatoire de Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo. Ses dessinateurs, Cabu, Tignous, Riss, Catherine, etc., se tiennent en embuscade avec leurs crayons. Ses avocats ont mobilisé une armée de témoins prestigieux. Bien décidé à transformer ce procès en un combat de la Raison contre les Ténèbres, le prévenu se fait accusateur. Il invoque Spinoza, Descartes. En reproduisant ces illustrations, il voulait manifester sa «solidarité» avec le directeur de France Soir, qui venait d'être limogé pour avoir commis ce même pêché, mais aussi lutter contre l'intégrisme. «L'islam politique est pour moi quelque chose qui doit être critiqué.» Si les caricatures «avaient été porteuses de la moindre idée raciste, nous ne les aurions pas publiées». Et il s'énerve contre Salah Djemai, avocat de la Ligue islamique mondiale, bras armé de l'Arabie Saoudite, qui l'accuse d'avoir soufflé sur la braise : «Le feu, il a pris depuis bien longtemps», s'exclame-t-il, citant les attentats du 11 Septembre, Bali, Madrid, Londres. 
11 h 15 Lhaj Thami Breze, président de l'Union des organisations islamiques (UOIF), ne fait qu'une lecture du dessin représentant Mahomet coiffé d'une bombe : «C'est que le Prophète enseigne le terrorisme à tous les musulmans.» «Est-ce que ça vous choque lorsque Ben Laden ou Zawahiri invoquent l'action du Prophète pour justifier le terrorisme ?» lui demande Me Kiejman . Puis, Lhaj Thami Breze se tourne vers le directeur de Charlie : «Monsieur Val, vous nous avez agressés. On ne fait pas des procès tous les jours, mais vous avez agressé les musulmans. Nous ne condamnons pas la liberté d'expression, mais ses dérapages.» 
11 h 30 Le philosophe et poète franco-tunisien AbdelWahab Meddeb dit avoir ri aux éclats en voyant la une de Charlie : un dessin de Cabu montrant un Prophète «débordé par les intégristes» qui se lamente : «C'est dur d'être aimé par des cons.»  «Cela correspond très exactement à ma pensée», lâche ce penseur, qui s'efforce de restituer à l'islam sa «polyphonie» ancestrale. En revanche, il avoue trouver «problématique» la caricature du turban et de la bombe. «Est-elle outrageante ?» lui demande Me Kiejman. «Franchement, elle peut l'être pour certains.» Cette image renvoie, selon lui, à une vieille représentation chrétienne d'un Prophète «belliqueux et concupiscent». «C'est une histoire millénaire, rappelle-t-il. L'Europe a été construite sur un principe islamophobe. Mais est-ce que vous allez censurer la Divine Comédie de Dante où l'islamophobie est flagrante ?» 
Midi Georges Kiejman, défenseur du journal, prend un malin plaisir à lire une lettre qu'il vient de recevoir : «Je tiens à apporter clairement mon soutien à votre journal, qui exprime une vieille tradition française, celle de la satire.  [...]Je puis tout à fait comprendre que certains dessins incriminés aient pu heurter les convictions religieuses de certains de nos concitoyens musulmans, [...] pour autant, je préfère l'excès de caricature à l'absence de caricature.» L'avocat, ex-ministre de Mitterrand, conclut d'une voix triomphale : «C'est signé Nicolas Sarkozy.» 
12 h 30 Face à la douzaine d'intellectuels, de journalistes, de politiques mobilisés par Charlie, la partie civile, en l'occurrence la Ligue islamique mondiale, ne cite qu'un témoin. Le père Michel Lelong, prêtre catholique : «Je trouve regrettable qu'un journal a cru bon de rallumer cette querelle», déclare ce vieux routier des amitiés franco-arabes. Mauvaise pioche. L'homme a soutenu par le passé Garaudy, négationniste, ainsi qu'Al-Manar, la télévision du Hezbollah interdite par le CSA à cause d'un programme antisémite.
14 h 15 Fleming Rose, le rédacteur en chef des pages culturelles du Jyllands-Posten , raconte comment toute l'affaire a débuté. C'est lui qui a commandé ces dessins de Mahomet. Il présente son quotidien comme de «centre droit» et le compare «au Figaro». Aucun illustrateur ne voulait participer à un livre sur le Prophète «par peur de connaître le sort de Theo Van Gogh», assassiné en Hollande «après avoir fait un film sur les femmes en islam». Le journaliste danois rappelle que les plaintes déposées au Danemark par onze associations musulmanes ont toutes été déboutées.
16 heures après Sarkozy, François Hollande est le deuxième homme politique à voler au secours de Charlie Hebdo . «La République indivisible n'a pas fait ce qu'elle devait faire par rapport à la pratique musulmane, reconnaît-il, mais on ne peut pas au nom d'une frustration légitime mettre en cause la liberté d'expression. Ce serait un comble que ce soit à Charlie Hebdo de réparer les défaillances de l'Etat . » 
17 h 50 la féministe Elisabeth Badinter va plus loin : «Si Charlie Hebdo est condamné, c'est le silence qui s'abattra sur nous [...], parce qu'on aura peur. Si la justice ne nous aide pas à pouvoir parler, c'est très grave.» 
18 heures Denis Jeambar, ex-directeur de l'Express, réserve de son côté une surprise : «J'avais pris la décision de publier ces caricatures [...]. En février 2006, un mardi soir, vers 21 h 40, j'ai été contacté par un actionnaire. Il m'a demandé : "Allez-vous publier les caricatures ?" Je lui ai répondu : "Naturellement." "Il faut arrêter tout ça", m'a-t-il dit. Je lui ai indiqué qu'il aurait à en assumer les conséquences : ma démission et les pertes entraînées par la non-parution du journal.» Un avocat lui demande l'identité de cet actionnaire. Réponse : «M. Serge Dassault.» 
JEUDI 14 heures Une clameur s'élève à l'extérieur de la 17e chambre. Philippe Val fait son entrée sous les applaudissements de la foule massée dans le hall du palais de Justice. «Sarko ! Sarko !» lui lancent quelques musulmans en référence à son nouvel allié. «Je suis institutrice à Clichy-sous-Bois. Je vis au coeur des problèmes», déclare l'air entendu une femme venue «soutenir Charlie Hebdo » . «Et la liberté d'expression» , s'empresse-t-elle d'ajouter. Sa voisine, voilée et fonctionnaire, dit défendre les «valeurs républicaines, mais comment voulez-vous que j'accepte le messager de Dieu avec une bombe sur la tête !». 
14 h 30 Avec l'arrivée de François Bayrou, le journal peut se prévaloir de l'appui quasi unanime de la classe politique. Le candidat de l'UDF se présente comme «un croyant» et souligne son «empathie pour les sensibilités des croyants» . Pour autant, «la liberté d'expression ne doit pas être mise en cause, même dans le domaine des religions». S'il avait été rédacteur en chef d'un journal, il n'aurait pas publié ces dessins. Mais, il n'y voit pas «une offense lourde en direction de la communauté musulmane». 
14 h 50 le journaliste algérien, Mohammed Sifaoui exhibe à la barre le drapeau de l'Arabie Saoudite, qui arbore la profession de foi et le cimeterre, puis une affiche du GSPC algérien qui mêle une kalachnikov et un verset religieux. «Cette association de la violence et du texte coranique n'est pas faite par les Danois», souligne-t-il, mais par les intégristes. «Les wahabistes, salafistes ou Frères musulmans» . «L'amalgame dont on parle, et dont je souffre au quotidien, entre terrorisme et islam, a été créé par des musulmans», déclare cet homme qui vit exilé à Paris.
15 h 30 Daniel Leconte, producteur, réalisateur, revient quant à lui sur le sondage, publié il y a un an, donnant une majorité de Français hostile à la publication des caricatures. «J'y vois le score de la peur . » Et Jacques Chirac qui dénonce une «provocation» ? «C'est une façon de ne pas désespérer le 9-3, comme à une certaine époque, on ne voulait pas dire du mal de Staline pour ne pas désespérer Billancourt.» 
16 h 40 Dans sa plaidoirie, maître Christophe Bigot, avocat de la mosquée de Paris et grand spécialiste du droit de la presse, souligne qu'il «ne s'agit en aucune manière d'un débat de censure, mais d'un débat de responsabilité». Il récuse l'accusation «grotesque» de vouloir «faire resurgir le délit de blasphème» . Charlie Hebdo s'est rendu coupable à ses yeux «d'un acte délibéré avec la conscience de faire du mal». Les dessins incriminés «visent à provoquer la peur des musulmans dans la société». 
17 h 40 Me Francis Spziner, dans sa fronde contre Charlie Hebdo , enrôle... Libération : Dans le journal «de Joffrin et Rothschild, pas celui de Sartre et July, j'ai lu que ces dessins ne posent pas problème. Serge July, qui n'est pas un gaulliste monothéiste comme moi, avait refusé d'en publier un susceptible de criminaliser les musulmans. Il en avait parlé avant publication avec Philippe Val, qui savait donc que cela posait problème. Le crime est dans l'oeil de celui qui regarde ces caricatures, dans l'oeil de Dalil Boubaker, le mien et celui de Serge July.» 
18 h 15 La procureure, Anne de Fontette, refuse de suivre la partie civile : «Il faut rappeler que Charlie Hebdo est un journal d'une nature particulière dont la tradition anarcho-libertaire est profondément anticléricale, la religion catholique étant la première à en subir les conséquences. La caricature ne prétend pas informer ou décrire la réalité, mais donner une opinion. Une presse démocratique doit-elle s'interdire ou être interdite de critiquer une religion ? Il est temps de faire du droit.  La Cour européenne des droits de l'homme a statué dans une autre affaire que "la critique certes acide n'insulte pas l'ensemble des croyants, même si ces derniers peuvent se sentir offusqués" . Conclusion : "Les éléments constitutifs des poursuites ne sont pas réunis." Applaudissements dans la salle. Le président reprend : «Ici, ce n'est pas comme à l'église, on n'applaudit pas.» Jugement le 15 mars.


http://www.liberation.fr/actualite/societe/234112.FR.php Libération
 
2- Ce devait être le procès de Charlie Hebdo
Par Christophe BOLTANSKI
QUOTIDIEN : vendredi 9 février 2007
Ce devait être le procès de Charlie Hebdo, accusé de «racisme», et de ses trois dessins «injurieux» à l'égard d' «un groupe de personnes en raison de sa religion». Le journal satirique, passé maître dans l'art de tourner la réalité en dérision, a réussi à subvertir l'exercice à son profit et à faire le procès de l'intégrisme. D'accusatrices, les associations musulmanes ­ la Grande Mosquée de Paris et l'Union des organisations islamiques de France en tête ­ se sont retrouvées sur la défensive et contraintes, par la partie adverse, de démontrer jusqu'à leur représentativité. Face à la douzaine de personnalités prestigieuses mobilisées par le journal, la Ligue islamique mondiale, qui figure parmi les plaignants, n'a pu aligner qu'un témoin, un prêtre catholique aux sympathies bien compromettantes. Surtout, Charlie a bénéficié du soutien quasi unanime de la classe politique : deux candidats à la présidentielle, Nicolas Sarkozy, par lettre, et François Bayrou, in vivo, lui ont apporté leur appui solennel, tout comme François Hollande, premier secrétaire du PS. Le parquet lui même a admis hier soir que le corps du délit n'était pas établi.


http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement2/234111.FR.php
Libération
Voilà pour juger de l'histoire. On comparera avec l'article de wikipedia.
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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 19:35
Wikipedia et l’affaire des caricatures de Mahomet : dans la série ce que vous ne verrez jamais sur wikipedia, ce que publie Libération.
 
 
 
 Le procès de l'hebdomadaire satirique, poursuivi pour avoir reproduit les «caricatures de Mahomet», s'ouvre à à Paris• «Libération» s'est associé à «Charlie»
 
 
 
 
 
 
 
 
 
1 l’affaire
 
Par Christophe BOLTANSKI, Catherine COROLLER
QUOTIDIEN : mercredi 7 février 2007
Un prélat, un rabbin et un imam, bras dessus, bras dessous, poussent un même cri : «Il faut voiler Charlie Hebdo !» Un numéro spécial et un nouveau dessin. Telle est la réponse de l'hebdomadaire satirique à son procès, qui s'ouvre aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Paris. Pour avoir publié, il y a un an, les caricatures danoises de Mahomet, la Grande Mosquée de Paris et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) poursuivent le journal de Philippe Val pour délit d' «injure stigmatisant un groupe de personnes en raison de sa religion». Elles réclament 30 000 euros de dommages et intérêts et la publication du jugement.
Les plaignants dénoncent un «acte délibéré d'agression». La reproduction de dessins déjà parus dans le quotidien danois Jyllands-Posten aurait obéi à un «plan mûrement réfléchi de provocation visant à heurter la communauté musulmane dans sa foi». Me Christophe Bigot, avocat de la Mosquée de Paris, déclare qu'il y a «deux veines dans la caricature, une veine anticléricale, une autre haineuse. Là, on est dans le deuxième cas. On installe une image des musulmans qui fait peur». 
«Numéro exemplaire». Pour Charlie Hebdo, c'est la liberté d'expression qu'on assassine. Ses avocats voient dans la plainte une «action totalement politique» effectuée sous la pression de mouvements islamistes, l'UOIF en tête, avec l'assentiment des plus hautes autorités de l'Etat. Le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, «est un type modéré, mais totalement débordé et se met à crier avec les loups», selon Me Georges Kiejman, avocat de l'hebdo. «On n'a pas délivré de fatwa, mais une citation à comparaître !», rétorque Me Francis Szpiner, autre défenseur de la Grande Mosquée. L'hebdomadaire est bien décidé à profiter de cette tribune pour initier un «débat de société».  «Ils veulent un procès, ils vont l'avoir», prévient son avocat attitré, Me Richard Malka, qui a cité à la barre un aréopage de personnalités : François Hollande, François Bayrou, Denis Jeambar, ex-directeur de l'Express, Dominique Sopo, président de SOS racisme, Claude Lanzmann, le philosophe franco-tunisien Abdel Wahab Meddeb, qui assure : «Le numéro incriminé était exemplaire, car il y avait une critique de toutes les religions, pas seulement de l'islam.» 
Charlie Hebdo n'est pourtant pas le seul média français à avoir repris les caricatures du prophète. «Elles ont même été diffusées sur TF1 et France 2. Ils n'ont pas voulu se mettre à dos des institutions qu'ils considèrent importantes. Charlie Hebdo, c'est pas grave. On est des mécréants», lance Me Malka. Au nom de la liberté de la presse, le Nouvel Observateur , l'Express et le Monde décident en février 2006 de publier tout ou partie des dessins controversés. Libération choisit ainsi de ne montrer à ses lecteurs que deux des «moqueries danoises» et écarte le Mahomet coiffé d'une bombe «qui, écrit Serge July, pouvait criminaliser de fait les musulmans». Le directeur de France Soir, quant à lui, a sorti l'ensemble du lot dès le 1er février. Une décision qui lui a valu d'être limogé. C'est alors que Philippe Val décide de «réagir» par «solidarité» avec son confrère, pour protester aussi contre la «mollesse» des réactions de l'Union européenne aux incendies de plusieurs ambassades danoises.
«Patte du Président». Le pouvoir s'en mêle. Deux jours avant la parution, Matignon convoque Val. Le directeur de cabinet de Dominique de Villepin lui demande de renoncer au projet. Trop tard, le numéro est sous presse. Les associations musulmanes tentent à leur tour d'empêcher la sortie du journal. Elles saisissent, le 6 février, le juge des référés. Pour des questions de cuisine juridique, la plainte est rejetée. Le 8 février, Charlie Hebdo paraît comme prévu. Le 10, les associations du Conseil français du culte musulman (CFCM) se réunissent pour décider avec un groupe d'avocats de la «forme d'action judiciaire» à retenir. Souvent accusées d'être à la botte du pouvoir, elles sont face à un dilemme : il leur faut prendre en compte la colère de la base musulmane, sans rallumer le feu dans les banlieues ni risquer de passer pour des fondamentalistes irresponsables.
Le samedi 11 février, 7 200 personnes (selon la police) manifestent contre la publication des caricatures à l'appel de l'Union des associations musulmanes de la Seine-Saint-Denis (UAM 93), qui réclame le vote d'une loi sur le blasphème. Une proposition retenue par Eric Raoult, député-maire UMP du Raincy, mais le texte ne sera jamais examiné par les députés.
Les mois suivants, les avocats du CFCM réfléchissent à la meilleure ligne d'attaque. Ont-ils été aidés ? «De l'Elysée et l'Intérieur, on a reçu des conseils pour savoir si on devait aller devant la justice civile ou pénale», reconnaît un responsable musulman. Finalement, ils optent l'été dernier pour le tribunal correctionnel. Selon Charlie Hebdo, Dalil Boubakeur aurait pris cette décision avec l'aval d'un chef de l'Etat soucieux des répercussions de l'affaire dans le monde arabe comme en France. «Boubakeur prend assez peu d'initiative sans en référer à l'Elysée. Et coïncidence ? Il a pris comme avocat Francis Szpiner, qui conseille Jacques Chirac», remarque Me Malka. «Je connais Boubakeur depuis dix ans, réplique Me Szpiner. Si ça peut faire plaisir à Charlie Hebdo de voir la patte du président de la République, je n'y peux rien.» 
 
 
2 ) Jeanne Favret-Saada, ethnologue, revient sur l'instrumentalisation des caricatures par les islamistes :
«L'affichage de la colère est payant»
Par Christophe BOLTANSKI
QUOTIDIEN : mercredi 7 février 2007
 
Ethnologue au CNRS, Jeanne Favret-Saada travaille sur le blasphème et a étudié notamment l'affaire Rushdie. Elle sort en mars un livre sur les caricatures de Mahomet, fruit d'une longue enquête au Danemark (1). Entretien.
 
Comment la décision de publier ces dessins a-t-elle été prise ? 
En août 2005, le Jyllands-Posten [quotidien conservateur, ndlr] découvre plusieurs autocensures parmi les artistes, motivées par la peur de l'islamisme. Le journal monte une expérience in vivo et demande à des dessinateurs de dessiner Mahomet «comme ils le voient». Le dossier s'appelle «Les visages de Mahomet». Les articles sont très clairs sur le fait qu'ils s'en prennent aux imams islamistes, et pas aux musulmans. Un des dessins montre la tête de Mahomet coiffée d'une bombe : il est dénoncé comme la manifestation la plus claire d'islamophobie, alors que le dessinateur visait les justifications coraniques des poseurs de bombes.
Qui a instrumentalisé la crise ? 
Après la sortie des dessins, pendant quinze jours, la presse n'en parle pas. Un très petit groupe d'imams islamistes se mobilise autour d'Abou Laban, un Palestinien issu de la mouvance des Frères musulmans. Abou Laban tentait depuis 2003 de se faire reconnaître comme le leader des musulmans au Danemark. Avant la sortie des dessins, il avait signifié au journal l'existence d'un interdit sur la représentation du prophète, y compris par les non-musulmans ­ ce qui avait renforcé la détermination du Jyllands-Posten. Dès la publication, une alliance extravagante se noue entre ce petit groupe et l'ambassade d'Egypte. Extravagante parce qu'Abou Laban ne peut pas mettre les pieds dans ce pays du fait de ses liens passés avec la Gamaat Islamiya, responsable d'un millier d'assassinats. Mais, en octobre 2005, l'Egypte entre en campagne législative et le pouvoir veut apparaître comme un meilleur défenseur de l'islam que les Frères musulmans, qui présentent des candidats. L'OCI, l'Organisation de la conférence islamique, adresse une lettre de protestation au Premier ministre danois, suivie par onze ambassadeurs de pays musulmans en poste à Copenhague.
Ces affaires se multiplient... 
Ces derniers mois, il y a eu coup sur coup trois affaires : la réaction indignée à la conférence de Benoît XVI à Ratisbonne, la déprogrammation d' Idomeneo à l'opéra de Berlin et les menaces contre le professeur Robert Redeker. A mon sens, l'affaire des dessins, bien que terminée à présent, marquait un début. D'abord parce que l'Union européenne s'est tue très longtemps. Ensuite, parce que la sortie de la crise, négociée par l'UE et l'ONU, s'est faite selon la stratégie de l'édredon : faire mine d'accepter les exigences impossibles de l'OCI (des lois antiblasphèmes, la censure de la presse) et, pour finir, ne rien lâcher. Or les Etats islamiques ont démontré à ce qu'ils appellent l'Occident séculier que toucher à ce qu'ils considèrent comme l'islam coûte cher : la reculade du Vatican après la conférence de Benoît XVI prouve que l'affichage de la colère musulmane est payant. A condition, bien sûr, de réussir une coalition.
Quelle différence notez-vous entre l'affaire Rushdie et celle-ci ? 
C'est le même problème aujourd'hui, mais nos réponses sont inverses. Nous, Européens, avons complètement changé de position en cas de conflit entre laïcité et religion, comme à propos de la liberté d'expression. A gauche comme à droite. Lors de la fatwa contre Rushdie, en 1989, il y avait une sorte d'unanimité pour en faire l'icône de la libre expression artistique. Cette fois, une partie de la gauche n'a cessé de reprocher au Jyllands-Posten sa «provocation raciste» contre les immigrés, avec l'idée que nous n'aurions que des minorités ethniques persécutées sans division interne et que nous devrions défendre en bloc. A droite, l'un des défenseurs de Rushdie au Danemark, ex-ministre des Affaires étrangères, a, cette fois, pris la défense des «musulmans offensés». Entre l'angélisme des uns et la politique d'accommodement des autres, les islamistes peuvent avancer leurs exigences.
 
 
 
3) L'UOIF, reine des amalgames
Par Fiammetta ("CHARLIE HEBDO") VENNER
QUOTIDIEN : mercredi 7 février 2007
En intentant un procès à Charlie Hebdo, l'UOIF(Union des organisations islamiques de France) souhaite dénoncer l'amalgame entre islam et violence. Ceux qui détournent les principes de l'islam pour justifier leur violence forment une très petite minorité... dont l'UOIF fait partie. Institutionnalisée depuis sa participation au CFCM (Conseil français du culte musulman), elle publie du bout des lèvres des communiqués pour protester contre des attentats, mais ne prône pas pour autant un islam apaisé.
Dans un tract de l'UOIF, diffusé au congrès annuel du Bourget et rédigé par Hani Ramadan, sont traités «d'ignorants ou d'hérétiques» ceux qui dénigrent «Mohamed Ibn Abdel Wahhab, Sayyid Qotb, Fayçal Mawlawi ou Youssef al-Qaradhawi ». Pour la petite histoire, Wahhab est le fondateur du wahhabisme. Qotb est le plus radical des Frères musulmans, l'homme qui a théorisé le droit de tuer des «tyrans apostats», dont se revendique Ben Laden. Mawlawi est passé aux travaux pratiques puisqu'il a fondé une organisation classée terroriste au Liban. Quant à Youssef al-Qaradhawi, le mentor théologique de l'UOIF, l'homme qui préside le conseil européen de la fatwa à l'origine des avis religieux auxquels  des partisans , il n'est autre que le prédicateur vedette d'Al-Jezira. Référence de la plupart des Frères musulmans hors d'Egypte, notamment du Hamas, il fait partie des rares «théologiens» musulmans à avoir délivré une fatwa autorisant les attentats-suicides en Palestine. Le 17 juin 2004, il disait : «Il n'y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil.» 
La confusion, permanente, entre Juifs et Israéliens se retrouve chez un autre prédicateur vedette de l'UOIF, cette fois français : Hassan Iquioussen, auteur d'une cassette audio dans laquelle il décrit les Juifs comme le «top de la félonie», et la Shoah comme un complot entre les Juifs et Hitler pour occuper la Palestine. Il faut lutter contre les amalgames entre islam et violence, mais l'UOIF est-elle vraiment l'organisation la mieux placée pour les dénoncer ?


 
 
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27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 17:17

Analyses de la vie politique aujourd'hui , deux articles, deux réflexions. ( soit quelques réflexions,  pour s'élever un peu au-dessus du niveau de wikipedia et ne pas s'en tenir à la citation de wikipedia... trop pauvre en idées)

 

 

 

 

Ségolène mère sévère
 
 
de Charles Melman, psychanalyse ;  le Monde 11/12/06
 
 
La France vient encore d'innover dans le champ du politique, en assurant cette fois la promotion d'une figure du pouvoir restée jusqu'alors inédite. L'étranger en est ébahi. Ce n'est pas le sexe qui en fait l'originalité puisqu'il est connu que celui qu'on dit faible peut manifester une mâle vigueur quand il est aux commandes. Mais c'est le référent qui, dans le cas présent et pour la première fois semble-t-il dans l'histoire qui nous est connue, a changé de nature.

Certes l'autorité en constitue toujours l'axe. Ainsi, ce sont des appels au retour à l'ordre (des délinquants, des enseignants assimilés à des délinquants, des politiciens pointés comme des délinquants potentiels, des supporteurs du PSG, etc.) qui, parce qu'ils reprenaient une thématique classiquement de droite, attirèrent l'attention des médias et valurent la popularité que l'on sait.

Pour réparer la rupture du lien social, qu'il soit familial ou public, Nicolas Sarkozy passerait donc pour le chevalier blanc s'il était issu des rangs de la gauche. Mais, une fois signalée cette référence obligée à l'autorité, la démarche change.

D'abord parce que ce pouvoir est solitaire, sans délégués ni représentants : Arnaud Montebourg, François Rebsamen, Patrick Menucci eux-mêmes sont invités à rester dans l'ombre et privés de conférence de presse. Ils deviennent des exécutants, mais pas des camarades. François Hollande lui non plus n'est pas un pair, et son invitation à venir près de lui sur le podium lors de l'intronisation par le PS est restée sans réponse. La démocratie "participative" signifie le lien direct et prévalant du chef avec le peuple, les collaborateurs ayant la charge de "faire remonter" ses voeux, illustration saisissante d'une France d'en bas en position de supplique vis-à-vis du mandat.

LA VOIX DU PEUPLE

Autre originalité, le chef ne s'autorise pas d'un savoir, d'un programme ou d'une analyse, mais de la voix du peuple, telle, bien sûr, qu'il choisira de l'entendre. Il est évident en effet que le cahier des doléances est déjà établi par les élus ou les sondages, et bien connu. Mais l'interprétation faite de "l'intelligence collective" ouvre la porte à une autorité absolue sans corps intermédiaire. On s'étonnera d'ailleurs d'une référence à l'intelligence après que les travaux de Gustave Le Bon (1841-1931) sur la psychologie des masses ont montré que ces dernières se caractérisaient par des réactions émotives, impérieuses, généreuses aussi bien que cruelles, et passaient facilement à la réalisation des mots d'ordre.

Mais il est vrai que ce n'est pas la rationalité qui fait la force d'un argumentaire réduit à des exhortations morales. Sauf à défaire ainsi les brillants débatteurs qui furent opposés au chef et qui faute de rationalité se trouvèrent ainsi privés de la possibilité de débattre. L'amour simplement exprimé pour le peuple eut raison de la raison des médecins. Ces quatre grands traits : autorité, unicité, irrationalité et moralisme, spécifient une figure que ceux qui eurent une enfance pourront, s'ils y consentent, reconnaître comme maternelle.

DÉCLIN DE LA FIGURE PATERNELLE

Et sans doute fallut-il la conjonction de nombreux facteurs, dont celui trop connu du déclin de la figure paternelle, pour qu'on voie des vieux briscards aussi bien que des jeunes issus de familles décomposées chercher leur avenir dans les bras de maman. Mais les conséquences politiques sont plus intéressantes que ces remarques après tout faciles.

Le pays peut-il s'en remettre à une autorité qui ne cache pas la liberté qu'elle entend garder, la délégation venue du peuple lui conférant un caractère absolu ? Le laminage des corps intermédiaires, qu'ils soient savants ou élus, est-il souhaitable ? Les dirigeants socialistes prennent une certaine responsabilité à y souscrire à l'avance. Invités par la candidate à "se tourner vers les Français", on s'interroge : vers qui étaient-ils tournés jusqu'à présent ?

De même lorsqu'ils sont enjoints de "mettre les Français au coeur du programme"... Pour eux aussi l'affaire est mal engagée.

Charles Melman, psychiatre et psychanalyste, est fondateur de l'Association lacanienne internationale.
 
 
 
 
Socialisme contre féminisme : pourquoi Hollande et Royal ne se comprennent plus
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Publié le 26 janvier 2007 Le Figaro
Éric Zemmour est grand reporter au service politique du «Figaro».
 
Ségolène et François. Ségolène sans François. François contre Ségolène. En ce début de campagne présidentielle, tout se passe comme si Voici avait racheté la Revue des Deux Mondes.
 
Ségolène et François. Ségolène sans François. François contre Ségolène. En ce début de campagne présidentielle, tout se passe comme si Voici avait racheté la Revue des Deux Mondes. Comme si Mireille Dumas était devenue la grande prêtresse de la politique à la TV. On nage jusqu'à se noyer dans le personnel, l'intime, le sentimental. À côté, Nicolas Sarkozy qui nous annonce que les épreuves - le départ et le retour de sa femme - l'ont changé, paraît presque pudique !
 
Curieusement, c'est la gauche prétendument moderniste qui nous ramène au temps de la monarchie, on songe à la Maintenon et Louis XIV, la Pompadour et Louis XV, Marie-Antoinette et Louis XVI. Alors, les affaires politiques et sentimentales étaient intimement liées, les intermittences du coeur faisaient ménage forcé avec les clans et les groupes de pression, religieux ou financiers. Les Bourbons étaient donc « postmodernes » sans le savoir. 
 
Il faut dire que les institutions de la Ve République s'y prêtent. Le général de Gaulle voulait « régler une question vieille de cent cinquante-neuf ans », et mettre un roi à la tête de la République. C'est d'ailleurs ce qui a toujours révulsé les socialistes, héritiers d'une tradition parlementariste, que ce mélange de sacre - le suffrage universel a remplacé l'huile sainte - et de mépris bonapartiste pour les députés : « Foutez moi tout ça dehors ! », hurlait Murat à ses grenadiers lors du coup d'État du dix-huit brumaire. C'est pourquoi les socialistes ont longtemps combattu et refusé l'élection du président au suffrage universel.
 
Seul un homme venu de la droite comme François Mitterrand put leur décoder le logiciel de ce régime qui sonnait la revanche historique de la droite sur la gauche. Mais dès que le président voulut, lors de la campagne de 1988, s'émanciper de la tutelle partisane, Lionel Jospin, alors premier secrétaire du PS, partit bouder en Grèce, alors que la campagne électorale battait son plein. En 1995, c'est le candidat Jospin à son tour qui subit la méfiance et le ressentiment d'un appareil alors tenu par Henri Emmannuelli et les fabiusiens. Et en 2002, les socialistes n'eurent de cesse que de contrôler la campagne du premier ministre, refaisant de son QG un congrès du PS permanent. Ils n'avaient pas de souci à se faire. Triplement inhibé par sa culture protestante, trotskiste et socialiste, incapable de parler de la France à la France, Lionel Jospin ne parvint jamais à sortir de son rôle de premier ministre suédois qui lui collait à la peau.
 
Certains esprits bien intentionnés croient expliquer les difficultés du PS par une obsession présidentielle et des courants transformés en écuries. Mais les courants gardent malgré tout une certaine cohérence idéologique, même si elle n'est que le vernis cynique des ambitions ; ils sont la trace des combats du passé, Fabius et Strauss-Kahn rejouant l'affrontement de Mitterrand et Rocard qui eux-mêmes rejouaient Guy Mollet et Blum, et tout ça jusqu'à Guesde et Jaurès. François Hollande est l'incarnation caricaturale de cette tradition socialiste, jusqu'à son physique rondouillard qui aurait abusé des banquets républicains, son habileté de manoeuvrier et son humour pour happy few.
 
Hollande était fait pour devenir président du Conseil, mais la IVe République n'existe plus ; il aurait été un premier ministre anglais inoubliable, mais il n'est pas un citoyen de Sa Gracieuse Majesté. Dans toutes les démocraties parlementaires qui nous entourent, c'est François Hollande qui aurait conduit les socialistes à la bataille. C'est ce dont il est apparemment inconsolable. Fabius et DSK ont toujours cru que Hollande leur avait lancé Ségolène dans les pattes pour faire place nette à son profit. Il l'a sans doute lui-même pensé pendant longtemps. C'est ce que François Mauriac appelait « la maladresse des habiles ». Comme les autres, Ségolène Royal l'a transformé en poussière lors des primaires socialistes. Appuyée sur les nouveaux adhérents sans culture politique ni mémoire socialiste, obsédée par son image immaculée de Sainte Vierge, retravaillée par son amie publicitaire, elle a joué l'irrationnel contre la raison, l'incarnation contre la discussion. Tout ce que hait la gauche depuis deux cents ans.
 
Ces fameux « débats participatifs » sont un prétexte commode pour imposer par-dessus la tête d'un parti rétif le contact direct entre la candidate et la population. Ce n'est qu'avec ce mélange de mysticisme et de marketing, pense-t-elle, que la gauche retrouvera les classes populaires qui l'ont abandonnée. Hollande considérait, lui, que le sentiment de culpabilité des électeurs de gauche après le 21 avril 2202 suffirait à les ramener au bercail. Hollande raisonne en politique, Royal en sociologue. Lui croit que la politique est une solution, elle, que la politique est un problème. Hollande est un socialiste qui, comme tous ses collègues du PS depuis vingt ans, s'est servi du féminisme comme d'un vernis de modernité. Ségolène est une féministe qui s'est servie du socialisme comme un moyen de parvenir, et aujourd'hui le traîne comme un boulet. Quand elle fut désignée candidate officielle du PS, elle évoqua la mémoire d'Olympe de Gouges et de Simone de Beauvoir, grandes figures du féminisme historique, mais pas celles de Jaurès ou de Blum. Pas étonnant que Nicolas Sarkozy se soit aussitôt jeté sur ces ancêtres du socialisme avec avidité. La nature a horreur du vide. Surtout la nature de Sarkozy. Lui aussi, comme Hollande, réagit en politique. Il fait. Ségolène est. Comme une parabole de l'homme et de la femme, diraient les psychanalystes. Comme si on assistait au drôle de combat de la sociologie et de la politique, dans lequel la politique aurait gagné le premier round.
 

 

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21 janvier 2007 7 21 /01 /janvier /2007 14:54
Le Réseau Voltaire et Dieudonné soutenus dans leurs activités antiaméricianes et antisionistes, par la Syrie, l’Iran, le Venezuela, Cuba, et une partie de l’appareil d’État russe, soit des nationalistes qui souteinnent Poutine.
 
Retour en arrière sur le 18 novembre 2005, à Bruxelles, où le Réseau Voltaire vient d’organiser une conférence intitulée « Axis for Peace ». Ceux qui y ont participé représentent la coalition des antisionismes antagonistes : des complotistes d’extrême droite et des communistes staliniens ; des hommes d’ultra-gauche et des dirigeants du Parti Ouvrier Européen ; et Dieudonné lui-même. Si la réunion est davantage qu’anecdotique, c’est que des États, ou des intérêts importants à l’intérieur de certains appareils d’État, l’ont soutenue, l’ont diffusée dans leurs médias, y ont participé. Ce sont la Syrie, l’Iran, le Venezuela, Cuba, et une partie de l’appareil d’État russe composée des nationalistes inféodés à Poutine. Si l’anti-américanisme est leur religion commune, le soutien à la « résistance irakienne » et aux Palestiniens radicaux figure dans leur credo.
 
    [Extrait de L’Arche n° 582, octobre 2006]
 
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20 décembre 2006 3 20 /12 /décembre /2006 04:06
A propos de Dieudonné, Thierry Meyssan, Alain Soral, antisémites de gauche qui ont rejoint Le Pen et le FN, l'équipe des "anti-sionistes" partis au Liban pour rencontrer le Hezbollah

= voyage au Liban avec ses amis alliés au F.N., anti-américains et antisémites, , rencontre avec le Hezbollah , avec Chavez, soutien au Hamas etc.  Dieudonné ne s'en cache pas, publié sur le site les Ogres

= information cependant censurée sur wikipedia : sur ces alliances, sur ces activités politiques et "diplomatiques" (comme s'ils étaient des Ambassadeurs de la France, reçus officiellement),  par qui  et pourquoi le trio autour du Réseau Voltaire est-il soutenu pas un mot sur wikipedia  qui efface toute information.

= lorsque ces gens sont aujourd'hui si actifs et si engagés, sur la scène internationale qui plus est, wikipedia refuse de le mentionner : aussi bien les engagements auprès des terroristes islamistes, auprès de l'extrême-droite F.N., (Soral conseiller de Le Pen même) que auprès de l'axe Chavez-Ahmadinedjad.

 

= Déformation de l'histoire par omission et désinformation. Wikipedia non neutre sur ces sujets.

[voir ici l'article "Dieudonné-Le Pen", également celui sur "propagande sur wikipedia : les preuves que le Réseau Voltaire infiltre wikepedia" et "Dieudonné réseau Voltaire qui les soutient ?" ]

 

Un chercheur explique ce que vous ne verrez jamais sur wikipedia, comment la convergence opère, de l'extrême-gauche vers l'extrême-droite.

 

Interview par Pascal VIROT pour Libération de  Jean-Yves Camus, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques :  «Une volonté de transgression très forte»
Jean-Yves Camus analyse ce qui rapproche le Front national du fantaisiste Dieudonné:
* L'antisémitisme est-il l'ultime point de rencontre de l'extrême droite française ?
 
* Il reste au coeur de l'idéologie de l'extrême droite radicale, celle qu'on appelle l'extrême droite extraparlementaire. Au Front national, c'est plus compliqué. Depuis les dérapages de Jean-Marie Le Pen sur le «point de détail» des chambres à gaz et son «Durafour crématoire», plus rien de la même veine n'est apparu dans ses discours : le prix à payer en termes d'image est trop fort. On observe des signes allant dans le sens inverse, comme la reconnaissance par Bruno Gollnisch (numéro 2 du FN) de l'existence de la Shoah et la volonté de Marine Le Pen de se rendre en Israël avec une délégation de parlementaires européens. C'est logique : l'antisémitisme n'a jamais été un élément majeur du vote FN, qui se fonde plutôt sur le refus de l'immigration et le rejet de la classe politique. Bien sûr, il demeure un fondement important pour certains cadres du parti, ceux qui sont les plus liés à l'histoire de l'extrême droite. Et Israël, comme les Juifs, ne sont vus positivement que lorsqu'ils s'opposent aux musulmans.
* Comment expliquez-vous les convergences entre les amis de Le Pen et de Dieudonné ? 
* Ces deux mouvances peuvent se rejoindre sur l'antisionisme à travers les formulations ambiguës de Dieudonné, qui trouvent un écho dans l'encadrement du FN et parmi une minorité des gens issus de l'immigration, ou de couleur. Dieudonné opère un transfert : il plaque le passé colonial de la France sur le conflit israélo-palestinien. Il fait appel à la rancoeur des ex-colonisés en disant : «Nous sommes des descendants de colonisés, et le peuple palestinien est colonisé.» Cela entraîne une détestation commune d'Israël et de la France, ramenée à son passé colonial. En outre, il évoque une prétendue «sionisation» de la politique française. Sur les sites Internet qui le soutiennent, on n'hésite plus à mettre en avant la judéité réelle ou supposée d'hommes politiques ou de médias. Nicolas Sarkozy est pro-israélien ? Il devient un «agent sioniste». Quant au PS, il devient le «Parti sioniste». Droite et gauche deviennent ainsi les deux faces d'un système que Dieudonné et Le Pen ont en commun de vouloir dynamiter.
* A vous entendre, le public, jeune, de Dieudonné ne rejetterait pas Le Pen... 
* Il ne craint pas un Le Pen vieillissant, ne le prend pas au sérieux. Son aversion va à l'Etat et à l'autorité, que représentent Sarkozy et Ségolène Royal. Pour lui, le véritable fascisme, c'est la police, la loi, les valeurs. Ce faisant, il fait preuve d'analphabétisme politique et refuse de comprendre que l'antisémitisme, c'est ce qui sépare la République de ses adversaires.
[exactement comme sur wikipedia : un public jeune, analphabète en politique -ajouté par moi]
* Que signifie le rapprochement de l'essayiste Alain Soral, venu de la gauche, et de Thierry Meyssan, animateur du Réseau Voltaire, avec Le Pen ? 
* Que, quand l'antisionisme radical et la théorie du complot servent de boussole idéologique, on a de fait quitté la gauche.
* Agissent-ils par provocation ? 
* Bien sûr, il y a chez eux une volonté de transgression très forte. Vouloir éradiquer Israël, démoniser les Juifs, c'est s'attaquer à l'idée même d'une loi et d'une morale communes.
 
 
 

Chercheur associé à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), Jean-Yves Camus est l'auteur d' Extrémismes en France : faut-il en avoir peur ?, éditions Milan.


 

© Libération
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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 11:41

Dans la série  censure et interdit  sur wikipedia sur le blog d’alithia : ce qu'il est impossible de dire sur wikipedia au sujet de l'islam : Mohamed Kacimi

 
Voici ce  genre de réflexions et d'analyses que tous les articles de wikipedia ayant trait à l’islam censurent.
 
De Mohamed Kacimi sur l’islam, interview dans Libération.
Résumé :
 
* La langue : « Est Arabe, nous disent les dictionnaires arabes du IXe au XIVe siècle celui qui maîtrise la langue arabe et y excelle, fût-il d'origine étrangère et est étranger quiconque n'excelle pas dans cette langue, fût-il d'origine arabe. Le droit de la langue a précédé, en quelque sorte, le droit du sol et du sang chez les Arabes. On retrouve, dans le Coran, ce rapport obsessionnel à la langue. »
* Réformes : « le monde arabe a connu, dans les années 60, des mouvements de gauche aussi bien au Maghreb qu'au Proche-Orient : ils ont été pratiquement laminés par les pouvoirs en place »
 
* Laïcité : Le mot «laïcité» n'existe pas en arabe. Laïc signifie en arabe «athée» ou «opposé à la religion» ­ c'est une pensée impossible en islam actuellement. Laïc signifie également devenir comme l'Autre, c'est-à-dire l'Occident, l'antithèse même.
 
* Vie de l’esprit : « faillite de la philosophie dans le monde arabe », à partir de la mise en place de la Charia (IX° siècle) : « l'intégrisme est une forme d'analphabétisme ».
 
* Liberté : « La notion d'individu même n'existe pas encore dans ces sociétés, où seul le «nous» compte. J'irais plus loin : la notion de doute n'y est pas de mise. »
* La vie , la mort : n'entend-on pas au Proche-Orient : «Les juifs vont perdre parce qu'ils aiment trop la vie, nous, on va vaincre parce que nous n'avons pas peur de la mort» ?
"En islam les limites symboliques entre la vie et la mort sont ténues.... Aujourd'hui, cette crise, cette «maladie» de l'islam réduit davantage la frontière entre les deux mondes... Ce qui est tragique dans ce monde-là, c'est que progressivement on a privé la jeunesse de tout rêve de parole, de désir, d'amour, de liberté, pour ne lui laisser qu'une seule issue possible, une seule issue de secours : celle de la mort."
* Les femmes : « Dans le langage des religieux, la femme est qualifiée de «Aouara», c'est-à-dire de «honte». Pour dire cette obsession, il faut souligner que la plupart des titres islamistes que l'on vend dans les rues du Caire ou de Rabat portent essentiellement là-dessus, on y trouve comment punir sa femme, comment maîtriser la créature de Satan, comment contrôler ses instincts, etc. »
* Les intellectuels : la mise à l'écart, si ce n'est de la mise à mort des intellectuels 
 
 
*     *    *
texte de l'interview de M. Kacimi
 "La rue arabe n'existe pas, mais la rue de l'islam, la rue de Dieu, existe "
 
 Mohamed Kacimi, né en Algérie, pose un regard sans illusions sur le monde arabe et l'islam. Sur ces sociétés «profondément communautaires, tribales» où «la notion d'individu n'existe pas». Où l'intellectuel est constamment écarté, tant la soumission au texte religieux et le mépris de l'esprit y sont grands.
 
Interview par Jean-Luc ALLOUCHE  QUOTIDIEN : Samedi 7 octobre 2006 - 06:00
 
 
 
* Caricaturons : quand on l'oublie, le monde arabo-musulman s'arrange pour faire parler de lui... Il suffit de citer les caricatures danoises, Benoît XVI, l'opéra Idoménée , Robert Redeker. Au fond, qu'a-t-il à reprocher à l'Occident ?
 
* Ce contentieux entre l'Occident et l'islam va au-delà des conflits de la colonisation, des croisades... Même les croisades, dont on a pu penser qu'elles ont constitué une rencontre, demeurent de l'ordre de la confrontation stérile : «Au fond, tout ça ne nous a rapporté que la culture de l'abricot...» pour citer Jean-Pierre Le Goff. C'est une généalogie de malentendus comme s'il n'y avait jamais eu d'espace de rencontres entre deux cultures, il faut le dire, souvent antagoniques. Ainsi de l'islam considéré, aujourd'hui, comme une religion austère, dans la négation du plaisir, alors que, dès le XVIIIe siècle, de Pierre Bayle à Voltaire, il est perçu comme une religion paillarde, charnelle, et du plaisir... Aujourd'hui, on ne peut nier que le monde arabo-musulman soit un monde malade. Malade des échecs de la décolonisation, des expériences socialistes avortées, de l'avènement de l'économie de libre marché souvent sauvage, avec les dénationalisations et privatisations instaurées de l'Algérie au Yémen. Un monde qui, en trente, quarante ans, a essayé plusieurs portes de sortie et qui échoue devant chacune d'entre elles. Et quand tout échoue ici-bas, l'eschatologie devient pour beaucoup l'unique ressource. A cela s'ajoute, bien sûr, depuis la première guerre du Golfe en passant par l'invasion de l'Irak et la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël, les effets désastreux de la politique américaine. Du coup et par réaction, les Arabes se posent comme victimes innocentes de tous les malheurs qui affectent leurs sociétés, de la sécheresse au sida, tout est la faute de l'autre, l'Occident, l'Amérique ou Israël.
 
 
* Ils seraient donc par essence victimes ? D'où la récurrence des motifs «notre honneur», «notre dignité ». Comme si l'humiliation était la catégorie contemporaine de l'Arabe par opposition à ce qu'il a été comme guerrier
 
* Comme dit Jacques Berque, dans une belle phrase : «L'Arabe n'attend qu'une seule chose de l'avenir, c'est qu'il lui restitue son passé.» Or l'Arabe reste responsable de l'image que lui renvoie l'Occident, image d'un monde arriéré, d'Etats dictatoriaux, de pays sans liberté de pensée ou d'expression. L'homme arabe se sent humilié, violé dans son ego par cette image, qui n'est certes pas celle de Grenade, de Cordoue ou de Damas : le drame est là, entre l'Arabe tel qu'il se rêve et tel qu'il est aujourd'hui.
 
 
 
* D'où, peut-être, le recours incessant au héros du jour, comme Nasrallah, chef du Hezbollah, (avec un nom plus que symbolique : «Victoire de Dieu»), parce qu'il en a remontré à la puissance du moment, Israël
 
* Nasrallah fascine surtout à cause d'une grande maîtrise du verbe. Est Arabe, nous disent les dictionnaires arabes du IXe au XIVe siècle celui qui maîtrise la langue arabe et y excelle, fût-il d'origine étrangère et est étranger quiconque n'excelle pas dans cette langue, fût-il d'origine arabe. Le droit de la langue a précédé, en quelque sorte, le droit du sol et du sang chez les Arabes. On retrouve, dans le Coran, ce rapport obsessionnel à la langue. Alors que la Thora est dans le souci du sol, du geste quotidien, les évangiles dans la narration de la geste de Jésus, le coran est un livre clos sur lui-même qui n'a pas de relation au réel, à l'Histoire : c'est la langue qui parle de la langue... Le livre sacré fonctionne de bout en bout comme jouissance du verbe. Cette fascination pour la langue se porte aujourd'hui sur Nasrallah, qui, sur le plan de l'éloquence et du verbe, est remarquable.
 
 
 
* «Nous sommes victimes de notre amour pour notre propre langue» , affirmait un intellectuel arabe.   
 
* Il y a en effet dans le langage coranique, dans la langue arabe, quelque chose de l'ordre de l'écran avec la réalité. L'islam fonctionne parce qu'il épargne à l'homme arabe le contact avec le monde réel. Il y a aussi l'immuabilité de cette langue. Aujourd'hui encore, les enfants apprennent par coeur les poèmes préislamiques du VIe siècle, et le dictionnaire qui fait référence reste le Lissane al Arabe («la langue des Arabes») qui remonte au XIVe siècle. C'est dire.
 
 
 
* Mais il y a eu des réformateurs dans l'islam. Pourquoi leur discours est-il désormais recouvert par le prêche et le slogan ? 
 
* Sans évoquer les réformateurs du début du XXe siècle, le monde arabe a connu, dans les années 60, des mouvements de gauche aussi bien au Maghreb qu'au Proche-Orient : ils ont été pratiquement laminés par les pouvoirs en place. En Egypte, entre les communistes et les Frères musulmans, un Nasser ou un Sadate ont choisi les plus «proches», les Frères musulmans, et ils ont ainsi cassé toute pensée libre, tout mouvement social, toute laïcité. On le voit même en Tunisie, où le pouvoir fait de jour en jour des concessions aux islamistes. Le mot «laïcité» n'existe pas en arabe. Laïc signifie en arabe «athée» ou «opposé à la religion» ­ c'est une pensée impossible en islam actuellement. Laïc signifie également devenir comme l'Autre, c'est-à-dire l'Occident, l'antithèse même. Certains nous ressortent l'Andalousie, Maïmonide, Averroès... Mais ce petit arbre cache la misère et la faillite de la philosophie dans le monde arabe. Alors même qu'à partir du IXe siècle la première tentative des néoplatoniciens, les mutazilites, de concilier Islam et raison, est brisée et que se met en place la Charia avec ses quatre écoles juridiques (hanafite, malékite, chafiïte et hanbalite) qui vont verrouiller à jamais l'islam et réduire à néant toute tentative de spéculation ou de réflexion. La Charia, c'est le mimétisme aveugle, le respect de la lettre et le mépris de l'esprit. J'ai toujours pensé que l'intégrisme est une forme d'analphabétisme.  
 
 
 
* Mais c'est un pouvoir politique qui met en place cette coupure... 
 
* Et qui a partie liée avec les religieux. Au IXe siècle, la mise en place de la Charia scelle la mort de la philosophie mais marque aussi la naissance du soufisme qui deviendra l'ultime espace de transgression, de révolte et, souvent, de dérision du religieux.
 
 
 
* Est-il impossible qu'un esprit libre existe dans les sociétés arabes ? 
 
* Ces sociétés sont profondément communautaires, tribales, et l'espace d'expression de l'individu n'y existe pas. La notion d'individu même n'existe pas encore dans ces sociétés, où seul le «nous» compte. J'irais plus loin : la notion de doute n'y est pas de mise. Je pense à Renan qui, au-delà de ses excès, disait, et je cite de mémoire, qu'est-ce qu'un musulman, c'est quelqu'un qui ne doute jamais. Un esprit libre suppose un esprit critique, et ces sociétés ébranlées en tout n'attendent pas des esprits qui les remettent en question, mais des esprits qui les confortent dans leurs convictions.
 
 
 
* De héros en héros, l'un chassant l'autre, quand les Arabes cesseront-ils de chercher le père mythique ? 
 
* Je ne sais pas. Il y a un concept qui me fait rire, celui de «rue arabe», pur fantasme occidental. Parce que les Arabes, les musulmans campent dans un autre territoire, celui de l'au-delà. Quand Beyrouth est sous les bombes israéliennes, les manifestants sont à Tel-Aviv, non à Alger ou à Marrakech, et nulle part dans le monde arabe. L'Arabe ne réagit pas aux atteintes à son vécu, il se soucie peu de vivre dans des sociétés toutes dictatoriales, qui seront, dans dix ans, des républiques héréditaires. Des milliers de morts en Irak, en Palestine ou au Liban ne suscitent pas un seul murmure dans cette «rue arabe», mais il suffit d'une caricature ou d'un propos malheureux du pape sur le Prophète pour faire descendre des millions de personnes dans la rue, prêtes à mourir. Quand on voit l'appareil mis en place par Al-Jezira dans l'affaire du pape, on se rend compte que c'est là qu'est l'opinion, et non chez les imams et les prêcheurs. Quand on montre en boucle l'image d'un gamin palestinien abattu par un soldat israélien, on peut être sûr que cela recrute cent ou mille islamistes par jour. Leur présentatrice vedette met-elle un jour le voile ? Aussitôt, 300 000 filles font de même. C'est une télévision très islamiste. Mais sous des dehors très démocratiques car elle a rendu lisible l'ennemi historique, Israël, qui était dans les limbes, en émettant depuis son territoire, en interviewant ses officiels et en faisant des revues de sa presse. Et, en même temps, Al-Jezira est devenu le minbar (la chaire de prédication) du monde arabe, voire l'institut de formation mondial des islamistes. La rue arabe n'existe pas, mais la rue de l'islam, la rue de Dieu, elle, existe, à travers la oumma virtuelle du Web. Et ces hommes ne se sacrifient pas pour défendre leur vie, mais pour défendre leur mythologie.
 
 
 
* Combien de fois n'entend-on pas au Proche-Orient : «Les juifs vont perdre parce qu'ils aiment trop la vie, nous, on va vaincre parce que nous n'avons pas peur de la mort» ? Il y a une étrange grandeur là-dedans, mais, en même temps, ce mépris de la mort... 
 
* En islam les limites symboliques entre la vie et la mort sont ténues. On dit de la mort, «c'est la pièce d'à côté». Il existe une grande proximité, si ce n'est une intimité, entre la vie ici-bas et l'au-delà. Il est interdit, dans l'islam, de clôturer les cimetières pour qu'il n'y ait pas de barrière physique entre les vivants et les morts... Aujourd'hui, cette crise, cette «maladie» de l'islam réduit davantage la frontière entre les deux mondes. Au début du phénomène des kamikazes, les soldats israéliens retrouvaient certains d'entre eux avec le pubis rasé et le sexe bandé avec du musc et de l'ambre : ils étaient déjà de «l'autre côté». Ce que, nous, nous appelons «mort» est, pour eux, une forme de jouissance. Ce que nous percevons comme une explosion insoutenable est en fait un mariage céleste. Ce qui est tragique dans ce monde-là, c'est que progressivement on a privé la jeunesse de tout rêve de parole, de désir, d'amour, de liberté, pour ne lui laisser qu'une seule issue possible, une seule issue de secours : celle de la mort.
 
 
 
* La femme, convoitée et interdite à la fois : l'un des noeuds de cette crise ? 
 
* Il se situe essentiellement autour de la femme et de la sexualité. Avec l'obsession de «l'honneur», du regard des autres sur «nos» femmes. Dans le langage des religieux, la femme est qualifiée de «Aouara», c'est-à-dire de «honte». Pour dire cette obsession, il faut souligner que la plupart des titres islamistes que l'on vend dans les rues du Caire ou de Rabat portent essentiellement là-dessus, on y trouve comment punir sa femme, comment maîtriser la créature de Satan, comment contrôler ses instincts, etc. Je suis interloqué d'entendre évoquer «la volupté du monde arabe»,  les Mille et Nuits, à chaque fois qu'il y a une crise ; de voir ces quelques penseurs qui nous ressortent les «délices» d'une civilisation qui a produit les harems, et le hammam, et «l'Orient». Ce n'est pas parce que quelques figures ont traversé quinze siècles d'obscurantisme, à cause de quelques moments privilégiés à Bagdad, Damas ou Cordoue, qu'on peut occulter ou, pis, magnifier toute cette histoire de lente décadence qui mène l'homme, aujourd'hui, à ce culte de la mort et à ce déni de l'amour. Tout comme il fonctionne sur une foi aveugle dans les textes, l'islamisme peut-être également perçu comme l'émanation et l'expression d'une profonde misère sexuelle collective. La femme réelle est voilée, occultée, interdite, déclarée par la plupart des pays comme mineure pour mieux exalter les «vierges du Paradis». Comme si tout ce qui est vivant faisait de l'ombre à Allah !
 
 
 
* Comment des intellectuels arabes parlent-ils à «leur» communauté et ont-ils prise sur elle ? 
 
* Toute l'histoire de l'islam et du monde arabe est l'histoire de la mise à l'écart, si ce n'est de la mise à mort des intellectuels. Depuis la décapitation de l'inventeur de la prose, Ibn Al Muqaffa, au VIIIe siècle, en passant par le martyre de Hallaj au IXe siècle, jusqu'à l'assassinat de Farag Foda ou de Gibran ou de Samir Kassir. Tout intellectuel qui ne parle pas au nom du Prince ou, mieux, de Dieu est suspect. Quiconque dit à la communauté, non pas ses rêves et ses fantasmes, mais ses vérités est taxé ipso facto de «mécréant» et de «traître». Pour dire cette misère de l'intellect, il suffit de rappeler que les funérailles de Naguib Mahfouz n'ont réuni que deux cents personnes, alors qu'un prêche de n'importe quel obscur imam draine des milliers de gens.
 
 
* Vous et vos pairs prêchez donc dans le désert ? 
 
* Sans doute par amour du désert ! Nous ne parlons qu'à nous-mêmes et nous n'espérons même pas qu'une voix monte de ce désert.
Mohamed Kacimi est né en 1955 à El Hamel (Algérie) dans une famille de théologiens. En 1987, il publie son premier roman, le Mouchoir (l'Harmattan). Puis, avec Chantal Dagron, Arabe, vous avez dit arabe ? (Balland). Passionné par la Bible, il écrit, toujours avec Chantal Dagron, un essai sur l'imaginaire religieux, Naissance du désert (Balland) puis le Jour dernier, (Stock). Mohamed Kacimi a écrit aussi pour le théâtre : 1962, évocation des utopies et des rêves de l'enfance algérienne, la Confession d'Abraham (Gallimard, 2000). Pour la Comédie-Française, il conçoit Présences de Kateb et l'adaptation de Nedjma de Kateb Yacine. Dernier ouvrage paru : Terre sainte, (l'Avant Scène, 2006). Il est en outre président de l'association d'auteurs Ecritures vagabondes.
 
 
 

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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 11:36

Dans la série  censure et interdit  sur wikipedia sur le blog d’alitha ,

 

il s'agit de citer des exemples d'articles, informations, types de commentaires et d'analyses, qui ne peuvent figurer sur wikipedia, sans se heurter à la censure qui veille.

Recension  de quelques types de points de vue et analyses (nous ne prétendons évidemment pas à une oeuvre exhaustive , impossible à réaliser sur des centaines de milliers d'articles, même si un grand nombre sont complètement bidons, comme nous l'avons montré dans l'article "nullité d'une pseudo-encyclopédie") mais observer et relever des exemples d'articles et points de vue significatifs, de personnes qualifiées, écrivains et penseurs, ou analystes de l'actualité politique, qui sont interdits, censurés, retirés par les brigades  qui patrouillent. Celles-ci ont manifestement des repères idéologiques comme seuls critères. Et généralement il suffit de 3 personnes : plutôt des administrateurs qui se précipitent, manifestement missionnés à partir de la cellule de veille qui suit de très près certains thèmes et sujets -un article sera consacré à cette organisation secrète de la surveillance idéologique de wikipedia, qui orient doucement certains articles d'actualité, mais pas seulement ceux-là).

 

Un article fera le décryptage de la présence cette police et de son fonctionnement .

* * *

 

Un article qui ne peut figurer ni être cité sur wikipedia :

 "Pourquoi je soutiens Robert Redeker ?" Par Mohamed Sifaoui. *

Je suis mal à l’aise à chaque fois que je dois mettre en avant mes croyances personnelles.

Mais le contexte national et international illustré, entre autres, par la désormais « affaire Redeker » me pousse à m’exprimer aussi en tant que musulman et croyant. Le citoyen que je suis a depuis longtemps fait savoir sa position à l’égard de l’intégrisme. En tant que journaliste et écrivain j’ai également fait connaître mon opinion à travers divers travaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais qu’en pense le musulman que je continue d’être ? La question mérite d’être posée. Je peux être en total désaccord avec Robert Redeker – et ce n’est pas le cas – et le soutenir. C’est d’abord pour moi une position de principe. Mais au-delà, il y a une autre raison, de fond celle-ci, qui me conforte dans le fait qu’il est impératif, vital, et peut-être surtout pour un musulman, de soutenir Robert Redeker. Dans son article publié par Le Figaro, le philosophe pose une question fondamentale : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? ». Fondamentale cette question l’est parce que les sociétés, musulmanes ou occidentales, rejetant l’islamisme ainsi que les dirigeants des pays musulmans ou ceux des pays démocratiques ne savent toujours pas quelle attitude adopter face à ce fascisme, qu’est l’islamisme.

Force est de constater, en effet, que lorsqu’ils ne sont pas pétrifiés par le phénomène, les dirigeants européens notamment, mais aussi certains « intellectuels », s’accommodent assez facilement de l’intégrisme musulman. Pour peu qu’il soit jugé, par eux, comme « modéré », il n’y a plus alors aucun problème. Pour peu que leur interlocuteur taille sa barbe, laisse tomber la djellaba pour le costard cravate et prétend honnir Ben Laden, cela suffit à certains pour adouber et cautionner les pourfendeurs des principes laïcs.

Lorsqu’un islamiste « modéré » exige d’un maire l’aménagement de plages horaires pour les femmes, il sape les fondements même de la République. Et lorsque le maire accède à sa demande il se rend forcément complice d’un acte ignoble contre la laïcité : faire passer la « loi de Dieu » avant celle des hommes. Lorsqu’un responsable politique soutient une attaque en justice contre la liberté d’expression – comme cela a été le cas lors de l’affaire des caricatures – il se rend complice d’un travail de sape visant un principe fondamental d’une démocratie : la liberté de la presse et le droit – oui le droit – de critiquer les religions et les dogmes, toutes les religions et tous les dogmes.

Ainsi, de ce point de vue, Robert Redeker avait raison de poser sa question à l’opinion publique. Mais on nous dira qu’il n’avait pas à « insulter » le Prophète. Ou est l’insulte contre Mahomet ? Critiquer, quand bien même d’une manière erronée voire injuste, un Prophète ou bien tuer au nom de ce même Prophète ? Ou est l’insulte contre le Coran ? Dire que le Livre sacré des musulmans est d’une « inouïe violence » ou tuer, lapider et excommunier au nom de ce même Livre pour le rendre d’une inouïe violence. Ou est l’insulte contre l’islam ? Dire que le Pèlerinage à la Mecque met « en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie », ou faire de la Mecque la base de lancement de cette idéologie fasciste qu’est le salafisme.

Ou est l’insulte contre les musulmans ? Leur ouvrir le débat qu’ils n’osent pas aborder eux-mêmes, ou constater la barbarie et la sauvagerie qui s’abat sur le monde devant le silence assourdissant des « dignitaires musulmans ». Ou est l’insulte ? Une tribune d’un professeur de philosophie ou les menaces de mort qui ne cessent de s’abattre sur lui mais aussi sur tout ceux qui osent aujourd’hui parler de l’islam, condamner l’islamisme et dénoncer le terrorisme ?

J’aimerais bien que les musulmans, notamment les religieux, qu’ils soient de la Mosquée de Paris ou de l’UOIF, qu’il soient en djellaba ou en costard cravate, j’aimerais bien qu’ils me donnent une explication claire, cohérente et logique qui me permettrait de dormir en paix et de comprendre leur silence au lendemain des attentats de Londres, Madrid, New York, Charm Echeïkh, Istanbul, Alger, Casablanca, Bali, Djerba et j’en passe. Pourquoi sont-ils si silencieux lorsque des « illuminés », nous dit-on, menacent Redeker et si prompts à poursuivre en justice Charlie Hebdo pour un simple coup de crayon ? Pourquoi organisent-ils, ou laissent-ils s’organiser, des manifestations pour le voile et devenir subitement boiteux lorsqu’il s’agit de manifester contre la barbarie terroriste qui s’applique au nom de l’islam donc en leur nom aussi ?

Il est temps de rompre avec les thèses bien-pensantes. Les « musulmans modérés » ou plutôt les musulmans laïcs existent. Mais ils n’existent vraiment que lorsqu’ils exprimeront leur condamnation claire et limpide à l’égard de l’intégrisme qui tue, menace, lapide, harcèle, intimide, viole, pille, violente tout en préférant l’obscurantisme à la lumière, l’archaïsme à la modernité et la mort à la vie.

Si je devais faire un reproche à Robert Redeker, il n’y en aurait qu’un et il n’y en a qu’un, je pense que le philosophe n’a pas le droit de se cacher, n’a pas le droit de délaisser son travail et n’a pas le droit d’avoir peur. Robert Redeker est dans son droit, ce n’est pas à lui de se cacher, c’est aux criminels islamistes. Robert Redeker n’a pas à avoir peur, ce sont les tueurs fanatiques qui devraient comprendre, une fois pour toute, que les femmes et les hommes libres, les musulmans laïcs et tout ceux qui restent attachés aux principes démocratiques et républicains ne comptent pas céder devant leurs lâches intimidations.

Des Redeker, il y en a et il y en aura partout. Il y en a en Algérie, il y en a au Maroc mais aussi en France, au Danemark, en Grande-Bretagne, au Pakistan ou en Égypte. Et la résistance à l’obscurantisme ne doit pas cesser. Elle ne cessera d’ailleurs pas.

A ce propos, le ministre égyptien de la culture vient d’annoncer que « le port du voile est une régression », ceci au moment où deux députés français comptent proposer des « lois contre le blasphème ». Quel paradoxe, sacré bon Dieu !

 * Mohamed Sifaoui est un journaliste et un écrivain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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