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Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • : observatoire de wikipedia qui se prétend une encyclopédie, sans spécialistes ni vérification d'experts, chacun peut écrire ce qu'il veut sous anonymat : une pseudo-encyclopédie où prospèrent la propagande et l'irrationnel. Blog de réflexion sur la culture
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  • alithia
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 14:11

 

 

 

réédition de l'article du 7/1/2007

 

Wikipedia ou le triomphe de l'opinion sur le savoir, un article de Norbert Bolz




 
 
 
NORBERT BOLZ, philosophe, explique en quoi wikipedia, phénomène de masse, relève du désir de participer activement à la diffusion des informations ou idées, ce qui fait son succès, et en quoi elle participe activement du retour de la doxa (de l’opinion) en deçà de la connaissance, contre toute la tradition introduite par la philosophie en Grèce il y a de cela 2500 ans, et sur la quelle fut bâtie notre civilisation, cherchant à promouvoir la raison contre l’opinion.
 
« Wikipedia, c’est la doxa pour le peuple ». Et c'est cela qui plaît.



Pour le philosophe allemand les nouvelles formes de communication conduisent au règne de l’opinion et à la fin de la raison.
 
Interview dans Der Spiegel



DER SPIEGEL Des millions de personnes tiennent un journal sous forme de blog sur la Toile et montrent des photos personnelles ou des vidéos à de parfaits inconnus. Pourquoi ?

 

NORBERT BOLZ C’est très simple : ils peuvent ainsi informer le monde entier sur leur existence. Avant, les gens – en particulier les adolescents – constituaient leur identité essentiellement à partir de la mode. Ils s’efforçaient d’attirer l’attention avec une tenue bien précise, des piercings ou des cheveux bleus. Il suffit de passer cinq minutes dans le métro pour voir défiler tout ce qui peut exister en matière d’auto-représentation, mais il y a longtemps que cela ne nous fait plus rien. Les nouveaux médias offrent un nouveau terrain à l’exhibitionnisme facile. Ils permettent d’afficher une représentation de soi qui va au-delà des limites corporelles et de se construire un moi complètement différent.



Le privé devient public ; on communique sur tout. Est-ce le nouvel impératif ?

 

Ce qu’on peut dire, c’est que les barrières de la pudeur tombent. On l’avait déjà remarqué avec l’arrivée de la communication par courriel. Des gens qui dans mes cours n’ouvraient jamais la bouche se sont mis tout d’un coup à envoyer quantité de messages.



Les consommateurs deviennent des producteurs ?

 

Vous êtes journaliste et vous écrivez des articles. Je suis professeur d’université. Tout le monde a besoin d’attention, d’avoir un public. Moi, je peux même forcer mes étudiants à m’écouter. Mais la plupart des gens ne sont pas en mesure de satisfaire ce besoin dans leur vie professionnelle, et c’est pourquoi les nouveaux médias présentent pour eux un tel attrait…

 

Est-ce une libération ?

 

Assurément. Quant aux conséquences pour les médias, la société, le comportement des citoyens, c’est une autre question. Mais, sur le plan psychologique et social, c’est une grande libération.



Est-on en train d’assister à une démocratisation de la communication de masse ?

 

Dès 1927, Bertolt Brecht espérait, dans sa théorie sur la radio, que chaque récepteur puisse devenir dans le même temps émetteur. Derrière cela, il y avait l’idée que la structure one-to-many [un centre – les médias – émet vers le public] était appliquée artificiellement à la radio [c’est resté le cas, à de très rares exceptions près]. Brecht disait également que nous avons des possibilités merveilleuses, mais que nous ne savons pas ce que nous voulons communiquer.



Etes-vous d’accord avec lui ? Pensez-vous qu’il y a également sur la Toile beaucoup de bruit et peu de pertinence ?

 

Ce média cherche encore ses applications. C’est tout à fait normal. On commence par inventer des techniques, puis on réfléchit à ce qu’on peut en faire. Ce fut le cas pour la télévision comme pour la radio. Quand le téléphone est arrivé, on pensait qu’on allait peut-être retransmettre des concerts par ce moyen. Mais on ne peut pas parler de manque de pertinence quand on songe à de nouvelles communautés comme Wikipedia, l’encyclopédie en ligne. On a là tout un savoir de profanes qui entre en concurrence avec le savoir des experts. Pour moi, le mot-clé n’est donc pas démocratisation, mais doxa.



Il va falloir nous expliquer ça.

 

Les Grecs ont indiqué la voie dans l’Antiquité. Ils ont dit : avant, il y avait la doxa, c’est-à-dire l’opinion. A partir de maintenant, nous ne nous intéresserons qu’à la vraie connaissance, à un savoir fondé scientifiquement, l’épistémê. Aujourd’hui, deux mille cinq cents ans plus tard, la doxa revient : sur Internet, c’est l’opinion de toutes sortes de personnes qui prévaut, dont très peu sont des experts. Or, en se regroupant, ces opinions offrent des résultats manifestement plus intéressants que celles des scientifiques hautement spécialisés. C’est ça qui est fascinant avec Wikipedia. Une opinion diffuse et éparpillée rivalise avec le travail universitaire par un étonnant processus d’auto-organisation.



La sagesse des masses est-elle supérieure au savoir des experts ?

 

Oui, et à bien plus d’un égard : par son actualité, par son ampleur, par sa profondeur et par la richesse de ses références. En revanche, on n’y trouve naturellement jamais de contributions hautement abstraites comme celles du Dictionnaire historique de la philosophie. Certains des articles de cet ouvrage ont vingt-cinq ans, mais ils sont mûrement pensés et toujours pertinents. Wikipedia, c’est la doxa pour le peuple. Mais, quand on est un professionnel, on doit communiquer avec des professionnels.

 

Le phénomène dissimule également des évolutions économiques très importantes. Une entreprise comme Wikipedia menace l’existence de temples de la connaissance publique comme l’Encyclopaedia Britannica.
 
Eprouvez-vous parfois un sentiment de fin du monde ?

 

Pas de fin du monde. Mais il est sûr qu’il y a quelque chose qui change dans la pertinence publique. L’expertocratie perd du terrain, de la légitimité. On peut à bon droit dire que les masses gagnent en influence. Les gens deviennent de plus en plus des idiotae – comme disait au Moyen Age Nikolaus von Kues [1401-1464, cardinal allemand et grand esprit] –, ils se contentent de leur opinion et n’écoutent pas les lettrés.



Vous qualifiez les milliards d’internautes d’idiots ?

 

Je ne dis pas ça méchamment. Les nouveaux idiots ne se laissent pas dicter leurs connaissances, leurs intérêts ni leurs passions. Ils s’organisent en un contre-pouvoir étonnant.



En quoi la navigation sur le Net change-t-elle nos habitudes de pensée ? La raison occidentale avec sa structure thèse-antithèse-synthèse peut-elle encore fonctionner dans notre culture versatile du clic ?

 

Chez Kant, la raison n’est assurément pas limitée par le temps. Avec Habermas, on peut encore discuter pendant un temps infini. Cela est toutefois de plus en plus irréaliste. Aujourd’hui, il s’agit de passer au crible le plus de matériel possible en un temps le plus court possible. En un mot : la raison classique était indépendante du temps ; aujourd’hui, nous n’avons pas la tranquillité nécessaire pour traiter les informations les unes à la suite des autres. Il vaut mieux repérer l’important en quelques secondes que maîtriser la déduction.



Comment un professeur de communication prépare-t-il ses enfants à cette façon de vivre ?

 

Vous voulez dire : comment je leur lave le cerveau ? J’essaie de leur faire entrer dans le crâne qu’il faut qu’ils lisent des livres. Tout le reste, je laisse courir. Tout ce que je leur dis, c’est : lisez des livres, sinon vous ferez partie des perdants. C’est la seule exigence que je me suis fixée pour leur éducation – pour un succès modeste, il faut dire.

 

D’ailleurs, je vois bien mes étudiants : ils réussissent effectivement à ne percevoir les livres qu’accessoirement. Avec eux, j’ai renoncé.



Der Spiegel



L’auteur

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Published by alithia - dans réédition
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commentaires

G. Lequien 19/01/2012 18:40


Bonjour alithia


Je me permets de reprendre la parole car je trouve votre position extérieure et excessivement élitiste. Je suis moi-même prof de philo et moi aussi je suis ébahi de revoir tant d'élèves copier
bêtement ce qui est écrit dans Wikipedia, mais plutôt que de condamner l'ensemble sans autre forme de procès, j'ai essayé de comprendre le fonctionnement de ce projet encyclopédique, et à vrai
dire, une fois ce fonctionnement clarifié je suis bien obligé de souscrire au projet, non seulement en tant que reconstruction permanente du savoir actuel mais aussi en tant que projet
démocratique où tout le monde a le droit (s'il le veut simplement) de participer sous le regard de tous, et où la contribution de chacun peut être rectifiée par tous. 


Quand Norbert Bolz dans l'interview affirme que "quand on est un professionnel, on doit communiquer avec des professionnels", il s'agit pour moi d'une prise de position élitiste qui réserve le
savoir à un cercle de savants auto-déclarés et en exclut le troupeau d'idiots, ce qui peut donner un sentiment de supériorité à ses tenants, mais qui insulte par ailleurs tous ceux qui sont
exclus de fait du savoir. Wikipedia est sans doute dirigée par des critères de popularité et d'instantanéité qui nous déplaisent, mais c'est tout simplement le reflet de la société existante, et
cela n'exclut pas d'autres domaines de la connaissance moins populaires et plus gratifiants. Si vous regrettez le manque de traitement de certains thèmes, il ne tient qu'à vous d'interagir avec
le médium pour l'améliorer. La simple critique externe reste stérile.


Dans son commentaire Florian Vergnaud vous demandait de préciser votre critique en pointant des erreurs factuelles, mais vous ne répondez pas sur ce point en préférant critiquer la mise en forme
des articles qui manque selon vous de "philosophie". J'imagine que vous entendez par là un point de vue original qui mettrait en ordre les connaissances pour en tirer une interprétation, et je
suis bien conscient que Wikipedia se mord la queue en affirmant un principe de neutralité intenable, mais cela n'ôte pas toute valeur au projet en lui-même. A vrai dire, votre critique de
principe aurait sa place dans la communauté de Wikipedia, et si vous arriviez à convaincre plus de contributeurs, peut-être sur le long terme votre critique servirait-elle à améliorer la
rédaction des articles. Si jamais vous avez déjà relevé des erreurs dans certains articles, plutôt que de tout garder pour vous en vous en tenant à une critique externe, vous avez le pouvoir de
rectifier vous-même les erreurs en question en quelques secondes, à condition d'accepter que vos corrections soient elles-mêmes supervisées par d'autres. 


Encore une fois je ne suis pas un partisan acharné de Wikipedia, mais je trouve que toute critique participe indirectement du projet lui-même, et ferait donc mieux de s'y faire entendre
directement. Au lieu d'interdire à nos élèves d'y puiser, n'est-il pas plus pédagogique et plus utile de les encourager à enrichir/corriger eux-mêmes les articles, pour qu'ils s'approprient un
savoir souvent trop extérieur ?


Merci pour votre attention


G. Lequien

Florian 27/11/2011 23:38


Bonjour à tous et à vous Alithia,


je vais prendre votre contrepied et défendre wikipedia. C'est un projet en constante amélioration, qui n'est pas parfait et ne le sera jamais, de nouvelles connaissances affluent toujours. Mais
il me semble que l'idée du partage complet de la connaisssance devrait satisfaire tout humain en quête de savoir. Cette connaissance est fournie de façon volontaire par les internautes et il faut
justement encourager chacun à aller sur wikipédia, car c'est le nombre qui fait la force et entraîne un contrôle permanent des articles rédigés. Pourquoi au lieu de critiquer, n'aidez vous pas ce
projet si fort humainement ? Venez aider, participer mais de grâce ne blamez pas un projet en constante construction ! Personne ne prétend que Wikipedia soit fini, parfait et une encyclopédie de
référence, mais ce projet a le mérite de relever le défi et s'en sort plutôt bien, car je n'ai que très rarement relevé des fautes ou des impertinences. Vous avez raison, il faut faire preuve de
prudence vis à vis de wikipedia, mais de là à tout critiquer, alors que peu de fautes existent, non. Vous avez relevé des erreurs, des fautes ? Corrigez les et prouvez plutôt la force de ce
projet  ! J'espère que votre ouverture d'esprit et votre défense de la neutralité vous amèneront à publier ce commentaire pro-Wikipedia.


Cordialement,


Florian VERGNAUD

alithia 17/12/2011 20:44



Veuillez excuser le retard de publication. Non, je n'ai aucune difficulté à publier votre commentaire.


Je ne me suis pas occupée du blog ... depuis un certain temps et même un temps certain.


 


oui, Wikipedia n'est ni pargaite ni achevée et ne le sera jamais : comme toute encyclopédie.


 


cependant accumuler des faits n'est utile que pour vérifier des noms propres de lieux ou de personnes, des dates, le nombre d'habitants d'un pays, d'une ville, des
quantités, du pur factuel... Cela ne fait en rien un article d'encyclopédie, ni pour la littérature et l'histoire, à l'évidence, qui consistent en des analyses et des points de vue démontrés,
ainsi que pour toutes les sciences humaines, mais également pour les sciences dont les sujets sont passés à la moulinette et hachés menus par wikipedia, jusqu'à ne plus vouloir rien dire et être
totalement incompréhensibles, faute de pensée de l'histoire de la constitution des théories, faute d'analyse, de mise en perspective et de point de vue historique, faute d'épistémologie et
d'histoire des sciences en un mot.


 


Cela crève les yeux pour les arts, bien sûr  et pour tous les domaines qui ne relèvent pas de simple relevés factuels, comme peut le faire en revanche un
annuaire des horaires des trains.


 


or wikipedia peut grossier et s'enfler autant qu'il est possible de toutes les informations factuelles de la terre et de toutes les listes de tout sur tout, elle
sera une excellente spécialiste en toutologie mais ne sera jamais une encyclopédie qui requiert une pensée, une philosophie, aussi bien en sciences que dans tous les domaines.


 


or wikipedia ressemble plus à un catalogue immense qu'à une encyclopédie, analytique.


 


Elle tient plus d'un immense délire de tout dire et tout inclure sur le mode d' un annuaire des horaires des trains, que d'une encyclopédie raisonnée susceptible de
donner une idée exacte et lisible de l'état du savoir contemporain. (et lisible, car qui va lire les pages découpant les connaissances en dizaines de milliers de confettis épars°


 


Une fois encore regardez les statistiques pour voir à quoi sert wikipedia : loisirs de masse (foot, séries TV etc.)  sujets à la mode, vie et mort des vedettes
du show-bizz, du sport et de la TV, événements extraordinaires et marquant les esprits, voilà ce que lisent les gens  .  Car il est certain que ce n'est pas avec wikipedia qu'on apprend
à se cultiver et à combler les trous de son ignorance.  Ce n'est pas avec wikipedia qu'on apprendra quoi que ce soit du vaste savoir humain, pas plus l'histoire, que la philosophie ou les
sciences, les articles étant beaucoup trop mal faits, pour qu'on n'y comprenne quoi que ce soit, en dehors de ce qu'on connaît déjà. Découpés en quantité de sous et sous-sous parties et articles,
sans analyses, autant dire tout à fait bêtes, les articles de wikipedia ne vous apprennent rien. Que des faits. Du type, Napoléon est mort à Ste Hélène et Charlemagne a été courronné en 800. Ah
oui ! Et qu'est-ce que ça signifie, où est la portée historique et pourquoi l'importance de ces deux personnages -qui chacun à leur manière ont construit l'Europe  et cela, c'est moi qui le
dit, jamais wikipedia ne sera capable ni n'osera dire une chose pareille-  eh bien justement wikipedia ne vous le dit pas. c'est pourquoi elle est nulle et inutile.


 


Ajouter à cela qu'elle pille le travail des créateurs sur la toile.


Forcément tout le monde peut y participer. faut pas rêver.



Cotissois 09/09/2011 23:29



Interview intéressante, expliquant la crise sociologique en cours.


Au niveau du contenu, Wikipédia a le mérite d'exprimer la passion de chacun. A défaut d'une éducation formatée qui nous dit ce qui est important ou pas, on assiste à une mise à plat générale où
tout peut être considéré sérieux et intéressant.


Mais il ne faut pas que cette remise à plat atteigne la direction générale de la société. La direction de la société est quand même dépendante de l'Education, et Wikipédia peut largement agir sur
l'Education en proposant une vision nouvelle de la société, avec une redéfinition inédite des choses importantes, et oubliant l'Histoire.


On verra ce qui se passe lorsque la nouvelle génération Web 2.0 atteindra des postes importants de direction. Sa quantité de raison.