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Observatoire

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  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 18:56

 

 

Une étude de grande importance et pertinence sur l'enseignement de la philo au lycée, de Jean-Louis Poirier, ancien inspecteur général de philosophie qui trace les grandes lignes de la situation et de ce qu'il faudrait faire, en sachant de quoi il parle et pose les querstions essentielles au moment ou Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, envisage un enseignement de la philosophie sur les 3 années de lycéer, comme en Italie qui peut servir de référence exemplaire.

 

 

"Enseigner la philosophie : l'exemple italien", de Jean-Louis Poirier : philo au-delà des Alpes

 

Habituellement, on se plaît à opposer l'enseignement de la philosophie dans le secondaire tel qu'il est pratiqué en Italie - basé sur l'histoire des systèmes et des auteurs - à une approche "française" censée privilégier la formation de l'esprit critique des élèves. Rien n'est plus faux, montre l'ancien doyen de l'inspection générale de philosophie, Jean-Louis Poirier, dans cet ouvrage bref mais percutant, issu d'un rapport de 2009 remanié. Un ouvrage qui renverse avec bonheur bien des idées reçues sur ce sujet, que les épreuves du baccalauréat remettent annuellement à l'ordre du jour, et qui autorisent une certaine forme de condescendance vis-à-vis de notre voisin.


A tort, selon cet essai, qui aborde les deux façons d'enseigner la prétendue "discipline reine" d'un versant à l'autre des Alpes "à la manière des Lettres persanes", c'est-à-dire avec distance et non sans ironie. La démarche permet ainsi de tordre le cou à de nombreux clichés. Notamment celui qui voit dans le système scolaire italien un malade chronique. Ou le mythe de la prétendue exception française, selon lequel la France mettrait à la disposition de ses lycéens le meilleur enseignement philosophique au monde !

 

Car, pour l'auteur, c'est en Italie que la philosophie est la "mieux lotie". En perpétuant la tradition de l'humanisme dont elle se réclame, l'Italie a su cultiver et entretenir à un niveau de grande qualité l'apprentissage des humanités gréco-latines, ce dont témoigne le fait que le liceo classico (lycée classique) demeure une filière très prisée.

 

L'auteur montre aussi les institutions qui, depuis 1923, veillent dans la Péninsule à maintenir le lien au passé par le "retour aux textes" prôné par le ministre philosophe Giovani Gentile. Comme son maître, le philosophe Benedetto Croce, Gentile l'"historiciste" pensait que l'Histoire était le moteur de toute création humaine. Apprendre la philosophie au travers de l'histoire des philosophes ne signifiait nullement que l'on renonce à une réflexion critique et personnelle. Elle en était au contraire guidée et enrichie par l'acquisition d'une culture historique.

 

La thèse défendue ici par Jean-Louis Poirier est forte : la différence ne porte pas sur l'objectif de l'enseignement philosophique, mais plutôt sur les diverses manières de concevoir ce qu'on entend par "réflexion critique". Côté italien, on valoriserait la continuité ("Rome transmet et l'Italie se souvient"), on érigerait la mémoire en état indispensable au sentiment d'unité d'un pays dont l'unification au XIXe siècle a été tardive. Côté français, on mise sur la naissance d'un "esprit critique" autonome ; on valorise le "non" dans la lignée d'une pensée républicaine revendicative par nature...

 

Or selon Jean-Louis Poirier, ces deux approches de la philosophie, historique et critique, doivent se croiser et non être mises en concurrence. Est-ce dans cet esprit que le ministre de l'éducation nationale, Luc Chatel, vient de décider que la philosophie serait désormais enseignée dès la classe de seconde, comme on le fait en Italie ? Ce serait alors un premier pas vers une reconnaissance de la "progressivité" typique du système italien.

 

A l'heure où certains parents et élèves doutent de l'utilité de l'enseignement de la philosophie en terminale, ouvrir ce débat est tout à fait bienvenu. Peut-être cela contribuera-t-il à réhabiliter la classe de philosophie aux yeux des récalcitrants qui disent craindre d'y perdre leur temps.


ENSEIGNER LA PHILOSOPHIE : L'EXEMPLE ITALIEN de Jean-Louis Poirier. Ed. Conférence, 280 p., 20 €.

 

 

 

Paru dans Le Monde.

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Published by alithia - dans philosophie
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