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Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
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  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 14:43

 

 

 

 

Sous la plume d'André Glucksmann, nous pouvons lire un rappel de la tolérance fondatrice de la laïcité, que la république doit  garantir. Cette apologie de la tolérance est devenue plus que nécessaire quand de soi-disant laïques veulent imposer le refus d'une pratique religieuse et s'allient pour ce faire avec l'extrême-droite, ce à quoi le FN donne un écho nationnal retentissant.

 

Faut-il rappeler encore et encore que la laïcité n'est pas le refus de la religion, ni de telle ou telle, mais consiste en la tolérance de toutes les religions, croyances et opinions, sous conditions qu'elles ne contreviennent pas aux lois et ne portent pas atteinte aux individus ni à l'ordre public -ce qui distingue certaines sectes des religions- et selon une stricte séparation de la sphère des religions et de celle de la politique et de l'Etat. En clair les religions n'ont pas à imposer leurs règles particulières à l'ensemble de la communauté nationale, et les lois ne sont pas faites à l'instigation des religions ni n'ont à tenir compte de leurs croyances et traditions, qui ne valent que dans l'espace de la pratique religieuse des individus.

 

La religion, en république doit rester une affaire privée, ne doit pas avoir de prétentions politiques et ne doit pas envahir l'espace public. C'est à dire que nulle religion ne doit sortir de sa sphère où elle s'adresse aux seuls croyants et elle ne doit pas déborder dans l'espace public en y imposant ses croyances et ses rites  ou cherchant à les imposer à tous pour en faire un débat public.  Rien d'autre et rien de plus.

 

 

Que se passe-t-il  alors si un groupe ne dispose  pas de lieux de culte et procède à ses rites dans la rue ? Cela revient-il à imposer ces moeurs  comme devant faire débat dans l'espace public ? Certainement pas.   Et le prétendre  en présentant cet état de fait, par manque de locaux, comme un prosélytisme choisi alors qu'il s'agit d'une situation d'inconfort subi et  alors que ce sont les mêmes protestataires qui dénoncent ce fait comme supposé être une agression intolérable pour les autres, qui sont les premiers à  refuser aux musulmans des lieux de culte  suffisamment vastes pour y recevoir les fidèles en nombre croissant, est un mensonge et une hypocrisie.  Double discours et double bind : ils fabriquent une impasse.  Certes les dits croyants  n'ont pas à exhiber leurs prières dans la rue, autant que possible. Mais le problème est qu'actuellement ils ne peuvent faire autrement.  Où peuvent-ils s'y livrer quand les mosquées manquent ? Il faut cesser avec cette hypocrisie de la dénonciation d'un islam qui déborde dans la rue  parce que  ses lieux de culte sont insuffisants et ne lui sont pas assurés, en faisant comme si cela signifiat qu'il avait envahi l'espace public des idées, des débats et des références culturelles.

 

Ce sont deux choses bien distinctes. L'occupation d'un trottoir le temps d'une prière, regrettable sans doute, n'est pas l'occupation de l'espace public où les valeurs seraient celles de l'islam -contrairement à ce que prétendent ces faux laïcs et vraies idéologies d'extrême-droite qui servent de tremplin au FN, comme autrement le pouvoir sarkoziste avec ses amalgames  à la Hortefeux.

 

En revanche l'espace public, espace d'idées et de débats, tend à être envahi par les discours sécuritaires et xénophobes de la sarkozie et de l'extrême-droite. Là est le vrai problème.


 

Et il faudrait cesser de  présenter ce phénomène  de prières dans la rue comme une provocation , alors qu'il s'agit d'un fait subi, qui représenterait une agression pour les non-musulmans (il faudrait aller faire un tour dans le quartier et voir de ses yeux que ça ne dérange en rien la population non musulmane que les trottoirs ne soient guère praticables une heure  par semaine) et pire encore, qui serait un danger pour l'Etat et l'ensemble de la nation.

 

La laïcité autorise et protège les religions qui sont elles-mêmes soumises au respect des lois communes. Encore doivent-elles en avoir les moyens pour ne pas s'exhiber dans la rue.

 

Or le pouvoir sarkoziste joue dangereusement avec un certain rejet de l'islam, comme si celui-ci mettait en péril l'Etat et les lois, se fondant sur le fait  que certaines manifestations publiques devraient demeurer privées,  et qu'un certain agacement se fait jour dans la population autour des voiles intégraux qui agressent , dans leur principe, les citoyens et parmi eux les femmes  encore plus, pour le symbole qu'ils représentent.  Ce faisant  ce pouvoir pratique une confusion lorsqu'il tente de faire passer pour une menace contre l'Etat, ce qui  relève d'un problème auquel la laïcité doit pouvoir trouver une solution, en permettant que les rites soient accomplis de manière réservée aux croyants de cette religion dans un espace privé, et en légiférant  éventuellement, sur le voile intégral, s'il y a lieu.  Il existe  une tendance croissante au sein de la population à tolérer  assez peu les revendications à caractère communautaire extrême et traditionnalistes se rattachant à une tradition incompatible avec les valeurs d'une société démocratique, au sein d'une société très peu religieuse, très déchristianisée. Seuls 1% des catholiques suivent régulièrement la messe. Et les religieux déplorent notre société "sans Dieu".  Cela pose problème au cadre laïc de la république mais ne met nullement en danger l'Etat. Pour notre société, la religion n'a pas tous les droits. Elle a été cantonnée dans son espace propre.

 

Que l'actuel retour à la religion de nombre de personnes de culture musulmane soit seulement privé,  est une idée largement  acquise dans nos sociétés.

 

Or les attaques contre les étrangers et les expulsions de Roms,  comme s'ils représentaient une menace, ces attaques et provocations réitérées depuis l'été, entretiennent  l'idée malsaine que l'"étranger" est un danger pour l'Etat, en une  manipulation que réalise la confusion pré-citée et qui n'a rien à envier à l'extrême-droite,  tandis qu'au même moment  beaucoup parmi nos concitoyens auraient tendance à considérer  simplement que le risque que peuvent entraîner des références religieuses et culturelles publiquement revendiquées, dans le contexte, consiste uniquement en une promotion de traditions archaïques qu'une  république ne peut accepter, en particulier à l'égard des femmes qui ne peuvent vivre ici comme l'on vit en Arabie saoudite.

 

Cette  confusion entre une défense de la laïcité et une xénophobie entretenue par les discours et les actes du pouvoir sarkoziste, est à vrai dire le seul  danger, auquel il est possible de répondre  pour apporter quelques clarifications et dire son désaccord.

 

Le rappel de la tolérance est aussi un appel à la résistance . 

 

 

 

 

*  *  *


 

André Glucksmann écrit dans le Monde , pour rappeler ces principes de tolérance envers toutes les religions, que la laïcité garantit et doit garantir.

 

 

 

[extrait]

 

Au sortir de la guerre froide, un officiel soviétique fit mine de plaindre ses vainqueurs : "Vous venez de perdre votre Adversaire Absolu, vous voilà bien embarrassés !" Comme si gouvernants et diplomates ne couraient depuis toujours plusieurs lièvres à la fois. Certes, pour être totales, les mobilisations totalitaires s'assignent une cible exclusive – l'impérialisme américain, le judéo-bolchévisme, le sionisme, les infidèles ou tout autre "Ennemi" supposé héréditaire.

En revanche, les mouvements démocratiques échappent à la contrainte de l'idée unique. Entre 1945 et 1989, un Occidental s'autorisait à contester simultanément les dictateurs communistes, les guerres coloniales, la corruption des privilégiés, le machisme des conservateurs, et cætera. Vingt ans après, il semble que le diagnostic soviétique l'emporte et que nous partions en quête du bouc émissaire un et indivisible.

 

La campagne présidentielle commence mal. En été 2010, l'Elysée ouvrit le ban par une offensive anti-Roms, expédiant gendarmes et bulldozers démolir les cahutes des bidonvilles improvisés, tandis que les caméras des télévisions s'attardaient sur les poupées écrasées, les frigidaires éventrés, la résignation triste et digne des plus démunis d'entre les démunis. Quinze mille Tziganes, nomadisant sur le sol français, mettaient la République en danger ! S'engouffrant dans la brèche morale, l'ultradroite plébiscite un enjeu décisif pour la nation : "l'occupation" de deux tronçons de rue à Paris à l'heure des prières coraniques du vendredi. Les musulmans arguent d'un manque (avéré) de lieux de culte clos.

 

En bon laïque, peu porté à l'angélisme, je suis choqué par ce spectacle hebdomadaire – à chacun ses goûts. Mais nul n'a le droit d'imposer ses rites et ses manies à qui ne les partage pas. Que l'on construise donc les mosquées indispensables et qu'on dégage dans la foulée les chaussées indûment encombrées ! Récuser les lieux ouverts et refuser les lieux couverts à la seconde religion de France, c'est raisonner en pompiers pyromanes. Ceux qui vitupèrent l'occupation religieuse du pavé s'opposent paradoxalement à la construction d'espaces appropriés avec ou sans minaret (au gré des arrêtés municipaux).

 

Ils invoquent la réciprocité : tant que les églises chrétiennes seront interdites en Arabie Saoudite, nous devons refuser les mosquées chez nous. Faudrait-il dès lors couper la main des voleurs, lapider les adultères, pendre les homosexuels, parce que telle est la règle ailleurs ? Œil pour œil, dent pour dent ? Pitié ! La tolérance laïque, glorieuse invention de l'Europe, permet la vie en commun dans la diversité des désirs et des couleurs. Si d'autres pays choisissent la contrainte et l'uniformité, tant pis pour eux, mais pas question de s'en inspirer.

 

Exception planétaire : sur le Vieux Continent, toutes les religions sont minoritaires de fait, et le resteront. Jean Paul II constatait, lucide et désolé : "Les Européens vivent comme si Dieu n'existait pas." Son successeur confirme, incriminant un "relativisme" dominant villes et campagnes. Fût-elle appréciée comme une nouvelle barbarie, la tolérance règne. Elle accepte toutes les religions et "irréligions", sans en privilégier aucune. N'en déplaise aux chevaliers d'une foi pure et dure, en très grande majorité les Européens bannissent la guerre des croyances et les prosélytismes agressifs. Même les musulmans ? Chez nous, oui.  [...]

 

 

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Published by alithia - dans philosophie
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commentaires

Georges D. 28/12/2010 22:13



Enfin la réaction d'un philosophe sur le sujet ! On l'attendait.



Guillaume 28/12/2010 19:51



Excellent article d'un philosophe qu'on croyait perdu pour avoir soutenu Sarkozy



alithia 28/12/2010 20:40



oui, il semble en être revenu, lui aussi. Bonne nouvelle.



Altshift 28/12/2010 18:25



TOLÉRER Pose un grave problème sémantique puisqu’il suggère qu’il faudrait accepter,
avec efforts, prendre sur soi pour laisser proférer les pire absurdités, les pires horreurs par des crétins fascisants.


Le programme du FN est intolérable, un plaidoyer pour la « tolérance » est à peine supportable. Accepter les différences, ce n’est pas « tolérer », ce verbe, auxquel font
appel tous ceux qui se croient bien pensants est presque vomitif.


Aucun discours fondamentaliste religieux n’est tolérable : aucun plaidoyer pour la tolérance ne les rendra plus tolérables. Le fait que quiconque puisse où qu’il se trouve pratiquer un culte tant
qu’il ne cherche pas à l’imposer aux autres est totalement étranger à la tolérance, c’est de l’ordre du respect humain.  



alithia 28/12/2010 19:33



On parle de tolérance religieuse , càd opinions et croyances, privées, propres au seul groupe des croyants,  lorsqu'on parle de laïcité. Telle que la croyance
que Jésus est  Dieu ou fils de dieu par exemple, ou la conviction qu'il faut faire 5 prières par jour pour plaire à Dieu, ou ne pas manger ceci ou cela.


 


Opinions athées aussi, y compris liberté d'expression dont les caricaturistes de Charlie ne se privent pas par exemple.





La tolérance, conditionne la liberté comme droit de ne pas être poursuivi ni persécuté pour ce qu'on croit. Mais à l'époque moderne, laïque, est admis le principe
qu'aucun pouvoir politique ne doit être accordé  aux religions ni de force politique ne doit leur être reconnue, pour imposer quoi que ce soit à l'ensemble de la société. Exemple des lois
sur divorce, avortement etc. qui ne tiennent pas compte des croyances et moeurs de la religion dont le chef est à Rome, où lois sur le mariage qui ne sont pas conformes aux règles de l'islam,
lois garantissant la liberté de croyances et la liberté d'expression, y compris impertinences et irrespect à l'égard dela religion,  y compris droit d'abandonner sa religion, cd'en changer
ou de n'en avoir aucune, qui sont contraires aux prescriptions de l'islam.


 


L'Etat laïque ne légifère pas en fonction de ce que prêchent les religions.


 


Il pratique et apprend  la tolérance de toutes, dans le cadre des lois.


 


N.B.   notion de tolérance introduite par la philo politique dans le droit, exprime le principe de la liberté de conscience, selon lequel nul n'a droit de me
forcer à penser de telle ou telle manière, pas même l'Etat


 


Référence à Spinoza :  l'Etat n'a pas à décider des croyances et opinions des citoyens, car il n'en a pas le pouvoir, sans se muer  en odieuse tyrannie
s'il le prétendait au contraire ; principe complémentaire : que la religion reste dans son rôle, la morale, et n'ait pas de prétention politique ; et la Lettre sur la tolérance de Locke, par
exemple


 


L'idée de tolérance constitue un principe politique énonçant le relativisme dans le domaine des opinions, la politique ayant affaire à la croyance, elle doit tolérer
les croyances et ne pas persécuter les croyants. Toutes les opinions et toutes les croyances sont tolérées, supportées, aussi longtemps qu'elles ne sont pas nuisibles à l'ensemble des concitoyens
-pour en exclure la haine et l'incitation au meurtre-


Spinoza " Dans une libre République chacun est autorisé à penser ce qu’il veut et à dire ce qu’il pense. " Elle n'est en rien un principe épistémologique, qui
vaudrait pour le registre de la connaissance où là, et là seulement, il y a lieu de distinguer entre les idées, selon qu'elles sont vraies ou fausses et là il n'y a pas de tolérance (pour vanter
la génération spontanée ou l'immobilité de la terre au centre du monde : cela se réfute, tandis que les croyances en dieu ne se réfutent pas )


Egalement Locke  Lettre sur la tolérance,  pas même l'Etat


 


Le principe de tolérance implique de supporter les idées relevant du domaine de al croyance et non de la connaissance, bien que fausses voire absurdes, aussi
longtemps du moins qu'elles sont l'affaire des seuls individus et ne sont pas nuisibles à la collectivité, càd qu'elles ne sont pas l'occasion d'une organisation en association politique afin
d'échapper aux lois et constituer un groupe à part refusant les valeurs fondatrices d'une société, ou faire pression sur
l'Etat pour faire reconnaître ces opinions comme devant être adoptées par tous. Ex. l'astrologie ou certaines médecines parallèles, sont innocentes, aussi longtemps que ce sont des lubies
individuelles. Si elles forment la base idéologique d'un groupe qui par là s'excepte de la société et de ses lois pour autoriser par ex. le viol, l'inceste, la pédophilie à ses chefs, ou pour
préparer la fin du monde ou le passage dans l'au-delà par suicide collectif, par ex, cela devient une secte


 


 


La tolérance est un principe politique qui justifie la liberté d'expression pour le penseur, comme pour chacun, la tranquillité et le droit de ne pas être inquiété
pour ses opinions, quelles que soient ses croyances, fausses ou absurdes aux yeux de ceux qui ne les partagent pas, aussi longtemps qu'elles ne relèvent pas de la haine comme le sont les idées
racistes, fascistes. Là il ne s'agit plus d'opinion mais de délit, selon la formule de Sartre.


 


 


Le principe de tolérance ne signifie pas qu'il faille tout accepter, mais qu'il faille laisser les gens en paix croire ce qu'ils veulent aussi longtemps que
cela ne nuit pas à la collectivité ; d'où les limites imposées  à la liberté d'expression et les lois pour poser ces limites (incitation à la
haine et au meurtre, diffamation, calomnie etc.) et à la liberté de faire n'importe quoi (lois sur le mariage, protégeant les mineures des mariages forcés par ex.  ou interdisant la
polygamie et toutes les lois de protection de l'enfance etc.)


 


 





Bien sûr les idées fascistes et racistes dans la mesure où elles sont des appels à la haine, voire au meurtre, des incitations à l'action nuisible aux autres, et
sont un danger pour les individus, pour l'intérêt de tous et de l'ordre public, n'ont pas à être tolérées. Il y a des lois pour les interdire et ça tombe sous le coup de la loi.


 


L'Etat ne s'occupe que de restreindre les comportements nuisibles mais n'a pas autorité pour imposer des croyances. A l'époque moderne, seuls les Etats dictatoriaux
et totalitaires le font, ça s'appelle embrigadement dans une idéologie d'Etat.