Partager l'article ! lectures de l'opération Onfray contre la psychanalyse: &nbs ...
Observatoire de wikipedia, le mythe de la neutralité.
"le courage c'est de chercher la vérité et de la dire" Jean Jaurès
La charge de la brigade légère menée par Onfray contre la psychanalyse attire de
très nombreuses réponses. Il paraît que les Américains nous admirent et nous envient pour cela : e n France on débat passionnément lorsque des textes font penser, innovent ou font
scandale. Dans tous les cas, nous nous intéressons aux idées. Lorsque l'enjeu est d'importance, les idées sont évaluées, elles donnent lieu à analyses, réfutations ou soutiens,
nous les prenons au sérieux. Grandes pensées, polémiques ou simples provocations, les idées font réagir, partisans et adversaires opposent leurs raisons, en défense ou en
critique, pour les causes qui le valent, du moins, lorsque les enjeux sont de taille, géniales, profondes ou erronées voires crapuleuses, les idées ont
le mérite de donner lieu à débats de fond, et toujours des échanges qui ravivent le rôle et l'importance des idées.
"On" en parle, oui, la campagne mediatique est lancée, mais comment en parler ? Nous retiendrons quelques citations de quelques lecteurs du livre d'Onfray qui fut lancé à grands coups de scandales, pour faire du chiffre de vente.
Beaucoup prennent la plume pour analyser le phénomène que représente ce crachat
lancé sur Freud, avec le tort conjoint fait aux analysants et personnes qui bénéficient de la psychanalyse.
Une foison de textes, à vrai dire.
Celui-ci d'Alain Badiou, philosophe, paru dans Le Monde du 7 mai, notant la cohérence de ce genre
d'opération avec la régression politique actuelle et l'obscurantisme contemporain ; à lire en entier ; un extrait :
" Pendant tout un temps, singulièrement en France, ce sont ... les immenses effets émancipateurs, dans la pensée et dans l’action, de Darwin, de Marx et de Freud, qui l’ont emporté, au travers bien entendu de discussions féroces, de révisions déchirantes et de critiques créatrices. Le mouvement de ces dispositifs dominait la scène intellectuelle. Les conservatismes étaient sur la défensive.
Depuis le vaste processus de normalisation mondiale engagé dès les années 1980, toute pensée émancipatrice ou même simplement critique dérange. On a donc vu se succéder les tentatives visant à extirper de la conscience publique toute trace des grands dispositifs de pensée, qu’on a pour la circonstance appelés des “idéologies”, alors qu’ils étaient justement la critique rationnelle de l’asservissement idéologique. La France, selon Marx “terre classique de la lutte des classes”, s’est hélas trouvée, sous l’action de petits groupes de renégats de la “décennie rouge” (1965-1975), aux avant-postes de cette réaction. On y a vu fleurir les “livres noirs” du communisme, de la psychanalyse, du progressisme, et en définitive de tout ce qui n’est pas le bêtisier contemporain : consomme, travaille, vote et tais-toi."
Celui de Daniel Sibony psychanalyste, dans Le Monde du même jour revenant sur la vie de Freud, qui n'était ni un héros, ni un sale type, simplement menacé en tant que juif par le nazisme et qui afait tout pour défendre la psychanalyse qui n'était pas reconnue.
Il insiste sur le fait que les patients n'ont rien à faire de savoir s'ils devraient
adorer ou mépriser Freud, leur question ne porte pas sur la théorie encore moins que sur la théorie à l'aune de la vie de Freud, elle porte sur eux-mêmes et ce qui les occupe
est l'aide qu'ils trouvent dans la psychanalyse pour mieux vivre leur vie. Ce qui ne se trouve pas grâce à la philosophie , à laquelle Onfray voudrait réduire
la psychanalyse (Freud aurait "volé" à Nietzsche quelques idées, d'après ce dernier)
" tous ceux qui souffrent et qui ont bénéficié de l’apport freudien n’idolâtrent pas
Freud. Ce n’est pas qu’ils s’y refusent, ils s’en foutent, l’essentiel est ailleurs. C’est la psychanalyse, et quand elle est bien faite, par des gens doués et généreux, elle aide le sujet à
devenir un penseur de sa vie, à la penser en acte et non en appliquant tel ou tel philosophe, fût-il fameux.
Je n’ai encore vu personne se tirer d’affaire et retrouver le chemin de sa vie parce qu’il a lu un manuel de philosophie.
Et c’est peut-être là que l’on peut comprendre la rage du philosophe qui cherche des poux à Freud. Quand c’est un nietzschéen, comme cela semble être le cas, il ne peut qu’être exaspéré par le fait que chaque vérité produite par Nietzsche intuitivement, et parfois génialement, la psychanalyse la découvre ou la retrouve dans sa pratique à une échelle bien plus vaste et en la menant beaucoup plus loin dans la vie des sujets.
Un exemple ? Nietzsche dit quelque part : “Tu ne deviendras jamais que ce que tu ignores de toi-même.” C’est joli, mais en termes “psy” cela veut dire que ce que tu refoules revient irrésistiblement et l’emporte sur tes ratiocinations. Mais l’avantage, c’est que la psychanalyse ouvre avec cela un vaste champ où s’étudie le refoulement et ses retours, ses craquages, ses rafistolages symptomatiques ; cela ouvre l’immense étude des fantasmes, des symptômes, des blocages, des mal-être…"
La psychanalyse en effet aide à trouver son désir, permet d'assumer librement sa vie et soi-même de manière responsable , sans avoir besoin de maître ou de dieu, sans demeurer esclave de l'impératif de jouissance édicté par la société de consommation .
Onfray qui se prétend libertaire devrait pourtant apprécier
...
Celui de Marc Strauss , psychanalyste et psychiatre, qui analyse le rapport personnel de Onfray à la psychanalyse :
" il n’est pas un concept de Freud qui n’ait été discuté, critiqué, voire
combattu par Freud lui-même ou ses successeurs. Néanmoins, il est vrai que le geste fondateur de la psychanalyse reste pour eux, sinon inexplicable, du moins indiscutable : l’association
libre.
Encouragez quelqu’un à parler de manière à ce qu’il accepte d’essayer de vous dire tout ce qui lui passe par la tête, et il s’en déduira toute une série de conséquences. En particulier le fait que le sujet tienne à continuer, parce que ça lui fait un effet très particulier. Il peut même, sans nécessairement s’en rendre compte, tenir à la relation qui se noue avec qui l’écoute.
Là donc, ça tient, et rudement. Le fait est, d’expérience. Pourquoi ça tient, et où ça va, tout cela se discute. D’autant que toujours le sens fuit, comme disait Lacan. Autrement dit, il n’y a pas de dernier mot de la vérité et là, Michel Onfray a bien saisi le truc. Le problème, c’est qu’il en déduit du coup que la psychanalyse est invalidée, alors que justement ce n’est que par là qu’elle fonde sa certitude.
Freud d’abord, Lacan ensuite, se sont échinés à saisir, au-delà de l’image, le traumatisme inaugural qui fait l’être humain en souffrance d’une vérité qui lui échappe. Et ils ont trouvé. Freud l’a exprimé d’un mythe, la castration, dont Lacan a montré qu’elle était le nom de l’impossibilité à tout dire, qui nous frappe tous, et dont nous recouvrons l’horreur dernière par nos croyances, conscientes aussi bien qu’inconscientes. Ils ont trouvé, au-delà de ces croyances incertaines, le moyen pour qui le souhaite d’ouvrir les yeux sur ce qui, dans la vie, le supporte, dans ce qu’il a de plus intime, de plus singulier.
On l’aura compris, si nous donnons raison à Michel Onfray, ce n’est que pour la moitié du chemin. Que n’a-t-il mesuré que c’est à partir de ses conclusions mêmes que la psychanalyse se poursuit et se démontre, dans ce qu’elle a d’unique : l’accès à ce qui fait le réel propre à chaque sujet, qui n’est bien sûr pas le réel universel de la science, mais n’en est pas moins sans conséquences majeures dans la vie de tous.
Est-il pertinent de se demander pourquoi Michel Onfray n’a pas poursuivi son chemin au-delà de sa découverte de l’inconsistance de la vérité, ce qui l’aurait amené, à n’en pas douter, à exercer son intelligence dans une tout autre direction ? On nous permettra d’interpréter l’épaisseur de son livre et les relais nombreux qu’il a trouvés dans les médias comme l’expression d’un ressentiment, partagé par beaucoup. Un ressentiment, fruit d’un amour déçu, pour s’être cru abusé, et qui n’a pas trouvé le relais congru pour s’interroger sur la tromperie de l’amour, voire de la parole elle-même.
Autrement dit, le livre de Michel Onfray, avec ses outrances, ses excès, sa mauvaise foi, ses pensées nauséabondes, ressemble par trop à ce qui se déchaîne sur un divan pour n’y pas voir une demande d’analyse restée en souffrance. La perspective de rester seul avec une angoisse folle de se tromper justifie quiconque de se montrer aussi brouillon que téméraire dans son assaut contre son idole du moment.
Et parce que notre époque spécialement y contraint les meilleurs et les plus sensibles, Michel Onfray n’est pas seul à s’indigner de ce que, malgré toutes leurs promesses, les savoirs se révèlent trompeurs. De surcroît, il est tout à fait justifié de prendre la psychanalyse comme cible centrale de cette rancoeur, car elle a les moyens, à défaut de le résoudre, de répondre du malaise dans la civilisation. Encore, il est vrai, faudrait-il que les psychanalystes ne l’oublient pas, et s’emploient mieux à le faire entendre."
Parmi bien d'autres articles [1] qui valent d'être lus celui-ci dans l'Express de Roland Gori et Gilbert Charles, extrait :
" La psychiatrie comportementaliste et biologique ne s’intéresse plus à la souffrance du sujet, elle repère les anomalies de comportement. La question n’est plus de savoir ce qui a pu pousser quelqu’un à sombrer dans l’obsession, la dépression, la folie, mais « comment on peut supprimer le symptôme le plus rapidement possible ». Les pathologies ne se définissent plus par la souffrance du patient, mais comme des dysfonctionnements neurocognitifs entraînant une altération des comportements. Le discours psychanalytique dérange, parce qu’il s’oppose à ce formatage comportemental et aux valeurs dominantes d’une société où tout doit être prévisible, programmé, dirigé. Tout comme sa pratique, qui s’inscrit dans la longue durée, entre en contradiction avec la culture de l’instant et du profit à court terme. Les attaques dont la psychanalyse fait l’objet une fois de plus montrent qu’elle est plus vivante, plus actuelle et plus nécessaire que jamais pour résister à cette société du spectacle et de la marchandise."
Voici, de Anne Berger, professeur de littérature , sur l'usage que Onfray fait de la vie de Freud, vue avec ses lunettes de concierge, extrait :
" A côté des approximations, des erreurs factuelles, des faux «scoops», des
raccourcis cavaliers et des extrapolations tendancieuses que les critiques de l'ouvrage d'Onfray ont eu raison de dénoncer, je soulignerai une aberration méthodologique de fond: en l'occurrence,
la confusion entre l'«homme» Freud et l'œuvre de Freud. Admettons que Freud, comme tout être humain, ait eu des faiblesses et des petitesses, celles que croit découvrir Onfray, ou d'autres.
Personne n'est irréprochable, et surtout pas les faiseurs de reproches. Mais une œuvre (une vraie) est toujours plus grande et plus forte que son «auteur». Et si Nietzsche, dont prétend se
réclamer Onfray, dit à juste titre qu'une œuvre ou un système peignent toujours d'une certaine manière le portrait de leur auteur, il ne veut évidemment pas dire qu'ils racontent sa vie par le
menu. «Je est un autre», constatait Rimbaud, né deux ans avant Freud, à propos du «sujet écrivant». Et c'est bien évidemment de cet «autre» que l'écriture philosophique ou littéraire trace le
portrait en filigrane. Prendre la métaphore au pied de la lettre et la «vie du corps» — version nietzschéenne de la vie intérieure— pour la vie de tous les jours, comme le fait Onfray, est un
contresens. Pire encore, l'«historicisme de trou de serrure» que pratique Onfray dans sa «biographie» de Freud, pour reprendre l'excellente formule de Patrick Declerck (Le Monde du 21
mai 2010), tire cette soi-disant biographie intellectuelle vers la «pipolisation», traitement éminemment mercantile des êtres et des idées typique de la «médiatique» contemporaine: on y retrouve
tous les ingrédients dont se repaît le discours «people»: addictions (Freud «prenait de la cocaïne»), rumeurs de liaisons adultères, compromissions politiques et autres matières à «scandale».
Baudelaire était opiomane; il était, contrairement à Freud, grossièrement misogyne: faut-il cesser de le lire pour autant? Le fait que Hegel ait eu un enfant naturel (fait que ses lecteurs comme
le grand public ignorent généralement et font bien d'ignorer) compromet-il la valeur de la dialectique? Se soucie-t-on de la vie de Platon et a-t-on besoin de la connaître pour apprécier (ou
critiquer) le platonisme? On peut utiliser certains matériaux biographiques pour éclairer une œuvre; pour en évaluer le mérite, non. Je m'étonne qu'on puisse faire un instant cas d'une telle
ligne d'argumentation. ..."
L' article de Samuel Lézé dont je donne un extrait :
" la formule centrale [du livre] se résume ainsi :
(i.) Freud est le père de la psychanalyse
(ii.) Or, Freud a un certain nombre de vices
(iii.) Donc la psychanalyse est sujette à caution
Chacun reconnaîtra immédiatement un sophisme bien connu, mais d’une redoutable efficacité dans l’arène médiatique où les réputations sont en jeu : l’argument ad hominem. L’objectif est de discréditer un discours ou une proposition en l’associant à la conduite et à la personnalité de son auteur
(...)
pour Michel Onfray, le philosophe se doit d’être vertueux et cohérent. Et Freud
n’est pas un innocent… Les antifreudiens ne sont donc pas des historiens, mais bien des iconoclastes.
Freudocentrisme
Or, l’iconoclaste est le pendant de l’idolâtre. L’idolâtre freudien a existé, il a même constitué un obstacle épistémologique au développement de l’histoire de la médecine mentale 6, mais il a disparu depuis bien longtemps. C’est à cette période aujourd’hui révolue que l’iconoclaste continue à se référer en parlant de “légende” freudienne et des odieuses nourrices qui l’ont colportée. Très sérieusement, il veut faire rire. Au nom du rationalisme, il dénonce. Mais le rationalisme prosélyte des entrepreneurs de morale qui apportent la bonne parole et traquent les nouvelles religions (conclusion iii.) n’est pas le rationalisme critique des philosophes des sciences qui s’attachent à penser la spécificité et les difficultés d’une région épistémique comme celle de la psychanalyse. Car dès lors, il conviendrait de prendre un véritable risque intellectuel en provoquant une controverse scientifique dans l’arène académique. Au lieu de quoi, à l’instar des chasseurs de superstitions, on trouve sous la plume de l’auteur des jugements sans équivoque sur la “supercherie” (p. 142), la “fantaisie personnelle” (p. 145), la “magie” (p. 265 et p. 376) du Freud “Shaman” (p. 437) exploitant un “vieux fonds irrationnel” (p. 441). Marcel Mauss, qui lisait Freud, aurait certainement été étonné de se voir ainsi embarqué (p.444) dans cette drôle d’histoire qui tombe à pic dans un contexte politique qui vante les mérites de la modernisation !
Paradoxalement, l’iconoclaste n’est pas seulement contre Freud, il est tout contre Freud. Il produit du freudocentrisme, car il a besoin de Freud en personne et uniquement de lui (prémisse i.). L’histoire de la psychanalyse sans Freud devient en effet problématique et incompréhensible ...
Voici encore, des citations de plusieurs articles intéressants et intelligents dans Marianne en ligne, en réponse aux interprétations au bazooka d'Onfray, et que je vous recommande, pour affiner l'approche de Freud, si toutefois vous avez envie de lire Freud pour forger votre propre pensée et connaître ce qu'a dit Freud, indépendamment des opinions de Monsieur Onfray sur Freud.
Car Onfray fait de la politique, lorsqu'il participe d'une opération entamée avec le "Livre noir" qui promeut les techniques comportementalistes, mécaniques et médicamenteuses, relevant du dressage plus que du soin et niant l'intérêt de l'écoute neutre et bienveillante que pratique la psychanalyse.
Onfray met sa plume au service de pratiques médicales brutales, déniant l'intérêt de la parole du sujet qui , comme l'a montré la psychanalyse, seul peut dire ce dont il souffre et que doit laisser venir et entendre le thérapeute. Tandis que ce retour en force de la médecine de la seule prescription médicamenteuse et normativiste -qui vise à régler le comportement sur la norme sociale- vise à étouffer la parole libre et le désir du sujet , soit le sujet qui résiste à l'aliénation. Ces techniques visent au contraire à faire admettre au sujet "guéri" les techniques de rationalisation du travail et de la production qui ont besoin de sa soumission docile aux normes d'un capitalisme qui traite les individus comme de simples agents producteurs de richesses, doublés de consommateurs également dociles et abrutis par les logiques qui les ensèrent.
Onfray fait de la politique, lorsqu'il participe d'une opération
visant à nuire à la psychanalyse : il renforce les objectifs des politiques de santé du libéralisme, au service de la seule rentabilité des individus qui a besoin de leur
normalisation.
A l'opposé, ceux qui oeuvrent à préserver la liberté des sujets contre la violence économique et la rationalisation du management ont quelque chose à dire pour leur défense en réponse aux crapuleries d'Onfray.
telle Clotilde Leguil
La psychanalyse affirme que les conduites humaines ne peuvent être traitées par le seul principe de l’optimisation.
Etait-il bien nécessaire de lire les Œuvres complètes de Freud – 20 volumes, 6 000 pages comme il est rappelé partout dans la presse – pour écrire le tome II du Livre noir de
la psychanalyse ? L’indigestion explique sans doute le style propagandiste adopté par l’auteur du Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne. Si vous avez aimé le Livre noir de la
psychanalyse au point d’en redemander (cela fait quand même 818 pages…), alors vous aimerez le dernier livre d’Onfray, parce qu’y transpire le même ressentiment à l’égard de Freud et de son
invention.
Mais si vous voulez apprendre quelque chose sur la psychanalyse, sur Freud, ses questionnements, ses impasses, son cheminement, lisez seulement un texte de Freud, le Malaise dans la civilisation par exemple, et vous découvrirez pourquoi le message freudien n’est pas du tout conforme aux exigences marchandes, managériales et techno-scientistes de notre société. Vous découvrirez alors pourquoi déboulonner Freud à l’heure du cognitivo-comportementalisme qui conçoit l’être humain comme un rat devant s’adapter à son environnement, c’est tout simplement se ranger au côté des fanatiques de l’évaluation quantitative en vue d’éliminer de la planète tous ceux qui souffriraient un peu trop, ne trouvant pas dans l’hédonisme le remède à leurs maux.
Pourquoi faut-il alors défendre Freud au XXIe siècle ? Il faut défendre Freud parce que ce que Freud a apporté sur la souffrance, le désir et la civilisation, personne avant lui
ne l’avait ainsi formulé. Il faut défendre Freud parce que, face au déluge des thérapies cognitivo-comportementales qui ont maintenant le pouvoir dans la majorité des institutions
psychiatriques et psychologiques, la psychanalyse apparaît comme un îlot préservant la dignité de la souffrance psychique. Parce que Freud est le premier qui a considéré que la souffrance
psychique ne faisait pas de nous des anormaux ; le premier qui a pensé que les hystériques souffraient de réminiscences et qu’elles en savaient plus sur leurs maux que lui avec ses
compétences médicales ; le premier qui a su écouter ce qu’il ne comprenait pourtant pas chez une femme ; le premier qui s’est demandé de façon si claire ce que voulait une femme ;
le premier qui a pensé que la féminité était peut-être une question de l’être sur sa sexualité et son désir, le premier qui a pensé qu’il n’y avait pas de santé mentale, mais que chacun élaborait
à sa façon des solutions contre sa souffrance singulière.
Il faut défendre Freud parce que, face à la folie de l’évaluation quantitative que représentent les nouvelles techniques de management dans les entreprises, la psychanalyse affirme que
les conduites humaines, y compris dans le domaine du travail, ne peuvent être traitées par le seul principe de l’optimisation .
Parce que, face à ceux qui traitent l’humain comme on traite des rats soumis à des procédures d’expérimentation scientifique, la psychanalyse répond par le caractère irréductible du sujet en tant qu’il parle. Parce que, face aux suicides, la psychanalyse ne répond pas par les statistiques. Parce que, face à la marchandisation de l’intime et à l’invitation à ne plus accorder de valeur à nos embrouilles amoureuses, la psychanalyse invite à ne pas renoncer à la signification de notre désir.
Ainsi au XXIe siècle, il faut défendre Freud et la psychanalyse pour que l’être humain ne se retrouve pas épinglé comme un insecte sur une planche d’observation, soumis à des tests
qui valideront sa résistance à la souffrance ou, au contraire, sa fragilité et, du même coup, sa condamnation sur le marché de la performance. Si Freud en son temps a dû faire face aux
mécontentements que la psychanalyse suscitait, nous aujourd’hui, analysants, analystes, et tout simplement lecteur de Freud, admirateur de sa subtilité, nous ferons face aux passions haineuses en
tentant de défendre ce qui des mots de Freud continue de nous éclairer pour comprendre notre époque et l’énigme que nous restons pour nous-mêmes.
tel Christian Dubuis Santini : Marx avec Freud et
freud avec Marx :
Opportunément instrumentalisés par les ignares et les canailles de façon éhontée, les noms de Freud et de Marx se doivent
aujourd’hui d’être réaffirmés dans la profonde parenté de leur corpus.
Le lecteur persévérant penché avec un minimum de rigueur sur leurs textes découvre derechef que :
Freud et Marx sont les deux seuls penseurs à proposer la précise topologie d’une « autre scène » sur laquelle se déciderait le sens de ce
qu’on appelle communément — sans y penser — la « réalité ».
Ainsi, à l’énigme freudienne de la subjectivité « Wo es war soll ich werden » Marx aurait proposé une forme sociale « Là où
était le capitalisme, le communisme (conçu comme ce qui est « commun » à toute l’humanité) devra advenir »?
Et bien que Marx ait lui-même utilisé parfois « prolétariat » comme synonyme de la «classe ouvrière », la lecture attentive de son œuvre laisse clairement entendre que le
« prolétariat » désigne finalement l’opérateur de la Vérité, c’est à dire l’agent engagé de la lutte révolutionnaire…
Donc bien que le lien soit originel entre la classe ouvrière en tant que groupe social, et le prolétariat en tant que position de combat militant pour la Vérité universelle, les deux niveaux ne
sauraient être confondus.
Être prolétaire implique d’assumer une position subjective (de lutte des classes, visant la Rédemption par la Révolution) qui peut, en principe, être adoptée par n’importe quel individu à
condition qu’il incarne la « dit-mention » du sujet… divisé, forcément dit-visé. Ayant pris partie, donc.
La position « neutre » étant en effet une vue de l’esprit, une falsification, un déni du réel (il n’y a pas de position neutre) chacun est appelé à
se déterminer en prenant partie, c’est en cela que consiste le premier moment d’assumation de la position subjective..
Le deuxième moment fondateur étant de parler en son nom, en assumant sur son nom l’intégralité des conséquences de ses paroles considérées alors comme des actes de langage.
Des actes de langage
à l’opposé du bavardage…
tel encore Christian Godin - qui est philosophe
Onfray dit avoir tout lu de Freud. On veut bien le croire.
Mais qu’en a-t-il fait ? Son livre ne contient aucune idée (on ne va pas appeler « idées » les détritus qui traînent dans le caniveau). Quant aux
concepts, qui sont théoriquement l’affaire propre du philosophe, le lecteur en cherchera vainement la trace. Malraux disait qu’il n’y a pas de grands livres contre. Le Crépuscule d’une
idole n’est même pas un livre contre, il est de l’ordre du symptôme tant les obsessions y ont pris la place de la pensée et les rumeurs celle de l’argumentation.
N’importe quel lecteur un tant soit peu honnête de Freud y découvre le génie inventif, la force d’une intelligence toujours en éveil, l’ample culture, la modestie et les scrupules du savant
aussi. Si Onfray n’a rien vu de tout cela, c’est que son Freud n’est qu’un épouvantail que ce semeur de mauvaises graines a fabriqué lui-même.
Mais il y a plus grave peut-être. Que l’on s’attaque à la psychanalyse - 5 ans seulement après le sinistre Livre noir de la psychanalyse - comme si elle avait tout pouvoir sur les esprits
signale déjà la grave erreur de diagnostic. Le pouvoir, c’est évidemment les thérapies du bonheur sur commande et la pharmacie qui le détiennent dans notre
société.
Et puis, au-delà du cas Freud, il y a la psychanalyse et au-delà de la psychanalyse, l’idée d’inconscient. La mise à l’écart de la seule force de résistance qui puisse faire échec à la
fiction et aux illusions du sujet néolibéral qui gère son existence et ses plaisirs comme un chef d’entreprise, c’est à cela que servira le livre d’Onfray, s’il doit servir à quelque
chose.
Nietzsche, dont Onfray se réclame et à qui il a chipé son titre, disait « philosopher à coups de marteau ». Mais le marteau est aussi l’outil du
sculpteur. Onfray, lui, avance à coups de bulldozer. Ainsi fait-on lorsque l’on rase les vieux quartiers de ville pour construire à la place un parking ou un centre commercial. Le Crépuscule des
idoles est un livre pour promoteurs.
Alithia
note :
[1] et d'autres qu'on peut lire dans les commentaires de l'article Onfray ou on f'rait mieux d'se taire René Major répond au dernier gag onfrayesque effrayant,
extrait :
Je n’aurais jamais cru m’intéresser à cette espèce de bateleur triste, spécialisé dans la vente du n’importe-quoi : Kant annonçait Eichmann, St Jean préfigurait Hitler !!
(...)
« Alors, qu’est-ce que vous lui reprochez à Freud ? » ... « Ben voilà, il aimait l’argent, y’avait que ça qui l’intéressait. C’était un bourgeois viennois avide de célébrité. » Ca, c’est de la pensée : les premiers mots prononcés par notre brillant analyste du texte freudien pour présenter son travail, c’est ça. Je ne sais pas ce qui scotche le plus dans cette assertion tant elle est ahurissante.
(...)
Le « déplacement » de la fiche clinique du sieur Onfray lui-même ? En voilà un assoiffé de notoriété, d’argent et de « buzz » ! Depuis des années, il court les plateaux télé, ondes de radios, magazines (y compris people), journaux, sites internet, têtes de gondoles des FNAC, il est difficile de lui échapper ! La « philo de service » à tous les rayons. On ne hait jamais tant chez les autres que ce qu’on a repéré chez soi-même, pas besoin de Freud pour savoir ça.
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