Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • : observatoire de wikipedia qui se prétend une encyclopédie, sans spécialistes ni vérification d'experts, chacun peut écrire ce qu'il veut sous anonymat : une pseudo-encyclopédie où prospèrent la propagande et l'irrationnel. Blog de réflexion sur la culture
  • Contact

Qui Suis-Je ?

  • alithia
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.

Moteur De Recherche

Archives

28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 14:55

 

 

Sous la direction de Patrick Maniglier, vient de sortir un très passionnant ouvrage faisant le point sur le moment exceptionnel de créativité et de fécondité de la pensée et de la philosophie en France, le Moment philosophique des années 60 en France : de Levi-Strauss et Barthes, à Althusser, Foucault  et Lacan, qui venaient eux-mêmes après Bergson, Bachelard et Sartre, à côté de Levinas, Ricoeur et Jankelevitch, et avant Deleuze et Derrida, pour n'en citer que quelques uns. Ecrit par les meilleurs auteurs nés de cette conjoncture, tel Pierre Macherey, J-Cl Milner, J-M Salanski... sont tracés les fils directeurs d'une pratique nouvelle de la philosophie et d'une pensée décisive qui eut tant de ramifications et d'effets, en étroite connexion avec la politique et son temps, qu'elle ne peut être ignorée et mérite qu'on s'y plonge à nouveau. A fortiori par ces temps de reflux où le Collège de France ne trouve à honorer qu'une obscure prof de philo venue du dernier rang de la classe.

 

On ne saurait trop recommander à ceux qui ont raté ce moment philosophique de se précipiter sur ce livre.

 

Une critique de Robert Maggiori dans Libération le présente :

 

ROBERT MAGGIORI

On le dit avec raison : l’essor de la philosophie française doit quelque chose au fait quasiment unique qu’en France tous les élèves des classes de terminale reçoivent un enseignement philosophique axé sur les notions et les problèmes et non, comme dans la plupart des pays, sur l’«histoire de la pensée». Mais sans doute faut-il faire entrer en jeu d’autres facteurs - politiques, sociaux, culturels, sinon générationnels - pour expliquer pourquoi certaines saisons sont plus fécondes et d’autres plus arides. Des figures remarquables de la pensée française, de Bergson à Bachelard, de Sartre à Merleau-Ponty, de Jankélévitch à Levinas ou Ricœur, ont certes jalonné tout le XXe siècle.

 

Mais quelles conjonctions, quelles conjonctures, quels héritages, quels croisements de biographies et de formations, quel terreau universitaire, quelles transformations socio-politiques ont fait que, dans la décennie 60-70, se produise en France «l’un des épisodes les plus brillants de l’histoire de la pensée philosophique», que, contemporainement, naisse le structuralisme, avec la Pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss, que le marxisme, qui n’avait connu que le renouvellement apporté par Gramsci, fasse peau neuve avec Louis Althusser, que la psychanalyse se refonde avec Jacques Lacan, que fleurissent en même temps les œuvres novatrices de Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Roland Barthes, Pierre Bourdieu, Jean-François Lyotard, Michel Serres ? Et, à l’inverse, quelles mutations dans la pensée cet «épisode» a-t-il provoquées ?

 

 

Radio-actifs.Le Moment philosophique des années 60 en France, dirigé par Patrice Maniglier - et cosigné, entre autres, par Pierre Macherey, Etienne Balibar, Jean-Claude Milner, Jean-Clet Martin, Guillaume Sibertin-Blanc, Jean-Michel Salanskis, David Rabouin, Mathieu Potte-Bonneville, Stefano Franchi, Alan D. Schrift… - fait plus que répondre à ces questions. Il est lui-même un «moment» exemplaire d’une réflexion philosophique en acte qui incite des penseurs d’aujourd’hui, paradoxalement réunis par leurs différences d’orientations et de génération, non pas à regarder le passé - pour s’esbaudir, lui ajouter une patine nostalgique, le déclarer mort (comme le firent dans la Pensée 68 Luc Ferry et Alain Renaut), le renier ou le maudire - ni à le traiter en «objet» désormais entré dans l’histoire de la philosophie, mais à y repérer des problèmes encore irrésolus, radio-actifs, dont la reprise est exigée parce qu’ils interrogent, configurent, ou font trembler, comme dirait Deleuze, notre présent.


Ce travail de reprise - qu’il ne faut pas entendre comme une improbable répétition mais au sens où une voiture a de la reprise, ou une bouture, dont l’arbrisseau refait des racines - se fonde sur cinq hypothèses, clairement exposées dès l’introduction par Patrice Maniglier. La première «peut sembler très minimale» : elle pose que «quelque chose» de décisif a touché la pensée en France dans les années 60, dont il n’a guère été possible de dire, avec les catégories de l’époque, ce que cela «donnait à penser», alors qu’apparaissait à l’évidence le «pas de côté» qui était effectué par rapport aux «concepts apparemment aussi indispensables à la philosophie que ceux de sujet, de sens, de nature, de conscience, d’humanité, de progrès, d’histoire, et même d’identité, de raison, de vérité…».

 

 

Connexions. Pour tenter de circonscrire au mieux ce «quelque chose», les auteurs du Moment philosophique effectuent maintes opérations de «contextualisation». Ils soulignent par exemple la façon dont Lévi-Strauss retravaille tant les notions de l’anthropologie comparée (Gildas Salmon), que celles de la tradition sociologique depuis Auguste Comte (Frédéric Keck), dont Deleuze s’appuie, notamment dans Différence et Répétion ou Logique du sens, sur des travaux que l’on associe à la tradition structuraliste, ou dont Derrida, dans De la grammatologie, opère le passage des «philosophies de la structure» aux «philosophies de la différence» en partant curieusement de l’idée d’une science de l’écriture, rapportée au projet de constitution du langage en objet d’étude scientifique qu’expose Ferdinand de Saussure dans le Cours de linguistique générale. La deuxième hypothèse «stipule que c’est la décennie elle-même qui constitue un événement pour la pensée, et non pas tel ou tel auteur pris séparément». D’où la mise en évidence des connexions, des circulations et des «transversalités» : l’intervention d’Althusser, par exemple, «est inconcevable sans la thèse de l’autonomie des systèmes symboliques venue de Lévi-Strauss», de même que l’œuvre de Derrida se comprend mieux au vu de«la radicalisation d’opérations qu’il croit pouvoir identifier chez Lévi-Strauss ou chez Foucault».

 

 

On laissera découvrir les autres axes de recherche. Mais l’une des caractéristiques de la pensée des années 60 mérite d’être soulignée : le refus, chez Lévi-Strauss, Althusser, Deleuze, Foucault, Lyotard ou Derrida, de concevoir la philosophie «comme une discipline qui recevrait d’elle-même ses propres problèmes» - problèmes qui, à leurs yeux, tiennent au contraire «leur légitimité de pratiques qui en tant que telles ne sont pas philosophiques», et qui, de l’extérieur, obligent à ce qu’on les pense autrement. Aussi le Moment philosophique s’organise-t-il autour des confrontations avec les différents «dehors» que chacun de ces auteurs impose à sa philosophie, par lesquels celle-ci se trouve transformée ou qu’elle transforme . Soit, en allant «du sens aux sens», les savoirs scientifiques ou anthroposcientifiques (ethnologie, mathématiques, biologie…), la politique, les arts : littérature et cinéma pour Deleuze, peinture pour Foucault (les Ménines), théâtre et «film matérialiste» (Brecht, Godard) pour Althusser, musique pour Lévi-Strauss (Boulez), etc.

 

 

Paysage. Lorsqu’on évalue la philosophie des années 60, on souligne surtout son rapport au politique, et, dès lors, évacuant ce qui est proprement philosophique, épistémologique ou esthétique, on subsume toute sa charge - ou le mouvement tectonique qui a composé le paysage théorique d’aujourd’hui - sous le seul label de «Mai 68» ou de «pensée 68». Cela autorise des jugements plus radicaux, ou plus sommaires. Sauf si l’on pose la question dans des termes qui plairaient à Alain Badiou : «De quoi Mai 68 est-il le nom ?» Dans ce cas, deux questions s’entremêleraient, auxquelles le Moment philosophique des années 60 en France apporte les plus exhaustives et diversifiées des réponses : «En quoi la conjoncture politique singulière des années 60 a-t-elle constitué un moment pour la philosophie ? Mais aussi : en quoi les pratiques politiques ont-elles pu se nourrir de ces écritures philosophiques ?» 

 

Patrice Maniglier (sous la direction de) Le Moment philosophique des années 60 en France Avant-propos de Frédéric Worms, PUF, 590 pp., 35 €.

 

Libération

Partager cet article

Repost 0
Published by alithia - dans philosophie
commenter cet article

commentaires

Clovis Simard 07/08/2012 03:32


Blog(fermaton.over-blog.com),NO.24- THÉORÈME de STRAUSS. - Mon rêve de toujours.

Clovis Simard 07/08/2012 03:32


Blog(fermaton.over-blog.com),NO.24- THÉORÈME de STRAUSS. - Mon rêve de toujours.

Albert (le contractuel) 12/07/2011 23:31



oui mais surtout venue du dernier rang de la classe.


ne pas oublier, vous qui faîtes le concombre ironique


Albert



Paul 08/07/2011 15:15



Contrairement à ce que vous dites, Cl. Thiercelin n'est pas une inconnue (plusieurs livres + présidente de l'agrégation...). Et l'article que vous citez en commentaire est écrit par Aude
Lancelin, qui ne sait pas même orthographier correctement « Quine »...


Un peu de lecture ne devrait pas faire de mal :


http://blog.agone.org/post/2011/06/27/Poussee-de-nationalisme-philosophique-a-la-rue-d-Ulm


http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/06/30/avoir-acces-a-ce-qui-est_1542805_3260.html#ens_id=1542823



alithia 08/07/2011 19:45



Elle est une inconnue comparativement aux grands auteurs cités.


C'est une manière polie de dire que ce qu'elle professe n'a pas beaucoup d'intérêt, y compris auprès des étudiants qui ne sont guère enthousiastes.



Le concombre masqué 29/06/2011 16:51



"(...) qu'une obscure
prof de philo"


Ah, c'est mal de ne pas être médiatique ?



alithia 30/06/2011 23:35



les vrais philosophes ne sont pas mediatiques, du tout, ceux de ce bouquin en sont l'illustration et la preuve, soit les
rédacteurs et les auteurs dont il est question


 


Les scientifiques sur -représentés, au Collège de France, imposent une vision positiviste  de  la science et du savoir et se montrent tout à fait
incapables de choisir de manière pertinente des représentants des sciences humaines et de la philosophie. Voilà le problème et ce qui fait problème dans l'élection de Tiercelin, médiocre penseur
de peu d'envergure, sans pensée véritable et originale.


 


Le positivisme étroit et dogmatique étant la vision dominante à wikipedia, bien sûr,  on n'y comprend pas le problème par conséquent. Sa défaillance totale en
matière de Lettres et d'Humanités, en matière de sciences humaines et philosophie, en matière de sciences sociales, son positivisme borné et le manque de culture qui caractérisent ses membres,
expliquent pourquoi vous ne voyez pas le problème.


 


 


Sur Tiercelin et les grands noms de la philosophie voir


 


 


Alain Badiou, star de la Rue d'Ulm, voit dans cette élection le résultat de vingt-cinq années d'abaissement qui auront abouti à faire de
l'institution où enseignèrent Barthes et Foucault «une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine, favorisant le consensus conservateur au détriment du contemporain
novateur».


 


bien au-delà du cas Tiercelin et des aigreurs qu'il suscite fatalement, c'est l'évolution du Collège de France qui se voit aujourd'hui impitoyablement jugée. Les
élections, noyautées par les scientifiques, en effet surreprésentés au Collège, ne seraient plus capables d'y promouvoir un seul grand nom des sciences humaines. «Foucault ne serait plus élu
aujourd'hui, ni Bourdieu»,





« Alain Corbin n'y est pas ! Ni Michelle Perrot, ni Jacques Rancière, ni Badiou, ni Jean-Claude Milner...»


 


Ce qu'en dit Manuel de Dieguez :


 


Le Collège a confié à une représentante de la platitude intellectuelle américaine la chaire de philosophie la plus illustre du pays - mais quel retard elle prend,
alors que l'Europe recommence à bouger et que le monde entier voit, comme au XVIIIe siècle, les peuples prendre le relais des Etats dans la conduite de l'histoire du monde!