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Observatoire

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  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 13:35
Dans le Monde les réflexions d'une enseignante qui s'inquiète de la dégradation de l'école



extraits




Enseignante en lycée depuis trois ans après sept années de collège et mère de deux enfants, je suis vraiment très inquiète pour l'avenir de notre école, de nos enfants et de notre démocratie.

Certains de mes collègues sont des battants, motivés et parfois totalement habités par leur mission et qui persistent à croire qu'il est possible d'éduquer et de former à la réflexion des générations toujours plus larges et plus sollicitées par des sirènes contraires. Ceux-ci s'investissent parfois au-delà de leur mission première et montent divers projets pour soutenir et susciter l'intérêt des élèves. Ils sont rarement reconnus ou remerciés que ce soit par l'institution ou les parents.

 

Il arrive en revanche assez fréquemment qu'on reproche à un enseignant qui fait du mieux qu'il peut la mission qui lui a été confiée dans le cadre institutionnel de ne pas faire plus [...]

 

J'entendais Ariane Mnouchkine nous appeler "héros de la culture" et c'est vrai qu'il faut souvent du courage pour tenter d'instiller dans les cerveaux de nos bambins, le ferment de la culture, de la science et de la poésie, la graine du civisme et de la réflexion. Il est vrai aussi que ce combat est parfois vain et que des pans entiers de nos classes sortent mal ficelés, peu préparés à s'adapter aux changements du monde contemporain, encore moins à les penser. Ils pourront- si toutefois ils trouvent un emploi- les consommer ou être broyés par eux sans résistance. Certains seront sauvés certes... Mais ce choix - cette sélection - a de plus en plus un lien direct avec l'origine sociale alors les héros de la culture sont fatigués et un peu désespérés.

 

Ce gouvernement détricote progressivement notre école qui déjà ne sait plus du tout réparer les inégalités sociales initiales.  [...]

 

Que voulons-nous donc : une génération qui n'aura pas de dettes mais pas trop de tête non plus ? Il suffit bien que certains - les chefs - pensent ; ils diront aux autres ce qu'ils doivent faire - telle semble être la philosophie implicite de mon ministère. Les enfants de ceux qui ont un capital économique et/ou culturel pourront toujours aller se former dans des écoles privées où on leur apprendra le maniement de la langue qui permet éventuellement le maniement des autres, ou recevront à la maison les bases nécessaires à leur bon développement et à leur épanouissement personnel.

 

Quant aux autres, s'ils sont en difficulté dès la maternelle ou la primaire, ils ne pourront plus être aidés par des psychologues ou des rééducateurs formés [...] C'est proprement insulter ces professionnels et bien des recherches en psychologie et sociologie de l'éducation, que de croire qu'en regroupant une demi-heure par semaine les élèves en difficulté, le maître d'école va pouvoir sans changer d'outil ni de regard, sans formation, débloquer les situations les plus difficiles. C'est pourtant le choix qui a été fait en primaire et que le ministre s'apprête à étendre au lycée. Des fédérations de parents et des syndicats enseignants ont alerté, tenté de résister mais peu ou prou l'affaire est passée. Les dégâts sont à venir. Mais des postes ont été supprimés et seront supprimés. Cela seul compte.

[...]

 

On sent désormais une lutte idéologique s'associer à l'objectif budgétaire pour supprimer ou diminuer l'influence de matières qui pourraient aider les élèves à réfléchir par eux même, c'est à dire contre l'idéologie dominante (celle du marché et de ses pseudo-lois naturelles qui permettent le maintien des hiérarchies existantes), partout présente sous des formes apparemment anodines : sont visées en premier lieu les sciences économiques et sociales qui permettent de construire un regard distancié et potentiellement critique sur notre société et l'histoire géographie qui s'est vivement défendue et a recueilli beaucoup de soutiens dans les mondes universitaires et médiatiques.

 

Les langues ont en amont déjà été quasiment vidées de leur contenu culturel au profit d'un enseignement en "compétences" qui ne donne pas vraiment les fruits escomptés. L'enseignement du français, base de tous les autres enseignements est lui même réduit et rendu plus difficile alors que tous les professeurs s'accordent à reconnaître l'urgence d'une meilleure maîtrise de la langue maternelle.


[...] je pense qu'il ne déplaît pas - de façon consciente ou non -, à ceux qui nous dirigent que la majorité des élèves ne parvienne pas à développer un niveau de réflexion suffisant pour résister aux manipulations médiatiques, pour analyser un discours politique et/ou économique et apprendre à construire un argumentaire, pour se réunir et croire en sa capacité de résister ou d'inventer quelque chose. Là-aussi les dégâts sont à venir et peuvent véritablement inquiéter.


Comment réagissons-nous devant les suppressions massives de postes qui se traduisent par les aberrations évoquées ci-dessus, sans compter le massacre de la formation des enseignants.


Il y a là véritablement de quoi hurler : pour qui sait combien il est difficile d'entrer dans ce métier et que les premières années se font dans une douleur,  [...]

 

le ministère a déjà recours depuis bien longtemps à des vacataires qui ne sont ni formés ni payés correctement et qui pourtant doivent assurer la même tâche que les titulaires recrutés sur concours. Alors advienne que pourra. Les dégâts sont à venir chez les professeurs et les élèves.


Et ce sera là mon dernier motif d'écoeurement, les salles des profs à quelques exceptions près ne sont plus des lieux de solidarité et d'engagement. Elles sont encore souvent faites d'individus agréables et qui s'investissent dans leur métier et auprès des élèves mais la majorité est en retrait en ce qui concerne la réflexion et la lutte syndicale ou politique pour la construction d'une école plus démocratique et plus juste. Les aînés sont probablement lassés d'avoir lutté en vain et dû subir de nombreux revers, les nouvelles générations ne sont pas formées à la lutte ni même simplement à l'existence d'une possible parole collective et se méfient "spontanément" (après tout de même un beau travail de sape médiatique) de tout mouvement syndical.

 

La dernière mouture de la réforme du lycée rondement menée par le ministère a suscité, hélas, des prises de position par discipline, chacun cherchant à tirer la couverture à soi alors qu'il eût fallu faire front commun, car là encore le seul objectif est budgétaire. Les syndicats ont fait ce travail mais ils ne sont plus majoritaires dans les salles des professeurs et malgré de belles mobilisations par matière ou par endroit, la "réforme Chatel" ne paraît pas pour l'instant en danger. Un glissement vers le centre et la droite s'est opéré. Tant mieux pensera notre bon vieux pays de droite. Tant mieux ou tant pis c'est selon, mais il est sûr que si l'on ne veut pas de l'école qui se dessine là en creux par petites touches décidées, il faudrait le dire haut et fort dans la rue, dans les forums et surtout dans les urnes, il faudrait inventer de nouvelles formes d'action ou retrouver le chemin des luttes traditionnelles.


Les héros de la culture sont fatigués et ont besoin du soutien des usagers de l'école, parents et élèves et même employeurs qui accueillent les nouvelles générations et mesurent parfois amèrement les dégâts d'une éducation au rabais. Il est certain en tout cas qu'ils ne peuvent pas compter sur leur hiérarchie proche ou lointaine.

 

L'école est l'affaire de tous. Sans soutien ni reconnaissance, des professeurs qui se battent pour donner une véritable instruction à tous, se lasseront. Nombre d'entre eux songent déjà à quitter un métier exigeant et difficile mais dévalorisé et souvent décrié. Alors il n'y aura plus pour élever nos enfants que des adultes gardiens, qui ne leur apprendront que la soumission à l'autorité en répétant mal les discours à la mode ou des adultes animateurs qui les occuperont gentiment (ou pas) en tâchant de ne pas se faire trop déborder pendant que nous irons travailler. C'est déjà parfois le cas. Mais le pire est devant nous. Rassurez-moi : le pire est-il toujours certain ?

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Published by alithia - dans école
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commentaires

une prof 04/01/2010 13:59


Edifiant. Ce que supportent certains profs de la part de certains élèves non éduqués et dans l'impunité à l'école, est inadmissible.
Et on attend toujours la promesse de Sarkozy de récompense au mérite : Sarkozy le roi des bonimenteurs
paroles  , paroles , paroles , que des paroles 


Marcelline 28/12/2009 12:26


" je pense qu'il ne déplaît pas - de façon consciente ou non -, à ceux qui nous
dirigent que la majorité des élèves ne parvienne pas à développer un niveau de réflexion suffisant pour résister aux manipulations médiatiques, pour analyser un discours politique et/ou
économique et apprendre à construire un argumentaire, pour se réunir et croire en sa capacité de résister ou d'inventer quelque chose."

tout à fait d'accord
ne pas former les esprits à la critique, fabriquer des bandes d'abrutis en masse, laisser les fillières d'excellence à une élite, voilà le projet actuel. Et voilà pourquoi il faut supprimer des
heures de cours, assurer le minimum , à peine et diminuer le nombre des profs autant qu'il est possible.

L'actuelle haine de la culture, de l'enseignement, des intellectuels est la seule ligne du sarkozysme en tous les domaines et elle est  en train de triompher


Marcelline 28/12/2009 12:13


"Les héros de la culture sont fatigués et ont besoin du soutien des usagers de
l'école, parents et élèves et même employeurs"

Tout à fait, c'est exactement cela -qu'il manque actuellement- pour que l'école puisse fonctionner, c'est à dire jouer son rôle d'instruction et rendre les services qu'on en attend.
Mais pour cela, pour le soutien de la population qui, toute entière a intérêt à soutenir son école et les profs dans leur travail,  il faut une volonté politique, une impulsion collective,
politique, c'est à dire un soutien de l'Etat pour y inciter les citoyens, une véritable mobilisation en faveur de l'école.

Tout le contraire de ce qui est fait depuis plusieurs décennies où, au contraire les pouvoirs publics, les divers gouvernements s'efforcent de casser l'école dans son projet tendanciellement
égalitaire et ambitieux par sa qualité. On a rabaissé le niveau, de fait, en élargissant le recrutement (noble ambition) mais une fois ceci fait, on a établi qu'il fallait dégraisser l'école pour
qu'elle coûte moins cher, une seule ambition, une seule idée : qu'elle coûte moins cher et fabriquer des cerveaux crétins plus aptes à la soumission que des esprits critiques. Bref exactement le
contraire de ce qu'il faudrait faire.