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Observatoire

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  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 23:52


En hommage à Dominique Séglard  qui vient de disparaître à l'âge de 57 ans, voici  republiée ci-dessous la présentation par la revue Le Banquet,  d'un texte de Carl Schmitt,
qu'il a préfacé, "Les trois types de  pensée juridique" .

Dominique Séglard était un traducteur de talent et un philosophe érudit, inventif et judicieux, fin connaisseur de la philosophie allemande contemporaine en particulier dont il a importé en les traduisant certains des textes  des auteurs les plus importants, Carl Schmitt et Jacob Taubes, qu 'il a largement contribué à introduire en France, également de Hermann Heller, auteur peu connu en France,  dont les texts sur la démocratie demandent à être lus versus Kelsen et Schmitt.


Il a  traduit  récemment, avec Mira Köller, le volume de Jacob Taubes, recueil de divers textes parmi les plus importants de l'auteur, rassemblés sous le titre "Le temps presse".[présenté dans Le Monde ] Taubes ce rabbin philosophe savant, et toujours dans les marges, qui enseigna aux Etats-Unis, à Jérusalem, à Paris et à Berlin,  fin connaisseur du Talmud  qui entretint avec Carl Schmitt à la fin de sa vie un dialogue , ce qui donna lieu à la publication de "En divergent accord". Taubes à la pensée inclassable, marquée d'une empreinte aux confins de Marx, Freud, du Talmud et de Paul était un penseur apocalyptique qui pensait que la religion née de la Bible était dotée d'un potentiel révolutionnaire aujourd'hui encore,  autant le judaïsme que le christianisme. 


Dominique Séglard a encore traduit avec Mira Köller de Taubes, "La Théologie politique de Paul. Schmitt, Benjamin, Nietzsche et Freud."  Il a traduit des textes de Hannah Arendt
, tel  Edifier un monde, interventions 1971-1975 , dans la collection Traces écrites .

Il a également fait paraître un ouvrage  avec Wolf Lepenies Qu'est-ce qu'un intellectuel européen ? : Les intellectuels et la politique de l'esprit dans l'histoire européenne qui traite de la responsabilité universelle des intellectuels européens , compte tenu de l'histoire de l'Europe et de la vie de l'esprit qui s'y est déroulée, en traitant la question de savoir s'il existe une tradition des Lumières qui ne soit pas eurocentrique.

Dominique Séglard, a été le fondateur en 1995 de la collection “Traces écrites”, au Seuil, Collection qu'il dirigeait et dans la quelle il a publié, parmi d'autres, les cours de  Roland Barthes, de Louis Althusser , de Merleau-Ponty ainsi que des textes de Hannah Arendt.

Entre 1995 et 2010, cette collection a permis de publier une vingtaine de titres, issus de cours, de conférences ou de séminaires de grands penseurs comme Roland Barthes (Comment vivre ensemble, cours et séminaires au Collège de France 1976-1977 et Le discours amoureux, cours et séminaires à l’Ecole pratique des hautes études,1974-1976 ),  Louis Althusser (Politique et histoire, De Machiavel à Marx, Cours à l’École normale supérieure 1955-1972) Merleau-Ponty ou Vladimir Jankélévitch (Cours de philosophie morale, Notes recueillies à l’Université libre de Bruxelles 1962-1963).

“Traces écrites”, comme le décrivait Dominique Séglard dans le texte de présentation de la collection, “se veut l’écho d’une parole vivante. Elle tire sa légitimité et son originalité de ce qu’on y trouvera uniquement des transcriptions d’événements de pensée d’origine orale. Les notes de cours, polycopiés, bandes magnétiques, etc., utilisés comme matériau de base seront retranscrits le plus fidèlement à leur statut initial. Traces écrites, donc, imprimées d’une pensée exprimée – contributions, en leur apport singulier, à l’édifice d’une œuvre.”

Il a également travaillé sur Foucault et s'est occupé de publier en anglais une partie des cours du Collège de France publiés dans sa collection.


La disparition prématurée d'un philosophe aussi pertinent et éditeur infatigable, laisse un vide  qui n'est pas sans nous emplir de tristesse.

 Sur Carl Schmitt, Les trois types de pensée juridique, présenté par Dominique Séglard, P.U.F.


Les deux textes qui composent cet ouvrage — au-delà de la substantielle préface de D. Séglard — sont de la période nazie de C. Schmitt. Au-delà de la révérence qu'ils expriment à l'égard de l'ordre hitlérien, ils constituent la synthèse quasiment parfaite des grands thèmes schmittiens portant sur la nature du droit : son liaison à un ordre, le dépassement du décisionnisme en  matière juridique par une théorie des institutions, la dépendance de la vérité par rapport à l'autorité, la critique du normativisme et du positivisme juridique, la théorie de l'ordre concret, etc. Mais, ce qui est plus intéressant dans ces textes,  ce sont aussi les contorsions de Schmitt dont Séglard montre qu'elles ne sont pas uniquement de circonstance mais traduisent la tension intérieure à la pensée juridique de l'auteur de La notion de politique.

Il en est ainsi du démarquage qu'il effectue, comme l'analyse finement Séglard, par rapport à l'institutionnalisme de Maurice Hauriou qui l'avait inspiré par ailleurs, mais surtout de son analyse du Mouvement et de la communauté du peuple allemand. Cela est d'autant plus important que ses démêlés avec les S.S. furent surtout liés à l'accusation d'étatisme qui lui fut adressée. Il subvertit ainsi la théorie des garanties institutionnelles dans un sens non démocratique pour en faire la base de la doctrine de l'ordre concret, celui de la germanité incarnée par le Führer. Mais tout cela était déjà contenu dans la matrice conceptuelle de la philosophie du droit de Schmitt. S'il faut ainsi lire ces textes, ce n'est pas tant pour frémir de l'horreur d'une pensée écrasante mise au service de l'innommable; ce n'est pas non plus pour le plaisir de dénoncer contradictions et sophismes. C'est parce que l'ambiguïté même de la théorie de Schmitt est celle d'à peu près toute théorie sérieuse du droit. C'est parce que ces contradictions sont aussi les nôtres et que, si l'on fait abstraction de l'époque et des phrases qui s'y réfèrent, on peut en faire aussi une lecture inverse, presque démocratique. Et la duplicité sera aussi celle de la théorie en son principe — comme si le droit n'était le rempart de rien.

Le Banquet, n°8, 1996/1.

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Published by alithia - dans philosophie
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commentaires

Etienne 07/04/2010 18:34



C'est un bel hommage, mérité, qui est rendu à un travailleur infatiguable, grand lecteur et grand traducteur des textes allemands qui comptent le plus.


Le départ d'un ami en philosophie nous remplit de tristesse. Aristote sur l'amitié, a dit ce qu'il fallait dire, à relire in memoriam.



marc thibault 18/03/2010 09:16


drole d'éloge en vérité .A quoi sert ici le souvenir complaisamment développé de telle traduction de Schmitt?
Estr ce que l'on parle de la période nazie de Schmitt comme on parlez de la période rose de Picasso ?
Qu'est ce que tout cela a à voir avec l'éloge funébre du traducteur ?

je me modère moi même mais quand même ?
c'est quoi à propos (puisque vous admettez de relayer les généralités ici sur Schmitt) votre orientation d'analyse concernant ce beau petrsonnage à donner je suppose en classe en exemple auxd
élèves ?


alithia 18/03/2010 10:29


Si vous aviez lu Schmitt vous sauriez l'importance de son travail et de sa pensée, qui n'a pas échappé à jacob Taubes, qui, il me semble, était loin d'être nazi.
Savez-vous que lire un auteur n'implique pas de lui donner son accord en toutes choses  ni de partager toutes ses vues ?
Apparemment non.
J'espère alors que vous vous bornez à la bibliothèque rose.