Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • wikipedia ou le mythe de la neutralité
  • : observatoire de wikipedia qui se prétend une encyclopédie, sans spécialistes ni vérification d'experts, chacun peut écrire ce qu'il veut sous anonymat : une pseudo-encyclopédie où prospèrent la propagande et l'irrationnel. Blog de réflexion sur la culture
  • Contact

Qui Suis-Je ?

  • alithia
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.

Moteur De Recherche

Archives

18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 17:37



D'un écrivain, qui a une formation de philosophe, un texte qui mérite de laisser des traces, c'est pourquoi je le reproduis. Paru dans Libération.


Michael Jackson, miroir de nos vies aliénées


Par GILLES HERTZOG éditeur, écrivain.

Il y a les icônes mondialisées du bien, Obama, Mandela, les icônes de la réussite planétaire, Bill Gates ou Spielberg, les icônes du mal, Ben Laden, Saddam Hussein, Madoff, et puis la famille des icônes tragiques, illustrée hier par Marylin Monroe ou Lady Di, où vient d’entrer Michael Jackson, propulsé d’emblée par la grâce de sa mort soudaine au firmament des destins brisés. Ce fut un tsunami universel de larmes et de déplorations, une communion globalisée ad nauseam d’un bout à l’autre du village mondial, une liturgie médiatique jamais vue, un méta-spectacle que Guy Debord n’eut pu imaginer, doublé d’un marketing d’enfer.


Et puis ce furent surtout des masses innombrables d’éplorés, orphelins par millions d’un grand frère universel, miroir idéalisé de leurs vies aliénées, porteur de leurs rêves d’échapper à la condition postmoderne d’êtres sans nom, sans visage, et demain, pour beaucoup, crise oblige, sans fonction ni statut. Comme si tous avaient perdu une part d’eux-mêmes, privés par sa disparition de la seule transcendance (transe en danse ?) encore à leur disposition. Comme si écouter «Michael» figer le temps, en s’enivrant à répétition de Bad ou de Thriller, était le dernier barrage devant le vide menaçant d’un monde en fuite où la jeunesse, aussi courtisée soit-elle, n’est plus invitée au banquet de la vie, sinon comme pure instance consommatrice. Vous ne voulez plus de nous ? Eh bien, nous ne voulons pas non plus, à l’instar de notre grand frère Michael Jackson, entrer dans un monde qui ne veut pas de nous.


L’énigme est là. Comment ces millions, jeunes, immigrés, kids occidentalisés de Pékin ou Tokyo, et enfants de la crise pour la plupart, ont-ils pu, aussi acculturés seraient-ils, s’identifier avec tant de ferveur à pareil antimodèle, vénérer pareille icône vénéneuse ? Là est la question. Car enfin, Michael Jackson a tout ou presque, d’un repoussoir. Négationniste de lui-même (couleur, sexe), bourreau désincarné de sa propre chair, peau, corps, visage martyrisés à volonté, infantilisateur militant, père aléatoire d’enfants conçus à bonne distance, phobique tous azimuts, sorte de mort-vivant volontaire et pur zombie social, l’homme de Neverland incarne au plus haut point la régression infantile en ses postures mortifères. Refus de soi, refus d’autrui, refus du monde, bambisation polymorphe des pratiques sociales et captation pré-oedipienne du monde. Avec les nounours pour ultime horizon. Et partout, pendant ce temps, la mort lente à l’œuvre dans sa vie même. Autodestruction sans échappatoire. Jusqu’à la vraie fin, révérence ratée à l’orée d’un spectacle qui n’aura pas eu lieu.


L’artiste. «Il aura été le Mozart du XXe siècle» a fulguré un quidam à la TV (Mozart aurait donc été le Michael Jackson du XVIIIe ?). Moins qu’un chorégraphe métabolisant le ballet de corps érotisés, ce fut un pantin techno, téléporté sur scène ; un Game Boy ambulant ; un vidéoclip sur Photoshop abusant des syncopes aérobics. La musique ? Un soap bien fichu de supermarché kitsch, un disco-funk grandiloquent et pompier. Où donc était la soul, dont Michael Jackson se voulait le grand prêtre ? La soul, c’est-à-dire l’âme. Quant au fameux moonwalk, cette marche feinte vers l’avant qui fait, d’autant, reculer le sujet dansant, c’est le symbole en acte, s’il en est, d’une existence tournée toute entière vers l’arrière, vouée à une régression rêvée vers «le vert paradis des amours enfantines», cher à cet autre amant des choses morbides que fut Baudelaire.


Telle est l’idole, tel est le maître et les valeurs d’exemple, si l’on peut dire, que pleurent ses fans innombrables. Qu’il existe, petits ou grands, anonymes ou célèbres, des Michael Jackson de tous ordres et de toutes disciplines qui font profession publique de leurs manques et de leur mal-être pour tenter de s’en délivrer est dans l’ordre psychique des choses, en ces temps débordés où la loi des pères est désormais une ombre. En revanche, que des millions d’individus occidentaux et autres, appelés demain aux travaux citoyens des sociétés techno-démocratiques, aient élu ce parangon pathétique de toutes les régressions modernes en dit long sur le malaise, aujourd’hui, dans la civilisation.


En matière de régression collective, on a connu le pire, dans un passé peu lointain. Et la musique, serait-elle, comme ici, un masque, une fiction, n’a jamais tué personne. Mieux, le Michael Jackson transracial, translation de peau et de musique du noir au blanc, a probablement contribué à rendre possible, a contrario, l’élection d’un Noir à la Maison Blanche. Pour autant, l’extase nécrophile qui s’est emparée du village planétaire, à l’heure où la crise en toute chose devient la norme de la marche du monde, est de mauvais augure. L’enfant est le père de l’homme, disait Freud. Soit. Mais on n’est pas obligé d’en rajouter dans les louanges à l’enfant-roi. Surtout quand celui-ci, infortuné, s’est, jour après jour, condamné à mort d’être tel, en pure perte de soi et d’autrui.

Partager cet article

Repost 0
Published by alithia - dans philosophie
commenter cet article

commentaires

Luc 12/12/2016 07:25

je viens de tomber sur ce texte d'archive. J'ai 56 ans et je me suis mis a etudier cet artiste seulement en 2016 (excusez la ponctuation, mon clavier est defectueux) Vous semblez n'avoir pas compris grand chose a ce genie. Torturé certes mais avec une ame probablement plus noble que la votre, a lire tout le mepris typiquement colonialiste de certains franchouillards comme vous qui poussent la pretention dans une analyse hirsute et superficielle d'une oeuvre qui les depasse...de tout evidence !!!

Luc 12/12/2016 07:05

je viens de tomber sur ce texte d'archive. J'ai 56 ans et je me suis mise a etudier cet artiste seulement en 2016 (excusez la ponctuation, mon clavier est defectueux) Vous semblez n!avoir pas compris grand chose a ce genie. Torturé certes mais avec une ame probablement plus noble que la votre, a en lire tout le mepris typiquement colonialiste de certains franchouillards comme vous. C'est a vomir...

Elinor 25/09/2009 21:36


La question est de savoir pourquoi les idoles sont toutes ou presque , des désaxés ?( marilyn, elvis , james dean....)

Quelle est cette facination pour l'anormalite ?

Elementaire : ceux qui nous fascinent sont ceux qui  dépassent notre comprehension, non ceux qui nous ressemblent.

Il n'y a pas plus personnage Burtonien que Mickael Jackson, entre realité et science fiction.
Certains semblent surpris de sa mort,..... moi je me demande encore si'il était bien  réel !


Marie 19/09/2009 11:04

Mickaël Jackson a quelque chose de maladif, de morbide. Il exprime un grand malaise, un mal de vivre évident, il ne tenait qu'à coup de médicaments, complètement drogué, suicidaire. C'est cela qui émane de son personnage, mais qui se retrouve aussi dans sa musique, à voir ses jeux constants avec la référence aux morts-vivants. Lui-même, profondément malade, atteint dans sa sensibilité, dans sa vie, s'était fabriqué un personnage de mort-vivant, dans sa vie, incapable de vivre comme on le perçoit, ses folles opérations qui confinent à la torture de soi, son besoin de se bourrer de produits pour s'endormir, au point de s'endormir à jamais. Son biberon, son lait, c'était des soporiphiques puissants, des analgésiques pour endormir sa douleur, et même des anesthésiants pour le plonger dfans un profond sommeil, le sommeil de la mort.C'est triste pour lui, mais sa mort est la vérité de sa vie. Un éternel enfant, profondément malade de n'avoir pu vivre son enfance et qui aspirait principalement à une chose, dormir pour oublier, s'endormir d'un sommeil indéfini.Sa mort éclaire hélas le malaise immense de la personne et les impasses existentielles du personnage.Pauvre petit garçon. Voilà ce que fut Mickaël Jackson . Un pauvre petit garçon, hyper-doué, et exploité par tous, utilisé, manipulé, un pantin , comme le montre sa danse, un pantin désarticulé,  et qui a tenté en vain d'échapper à tout cela . Sa seule issue était de se tirer en s'engloutissant dans le sommeil éternel, faute de pouvoir réparer son enfance et pour échapper à ceux qui l'utilisaient. Sa force de vivre a été laminée, épuisée, écrasée, anéantie, comme il le fut lui-même depuis toujours. Impuissant et pantin  ridicule, caricature jusqu'à l'extrême, il était devenu un zombi, déjà mort avant de mourir.

Gumpy 15/09/2009 18:39