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Observatoire

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  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 10:30




Réflexions et questions morales sur la guerre.


Un texte de Michaël Walzer, philosophe,  qui est une réflexion sur la guerre et qui invite à la réflexion, utile en ces temps où not'président, pratique la politique des émotions nous invitant à nous cantonner à l'émotion pour ne pas réfléchir, ce en quoi il est le digne fils de son temps.

Michaël Walzer,  professeur à l'Institute for Advanced Study de Princeton, est un philosophe politique important , qui a écrit sur la guerre, sur la tolérance, la morale... [1]

Son texte, paru dans "The New Republic"  le 8 janvier 2009

Michael Walzer : De la proportionnalité.    Dans une guerre, trop c'est combien ?



Parlons du concept de proportionnalité - ou, plus important, de sa forme négative. "Disproportionné

" est le terme favori de la critique dans les discussions actuelles à propos de la moralité de la guerre [à Gaza]. Mais la plupart des gens qui l'utilisent ne savent pas ce que ce terme signifie en droit international ou dans les théories de la guerre justifiée. Curieusement, ils ne réalisent pas que ce terme a été utilisé bien plus souvent afin de justifier et non pour critiquer ce qui apparaît comme de la violence excessive. C'est une idée dangereuse.

La Proportionnalité ne signifie pas "un prêté pour un rendu" comme dans une vendetta familiale. Les Capulets tuent trois Montaigus, alors les Montaigus doivent tuer trois Capulets. Plus que trois, et ils enfreignent les règles de la vendetta, où proportionnalité signifie symétrie.

Le sens de ce terme est d'un tout autre ordre au regard du droit international, parce que la guerre n'est pas un acte de vengeance; ce n'est pas une activité fondée sur le fait de "compter les points", et la loi du "on est quitte" ne s'applique pas.

Que ça plaise ou non, la guerre est toujours caractérisée par ses intentions ;  elle a un but, un objectif à atteindre. L'objectif est souvent mal conçu, mais pas toujours:  défaire les Nazis, empêcher un effet Domino, secourir le Koweit, détruire les armes de destruction massive iraquiennes. La proportionnalité implique une mesure, et la mesure ici est la valeur de l'objectif à atteindre. Combien de pertes civiles sont "disproportionné
es" par rapport à la valeur de l'objectif "défaire les Nazis" ? La réponse à cette question, posée dans ces termes, va en fait justifier l'excès - et c'est bel et bien ainsi que les arguments de proportionnalité ont fonctionné tout long de leur histoire.

Il en va de même dans les débats se focalisant sur des actes de guerre spécifique. Considérons l'exemple d'un raid aérien sur une usine de montage de tanks allemands pendant la deuxième guerre mondiale qui tue un certains nombre de civils habitant aux environs. La justification se décline comme suit : Le nombre de civils tués n'est "pas disproportionné aux" dommages que ces tanks causeraient dans les jours et mois à venir si la chaîne de montage continait à tourner. C'est un bon argument, et il justifie en effet une certaines quantité de morts civiles non intentionnelles. Mais quelle quantité? Comment établit-on une limite supérieure, étant donné qu'il peut y avoir beaucoup de tanks [qui sortent d'une chaîne de montage] qui occasionneront beaucoup de dommages ?

Parce que les arguments de proportionnalité sont fondés sur une vision du futur, et parce que nous n'avons pas de connaissance certaine de l'avenir mais seulement spéculative, il est important d'être très prudent en usant de cette justification.

Mais les commentateurs et critiques qui font aujourd'hui usage du terme de disproportion, ne prennent quant à eux aucune de ces précautions; ils ne s'embarrassent pas de jugement mesuré ni même spéculatif. Pour eux, la violence "disproportionné
e" c'est tout simplement une violence qu'il n'aiment pas, ou une violence commise par des gens qu'ils n'aiment pas. Ce qui fait que la guerre menée à Gaza par Israel a été qualifiée de "disproportionnée" dès le premier jour, avant que quiconque ne sache quoi que ce soit sur le nombre de tués ou sur leur identité.

L'argument classique de proportionnalité
, visant le futur ainsi que le fait le droit, viendrait plutôt de la partie israélienne. Avant les 6 mois de cessez-le-feu (alors que les tirs de roquettes étaient incessants), le Hamas avait seulement des roquettes rudimentaires faites maison dont la courte portée ne permettait que d'atteindre les localités israéliennes aux abords de la bande de Gaza. A la fin de ces 6 mois de cessez-le-feu, ils disposent désormais de roquettes beaucoup plus perfectionnées, plus du tout faites maison, dont la portée leur permet de bombarder des villes éloignées de 30 à 40 kilomètres. Un autre cessez-le-feu de 6 mois du même genre - demandé par de nombreuses nations à l'ONU - et le Hamas aurait disposé de roquettes capables de toucher Tel Aviv. Et nous parlons ici d'une organisation dont la raison d'être est la destruction d'Israel. Combien de pertes civiles "ne sont pas disproportionnées à" la nécessité de protéger Tel-Aviv d'un bombardement ? Combien de pertes civiles un leader occidental considérerait comme "pas disproportionnées à" la nécessité de protéger sa capitale ou sa ville principale d'un bombardement?

Mais si la réponse à cette question sera toujours "de trop", c'est pour la raison que même moyennant une arithmétique de la proportionnalité
, celle-ci ne répond pas à la question la plus importante des limites morales de la guerre.

Voici les questions qui nous indiquent la voie concernant ces importantes limites.

Premièrement, avant que la guerre n'éclate : Y a-t-il d'autres moyens d'atteindre l'objectif ? Dans le cas présent, cette question a déterminé les intenses débats politiques israéliens depuis le retrait de Gaza : Quel est le bon moyen d'arrêter les attaques de roquettes ? Comment garantir que le Hamas ne puisse pas acquérir de plus en plus de roquettes toujours plus puissantes ? Plusieures mesures ont été proposées, et plusieures ont été essayées.

Deuxièmement, une fois le combat entamé, qui est responsable de la présence de civils dans les lignes de tirs ? Il est utile de se rappeller que dans la guerre du Liban en 2006, Kofi Annan, le Secretary-Géné
ral des Nations Unies, bien qu'ayant critiqué Israel pour une réponse "disproportionnée" au raid du Hezbollah, avait aussi critiqué le Hezbollah - pas seulement pour les bombardements de roquettes sur les civils israéliens, mais aussi pour l'utilisation de zones densément peuplées de civils pour effectuer ces lancement de roquettes, de telle sorte que toute réponse entraîne inévitablement la mort ou des dommages aux populations civiles. Je ne crois pas que le nouveau Secrétaire Général ait fait ce genre de critique au Hamas, mais le Hamas a clairement la même politique.

Troisième question : Est-ce que l'armée israélienne agit dans les cas concrets de manière à minimiser les riques imposés aux civils ? Prennent-ils eux-mêmes des risques dans ce but ? Les armées choisissent des tactiques qui sont plus ou moins protectrices des populations civiles, et nous les jugeons en fonction de leurs choix. Je n'ai pas entendu cette question de la part des commentateurs et autres critiques des media occidentaux dans le cas de la guerre à Gaza ; c'est une question difficile, étant donné que toute réponse devrait prendre un compte les choix tactiques du Hamas.

En fait, elles sont toutes trois des questions difficiles, mais ce sont celles qui doivent être posées et résolues si l'on veut faire un jugement moral solide à propos de Gaza - ou tout autre guerre.

La question "Est-ce disproportionné ?" n'est pas du tout difficile pour ceux qui répondent oui les yeux fermés, mais posée honnêtement, la réponse sera souvent non, ce qui peut aussi aboutir à justifier bien plus que nous ne devrions nous autoriser à justifier. Se poser les questions difficiles et se préoccuper de trouver les bonnes réponses - voilà les obligations morales des commentateurs et des critiques, qui sont supposés éclairer le débat concernant les obligations morales des soldats. Ils s'emploient plutôt à les evacuer ces derniers jours.  


[1] oeuvres traduites en français :  De l’exode à la liberté, Calmann-Lévy, Paris, 1986 ; La Révolte des saints, Paris, Belin, 1987 ; Régicide et révolution, Payot, Paris, 1989 ; Critique et sens commun, La Découverte, 1990 ; Le Deuxième Age de la critique sociale, Métailié, Paris, 1995 ; Pluralisme et démocratie, Esprit, Paris, 1997 ; Sphères de justice, Seuil, Paris, 1997 ; Traité sur la tolérance, Gallimard, Paris 1998 ; Guerres justes et injustes, Belin, Paris, 1999.




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Published by alithia - dans philosophie
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