Observatoire de wikipedia : mythe de la neutralité.
| introduction |
ou Socrate contre les sophistes.
«Monsieur le présidant, je sui un professeur d’université qui avait appréciées certaines reformes excessivement nécessaires que vous aviez exposé dans votre campagne éléctorale, comme celle de l’université. Je fais parti aujourd’hui de ceux qui sont dessus par l’ultime réforme de la formation universitaire durable (FUD), et qui avait espéré comme temps d’autres collègues que cette lois pouvait être l’occasion pour réintroduire en Licence une autoévaluation par des étudiants, ou au moins une autoréorientation permanente sur base facultative.»
Mais il s’agit désormais d’une loi de la République ; il faut donc la respecter. Là n’est toutefois pas l’essentiel. Ce qui aujourd’hui nous intéresse et nous inquiète est la prochaine loi sur
les contenus des formations universitaires. Cette loi est nécessaire. Un certain nombre d’universitaires feignent, en effet, de ne pas voir l’état critique dans lequel versent en particulier les
filières humanistes. Ils oublient de reconnaître que les universitaires ne sont pas seulement les victimes de cette dérive, mais qu’ils en ont été souvent les responsables. Ils ferment les yeux
sur une assimilation conceptuelle entre les sciences humaines et les disciplines scientifiques qui s’avère aujourd’hui suicidaire.
Les sciences humaines étaient autrefois des arts, ceux du trivium. Des arts qui sont à l’origine de l’enseignement universitaire européen. Mais les lettres et l’histoire ont
aussi une autre mission, qui ne peut être sacrifiée sur l’autel de la préprofessionnalisation. Si la future réforme de la licence gommait cette spécificité, transformant nos formations
académiques en IUT ; si elle faisait de la préprofessionnalisation le seul horizon de ces filières, l’erreur serait sans doute irréparable. On obtiendrait ainsi dans quelques années des
chômeurs potentiels et de nouveaux illettrés. Et puisque les postes dans la fonction publique seront en diminution constante, la perspective traditionnelle de ces disciplines,
l’enseignement secondaire, apparaîtra de moins en moins comme une issue attrayante. Il suffit pour s’en rendre compte d’observer la réalité : les facultés humanistes qui ont multiplié les
formations préprofessionnalisantes, qui ont supprimé de fait la sélection tout en introduisant des cours destinés à séduire les étudiants, n’ont pas enrayé la baisse progressive des effectifs. En
revanche, les universités qui ont su garder leur profil classique, qui pratiquent une sélection discrète, constatent une augmentation de leurs inscrits. Le taux d’échec est aussi en creux un taux
de qualité : ce ne sont pas des universitaires «réactionnaires» qui le prétendent, mais les étudiants qui plébiscitent massivement ces facultés.
Pourtant, dans la lettre de mission confiée par la ministre de tutelle à François d’Aubert, les recettes évoquées constituent pour beaucoup d’universitaires des impasses : plus d’informatique,
plus de tutorat, plus d’heures de cours. Vaste programme pour une école primaire. L’augmentation des heures de cours en licence signifie en réalité moins de temps consacré à la lecture
individuelle, la forme de tutorat la plus ancienne et la plus fiable. Tous ces plus impliquent enfin un moins : moins d’heures pour les matières fondamentales. Pourtant, c’est cette formation que
réclament les chefs d’entreprise ; c’est cette culture qui faisait dire à l’ancien directeur de la London School of Economics, sir Ralph Dahrendorf, qu’un licencié ès lettres, lorsqu’il est bien
formé, peut être un excellent décideur. Chaque fois que l’on renonce aux exigences du savoir universitaire, qu’on vulgarise les sciences humaines, ce n’est pas la culture qui avance mais
l’ignorance qui se diffuse. Enseigner la grammaire ou les rudiments de l’histoire en licence ne réduit pas l’échec scolaire et prépare après l’acculturation de masse la «désacculturation
d’Etat».
Les médiévaux avaient le goût de la parabole. Vous me pardonnerez, si j’y recours également. On peut lire dans un recueil de nouvelles, le Novellino, l’apologue suivant : «Il était
une fois un philosophe qui était fort libéral à vulgariser la science […]. Une nuit, il eut une vision : les déesses de la science, sous les apparences de belles femmes, se trouvaient dans un
bordel. Alors, lui, voyant cela, s’étonna grandement et dit : "Qu’est-ce là ? N’êtes-vous point les déesses de la science ?" Et elles répondirent : "Si fait ! - Comment est-il possible
que vous soyez au bordel ?" Elles lui répondirent : "Nous y sommes bien, et c’est toi qui nous y as mis." Il se réveilla et s’avisa que vulgariser la science était amoindrir son essence divine.
Il cessa de le faire […]. Or sachez que toutes choses ne sont point permises à tout le monde.»
En vous adressant cette lettre ouverte, je n’oublie pas que ce mauvais rêve, c’est en partie nous, universitaires, qui l’avons formé, en voulant métamorphoser d’abord un art en science, puis,
impuissants à maîtriser un tel hybride, en vulgarisant toujours plus pour survivre. Vous avez le pouvoir, Monsieur le Président, de réveiller l’université française et les filières humanistes
d’un cauchemar qui coûterait cher à la France, et à travers elle à l’Europe tout entière. Car toutes choses ne sont point permises à tout le monde.
vos commentaires