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Observatoire

  • : wikipedia ou le mythe de la neutralité
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  • : observatoire de wikipedia qui se prétend une encyclopédie, sans spécialistes ni vérification d'experts, chacun peut écrire ce qu'il veut sous anonymat : une pseudo-encyclopédie où prospèrent la propagande et l'irrationnel. Blog de réflexion sur la culture
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  • Professeur de philosophie, j'ai découvert que WP s'adresse à la jeunesse mais que ses résultats sont problématiques pour une supposée encyclopédie. Rédactions erronées, déformations, tendance à la propagande. Une mise en garde.
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6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 02:02

dans la série "ce que vous ne verrez jamais sur wikipedia" : Karl Marx n'a pas dit son dernier mot.

 
C'est dans le  Monde et c'est une interview de Jean-Claude Milner : où il est encore question de Marx, pas mort le bougre .


 

Pourquoi lire l'auteur du "Capital", retenu cette semaine  par le "Monde de la philosophie" ? Pour la netteté de la forme, la force du raisonnement, explique Jean-Claude Milner.

 


Quelle est la place de Marx et de son oeuvre dans votre itinéraire de pensée ?



Quand cesse-t-on de se fixer pour seul but de bien redire ce qui a déjà été dit ? Ce moment, pour moi, a dépendu de Marx. Ecrire par soi-même, et non pas pour satisfaire aux exigences académiques, ce n'est pas si simple ; si j'y suis parvenu parfois - peu importe que le résultat soit ou non digne d'intérêt -, c'est d'abord grâce à Marx.


D'autres noms ont pris le relais ensuite, mais il y a là une priorité et une dette. Bien entendu, l'impulsion que donna Louis Althusser fut décisive, mais la suite revient aux textes de Marx lui-même. Je ne dirais pas qu'ils m'ont appris à penser, mais ils m'ont appris que la pensée consiste à abandonner ses bagages. Marx fut l'occasion de ma première émigration. Si je devais résumer ce qui a compté le plus et compte encore, je mentionnerais ceci : quand on le lit bien, Marx rend spécialement sensible au fait qu'une entité n'a pas besoin de changer de nature pour opérer des effets opposés. Ce n'est pas que l'entité se transforme en son contraire ; c'est parce qu'elle demeure identique à elle-même que ses effets s'inversent. La machine, en restant ce qu'elle est, peut accentuer la servitude ou amorcer une liberté. La bourgeoisie ne devient pas différente d'elle-même entre le temps où elle déclenche les révolutions et le temps où elle installe les conservatismes. Le capitalisme a besoin à la fois que la plus-value existe et qu'aucun capitaliste n'arrive à comprendre qu'elle existe.


Plus près de nous, c'est en persistant à s'inscrire dans une même structure historique que l'Europe démocratique a produit, à l'égard du nom juif, et le refus du crime et l'acceptation des résultats du crime. On a là le même ordre de retournement topologique que ceux que Marx décrit et analyse. Il usait du langage hégélien et de la dialectique. Ce n'est nullement nécessaire. D'autres langages se révèlent tout aussi adéquats : je pense à Roman Jakobson ou à Michel Foucault. Reste qu'on a besoin d'avoir lu Marx pour s'en rendre compte.


Quel est le texte de Marx qui vous a le plus marqué, nourri, et pourquoi ?


Beaucoup de textes m'ont marqué, d'une manière ou d'une autre. Notamment les textes de la période 1840-1850, modèles d'intelligence. Mais le plus accompli à mes yeux est Salaire, prix et profit. La netteté de la forme, la force du raisonnement, la volonté de ne rien céder au politiquement correct, la force explicative face à des phénomènes paradoxaux, tout est admirable.


Selon vous, où cet auteur trouve-t-il aujourd'hui son actualité la plus intense ?


Je serai le premier à soutenir que les doctrines économiques de Marx méritent entièrement le regain d'intérêt dont elles bénéficient. Mais est-ce là l'essentiel ? Je ne le crois pas. Pour la politique, on ne peut pas passer sous silence le prix que Marx a dû payer pour se détacher de Hegel : l'absence de toute réflexion véritable sur les institutions. Sur l'Etat, sur le suffrage, sur les pouvoirs, sur le droit, rien que de la critique hautaine. C'est pourquoi il a fallu que Lénine improvise - brillamment, certes, mais l'improvisation dans ces domaines est interdite : elle a conduit à la catastrophe.


Je placerai Marx ailleurs. Du côté de l'écriture et du côté de la pensée. Leo Strauss a insisté sur l'existence d'un art d'écrire sous la persécution. Soit, mais il faut se demander aussi comment on a fait, après les Lumières, là où l'on pouvait écrire sur des sujets brûlants sans craindre la persécution. La réponse est simple : il a fallu développer un nouvel art d'écrire. Ce fut la plus glorieuse entreprise du XIXe siècle ; ceux qui l'ont menée ne sont pas si nombreux. En langue française, je ne vois guère que les romanciers et les poètes. En langue allemande, Marx est certainement l'un des plus importants.


Il a pratiqué deux modes d'écriture. L'un, je l'appellerai la corrosion du présent par l'espérance de l'avenir - tels sont les textes sur l'actualité, Les Luttes de classe en France (1850), Le 18-Brumaire de Louis Bonaparte (1852), les articles du New York Tribune (1852-1862). Ou les commentaires occasionnels des oeuvres littéraires - je pense à l'étonnant démontage des Mystères de Paris, dans La Sainte Famille (1845). L'autre mode d'écriture relève du savoir - Marx le détache explicitement de toute espérance. Voir la préface du Capital.


Mais, dans les deux modes d'écriture, il s'agit d'écrire sans craindre la persécution. J'entends par là, bien entendu, la persécution policière, mais il existe des formes de persécution plus subtiles. Par exemple, la désapprobation de ceux dont on devrait, au nom de l'espérance, se faire des amis. Rien de plus estimable chez Marx que sa volonté d'être sourd aux gémissements des bonnes âmes lui criant qu'il a tort de ne pas se tromper. Mais ne nous arrêtons pas aux détails. La vraie question concerne l'avenir de l'art d'écrire sans réserves mentales, art plus récent que celui de Strauss, mais plus oublié encore.


Je sais que la persécution a reparu. Les mises à mort, les malédictions, la prison, tout a recommencé. Alors, l'art d'écrire sous la persécution redevient incontournable. Mais, dans les lieux où le pire ne s'est pas encore installé, il ne faut pas se hâter de renoncer à cet autre art d'écrire dont Marx fut un maître. Ni prudence ni respect, raisonner sans fléchir, ne pas faire semblant d'avoir tort quand on a raison, ne pas laisser à des prête-noms le soin de dire ce qu'on pense, ne pas enrober ce qu'on tient pour vrai dans des déclarations d'allégeance et de fidélité à ce qu'on tient pour faux, voilà ce que je retiens de Marx. Je constate, parmi ceux qui se réclament de lui, une grande indifférence à la question.


Reste la pensée. On sait que Marx se déclare matérialiste. La proposition matérialiste par excellence s'énonce : rien ne se perd, rien ne se crée. Bref, la matière est un jeu à somme nulle. Or le matérialisme de Marx affirme ouvertement le contraire : il y a quelque chose de matériel qui se crée par le seul jeu des forces matérielles. Telle est la théorie de la plus-value : la force de travail crée de la valeur là où il n'y en avait pas.


Toutes les grandes pensées matérialistes reposent sur un opérateur analogue. Ou bien quelque chose se perd ou bien quelque chose se crée. On peut repérer des matérialismes du "moins-un" (ainsi Freud dans ses textes finaux) et des matérialismes du "plus-un" (le clinamen de Lucrèce, l'aléatoire darwinien comme origine des espèces, etc.). Le "pas-tout" de Lacan s'ouvre aux deux lectures. Ces divers opérateurs énoncent que le jeu n'est pas à somme nulle. Ou que le seul jeu qui vaille est un jeu dont la somme n'est pas nulle. Négative ou positive, cela dépend des doctrines.


Mais, dans la réalité, les jeux à somme nulle tiennent le haut du pavé. Ils s'appellent matière, ou esprit, ou grand dessein, ou ordre mondial, ou révolution mondiale, ou Père Noël, qu'importe - c'est l'infâme. Contre cet ennemi, les textes de Marx renferment, un peu trop caché, un opérateur efficace.

Propos recueillis par Jean Birnbaum



 

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Published by alithia - dans philosophie
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commentaires

Daniel 22/10/2008 15:18

Brillant commentaire de la richesse de Marx qui offre des modèles d'inspiration multiples, par J-C Milner, mais difficile à comprendre, même après moultes relectures.

alithia 22/10/2008 18:40


Oui, les références à Marx sont irremplaçables, mais on peut comprendre à ce que dit Milner, au-delà de la réputation générale et plus ou moins exacte qui est celle de
Marx, -qui l'a largement dogmatisé, déformé et trahi-, que Marx est un auteur qui invente de nouvelles manières de penser dans plusieurs domaines (philosophie, politique, histoire, économie et
société) et un écrivain qui invente aussi un style propre et une écriture tout à fait intéressante, singulière. Sans pour
autant passer sous silence ses lacunes : pas de théorie de l'Etat, du droit etc. ce qui eut les incidences politiques que l'on sait, lors de la "mise en pratique" des anticipations politiques de Marx.


Spinoza 10/03/2008 12:19

Défendre que Marx n'est pas mort et que ses analyses sont toujours  incontournables pour analyser le capitalisme actuel, voilà ce qui ne trouvera jamais place sur wikipedia, l'encyclopédie du conformisme sans limites. J'ai mis ce message  pour présenter votre blog sur un forum : Pour une critique de wikipedia qui sous couvert d'"encyclopédie" (et populaire en plus !) fait du populisme et reproduit-amplifie tous les pires aspects de l'idéologie qui servent l'oppression et entretiennent les masses dans la soumission Le blog dénonce wikipedia, véhicule de tous les conformismes et de toutes les idéologies actuelles les plus conservatrices : celles qui servent l'ordre dominant et le présentent comme intangible et immuable ; celles qui servent l'inégalité et le communautarisme et participent de l'affrontement entre les communautés ; celles qui s'opposent à la laïcité, aux droits de l'homme, aux principes républicains ; wikipedia ouvre la porte aux divers fascismes, révisionnismes (ils écrivent eux-mêmes l'histoire selon leurs préjugés et méprisent les historiens) ; elle censure tout ce qui relève de la défense des libertés et de la libre expression ; elle massacre les idées émancipatrices, elle accueille et diffuse tous les fondamentalismes religieux, diffuse les idées des divers fascismes, européens classiques, islamistes ; elle méprise la théorie, la culture, l'enseignement, l'école, les profs. Wikipedia se prétend une encyclopédie. Très popuplaire, elle est très consultée. En vérité elle est populiste et est en passe de montrer son rôle de relai du sarkozysme (Sarkozy jamais critiqué ; pas même les informations négatives le concernant ne sont reproduites) et de tous les courants d'idées obscurantistes, fascistes, irrationnelles. Wikipedia est aussi un très important relai des sectes. Bref un blog anti-wikipedia qui a fait un très bon travail d'observation de ce media-poubelle, comme le nomme l'auteur, Alithia, qui est professeur de philosophie.

alithia 10/03/2008 12:50

merci.